‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 165 sur 361 · LE RAMIER · texte numérisé non relu

LE RAMIER

construisent assez légèrement avec des bûchettes : ce nid est plat, et assez large pour recevoir le mâle et la femelle. Je suis assuré qu’elle pond de très-bonne heure au printemps deux et souvent trois œufs; car on m’a apporté plusieurs nids où il y avoit deux et quelquefois trois ramereaux 1 déjà forts au commencement d’avril. Quelques gens ont prétendu que, dans notre climat, ils ne produisent qu’une fois l’année , à moins qu’on ne prenne leurs petits ou leurs œufs ; ce qui , comme l’on sait , force tous les oiseaux à une seconde ponte. Cependant Frisch assure qu’ils couvent deux fois par an ; ce qui nous paroît très-vrai. Comme il y a constance et fidélité dans l’union du mâle et de la femelle , cela suppose que le sentiment d’amour et le soin des petits durent toute l’année. Or, la femelle pond quatorze jours apres les approches du mâle ; elle ne couve que pendant quatorze autres jours, et il ne faut qu’autant de temps pour que les petits puissent voler et se pourvoir d’eux-mêmes. Ainsi il y a toute apparence qu’ils produisent plutôt deux fois qu’une

i. M. Salerne dit que «les poulaillers d’Orléans « achètent , en Bcrri et en Sologne , dans la saison «des nids, une quantité considérable de tourte- « reaux , qu’ils soufflent eux-mêmes avec la bouche, « les engraissent de millet en moins de quinze «jours, pour les porter ensuite à Paris ; qu’ils en- « graissent de même les ramereaux ; qu’ils y porte tent aussi des pigeons bisets, et d’autres pigeons « qu’ils appellent des postes ; que ces derniers sont, « selon eux , des pigeons de colombier devenus « fuyards ou vagabonds , qui nichent tantôt dans « un endroit, tantôt dans un autre, dans les églises, « dans les murailles de vieux châteaux ou dans des « rochers. » (Ornithologie , page i6î.)

Ce fait prouve que les ramiers, ainsi que tous les pigeons et tourterelles , peuvent être élevés comme les autres oiseaux domestiques, et que par conséquent ils peuvent avoir donné naissance aux plus belles variétés et aux plus grandes races de nos pigeons de volière. M. Leroy, lieutenant des chasses et inspecteur du parc de Versailles , m’a aussi assuré que les ramereaux pris au nid s’apprivoisent et s’engraissent très-bien , et que même de vieux ramiers pris au filet s’accoutument aisément à vivre dans des volières, où l’on peut, en les soufflant , lenr faire prendre graisse en fort peu do temps.

par an : la première, comme je l’ai dit, au commencement du printemps; el la seconde au solstice de l’été , comme l’ont remarqué les anciens. Il est très-certain que cela est ainsi dans tons les climats chauds et tempérés , et très-probable qu’il en est à peu près de même dans les pays froids. Ils ont un roucoulement plus fort que celui des pigeons , mais qui ne se fait entendre que dans la saison des amours et dans les jours sereins; car dès qu’il pleut, ces oiseaux se taisent, et on ne les entend que très-rarement eu hiver. Ils se nourrissent de fruits sauvages, de glands, de faînes, de fraises dont ils sont trèsÿmdes, et aussi de fèves et de grains de toute espece : ils font un grand dégât dans les blés lorsqu’ils sont versés ; et quand ces alimens leur manquent, ils mangent de l’herbe. Ils boivent à la manière des pigeons, c’est-à-dire de suite et sans relever la tête qu’après avoir avalé toute l’eau dont ils ont besoin. Comme leur chair, et surtout celle des jeunes , est excellente à manger, on recherche soigneusement leurs nids, et on en détruit ainsi une grande quantité : cette dévastation, jointe au petit produit, qui n’est que de deux ou trois œufs à chaque ponte, fait que l’espèce n’est nombreuse nulle part. On en prend , à la vérité, beaucoup avec des filets dans les lieux de leur passage , surtout dans nos provinces voisines des Pyrénées; mais ce n’est que dans une saison et pendant peu de jours.

Il paroît que , quoique le ramier préfère les climats chauds et tempérés, il habile quelquefois dans les pays septentrionaux, puisque M. Linnæus le met dans la liste des oiseaux qui se trouvent en Suède ; et il paroît aussi qu’ils ont passé d’un continent à l’autre, car il nous est arrivé des provinces méridionales de l’Amérique, ainsi que des contrées les plus chaudes de notre continent, plusieurs oiseaux qu’on doit regarder comme des variétés ou des espèces trèsvoisines de celle du ramier, et dont nous allons faire mention dans i’arlicle suivant.

OISEAUX ETRANGERS

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