LE MERLE BLEU
On retrouve dans ce merle le ratme fond de couleur (pie dans le merle de roche, c’està-dire le cendré bleu (mais sans aucun mélange d’orangé), la même taille, à peu près les mêmes proportions, le goût des mêmes nourrit tires, le même ramage, la même habitude de se tenir sur le sommet d s montagnes et de poser son nid sur les rochers les plus escarpés, en sorte qu’on seroil tenté de le regarder comme une race appartenant à la même espèce que le merle de roche; aussi plusieurs ornithologistes les ont pris l’uu pour 1 autre. Les couleurs de sou plumage varient un peu dans les descriptions , et sont probablement sujettes à des vari liions réelles d’un individu à l’autre, selon l’âge, le sexe, le climat, ele. Le mâle, que M. Edwards a
1. Je doute fort que ce soit le mono <■ d’Aristote (Hisf. aiiim. , lih. IX, cap. 21), qui avoit le bec Ion", le pied grand et le tarse court; cc qui ne convient guère au inerte bien. En latin , ryâhus , çivruleus, etc. ; en italien, merlo biuto ; en allemand,
représenté pl. xvat, 11’ef oit pas d’un bleu uniforme partout ; la teinte de la partie supérieure du corps étoit plus foncée que la teinte de la partie inférieure ; il avoit les pennes de la queue noirâtres , celles des ailes brunes, ainsi que les grandes couvertures, et celles-ei terminées de blanc, les yeux entoures d’un cercle jaune, le dedans de la bouche orangé, le bec et les pieds d’un brun presque noir. Il paroît qu'il y a plus d’uniformité dans le plumage de la femelle.
Belon , q~ui a vu de ees oiseaux à Ragüse en Dalmatie, nous dit qu’il y en aussi dans les îles de Négrepont , de Candie , de Zante, de Corfou, etc., ei qu’on les recherche beaucoup à cause de leur chant ; mais il ajoute qu’il ne s’en trouve point naturellement eu
b/au-vogel , blau-stein amsel , /Je in blau simmer. Oa lui a aussi appliqué les noms qui conviennent au merle Je roche , et même ceux de moineau ou passe reau so/itaire.
LE MERLE R LEU. 3gi
France , ni en Italie. Cependant le bras de mer qui sépare la Dalmalie de l’Italie n’est point une barrière insurmontable, surtout pour ces oiseaux, qui, suivant Belon luimème , volent beaucoup mieux que le merle ordinaire, et qui, au pis aller, pourroient faire le tour et pénétrer en Italie en passant par l’état de Venise. D’ailleurs c’est un fait que ces merles se trouvent en Italie : celui que M. Frisson a décrit, et celui que nous avons fait représenter, n° 25o, ont été tous deux envoyés de ce pays. M. Edwards avoit appris par la voix publique qu’ils y niehoient sur les rochers inaccessibles , ou dans les vieilles tours abandon-
t. M. Lottinger me parle d'un merle plombé qui passe dans les montagnes de Lorraine aux mois de septembre et d’octobre, qui est alors beaucoup
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nées 1 ; et de plus il en a vu quelques-uns qui avoient été'tuésaux envii ons de Gibraltar : d’où il conclut, avec assez de fondement, qu’ils sont répandus dans tout le midi de l’Europe. Mais cela doit s’entendre seulement des montagnes; car il est rare qu’on rencontre de ces oiseaux dans la plaine. Leur ponte est ordinairement de quatre ou cinq œufs; et leur chair, surtout celle des jeunes, passe pour un foi*, bon manger.
plus gras et de meilleur goût que nos merles ordinaires, mais qui ne re»semble ni au mâle ni à ta femelle de cette dernière espèce. Comme la notice que j’ai reçue de cet oiseau n’étoit point accompagnée de description , je ne puis décider s’il doit être rapporté comme vaCiéte à l’espèce du merle bleu dont il semble se rapprocher par le plumage et par les mœurs.
LE MERLE SOLITAIRE1
Vorcr encore un merle habitant des montagnes et renommé pour sa !>elle voix. On sait que le roi François Ier prenoit un singulier plaisir à l’entendre, et qu’aujourd’hui même un mâle apprivoise de cette espèce se vend fort cher à Genève et à Milan, et beaucoup plus cher encore à Smyrne et à Constantinople. Le ramage naturel du merle solitaire est en effet très doux, très-flùté, mais un peu triste, comme doit être le chant de tout oiseau vivant en solitude. Celui-ci se tient toujours seul , excepté dans la saison de l’amour. A cette époque, non seulement le mâle et la femelle se rechei client , mais souvent ils quittent de compagnie les sommets agrestes et deserts , cù jusque là ils avoient fort bien vécu séparément, pour venir dans les lieux habités, et se rapprocher de l’homme. Ils sentent le besoin de la société dans le moment où la plupart des animaux qui ont coutume d’y vivre se nasseroient de tout l’univêrs ; on diroit qu’ils veulent avoir des témoins de leur bonheur, afin d’en jouir de toutes les manières possibles. A la vérité, ils savent se garantir des inconvéniens de la foule , et se faire une so-
i. 11 est probable que c'est ici le cossuphos baios, ou petit incite, dont Aristote dit (liv. IX. chap. 19 de son Histoire des Animaux) quM est semblable au merle noir, excepté que son plumage esl brun , que son bec n’est point jaune, et qu’il a coutume de se tenir sur les rochers ou sur les toits. Je ne gâche que le solitaire a qui tout cela puisse con-
lîtude au milieu delà société, en s’élevant à une hauteur où les importunités ne peuvent atteindre que difficilement. Ils ont coutume de poser leur nid , fait de brins d’iterbes et de plumes, tout au haut d’une cheminée isolée, ou sur le comble d’un vieux château , ou sur la cime d’un grand arbre , et prêta; ut toujours à portée d’un clocher ou d’une ‘our élevée : c’est sur le coq de ce clocher, ou sur la girouette de cette tour, que le mâle se déni des heures et des journées entières, sans cesse occupé de sa compagne tandis qu’elle couve, et s’efforçant de charmer les ennuis de sa situation par un chant continuel. Ce chant , tout pathétique qu il est, ne suffit pas à l’expression du sentiment dont il est plein; un oiseau solitaire sent plus, et plus profondément qu’un autre ; on voit quelquefois celui ci s’élever en chantant, battre des ailes, étaler les plumes de sa queue, relever celles de sa tète, et décrire en pialïant plusieurs cercles, dont sa femelle chérie est le centre unique.
Si quelque bruit extraordinaire, ou la présence de quelque objet nouveau , donne de l’inquiétude à la couveuse , elle se réfu-
venir. D’ailleurs cet oiseau se trouve dans ’es îles de i’ Archipel, et par conséquent 11e put être inf' imu 3 Aristote ou a ses correspondais. En latin , passer seu turdiis sohturius , dont les Italiens ont fait passera solituna ; les François, paisse solitaire ; 'es Allemands, passer solitary ; et les Angiois , soluarj sparro# ,
LE MERLE SOLITAIRE
gie dans son fort, c’est-à-dire sur le clocher ou sur la tour habitée par son mâle, et bientôt elle revient à sa couvée , qu’elle 11e renonce jamais.
Des que les petits sont éclos, le mâle cesse de chanter, mais il ne cesse pas d’aimer : au contraire, il ne se tait que pour donner à celle qu’il aime une nouvelle preuve de son amour, et partager avec elle le soin de porter la becquée à leurs petits ; car , dans les animaux , 1 ardeur de l’amour n’annonce pas seulement une plus grande fidélité au vœu de la nature pour la génération des êtres, mais encore un zele plus vif et plus soutenu pour leur conservation.
Ces oiseaux pondent ordinairement cinq ou six œufs. Ils nourrissent leurs petits d’insectes, et ils s’en nourrissent eux-mêmes, ainsi que de raisins et d’autres fruits. On les voit arriver au mois d’avril dans les pays où ils ont coutume de passer 1 été ; ils s’en vont à la fin d’août , et reviennent constamment chaque année au même endroit où ils ont en premier lieu fixé leur domicile. Il est rare qu’on en voie deux paires établies dans le même canton «.
Les jeunes, pris dans le nid, sont capables d instruction : la souplesse de leur gosier se prèle à tout, soit aux airs, soit aux paroles; car ils apprennent aussi à parler, et ils se mettent a chanter au milieu de la nuit , sitôt qu’ils voient la lumière d’une chandelle. Ils peuvent vivre en cage jusqu’à huit ou dix ans, lorsqu’ils sont bien gouvernés. On en trouve sur les montagnes de France et d’Italie, dans presque toutes les îles de l’Archipel , surtout dans celles de Zira et de Nia, où l’on dit qu'ils nichent parmi des tas de pierres, et dans File de Corse , où ils 11e sont point regardés comme oiseaux de passage 2. Cependant en Bourgogne il est inouï que ceux que nous voyons
r. II y en a tous les ans une paire sur le clocher de Sainte-Reine , petite ville de mon voisinage, située à ini - côte d’une montagne passablement élevée.
2. C’est ce que j’apprends par M. Artier, professeur d’bistoire naturelle a Ttastin , que j’ai déjà eu occasion de < iler.
arriver au printemps et nicher sur les cheminées ou sur les combles des églises , y passent l’hiver. Mais il est possible de concilier tout cela : le merle solitaire peut trèsbien ne point quitter 1 île de Corse, et néanmoins passer d’un canton à l’autre, et changer de domicile suivani les saisons, à peu près comme il fait en France.
Les habitudes singulières de cet oiseau et la beauté de sa voix ont inspiré au peuple une sorte de vénération pour lui. Je connois des pa)s où il passe pour un oiseau de bon augure , où l’on souffriroit impatiemment qu’il fût troublé dans sa poule, et où sa mort seroit presque regardée comme un malheur public.
Le merle solitaire est un peu moins gros que le merle ordinaire; mais il a le bec plus fort et plus crochu parle bout 3, et les pieds plus courts à proportion. Son plumage est d’un brun plus ou moins foncé, et moucheté de blanc partout , excepté sur le croupion et sur les pennes des ailes et de la queue; outre cela , le cou , la gorge , la poitrine, et les couvertures des ailes, ont dans le mâle une teinte de bleu et des reflets pourpres qui manquent absolument dans le plumage de la femelle ; celle-ci est d’un brun plus uniforme, et ses mouchetures sont jaunâtres. L’un et l’autre ont l’iris d’un jaune orangé, l’ouverture des narines assez grande, les bords du bec échancrés près de la pointe, comme dans presque tous les merles et tontes les gi ives ; l’intérieur de la bouche jaune ; la langue divisée par le bout en trois lilets, dont celui du milieu est le plus long; douze pennes à la queue, dix-neuf à chaque aile, dont la première est t res-courte ; enfin la première phalange du doigt extérieur unie à celle du doigt du milieu. La longueur totale de ce s oiseaux est de huit à neuf pouces, leur vol de douze à treize, leur queue de trois , leur pied de treize lignes , leur bec de quinze; les ailes repliées s’étendent au delà du milieu de la queue.
3. Cela seul auroit dû le faire exclure du genre des merles dans toute distribution méthodique où l’on a établi pour l’un des caractères de ce genre , le bout de la mandibule supérieure presque droit.
OISEAUX ÉTRANGERS