LE MOQUEUR
ou plutôt son chant n’est que l’expression de ses affections intérieures; il s’anime à sa propre voix , et l’accompagne par des mouvemens cadencés , toujours assortis à l’inépuisable variété de ses phrases naturelles et acquises. Sou prélude ordinaire est de s’élever d’abord peu à peu les ailes étendues , de retomber ensuite la tête en bas, au même point d’où il étoit parti ; et ce n’est qu’après avoir continué quelque temps ce bizarre exercice, que commence l’accord de ses mouvemens divers , ou , si I on veut , de sa danse, avec' les différons caractères de son chant. Exécute-t-il avec sa voix des roulemens ' ifs et légers, son vol décrit en même temps dans l’air une multitude de ces cercles qui se croisent; on le voit suivre en serpentant les tours et retours d’une ligne tortueuse, sur laquelle il monte, descend, et remonte sans cesse. Son gosier forme-t-il une cadence brillante et bien battue, il l’accompagne d’un battement d’ailes également vif et précipité. Se livre-t-il à la volubilité des arpèges et des batteries, il les exécute une seconde fois par les bonds multipliés d’un vol inégal et sautillant. Donne-t-il essor à sa voix dans ces tenues si expressives où les sons , d’abord pleins et éclatans , se dégradent ensuite par nuances, et semblent enfin s’éteindre tout-à-fait et se perdre dans un silence qui a son charme comme la plus belle mélodie , on le voit en même temps planer moelleusement au dessus de son arbre, ralentir encore par degrés les ondulations imperceptibles de ses ailes, et rester enfin immobile et comme suspendu au milieu des airs.
Il s’en faut bien que le plumage de ce rossignol d’Amérique réponde à la beauté de son chant; les couleurs en sont très-communes et n’ont ni éclat ni variété. Le dessus du corps est gris-brun plus ou moins foncé ; le dessus des ailes et de la queue est encore plus brun : seulement cè brun est égayé, i° sur les ailes, par une marque blanche, qui les traverse obliquement vers le milieu de leur longueur , et quelquefois par de petites mouchetures blanches qui se trouvent à la partie antérieure ; 20 sur la queue , par une bordure de même couleur blanche; enfin,
sur la tête , par un cercle encore de même couleur, qui lui forme une espèce de couronne, et qui, se prolongeant sur les yeux, lui dessine comme deux sourcils assez marqués *. Le dessous du corps est blanc depuis la gorge jusqu’au bout de la queue. On aperçoit dans le sujet représenté par M. Edwards quelques grivelures, les unes sur les côtés du cou , et les autres sur le blanc des grandes couvertures des ailes.
Le moqueur approche du mauvis par la grosseur; il a la queue un peu étagée 2, les pieds noirâtres , le bec de la même couleur, accompagné de longues barbes qui naissent au dessus des angles de son ouverture; enfin il a les ailes plus courtes que nos grives, mais cependant moins courtes que le moqueur françois.
U se trouve à la Caroline , à la Jamaïque, à la Nouvelle-Espagne, etc. En général, il se plaît dans les pays chauds, et subside dans les tempérés : à la Jamaïque, il est fort commun dans les savanes des contrées où il y a beaucoup de bois. U se perche sur les plus hautes branches, et c’est de là qu’il fait entendre sa voix. U niche souvent sur les ébéniers. Ses œufs sont tachetés de brun. U vit de cerises , de baies d’aubépine , et de cornouiller, et même d’insectes; sa chair passe pour un fort bon manger. Il n’est pas facile de l’élever en cage ; cependant on en vient à bout lorsqu’on sait s’y prendre, et l’on jouit une partie de l’année de l’agrément de son ramage; mais il faut pour cela se conformer à ses goûts, à son instinct, à ses besoins; il faut, à force de bons traitemens, lui faire oublier son esclavage, ou plutôt la liberté. Au demeurant, c’est un oiseau assez familier , qui semble aimer l’homme, s’approche des habitations, et vient se percher jusque sur les cheminées.
Celui qu’a ouvert M. Sloane avoit le ventricule peu musculeux , le foie blanchâtre , et les intestins roulés et repliés en un grand nombre de circonvolutions.