‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 199 sur 361 · LA PIE DES ANTILLES · texte numérisé non relu

LA PIE DES ANTILLES

M. Brisson a mis cet oiseau parmi les colliers : je ne vois pas qu’il ait eu d’autres raisons , sinon que , dans Ja figure donnée par Aldrovande , les narines sont découvertes; ce que M. Brisson établit en effet pour un des caractères du rollier. Mais, i° ce n’est qu’avec beaucoup d’incertitude qu’on peut attribuer ce caractère à l’oiseau dont il s’agit ici , d’après une figure qui n’a point paru exacte à M. Brisson lui - même , et qu’on doit supposer encore moins exacte sur cet article que sur aucun autre , tout ce détail de petites plumes étant bien plus indifférent au peintre qui veut rendre la nature dans ses principaux effets , qu’au naturaliste qui voudroit l’assujettir à sa méthode.

20 On peut opposer à cet attribut incertain , saisi dans une figure fautive, un attribut beaucoup plus marqué, plus évident, et qui n’a échappé ni au peintre ni aux observateurs qui ont vu l’oiseau même; ce sont

Buffon. VU.

les longues pennes du milieu de la queue, attribut dont M. Brisson a fait le caractère distinctif de la pie.

3° Ajoutez à cela que la pie des Antilles ressemble à la nôtre par son cri , par nos naturel très-défiant, par son habitude de nicher sur les arbres et d’aller le long des rivières 1 , par la qualité médiocre de sa chair; en sorte que, si l’on veut rapprocher cet oiseau étranger de l’espèce d’Europe avec laquelle il a le plus de rapports connus, il faut, ce me semble, le rapprocher de celle de la pie.

Il en diffère néanmoins par l’excès de longueur des deux pennes du milieu de la queue 2, lesquelles dépassent les latérales de huit ou dix pouces, et aussi par ses conleurs ; car il a le bec et les pieds rouges, le cou bleu , avec un collier blanc, la tête de même couleur bleue, avec une tache blanche mouchetée de noir, qui s’étend depuis l’origine du bec supérieur jusqu’à la naissance du cou ; le dos tanné , le croupion jaune , les deux longues pennes de la queue de couleur bleue avec du blanc au bout, et la tige blanche ; les autres pennes de la queue rayées de bleu et de blanc, celles de l’aile mêlées de vert et de bleu, et le dessous du corps blanc.

En comparant la description de la pie des Antilles du P. Du Tertre , avec celle de la pie des Indes à longue queue d’Aldrovande, on ne peut douter qu’elles n’aient été. faites l’une et l’autre d’après un oiseau de la même espèce, et par conséquent que ce ne soit un oiseau d’Amérique, comme l’assure le P. Du Tertre , qui l’a observé à la Guadeloupe, et non pas un oiseau du Japon, comme le dit Aldrovande d’après une tradition fort incertaine ; à moins qu’on ne veuille supposer qu’il s’est répandu du côté du Nord , d’où il aura pu passer d’un continent à l’autre.

x. La pie va aussi le long des eaux, puisqu’elle enlève quelquefois des écrevisses , comme nous l’avons dit.

2. Je ne parle point d’une singularité que lui attribue Aldrovande ; c’est de n’avoir que huit pennes à la queue : mais ce naturaliste ne les avoit comptées que sur la figure coloriée , et l’on sent combien celle manière de juger est équivoque et sujette à l’erreur. 11 est vrai que le P. Du Tertre dit la même chose; mais il est encore plus vraisemblable qu’il le répète d’après Aldrovande, dont il connoissoit bien Y Ornithologie , puisqu’il la cite à la page suivante. D’ailleurs il avoit coutume de faire ses descriptions de mémoire, et la mémoire a besoin d’être aidée. (Voyez page 247 du tome II.) Enfin sa description de la pie des Antilles est peutêtre Ja seule où il soit fait mention des pennes de la queue.

L’HOCISANA.

iy.

L’HOCISANA.

~ Quoique Fernandès donne à cet oiseau le nom de grand/ étourneau, cependant on peut le rapporter, d’après ce qu’il dit lui-mcme, au genre des pies : car il assure qu'il serait exactement semblable au choucas ordinaire, s’il étoit moins gros, qu’il eût la queue et les ongles moins longs, et le plumage d’un noir plus franc et sans mélange de bleu. Or, la longue queue est un attribut , non de l’étourneau, mais de la pie, et celui par lequel elle diltère le plus à l'extérieur du choucas; et quant aux autres caractères par lesquels i’hoeisana s’éloigne du choucas, ils sont autant ou plus étrangers à l’étourneau qu’à la pie.

D’ailleurs cet oiseau cherche les lieux habités, est familier comme la pie, jase de même, et a la voix perçante : sa chair est noire et de fort bon goût.

LA VARDIOLE *.

Seba lui a donné le nom d'oiseau de paradis , comme il le donne à presque tous les oiseaux étrangers à longue queue ; et à ce titre la vardiole le méritoit bien , puisque sa queue est plus de deux fois aussi longue que tout le reste de son corps, mesuré depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité opposée : mais il faut avouer que cette queue n’est point faite comme dans l’oiseau de paradis , ses plus grandes pennes étant garnies de barbes dans toute leur longueur,

i. C’est la pie de l'ile Papoe , de M. Brisson. On l’appelle dans le pays ivajge/ioe et wardioe , d’où j’ai fait vardio/e.

sans parler de plusieurs autres différences.

Le blanc est la couleur dominante de cet oiseau : il ne faut excepter que la tète et le cou , qui sent noirs avec des reflets de pourpre très- vif ; les pieds , qui sont d’un rouge clair; les ailes, dont les grandes pennes ont des barbes ; et les deux pennes du milieu de la queue, qui excédent de beaucoup toutes les autres,, et qui ont du noir le long de la côte, depuis leur base jusqu’à la moitié de leur longueur.

Les yeux de la vardiole sont vifs et entourés de blanc; la base du bec supérieur est garnie de petites plumes noires piliformes , qui reviennent en avant et couvrent les narines ; ses ailes sont courtes et ne dépassent point l’origine de la queue : dans tout cela elle se rapproche de la pie; mais elle en diffère par la brièveté de ses pieds, qu’elle a une fois plus courts à proportion, ce qui entraîne d’autres différences dans le pori et dans la démarche.

On la trouve dans l’ile de Papoe , selon Seba, dont la description, la seule qui soit originale , renferme tout ce que l’on sait de cet oiseau.

YI.

LE ZANOÉ 2.

Fernandès compare cet oiseau du Mexique à la pie commune, pour la grosseur, pour la longueur de la queue, pour la perfection des sens , pour le talent de parler , pour l’instinct de dérober tout ce qu’elle trouve à sa bienséance : il ajoute qu’il a le cri comme plaintif et semblable à celui des petits étourneaux , et que son plumage est noir partout , excepté sur le cou et sur la tête, où l’on aperçoit une teinte de fauve.

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