‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 83 sur 361 · IA PETITE OUTARDE · texte numérisé non relu

IA PETITE OUTARDE

VULGAIREMENT LA CANEPETIËRE *.

Cet oiseau ne diffère de l’outarde que parce qu’il est beaucoup plus petit, et par quelques variétés dans le plumage. Il a aussi cela de commun avec l’outarde, qu’on lui a donné le nom de cane, et de canard , quoiqu’il n’ait pas plus d’affinité qu’elle avec les oiseaux aquatiques, et qu’on ne le voie jamais autour des eaux. Reion prétend qu’on l’a ainsi nommé parce qu’il se tapit contre terre comme font les canes dans l’eau ; et M. Salerne, parce qu’il ressemble en quelque chose à un canard sauvage, et qu’il vole comme lui; mais l’incertitude et le peu d’accord de ces conjectures étymologiques font voir qu’un rapport aussi vague, et surtout un rapport unique, n’est point une raison suffisante pour appliquer à un oiseau le nom d’un autre oiseau; car si un lecteur qui trouve ce nom ne saisit point le rapport qu on a voulu indiquer, il prendra nécessairement une fausse idée : or il y a beaucoup à parier que ce rapport étant unique, ne sera saisi que très-rarement.

La dénomination de petite outarde , n° le mâle, et n° 10 la femelle, que j’ai préférée, n’est point sujette a cet inconvénient; car l’oiseau dont il s’agit ayant tous les principaux caractères de l’outarde, à l’exception de la grandeur, le nom composé de petite

t. En italien , fasanella.

« Quant à l’étymologie ( dit M. Salerne , Histoire « naturelle des Oiseaux, page i 55), on le nomme (cet «oiseau) canepeti'ere on ca.iepétrace , i° parce qu'il « ressemble en quelque chose à un canard sauvage , « et qu’il vole comme lui ; 2° parce qu’il se plaît « parmi les pierres, il y en a qui pensent que ce « nom lui vient de ce qu’il pétrit son aire ou son « repaire ;• d’autres disent que c’est parce qu’il « pète : mais je préfère la première étymologie, « d’autant plus que les Orléanois appellent le petit «moineau de muraille, dit friquet , un pétrac ou « péirat. »

Cette érymologie de canepeti'ere , parce que cet oiseau pète, dit-on, ne paroît uniqueu eut fondée que sur l’analogie du mot; car aucun naturaliste n’a rien dit de pareil dans l’histoire de cet oiseau ; notamment Belon qui a copié presque tous les autres.

D’ailleurs je remarque que îe proyer , dont le f même M. Salerne parle aux pages 291 et 292 , est I appelé péteux, quoiqu’il ne soit point dit dans son ; histoire qu’il pèle, mais bien qu’il se plaît dans ■e les prés, les sainfoins et les luzernes. Or la canepetière est aussi appelée anas pratensis.

Bttefon, VIT.

outarde lui convient dans presque toute la plénitude de sa signification, et ne peut guère produire d’erreurs.

Relou a soupçonné que cet oiseau étoit le tetrax d’Alhénée, se fondant sur un passage d<* cet auteur où il le compare pour la grandeur au sp< rntologus , que Relou prend pour un freux , espèce de grosse corneille: mais Aldrovande assure au contraire que le s p envola g us est une espèce de moineau , et que par conséquent le tetrax , auquel Athénée le compare pour la grandeur, ne satiroit être la petite outarde; aussi Willughby prétend-il que eet oiseau n’a point élé nommé par les anciens.

Le même Aldrovande nous dit que les pécheurs de Rome ont donné , sans qu’on sache pourquoi, le nom de Stella à un oiseau qu’il avoit pris d’abord pour la petite outarde, mais qu ensuite il a jugé différent en y regardant de plus près. Cependant, malgré un aveu aussi formel , Ray , et d’apres lui M. Salerne, dirent «pie la ranepeîiere et \z Stella avis d’ Aldrovande paraissent être de la même espère : et TV1 . Rrisson place sans difficulté le Stella d’ Aldrovande parmi les synonymes de la petite outarde; il semble même imputer à Charleton et à Willughby d’avoir pensé de même, quoique ces deux auteurs aient été fort attentifs à ne point confondre ces deux sortes d’oiseaux, que, selon toute apparence , ils n’avoieut point vus a.

D’un autre côté, M. Rarrère, brouillant la petite outarde avec le râle, lui a imposé le nom d'ôrtigornetra melina, et lui donne un quatrième doigt à chaque pied , tant il est vrai que la multiplicité des méthodes ne fait que donner lieu à de nouvelles erreurs ,

2. Charleton en fait deux espèces différentes , dont l’une, qui est la neuvième de ses p/n tivores , est la canepetière; et l’autre, qui est la dixième espèce du même genre , est Yavis Stella : sur celleci il renvoie à Jonston , et il ne parte de l’autre que d’après Béton. A l’égard de Willughby . il ne donne nulle, part le nom de ste/lu à la canepetière ( voyez son ( >1 /lithologie , page 1 29 ) , ni le nom de çanepetiire à l 'avis Stella (voyez la figure qui est au bas de la planche xxxn , et qui paroit copiée d’aprèa l’avis Stella d’ Aldrovande; voyez aussi la table, an mot Stella. )

Page 1