‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 173 sur 361 · LE CORBEAU DES INDES · texte numérisé non relu

LE CORBEAU DES INDES

DE BONTIUS.

Cet oiseau se trouve aux îles Moluques, et principalement dans celle de Banda. Nous ne le connoissons que par une description incomplète et par une figure très-mauvaise; en sorte qu’on ne peut déterminer que par conjecture celui de nos oiseaux d’Europe auquel il doit être rapporté. Bontius, le premier et je crois le seul qui l’ait vu , l’a regardé comme un corbeau; en quoi il a été suivi par Ray, Wiliughhy, et quelques autres : mais M. Brisson en a fait un calao. J’avoue que je suis de l’avis des premiers , et voici mes raisons en peu de mots :

Cet oiseau a , suivant Bontius , le bec et la démarche de notre corbeau , et en conséquence il lui en a donné le nom, malgré son cou un peu long, et la petite protubérance que la figure fait paroître sur le bec ; preuve certaine qu’il ne connoissoit aucun autre oiseau avec lequel celui-ci eût des rapports, et néanmoins il connoissoit le calao des Indes. Bontius ajoute, à la vérité, qu’il se nourrit de noix muscades, et M. Willughby a remarqué cela comme un trait marqué de dissemblance avec nos corbeaux : cependant nous avons vu que ceux-ci mangent les noix du pays, et qu’ils ne sont pas aussi carnassiers qu’on le croit communément. Or cette différence, étant ainsi réduite à sa juste valeur, laisse au sentiment de l’unique observateur qui a vu et nommé l’oiseau toute son autorité.

D’un autre côté, ni la description de Bontius, ni la figure, ne présentent le moindre vestige de cette dentelure du bec dont M. Brisson a fait un des caractères de la famille des calaos ; et la petite protubérance qui paroît sur le bec dans la figure ne semble point avoir de rapport avec celle du bec du calao. Enfin le calao n’a ni ces tempes mouchetées, ni ces plumes du cou noirâtres dont il est parlé dans la description de Bontius ; et il a lui-même un bec si singulier, qu’on ne peut, ce me semble, supposer qu’un observateur

Buffon. VII.

l’ait vu et n’en ait rien dit, et surtout qu’il l’ait pris pour un bec de corbeau ordinaire.

La chair du corbeau des Indes de Bontius a un fumet aromatique très-agréable , qu’elle doit aux muscades, dont l’oiseau fait sa principale nourriture ; et il y a toute apparence que si notre corbeau se nourrisSoit de même, il perdroit sa mauvaise odeur.

U faudroit avoir vu le corbeau du désert ( raabel Zahara ), dont parle le docteur Shaw, pour le rapporter sûrement à l’espèce de notre pays dont il se l’approche le plus. Tout ce qu’en dit ce docteur c’est qu’il est un peu plus gros que notre corbeau, et qu’il a le bec et les pieds rouges. Cette rougeur des pieds et du bec est ce qui a déterminé M. Shaw à le regarder comme un grand coracias. A la vérité, l’espèce du coracias n’est point étrangère à l’Afrique, comme nous l’avons vu plus haut ; mais un coracias plus grand qu’un corbeau ! Quatre lignes de description bien faite dissiperoient toute cette incertitude; et c’est pour obtenir ces quatre lignes de quelque voyageur instruit, que je fais ici mention d’un oiseau dont j’ai si peu à dire.

Je trouve encore dans Kæmpfer deux oiseaux auxquels il donne le nom de cor beaux , sans indiquer aucun caractère qui puisse justifier cette dénomination. L’un est, selon lui, d’une grosseur médiocre, mais extrêmement fier ; on l’avoit apporté de la Chine au Japon pour en faire présent à l’empereur : l’autre, qui fut aussi offert à l’empereur du Japon, étoit un oiseau do Corée, fort rare, appelé coreigaras , c’està-dire corbeau cle Corée. Kæmpfer ajoute qu’on ne trouve point au Japon les corbeaux qui sont communs en Europe, non plus que les perroquets et quelques autres oiseaux des Indes.

Nota. Ce seroit ici le lieu de placer l’oiseau d’Arménie, que M. de Tournefort a appelé roi des corbeaux, si cet oiseau étoit en effet un corbeau , ou seulement s’il approchoit de cette famille. Mais il ne faut que jeter les yeux sur le dessin en miniature qui le représente, pour juger qu’il a beau-

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