‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 275 sur 361 · LA DRAINE · texte numérisé non relu

LA DRAINE

la mousse blanche ; et ce nid ressemble moins à ceux des autres grives qu’à celui du merle , ne fut-ce qu’en ce qu’il est matelassé en dedans. Elles produisent à chaque ponte quatre ou cinq œufs gris tachetés , et nourrissent leurs petits avec des chenilles, des vermisseaux, des limaces et même des limaçons , dont elles cassent la coquille. Pour elles, elles mangent toutes sortes de baies pendant la bonne saison , des cerises , des cornouilles, des raisins, des alizés, des olives, etc.; pendant l’hiver, des graines de genièvre, de houx, de lierre et de nerprun, des prunelles , des senelles, de la faine et surtout du gui. Leur cri d’inquiétude est tré tré tré tré; d’où paroil formé leur nom bourguignon draine, et même quelques-uns de leurs noms anglois. Au printemps , les femelles n’ont pas un cri différent ; mais les mâles chantent alors fort agréablement , se plaçant à la cime des arbres, et leur ramage est coupé par phrases différentes qui ne se succèdent jamais deux fois dans le même ordre : l’hiver on ne les entend plus. Le mâle ne différé extérieurement de la femelle que parce qu’il a plus de noir dans son plumage.

Ces oiseaux sont tout-à-fait pacifiques : on ne les voit jamais se battre entre eux, et avec celte douceur de mœurs ils n’en sont pas moins attentifs à leur conservation ; ils sont même plus méfians que les merles, qui passent pour l’èire beaucoup, car on prend nombre de ceux-ci à la pipée, et l’on n’y prend jamais de draine ; mais , comme il est difficile d’éviter tous les pièges, elle se prend quelquefois au lacet, moins cependant que la grive proprement dite et le mauvis.

Belon assure que la chair de la draine qu’il appelle grande grive est de meilleur goût que celle des trois autres espèces ; mais

cela est contredit par tous les autres naturalistes et par notre propre expérience. Il est vrai que nos draines ne vivent pas d’olives, ni nos petites grives de gui , comme celles dont il parle; et l’on sait jusqu’à quel point la différence de nourriture peut influer sur la qualité et le fumet du gibier.

Variété de la Draine.

La seule variété que je trouve dans cette espèce c’est la draine blanchâtre observée par Aldrovande. Elle avoit les pennes de la queue et des ailes d’une couleur foible et presque blanchâtre, et la tète cendrée, ainsi que tout le dessus du corps.

Il faut remarquer dans cette variété l’altération de la couleur des pennes des ailes et de la queue, lesquelles on regarde ordinairement comme moins sujettes au changement , et comme étant , pour ainsi dire , de meilleur teint que toutes les autres plumes.

Je dois ajouter ici qu’il y a toujours des draines qui nichent au Jardin du Roi sur les arbres effeuillés. Elles paroissent trèsfriandes de la graine de l’if, et en mangent tant, que leur fiente en est rouge. Elles sont aussi fort avides de la graine de micocoulier.

En Provence on a une sorte d’appeau avec lequel on imite en automne le chant que les draines et les grives font entendre au printemps : on se cache dans une loge de verdure , d’où l’on peut découvrir par une petùe fenêtre une perche que l’on a attachée sur un arbre à portée ; l’appeau attire les gri\es sur cette perche, où elles accourent croyant trouver leurs semblables; elles n’y trouvent que les embûches de l’homme et la mort; on les tue de la loge à coups de fusil.

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LA LITORNE1.

Cette grive 2 est la plus grosse après la

1. En latin, lurdus piloris, trichas; en italien, tordo, viscada, viscardo ; en espagnol, tordo , zorzol ; en allemand, krammet-vogel, hrainvil-vogei, ziemmer ; en anglois , field-fw-e. M Salerne dit qu’elle s’appelle en Picardie columbasse. Ce nom, qui vraisemblablement a été donné à la plus grosse des grives, couviendroit m’ eux à la draine, d’autant qu’en italien on la nomme lumbina.

2. N° 4po , on la litorne a été représentée mal à propos sous le nom de calandrole.

draine , et ne se prend guère plus qu’elle à la pipée; mais elle se prend comme elle au lacet. Elle diffère des autres grives par son bec jaunâtre, par ses pieds d’un brun plus foncé, et par la couleur cendrée, quelquefois variée de noir, qui règne sur sa tète, derrière son cou et sur son croupion.

Le mâle et la femelle ont le même cri , et peuvent également servir pour attirer les litornes sauvages dans le temps du passage ;

LA LITORNE.

mais la femelle se distingue du male par la couleur de son bec , laquelle est beaucoup plus obscure. Ces oiseaux, qui nichent en Pologne et dans la basse Autriche, ne niellent point dans notre pays ; ils y arrivent en troupes après les mauvis , vers le commencement de décembre , et crient beaucoup en volant : ils se tiennent alors dans les friches où croît le genièvre; et, lorsqu’ils reparoissent au printemps *, ils préfèrent le séjour des prairies humides, et en général ils fréquentent beaucoup moins les bois que les deux espèces précédentes. Quelquefois iis font, dès le commencement de l’automne , une première et courte apparition dans le moment de la maturité des alizés , dont ils sont très-avides , et ils n’eu reviennent pas moins au temps accoutumé. U n’est pas rare de voir les litornes se rassembler au nombre de deux ou trois mille dans un endroit où il v a des alizés mûres ; et elles les mangent si avidement, qu’elles en jettent la moitié par terre. On les voit aussi fort souvent après les pluies courir dans les sillons pour attraper les vers et les limaces. Dans les fortes gelées, (‘Iles vivent de gui, du fruit de l’épine blanche et d’autres baies i. 2 3.

On peut conclure de ce qui vient d’être dit, que les litornes ont les mœurs différentes de celles de la grive ou de la draine , et beaucoup plus sociales. Elles vont quelquefois seules : mais le plu souvent elles forment, comme je l’ai remarqué, des bandes très - nombreuses ; et, lorsqu’elles se sont ainsi réunies, elles voyagent et se répandent dans les prairies sans se séparer; elles se jettent aussi toutes ensemble sur un même arbre à certaines heures du jour, ou lorsqu’on les approche de trop près.

M. Linnæus parle d’une litorne qui, ayant été élevée chez un marchand de vin, se rendit si familière , qu’elle courait sur la table et alloit boire du vin dans les verres : elle en but tant, qu’elle devint chauve; mais , ayant été renfermée pendant un an dans une cage sans boire de vin, elle reprit ses plumes. Cette petite anecdote nous offre deux choses à remarquer, l’effet du vin sur les plumes des oiseaux , et l’exemple d’une litorne apprivoisée , ce qui est assez rare , les grives , comme je l’ai dit plus haut, ne se privant pas aisément.

Plus le temps est froid, plus les litornes

i. Llles arrivent en Angleterre vers le commencement d octobre, et elles s’en vont au mois de

mars.

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