‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 72 sur 361 · LA CHOUETTE OU GRANDE CHEVÊCHE · texte numérisé non relu

LA CHOUETTE OU GRANDE CHEVÊCHE

lorsqu elle en a , ne sont , pour ainsi dire , que des points ou des gouttes ; et c’est par cette raison qu’on a appelé l’effraie noctua guttata , et la chouette des rochers dont il est ici question , noctua flammeatci. Elle a aussi les pieds bien plus garnis de plumes , et le bec tout brun, tandis que celui de l’effraie est blanchâtre et n’a de brun qu’à son extrémité. Au reste, la femelle , dans cette espèce , a les couleurs plus claires et les taches plus petites que le mâle , comme nous l’avons aussi remarqué sur la femelle du chat-huant.

Relou dit que cette espèce s’appelle la grande chevêche. Ce nom n’est pas impropre; car cet oiseau ressemble assez, par son plumage et par ses pieds bien garnis de duvet, à la petite chevêche, que nous appelons simplement chevêche: il paroît être aussi du même naturel, ne se tenant tous deux que dans les rochers , les carrières , et très-peu dans les bois. Ces deux espèces ont aussi un nom particulier, kautz ou kautztein en allemand , qui répond au nom particulier chevêche en françois. M. Salerne dit que la chouette du pays d’Orléans est certainement la grande chevêche de Reion ; qu'en Sologne on l’appelle chevêche, et plus communément chavoche ou caboche ; que les laboureurs font grand cas de cet oiseau, en ce qu’il détruit quantité de mulots; que. dans le mois d’avril on l’entend crier jour et nuit goût, mais d’un ton assez doux, et que, quand il doit pleuvoir , elle change de cri, et semble dire goyon; qu’elle ne fait point de nid, ne pond que trois œufs tout blancs , parfaitement ronds , et gros comme ceux d’un pigeon ramier. Il dit aussi qu’elle loge dans des arbres creux, et qu’Olina se trompe lourdement quand il avance qu’elle couve les deux derniers mois de l’hiver : cependant ce dernier fait n’est pas éloigné du M’ai; non seulement cette chouette, mais même toutes les autres pondent au commencement de mars , et couvent par conséquent dans ce même temps : et à l’égard de la demeure habituelle de la chouette ou grande chevêche dont il est ici question, nous avons observé qu’elle ne la prend pas dans des arbres creux, comme l’assure M. Salerne, mais dans des trous de rochers et dans les carriè-

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res, habitude qui lui est commune avec la petite chevêche dont nous allons parler dans l’article suivant. Elle est aussi considérablement plus petite que la hulotte, et même plus petite que le chat-huant, n’ayant guère que onze pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu’aux ongles.

Il paroît que cette grande chevêche, qui est assez commune en Europe, surtout dans les pays de montagnes, se retrouve en Amérique dans celles du Chili , et que l’espèce indiquée par le P. Feuillée, sous le nom de chevêche-lapin , et à laquelle il a donné ce surnom de lapin , parce qu’il l’a trouvée dans un trou fait dans la terre; que cette espèce, dis-je , n’est qu’une variété de notre grande chevêche ou chouette des rochers d’Europe ; car elle est de Ja même grandeur , et n’en diffère que par la distribution des couleurs; ce qui n’est pas suffisant pour en faire une espèce distincte et séparée. Si cet oiseau creusoit lui -même son trou (le P. Feuillée paroît le croire), ce seroit une raison pour le juger d’une autre espèce que notre chevêche 1 , et même que toutes nos autres chouettes : mais il ne s’ensuit pas, de ce qu’il a trouvé cet oiseau au fond d’un terrier, que ce soit l’oiseau qui l’ait creusé; et ce qu’on en peut seulement induire, c’est qu’il est du même naturel que nos chevêches d Europe , qui préfèrent constamment les trous, soit dans les pierres, soit dans les terres, à ceux qu’elles pourroient trouver dans les arbres creux.

i. i° Le P. Du Tertre, en parlant de l’oiseau nocturne appelé diable dans nos îles de l’Amérique, dit qu’il est gros. comme un canard; "qu’il a la vue affreuse, le plumage mêlé de blanc et de noir; qu’il repaire sur les plus hautes montagnes; qu’il se territ comme le lupin dans les trous qu’il fuit dans la terre , où il pond ses œufs , les y couve et élève

ses petits qu’il ne descend jamais de la montagne

que de nuit, et qu’en volant il fait un cri fort lugubre et effroyable ( Histoire des Antilles, tome II , page 257J. 20 Cet oiseau est certainement le même que celui du P. Feuillee, et quelques uns des habitans de nos îles se trouveront peut-être à portée de vérifier s’il creuse en effet un terrier pour se loger et y élever ses petits. Tout le reste des indications que nous donnent ces deux auteurs s’accorde à ce que cet oiseau soit de la même espèce que notre chevêche ou chouette des rochers.

OISEAUX DE PROIE

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