‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 164 sur 361 · LE RAMIER · texte numérisé non relu

LE RAMIER

Comme cet oiseau esl beaucoup plus gros que le biset, et que tous deux tiennent de très-près au pigeon domestique , on pourioit croire que les petites races de nos pigeons de volière sont issues des bisets , et que les plus grandes viennent des ramiers , d’autant plus que les anciens éloient dans l’usage d’élever des ramiers, de les engraisser, et de les faire multiplier : il se peut donc (pie nos grands pigeons de volière, et particulièrement les gros pattus, viennent originairement des ramiers; la seule chose qui paroîtroit s’opposer à cette idée, e’est que nos petits pigeons domestiques produisent avec les grands, au lieu qu’il ne paroit pas que le ramier produise avec le biset, puisque tous deux fréquentent les mêmes lieux sans se mêler ensemble ; la tourterelle, qui s’apprivoise encore plus aisément que le ramier, et que l’on peut facilement élever et nourrir dans les maisons, pourroil, à égal titre, être regardée comme la tige de quelques-unes de nos races de pigeons domestiques, si elle n’étoit pas, ainsi que le ramier, d’une espèce particulière et qui 11e se mêle pas avec les pigeons sauvages; mais 011 peut concevoir que des animaux qui ne se mêlent pas dans l’état de nature, parce que chaque mâle trouve une femelle de son espèce , doivent se mêler dans l’état de captivité s’ils sont privés de leur femelle propre, et quand on 11e leur offre qu’une femelle étrangère. Le biset, le ramier, et ia tourterelle ne se mêlent pas dans les bois , parce que chacun y trouve la femelle qui lui convient le mieux , c’est-à-dire celle de son espèce propre ; mais il est possible qu’étant privés de leur liberté et de leur femelle, ils s’unissent avec celle qu’on leur présente ; et comme ces trois espèces sont fort voisines , les individus qui résultent de leur mélange doivent se trouver féconds, et produire par conséquent des races ou variétés constantes : ce ne seront pas des mulets stériles , comme ceux qui proviennent de Lânesse et du cheval, mais des métis féconds, comme ceux que produit le bouc avec la Iirebis. A juger

i. En latin, palumbes ; en italien, Colombo torquato ; eu espagnol , pnloma torcalz y en allemand ,

dit genre colnmbacè par toutes les analogies, il paroit que dans l’état de nature il y a , comme nous l’avons dit , trois espèces principales, et deux autres qu’on peut regarder comme intermédiaires. Les Grecs avoient donné à chacune de ces cinq espèces des noms différons ; ce qu’ils ne faisoicnt jamais que dans l’idée qu’il y avoit en effet diversité d’espèces ; la première et la plus grande est le plias sa , ou phatta , qui est notre ramier; la seconde est le p^lelas , qui est notre biset; la troisième, le trugon ou la tourterelle; la quatrième, qui fait la première des intermédiaires, est Yœnas, qui, étant un peu plus grand que le biset, doit êlre regardé comme une variété dont l’origine peut se rapporter aux pigeons fuyards ou déserteurs de nos colombiers; enfin la cinquième est le phaps , qui est un ramier plus petit que le p/iassa , et qu’on a par cette raison appelé palumbus min or , mais qui ne nous paroit faire qu’une variété dans l’espèce du ramier; car on a observé que, suivant les climats, les ramiers sont plus ou moins grands. Ainsi toutes les espèces nominales, anciennes et modernes, se réduisent toujours à trois, c’est-à-dire à celles du biset, du ramier, et de la tourterelle, qui peut-être ont contribué toutes trois à la variété presque infinie qui se trouve dans nos pigeons domestiques.

Les ramiers arrivent dans nos provinces au printemps, un peu plus tôt que les bisets, et partent en automne un peu plus tard. C’est au mois d’août qu’on trouve en France les ramereaux en plus grande quantité; et il paroit qu’ils viennent d’une seconde ponte, qui se fait sur la fin de l’été; car la première ponte, qui se fait de trèsbonne heure au printemps , est souvent détruite, parce que le nid , n’étant pas encore couvert par les feuilles, esl trop expo-é. Il reste des ramiers pendant Limer dans la plupart de nos provinces. Ils perchent comme les bisets : mais ils n’étabfissent pas, comme eux , leurs nids dans des trous d’arbres ; ils les placent à leur sommet , et les

ringellaube ; en anglois, ringdove ; et dans le nord de l’Angleterre, c ushat.

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