LE MOQUEUR
Nous trouvons dans cet oiseau 2 singulier une exception frappante à une observation générale faite sur les oiseaux du Nouveau- Monde. Presque tous les voyageurs s’accordent à dire qu’autant les couleurs de leur plumage sont vives , riches , éclatantes, autant le son de leur voix est aigre, rauque, monotone, en un mot, désagréable. Celui-ci est au contraire , si l’on en croit Fernandès, Nieremberg, et les Américains, le chantre le plus excellent parmi tous les volatiles de f univers , sans même en excepter le rossi-
1. En latin, mimus , turdus , sylvia , avis polyglotta ; en anglois , American moch-bird , nightingale, American song-l/irush , singing bird , grey-mohkingbird. Des voyageurs ont pris pour moqueurs certaines espèces de troupiales.
2. N 558 , fig. i, où cet oiseau est représenté sous le nom de merle cendré de Saint-Domingue.
gnol : car il charme , comme lui, par les accens fiat tenus de son ramage, et de plus i! amuse par le talent inné qu’il a de contrefaire le chant ou plutôt le cri des autres oiseaux; et c’est de là sans doute que lui est venu le nom de moqueur: cependant, bien loin de rendre ridicules ces chants étrangers qu’il répète , il paroît ne les imiter que pour les embellir; on croiroit qu’en s’appropriant ainsi tous les sons qui frappent ses oreilles, il ne cherche qu’à enrichir et perfectionner son propre chant , et qu’à exercer de toutes les manières possibles son infatigable gosier: aussi les sauvages lui ont-ils donné le nom de cencontlatolli , qui veut dire quatre cents langues , et les savans celui de polyglotte , qui signifie à peu près la même chose. Non seulement le moqueur chante bien et avec goût, mais il chante avec action, avec âme.