‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 84 sur 361 · LA PETITE OUTARDE · texte numérisé non relu

LA PETITE OUTARDE

sans rien ajouter aux connoissances réelles.

Cel oiseau est une véritable outarde, comme j’ai dit, mais construite .sur nue plus petite échelle; d’où M. Klein a pris occasion de l’appeler outarde, naine '. Sa longueur, prise du bout du bec au bout des ongles, est de dix-huit pouces, c’est-à-dire plus d une fois moindre fjue ta même dimension prise dans la grande outarde : cette seule mesure donne toutes |es autres; et il n’en faut pas conclure, avec M, Ray , (pie la petite outarde soit à la grande comme un est à deux, mais comme un est a huit, puisque les volumes des corps semblables sont entre eux comme les cubes de celles de leurs dimensions simples qui se correspondent. Sa grosseur est à peu prés celle d un faisan : elle a, comme la grande outarde, trois doigts seulement à chaque pied, le bas de la jambe sans plumes, le bec des gallinacés, et un duvet couleur de rose sous toutes les plumes du corps; mais elle a deux pennes de moins à la queue, une penne de plus à chaque aile, dont les dernières pennes vont, l'aile étant pliée, presque aussi loin que les premières, par lesquelles on entend les [ibis éloignées du corps. Outre cela le mâle n’a point ces barbes de plumes qu’a le mâle de la grande espece; et M. Klein ajoiiteqnc son plumage est moins beau que celui de la femelle , contre ee qui se voit le plus souvent dans les oiseaux. Mais, à ces différences près, qui sont assez légères, on retrouve dans la petite espèce tous les attributs extérieurs de la grande, et même presque toutes les qualités intérieures, le même naturel, les mêmes moeurs , les mêmes habitudès; il semble que la petite soit éclose d'un œuf de la grande, dont le germe auroit eu une moindre force de développement.

Le male se distingue de la iemelle par un doub'e collier blanc, et par quelques autres variétés dans les couleurs; mais celles de la pai lie supérieure du corps sont presque les mêmes dans les deux sexes, et sont beaucoup moins sujettes à varier dans les différens individus, ainsi que Reion l’avoit reniai que.

Selon M. Salerne, ees oiseaux ont un cri particulier d’amour , qui commence au mois de mai : ce cri est brout ou prout ; ils le répètent surtout la nuit , et on l’entend de fort loin ; alors les males se battent entre eux avec acharnement, et tâchent de se rendre maîtres chacun d’un certain district; un

t. 'I aida nana , an otis vti videtur , s eu larda aquatica ; f t-do aviuin , page 18, n° 11.) Voilà encore la petite outarde ira nslonr.ee expressément en oiseau

SLO jMtf,

seul suffit à plusieurs femelles, et la place du rendez-vous d’amour est battue comme l’aire d’une grange.

La femelle povd , au mois de juin, trois, quatie, et jusqu’à cinq œuls Tort beaux, d un vert luisant ; lorsque ses petits sont éclos, elle les mène comme la poule mène les siens. Ils ne commencent à voler (pie vers le milieu du mois d’aoiit; et quand jls entendent du bruit , ils se tapissent contre terre , et se laisseroient plutôt écraser que de remuer de la place 2.

O11 prend les mâles au piège en les attirant avec une femelle empaillée, dont on imite le cri ; on les (liasse aussi avec I oiseau de proie ; mais en général ces oiseaux sont fort difficiles à approcher, étant toujours aux aguets sur queluue hauteur dans les avoines, mai; jamais, dit-on, dans les seigles et les blés. Lorsque, sur la lin de la belle saison , ils se disposent à quitter le pays pour passer dans un autre , on les voit se rassembler par troupes; et pour lors il ny a (dus de différence entre les jeunes et les vieux.

Ils se nourrissent , suivant Reion, comme ceux de la grande espece , c’est-à-dire d herbes et de gi aines, et, outre cela, de fourmis, de scarabées , et de petites mouches ; mais, selon M. Salerne. les insectes sont leur nourriture principale ; seulement ils mangent quelquefois, an printemps, les feuilles les plus tendres du laiteron.

La petite outarde est moins répandue que la grande, et paroi! confinée dans une zone beaucoup plus étroite. AI. Linnæiisdit qu’elle se trouve en Europe, et particulièrement en France : cela est un peu vague ; car il y a des pays très-considérables en Europe et même de grandes provinces en France où elle est inconnue. Ou peut mettre les climats de la Suède et de la Pologne au nombre de ceux où elle ne se ptail point : car M. Linnæus lui-même n’en fait aucune mention dans sa Paw/a Suecica , ni le P. Rzaczynski, dans son Histoire naturelle de Pologne ; et M. Klein n’en a vu qu’une seule à Dantzick , laquelle venoil de la ménagerie du maregrave de Bareitk.

2. M. Salerne n’indique point les onrees où il a puisé tous ces faits ; ils ressemblent beaucoup à ce qu’on dit du coq de bruyère, qui s'appelle tetrix (voyez /{ist. nat. des Oiseaux, page i36); et comme 011 a donné te nom de teirax à la petite outarde, on pourroit craindre qu’il 11’v eût ici quelque me prise fondée sur une équivoque de 110m . d autant plus que Yi. Salerne est le seul naturaliste qui entre dans d'aussi grands details sur la génération de la petite outarde, sans citer ses gurans.

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