‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 358 sur 361 · LE MARTIN · texte numérisé non relu

LE MARTIN

les blés, le riz, le maïs, les fèves, cl à pénétrer jusque dans les colombiers pour y tueries jeunes pigeons et en faire leur proie; de sorte qu’après avoir délivré ces colonies des ravages des sauterelles , ils sont devenus eux-mêmes un fléau plus redoutable 1 et plus difficile à extirper, si ce n’est peut-être par la multiplication d’oiseaux de proie plus forts: mais ce remède auroit, à coup sur, d’autres inconvéniens. Le grand secret seroit d’entretenir un nombre suffisant de martins pour servir au besoin contre les insectes nuisibles, et de se rendre maître jusqu’à un certain point de leur multiplication; peutêtre aussi qu’en étudiant l’histoire des sauterelles, leurs mœurs , leurs habitudes , etc., on trouveroit le moyen de s’en défaire sans avoir recours à ces auxiliaires de trop grande dépense.

Ces oiseaux ne sont pas fort peureux , et les coups de fusil les écartent à peine. Ils adoptent ordinairement certains arbres, ou même certaines allées d’arbres, souvent fort voisines des habitations, pour y passer la nuit ; et ils y tombent le soir par nuées si prodigieuses, que les branches en sont entièrement couvertes , et qu'on n’en voit plus les feuilles. Lorsqu’ils sont ainsi rassemblés, ils commencent par babiller tous à la fois et d’une manière très-incommode pour les voisins. Ils ont cependant un ramage naturel fort agréable, très-varié et très-étendu. Le matin ils se dispersent dans les campagnes, tantôt par petits pelotons , tantôt par paires, suivant la saison.

Ils font deux pontes consécutives chaque année, la première vers le milieu du printemps; et ces pontes réussissent ordinairement fort bien, pourvu que la saison ne soit pas pluvieuse. Leurs nids sont de construction grossière, et ils ne prennent aucune précaution pour empêcher la pluie d’y pénétrer ; ils les attachent dans les aisselles des feuilles du palmier-latanier ou d’autres arbres : ils les font quelquefois dans les gre-

i. Iis se rendent encore nuisibles en détruisant des insectes utiles , tels que la demoiselle , dont la larve, connue sous le nom de petit lion, fait une

guerre continuelle aux pucerons cotonneux , qui causent tant de dommages aux cafiers,

niers, c’est-à-dire toutes les fois qu’ils le peuvent. Les femelles pondent ordinairement quatre œufs à chaque couvée , et les couvent pendant le temps ordinaire. Ces oiseaux sont fort attachés à leurs petits : si l’on entreprend de les leur enlever, ils voltigent çà et là en faisant entendre une espèce de croassement qui est chez eux le cri de la colère, puis fondent sur leur ravisseur à coups de bec; et si leurs efforts sont inutiles, ils ne se rebutent point pour cela, mais ils suivent de l’œil leur géniture, et, si on la place sur une fenèlre ou dans quelque lieu ouvert qui donne un libre accès aux père et mère, ils se chargent l’un et l’autre de lui apporter à manger, sans que la vue de l’homme ni aucune inquiétude pour eux-mêmes, ou , si l’on veut , aucun intérêt personnel, puisse les détourner de cette intéressante fonction. ''

Les jeunes martins s’apprivoisent fort vite; ils apprennent facilement à parler : tenus dans une basse-cour, ils contrefont deuxmêmes les cris de tous les animaux domestiques, poules, coqs, oies, petits chiens, moutons, etc. , et ils accompagnent leur babil de certains accens et de certains gestes qui sont remplis de gentillesse.

Ces oiseaux sont un peu plus gros que les merles : ils ont le bec et les pieds jaunes comme eux, mais plus longs, et la queue plus courte , la tète et le cou noirâtres ; derrière l’œil une peau nue et rougeâtre, de forme triangulaire; le bas de la poitrine et tout le dessus du corps, compris les couvertures des ailes et de la queue, d’un brun marron; le ventre blanc; les douze pennes de la queue et les pennes moyennes des ailes brunes, les grandes noirâtres depuis leur extrémité jusqu’au milieu de leur longueur, et de là blanches jusqu’à leur origine, ce qui produit une tache oblongue de cette couleur près du bord de chaque aile lorsqu’elle est pliée : les ailes ainsi pliées s’étendent aux deux tiers de la queue.

On a peine à distinguer la femelle du mâle par aucun attribut extérieur 2.

2. Les principaux faits de l’histoire de cet oiseau sont dus à M. Sotinerat et à M. de La Aux, correspondons du Cabinet d’histoire naturelle.

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