‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 176 sur 361 · LE FREUX, OU · texte numérisé non relu

LE FREUX, OU

faut pas croire que cette peau soit absolument nue : on y aperçoit souvent de petites plumés isolées; preuve très-forte qu’elle n’étoit point chauve dans le principe, mais qu’elle l’est devenue par une cause étrangère ; en un mot , que c’est une espèce de difformité accidentelle, qui s’est changée en un vice héréditaire par les lois connues de la génération.

L’appétit du freux pour les grains , les vers , et les insectes , est un appétit exclusif; car il ne touche point aux voiries ni à aucune chair : il a de plus le ventricule musculeux et les amples intestins des granivores.

Ces oiseaux vont par troupes très-nombreuses , et si nombreuses, que l’air en est quelquefois obscurci. On imagine tout le dommage que ces hordes de moissonneurs peuvent causer dans les terres nouvellement ensemencées , ou dans les moissons qui approchent de la maturité : aussi, dans plusieurs pays , le gouvernement a-t-il pris des mesures pour les détruire. La Zoologie britannique réclame contre cette proscription , et prétend qu’ils font plus de bien que de mal , en ce qu’ils consomment une grande quantité de ces larves de hannetons et d’autres scarabées qui rongent les racines des plantes utiles, et qui sont si redoutés des laboureurs et des jardiniers. C’est un calcul à faire.

Non seulement le freux vole par troupes, mais il niche aussi , pour ainsi dire, en société avec ceux de son espèce, non sans faire grand bruit ; car ce sont des oiseaux très-criards , et principalement quand ils ont des petits. On voit quelquefois dix ou douze de leurs nids sur le même chêne, et un grand nombre d’arbres ainsi garnis dans la même forêt , ou plutôt dans le même canton. Us ne cherchent pas les lieux solitaires pour couver : ils semblent , au contraire , s’approcher, dans cette circonstance, des endroits habités ; et Schwenckfeld remarque qu’ils préfèrent communément les grands arbres qui bordent les cimetières , peut-être parce que ce sont des lieux fréquentés , ou parce qu’ils y trouvent plus de vers qu’ailleurs ; car on ne peut soupçonner qu’ils y

faisoient sauter les pierres les moins pesantes â deux ou trois pieds. Si ce singulier exercice, que personne n’avoit encore attribué aux corneilles , est familier aux freux , c’est une cause de plus qui peut contribuer à user et faire tomber les plumes qui environnent la base de leur bec; et le nom de tourne - pierre , que jusqu’ici l’on avoit appliqué exclusivement au coulonchaud, deviendra désormais un nom générique qui conviendra à plusieurs espèces.

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soient attirés par Fodeur des cadavres, puisque, comme nous l’avons dit, ils ne «touchent point à la chair. Frisch assure que si, dans le temps de la ponte , on s’avance sous les arbres où ils sont ainsi établis, on est bientôt inondé de leur liente.

lïne chose qui pourra paroître singulière , quoique assez conforme à ce qui se passe tous les jours entre des animaux d’autre espèce , c’est que , lorsqu’un couple apparié travaille à faire son nid, il faut que l’un des deux reste pour le garder, tandis que l’autre va chercher des matériaux convenables. Sans cette précaution, et s’ils s’absentoient tous deux à la fois, on prétend que leur nid seroit pillé et détruit dans un instant par les autres freux habitons du même arbre, chacun d’eux emportant dans son bec son brin d’arbre ou de mousse pour l’employer à la construction de leur propre nid.

Ces oiseaux commencent à nicher au mois de mars , du moins en Angleterre ; ils pondent quatre ou cinq œufs plus petits que ceux du corbeau , mais ayant des taches plus grandes, surtout au gros bout. On dit que le mâle ôt la femelle couvent tour à tour ; lorsque les petits sont éclos et en état de manger , ils leur dégorgent la nourriture , qu’ils savent tenir en réserve dans leur jabot, ou plutôt dans une espèce de poche formée par la dilatation de l’œsophage.

Je trouve dans la Zoologie britannique que , la ponte étant finie , ils quittent les arbres où ils avoient niché ; qu’ils n’y reviennent qu’au mois d’août, et ne commencent à réparer^ leurs nids ou à les refaire qu’au mois d’octobre. Cela suppose qu’ils passent à peu près toute l’année en Angleterre; mais en France, en Silésie, et eu beaucoup d’autres contrées , ils sont certainement oiseaux de passage, à quelques exceptions près , et avec cette différence, qu’en France ils annoncent l’hiver, au lieu qu’eu Silésie ils sont les avant-coureurs de la belle saison l.

i. J’ai vu à Bavme-la-Roche , qui est un village de Bourgogne à quelques lieues de Dijon, environné de montagnes et de rochers escarpés , et où la température est sensiblement plus froide qu’à Dijon; j’ai vu, dis-je, plusieurs fois en été une volée de freux qui logeoit et nichoit, depuis plus d’un siècle , à ce qu’on m’a assuré , dans des trous de rochers exposés au sud-ouest, et où l’on ne pouvoit atteindre à leurs nids que très-difficilement et en se suspendant à des cordes. Ces freux étoient familiers jusqu’à venir dérober le goûter des moissonneurs. Ils s’absentoient sur la fin de l’été pour une couple de mois seulement , après quoi ils revenoient à leur gîte accoutumé. Depuis deux ou trois ans ils ont disparu, et ont été remplacés aussitôt par des corneille® mantelées.

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Le freux habite en Europe , selon M. Linnæus; cependant il paroîi qu’il y a quelques restrictions à faire à cela, puisque Aldrovande ne croyoit pas qu’il s’en trouvât en Italie.

On dit que les jeunes sont bons à manger, et que les vieux mêmes ne sont pas mauvais, lorsqu’ils sont bien gras ; mais il

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