‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 163 sur 361 · QUI ONT RAPPORT AU PIGEON · texte numérisé non relu

QUI ONT RAPPORT AU PIGEON

Il y a peu d’espèces qui soient aussi généralement répandues que celle du pigeon; comme il a l’aile très-forte et le vol soutenu , il peut faire aisément de longs voyages : aussi la plupart des races sauvages ou domestiques se trouvent dans tous les climats. De l’Égypte jusqu’en INorwége, on élève des pigeons de volière ; et , quoiqu’ils prospèrent mieux dans les climats chauds , ils ne laissent pas de réussir dans les pays froids , tout dépendant des soins qu’on leur donne ; et ce qui prouve que l’espèce en général ne craint ni le chaud ni le froid , c’est que le pigeon sauvage ou biset se trouve également dans presque toutes les contrées des deux continens.

Le pigeon brun de la Nouvelle-Espagne, indiqué par Fernandès sous le nom mexicain cehoilotl , qui est brun partout, excepté la poitrine et les extrémités des ailes, qui sont blanches, ne nous paroît être qu’une variété du biset. Cet oiseau du Mexique a le tour des yeux d’un rouge vif, l’iris noir, et les pieds rouges. Celui que le même auteur indique sous le nom de hoilotl , qui est brun, marqué de taches noires , n’est vraisemblablement qu’une variété d’àge ou de sexe du précédent; et un autre du même pays, appelé kacaiioilotl , qui est bleu sur toutes les parties supérieures , et rouge sur la poitrine et le ventre , n’est peut-être encore qu’une variété de notre pigeon sauvage , et tous trois me paroissent appartenir à l’espèce de notre pigeon d’Europe.

Le pigeon indiqué par M. Brisson , sous le nom de pigeon violet de la Martinique , et qui est représenté n° 162, sous ce même nom de pigeon de la Martinique , ne nous paroît être qu’une très-légère variété de notre pigeon commun ; celui que ce même auteur appelle simplement pigeon de la Martinique , et qui est représenté n° 141 , sous la dénomination de pigeon roux de Cayenne , 11e forment ni l’un ni l’autre des espèces différentes de celle de notre pigeon ; il y a même* toute apparence que le dernier n’est

que la femelle du premier, et qu’ils tirent leur origine de nos pigeons fuyards. On les appelle improprement perdrix à la Martinique, 0 Cl il n’y a point de vraies perdrix : mais ce sont des pigeons qui ne ressemblent à la perdrix que par la couleur du plumage ; et qui ne diffèrent pas assez de nos pigeons pour qu’on doive leur donner un autre nom ; et comme l’un nous est venu de Cayenne et l’autre de la Martinique , on peut en inférer que l’espèce est répandue dans tous les climats chauds du nouveau continent.

Le pigeon décrit et dessiné par M. Edwards, planche clxxvi, sous la dénomination de pigeon des Indes orientales , est de la même grosseur que notre pigeon biset ; et, comme il n’en diffère que par les couleurs, 011 peut le regarder comme une variété produite par l’influence du climat. Il est remarquable en ce que ses yeux sont entourés d’une peau d’un beau bleu , dénuée de plumes , et qu’il relève souvent et subitement sa queue , sans cependant l’étaler comme le pigeon-paon.

Il en est de même du pigeon d’Amérique, donné par Catesby sous le nom de pigeon de passage , et par Frisch sous celui de columba americana , qui ne diffère de nos pigeons fuyards et devenus sauvages que par les couleurs et par les plumes de la queue, qu’il a plus longues; ce qui semble le rapprocher de la tourterelle : mais ces différences ne nous paroissent pas suffisantes pour en faire une espèce distincte et séparée de celle de nos pigeons.

Il en est encore de même du pigeon indiqué par Ray , appelé par les Anglois pigeonperroquet , décrit ensuite par M. Brisson , et que nous avons fait représenter n° i38, sous la dénomination de pigeon xert des Philippines. Comme il est de la même grandeur que notre pigeon sauvage ou fuyard , et qu’il n’en diffère que par la force des couleurs, ce qu’on peut attribuer au climat chaud, nous ne le regarderons que comme une variété dans l’espèce de notre pigeon

ogi LE PIGEON VERT D’AMBOINE.

Il s’est trouvé, clans le Cabinet du Roi, un oiseau, sous le nom de pigeon vert d'Am- />oine, <| ni n’esl pas celui que M. Brisson a donné sous ce nom , et que nous avons l'ait représenter n° 1 63. Cet oiseau est d’une race très-voisine de la précédente, et pourroit bien n’en être qu’une variété de sexe ou d’âge.

Le pigeon vert d’Amboine, décrit par M. Brisson, est de la grosseur d’une tourterelle; et, quoique différent par la distribution des couleurs de celui auquel nous avons donné le même nom , il ne peut cependant être regardé que comme une autre variété de l’espèce de notre pigeon d'Europe , et il y a toute apparence que le pigeon vert de l’ile Saint-Thomas, indiqué par Marcgrave, qui est de la même grandeur et figure que notre pigeon d’Europe, mais qui en diffère, ainsi que de tous les autres pigeons, par ses pieds couleur de safran, est cependant encore une variété du pigeon sauvage. En général, les pigeons ont tous les pieds ronges; il n’y a de différence que dans l’intensité ou la vivacité de cette couleur, et c’est peut-être par maladie, ou par quelque autre cause accidentelle, que ce pigeon de Marcgrave les avoit jaunes; du reste , il ressemble beaucoup aux pigeons verts des Philippines et d'Amboine de nos planches enluminées. Théveuot fait mention de ces pigeons verts dans les termes sui-

vans : « Il se trouve aux Indes , à Agra , des pigeons tout verts , et qui ne diffèrent des nôtres que par cette couleur. Les chasseurs les prennent aisément avec de la glu. »

Le pigeon de la Jamaïque, indiqué par Hans Sloane , qui est d’un brun pourpre sur le corps, et blanc sous le ventre, et dont la grandeur est à peu près la même que celle de notre pigeon sauvage , doit être regardé comme une simple variété de cette espèce, d’autant plus qu’on ne le retrouve pas à la Jamaïque en toutes saisons, et qu’il n’y est que comme oiseau de passage.

Un autre qui se trouve dans le même pays de la Jamaïque, et qui n’est encore qu’une variété de notre pigeon sauvage , c’est celui qui a été indiqué par Hans Sloane, et ensuite par Catesby , sous la dénomination de pigeon à la couronne l/lanche. Comme il est de la même grosseur que notre pigeon sauvage , et qu’il niche et multiplie de même dans les trous des rochers , on 11e peut guère douter qu’il 11e soit de la même espèce.

On voit par celte énumération que notre pigeon sauvage d’Europe se trouve au Mexique , à la Nouvelle-Espagne, à la Martinique, à Cayenne, cà la Caroline, à la Jamaïque, c’est-à-dire dans toutes les contrées chaudes et tempérées des Indes occidentales ; et qu’on le retrouve aux Indes orientales, à Amboine , et jusqu’aux Philippines.

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