AUTRE PETITE OUTARDE HUPPÉE
d’afrique.
Le rliaad est distingué de notre petite outarde de France par sa huppe, et du houbaara d'Afrique en ce qu’il n'a pas comme lui leçon orné d'une fraise; du reste, il est de la même grosseur que celui-ci : il a la tète noire, la huppe d’un bleu foncé; le dessus du corps et des ailes, jaune, tacheté de brun; la queue d’une couleur plus claire, rayée transversalement de noir; le ventre blanc, et le bec fort, ainsi que les jambes.
Le petit rliaad ne différé du grand que par sa petitesse (n’étant pas pins gros qu’uu poulet ordinaire), par quelques variétés dans le plumage, et parce qu il est sans huppe; mais avec tout cela il seroit possible qu’il fût de la même espèce que le grand, et qu’il n’en différât que par le sexe. Je fonde cette conjecture, i° sur ce qu'habitant le même climat, il n’a point d’autre nom; 2" sur ce que dans presque toutes les especes d’oiseaux, excepté les carnassiers , le mâle paroit avoir une plus grande puissance de développement, qui se marque au dehors par la hauteur de la taille, par la force des muscles, par l’excès de certaines parties, telles que les membranes charnues, les éperons, etc., par les huppes, les aigrettes, et les fraises, qui sont , pour ainsi dire , une surabondance d’organisation, et même par la vivacité des couleurs du plumage.
Quoi qu’il en soit, on a donné au grand et au petit rhaad le nom de Saj-saf. Bhaad signifie le tonnerre en langage africain , et exprime le bruit que font tous ces oiseaux en s’élevant de terre ; et saf-saj , celui qu’ils font avec leurs ailes lorsqu'ils sont en plein vol.
LE COQ
Cet oiseau, n° i, quoique domestique, quoique le plus commun de tous, n’esl peutêtre pas encore assez connu : excepté le petit nombre de personnes qui font une étude particulière des productions de la nature, il en est peu qui n’aient quelque chose à apprendre sur les détails de sa forme extérieure, sur la structure de ses parties internes, sur ses habitudes naturelles ou acquises, sur les différences qu’entraînent celles du sexe, du climat, des alimens ; enfin sur les variétés des races diverses qui se sont séparées plus tôt ou plus tard de la souche primitive.
Mais si le coq est trop peu connu de la plupart des hommes, il n’est pas moins embarrassant pour un naturaliste à méthode, qui ne croit connoitre un objet que lorsqu’il a cru lui trouver une place dans ses classes et dans ses genres : car, si , prenant les caractères généraux de ses divisions méthodiques dans le nombre des doigts, il le met au rang des oiseaux qui en ont quatre, que fera- 1 i I de la poule à cinq doigts, qui est certainement une poule, et même fort ancienne, puisqu'elle remonte jusqu’au temps de Columelle, qui en parle comme d’une race de distinction? que s’il fait du coq une classe à part, caractérisée par la forme singu iere de sa queue, ou placera-t-il le coq sans croupion, et par conséquent sans queue, et qui n’en est pas moins un coq ? que s’il admet pour caractère de cette espèce d’avoir les jambes garnies de plumes jusqu’au talon, ne sera-t-il pas embarrassé du coq pattu qui a des plumes jusqu’à l’origine des doigts, et du coq du Japon, qui en a jusqu’aux ongles? enfin s’il veut ranger les gallinacés à la classe des granivores, et que, dans le nombre et la structure de leurs estomacs et de leurs intestins, il croie voir clairement qu’ils sont en effet deslinés à se nourrir de graines et d’autres mal i ères végétales, comment s’expliquera-t-il à lui-même cet appétit de préterence qu’il montre constamment pour les vers de terre, et même pour toute viande hachée, cuite ou crue, à moins qu’il ne se persuade que la nature ayant fait la poule granivore par ses longs intestins et son double estomac , l’a faite aussi rcrmivore , et même carnivore par son bec un tant soit peu crochu? on plutôt ne conviendra-t-il pas, s’il i st de bonne foi, que les conjectures que l'on se permet ainsi sur les
intentions de la nature , et les efforts que l’on tente pour renfermer l’inépuisable variété de ses ouvrages dans les limites étroites d’une méthode particulière, ne paroissent être faits que pour donner essor aux idées vagues et aux petites spéculations d’un esprit qui ne peut en concevoir de grandes et qui s'éloigne d’autant plus de la vraie marche de la nature et de la connoissance réelle de ses productions ? Ainsi, sans prétendre assujettir la nombreuse famille des oiseaux à une méthode rigoureuse, ni la renfermer tout entière dans celte espece de fdet scientifique, dont, malgré toutes nos précautions , il s’en échapperait toujours quelques-uns , nous nous contenterons de rapprocher ceux qui nous paroi trou t avoir plus de rapport entre eux , et nous tâcherons de les faire connoitre par les traits les plus caractérisés de leur conformation intérieure , et surtout par les principaux faits de leur histoire.
Le coq est un oiseau pesant , dont la démarche est grave et lente, et qui, ayant les ailes fort courtes, ne vole que rarement, et quelquefois avec des cris qui expriment l’effort. Il chante indifféremment la nuit et le jour, mais non pas régulièrement à certaines heures : et son chant est fort différent decelui de sa femelle , quoiqu’il y ait aussi quelques femelles qui ont le même eri du coq, c’est-àdire qui font le même effort du gosier avec un moindre effet; car leur voix n’est pas si forte, et ce cri n’est pas si bien articulé. I! gratte la terre pour chercher sa nourriture; il avale autant de petits cailloux que de grains, et n’en digère que mieux : il boit en prenant de l’eau dans son bec et levant la tète à chaque fois pour l’avaler. Il dort le plus souvent un pied en l’air 1 , et en cachant sa tète sous l’aile du même côté. Son corps, dans sa situation naturelle, se soutient à |>eu près parallèle au plan de position, le bec de même; le cou s’élève verticalement : le front est orné d’une crête rouge et charnue , et le dessous du bec d’une double membrane de même couleur et de même nature; ce n’est cependant ni de la chair ni des membranes, mais une substance par-
x. Par une suite de cette attitude habituelle, la cuisse qui porte ordinairement le corps est la plus charnue, et nos gourmands savent bien la distinguer de l’autre dans tes chapons et les poulardes.
LE COQ
ticulicre et qui ne ressemble à aucune autre.
Dans les deux sexes, les narines sont placées de part et d’autre du bec supérieur, et les oreilles de chaque coté de la tète, a\ec une peau blanche au dessous de chaque oreille; les pieds ont ordinairement quatre doigts, quelquefois cinq, mais toujours trois en avant et le reste en arriéré. Les plumes sortent deux «à deux de chaque tuyau; caractère assez singulier , qui n’a été saisi que par très-peu de naturalistes. La queue esta peu près droite, et néanmoins capable de s’incliner du côté du cou et du côté opposé; celte queue, dans h s races des gallinacés qui en ont une, est composée de quatorze grandes plumes, qui se partagent en deux plans égaux, inclinés l’un à l'autre, et qui se rencontrent par leur bord supérieur sous un angle plus ou moins aigu : mais ce qui distingue le mâle c’est que les deux plumes du milieu de la queue sont beaucoup plus longues que les autres, et se recourbent en arc; que les plumes du cou et du croupion sont longues et étroites, et que leurs pieds sont armés d’éperons. Il est vrai qu’il se trouve aussi des poules qui ont des éperons; mais cela est rare, et les poules ainsi éperonnées ont beaucoup d’autres rapports avec le mâle; leur crête se relève, ainsi que leur queue; elles imitent le chant du coq , et cherchent à l’imiter en choses plus essentielles ; mais on auroit tort de les regarder pour cela comme hermaphrodites, puisque étant incapables des véritables fonctions du mâle, et n’ayant que du dégoût pour celles qui leur conviendraient mieux, ce sont , à vrai dire, des individus viciés, indécis, privés de l’usage du sexe, et même des attributs essentiels de l’espèce, puisqu’ils ne peinent en perpétuer aucune.
Un bon coq est celui qui a du feu dans les yeux, de la fierté dans la démarche, de la liberté dans ses mouvernens , et toutes les proportions qui annoncent la force. Un coq ainsi fait n’impi imeroit pas la ten eur à un lion, comme on l’a dit et écrit tant de fois , mais il inspirera de l’amour à iPn grand nombre de poules. Si on veut le ménager, on ne lui en lai'sera (pie douze ou quinze. Golumelle vouloil qu’on ne lui en donnât pas plus de cinq ; mais quand il en auroit cinquante chaque jour, on prétend qu il ne manquerait à aucune. A la vérité, personne ne peut assurer que toutes ses approches soient réelles, efficaces, et capables de féconder les œufs de sa femelle. Ses désirs ne sont pas moins impétueux que ses besoins paraissent être fréquens. Le matin , lors-
qu’on lui ouvre la porte du poulailler où il a été renfermé pendant la nuit, le premier usage qu’il fait de sa liberté est de se joindre à ses poules : il semble (pie chez lui le besoin de manger ne soit que le sec ond ; et lorsqu’il a été privé des poules pendant du temps , il s’adresse à la première femelle qui se présente, fut -elle d’une espèce fort éloignée, et même il s’en fait une du premier mâle qu’il trouve en son chemin. Le premier fait est cité par Aristote, et le second est attesté par l’observation de M. Edwards 1 , et par une loi dont parle Plutarque, laquelle coud imnoit au feu tout coq convaincu de cet excès de nature.
Les poules doivent être assorties au coq, si l’on veut une race pure; mais si l’on cherche à varier et même à perfectionner l’espèce, il faut croiser les races. Cette observation n’avoit point échappé aux anciens : Columelle dit positivement que les meilleurs poulets sont ceux qui proviennent du mélange d’un coq de race étrangère avec les poules communes ; et nous voyons dans Athénée (pie l’on avoit encore enchéri sur cette idée, en donnant un coq-faisan aux poules ordinaires 2.
Dans tous tes cas , on doit choisir celles qui ont l’œil éveillé, la crête flottante et rouge, et qui n’ont point d éperons : les proportions de leur corps sont en général plus légères que celles du mâle ; cependant elles ont les plumes plus larges et les jambes plus liasses. Les bonnes fermières donnent la préférence aux pou es noires, comme étant plus fécondes (pie les blanches , et pouvant échapper plus facilement à la vue perçante de l’oiseau de proie qui plane sur les basses-cours.
Le coq a beaucoup de soin et même d’inquiétude et de souci pour ses poules : il ne les perd guère de vue, il les conduit , les défend, les menace , va chercher celles (pii s’écartent, les ramène, et ne se livre au plaisir de manger que lorsqu'il les voit toutes manger autour de lui. A juger par les
1. Ayant renfermé trois ou quatre jeunes coqs dans un lieu ou ils ne pouvoient avoir de communication avec aucune poule , bientôt iis déposèrent leur animosité précédente; et au lieu de se battre, chacun tàchoit de cocher son camarade, quoiqu’aucun ne parût bien aise d’étre coché. Voyez préface des (Jianwes , tome II.
2. Longolius indique la façon de faire réussir cette union du coq-faisan avec les poules communes (Gesner, De avibus, page 44&)> et l’on tn’a assuré que ces poules se mêlent aussi avec le coq-pintade , lorsqu’on les a élevés de jeunesse ensemble , mais que les mulets qui proviennent de ce mélange sont peu féconds.
TLlEi (T(D)f lETT ILES JP©TLTJLIE.S
ûenrc Dindon . f Cuvier
IÆ IDIIMIBHIDÏT B©MIE STBglTIE,
Ordre de,y Gallinacés Genre Dindon • / Cuvier J
IL A HPIE JUTTAUD IB
Ordre de<r G allin a c é s
Genre Pein la d e . / Cuvier y
différentes inflexions de sa voix et par les différentes expressions de sa mine, on ne peut guère douter qu’il ne leur parle différons langages. Quand il les perd, il donne des signes de regrets. Quoique aussi jaloux qu’amoureux , il n’en maltraite aucune ; sa jalousie ne l’irrite que contre ses concurrens : s’il se présente un autre coq, sans lui donner le temps de rien entreprendre, il accourt l’œil en feu , les plumes hérissées, se jette sur son rival , et lui livre un combat opiniâtre, jusqu’à ce que l'un ou l’autre succombe, ou que le nouveau venu lui cède le champ de bataille. Le désir de jouir, toujours trop violent, le porte non seulement à écarter tout rival, mais même tout obstacle innocent : il bat et tue quelquefois les poussins , pour jouir plus à son aise de la mère. Mais ce seul désir est-il la cause de sa fureur jalouse?, Au milieu d’un sérail nombreux, et avec toutes ies ressources qu’il sait se faire, comment pourrcit-il craindre le besoin ou ia disette? Quelque véhémens que soient ses appétits, il semble craindre encore plus le partage qu'il ne désire la jouissance; et comme il peut beaucoup , sa jalousie est au moins plus excusable et mieux sentie que celle des autres sultans ; d’ailleurs il a comme eux une poule favorite qu’il cherche de préférence , et à laquelle il revient presque aussi souvent qu’il va vers les autres.
Et ce qui paroît prouver que sa jalousie ne laisse pas d’être une passion réfléchie, quoiqu’elle ne porte pas contre l’objet de ses amours, c’est que plusieurs coqs dans une basse-cour ne cessent de se battre, au lieu qu’ils ne battent jamais les chapons, à moins que ceux-ci ne prennent l’habitude de suivre quelque poule.
Les hommes , qui tirent parti de tout pour leur amusement, ont bien su mettre en œuvre celle antipathie invincible que la nature a établie entre un coq et un coq; ils ont cultivé cette haine innée avec tant d’art, que les combats de deux oiseaux de bassecour sont devenus des spectacles dignes d’intéresser la curiosité des peuples, même des peuples polis , et en même temps des moyens de développer ou entretenir dans les âmes celte précieuse férocité, qui est, dit-on, le germe de l’héroïsme. On a vu , on voit encore tous les jours , dans plus d’une contrée, des hommes de tous états accourir en foule à ces grotesques tournois , se diviser en deux partis, chacun de ces partis s’échauffer pour son combattant , joindre la fureur des gageures les plus outrées à l’intérêt d’un si
beau spectacle, et le dernier coup de bec de l’oiseau vainqueur renverser la fortune de plusieurs familles. C’étoit autrefois la folie des Rhodiens, des Tangriens , de ceux d‘e Per game ; c’est aujourd’hui celle des Chinois, des habitans des Philippines, de Java, de l’isthme de l’Amérique, et de quelques autres nations des deux continens.
Au reste , les coqs ne sont pas les seuls oiseaux dont on ait ainsi abusé ; les Athéniens , qui avoient un jour dans l’année 1 consacré à ces combats de coqs, employoienl aussi les cailles au même usage, et les Chinois élèvent encore aujourd’hui pour le combat certains petits oiseaux ressemblant à des cailles ou à des linottes ; et partout la manière dont ces oiseaux se battent est différente, selon les diverses écoles où ils ont été formes , et selon la diversité des armes offensives ou défensives dont on les affuble : mais ce qu’il y a de remarquable c’est que les coqs de Rhodes , qui étaient plus grands , plus forts que les autres, et beaucoup plus ardens au combat, Tétaient au contraire beaucoup moins pour leurs femelles; il ne leur falloit que trois poules au lieu de quinze ou vingt , soit que leur feu se fût éteint dans la solitude forcée où ils avoient coutume de vivre , soit que leur colère , trop souvent excitée, eût étouffé en eux des passions plus douces, et qui cependant éloient, dans l’origine , le principe de leur courage et la source de leurs dispositions guerrières. Les mâles de cette race étaient donc moins mâles que les autres, et les femelles , qui souvent ne sont que ce qu’on les fait , étaient moins fécondes et plus paresseuses, soit à couver leurs œufs, soit à mener leurs poussins ; tant l’art avoit bien réussi à dépraver la nature ! tant l’exercice des talens de la guerre est opposé à ceux de la propagation!
Les poules n’ont pas besoin du coq pour produire des œufs; il en naît sans cesse de la grappe commune de l’ovaire, lesquels, indépendamment de toute communication avec le mâle, peuvent y grossir, et, en grossissant , acquièrent leur maturité, se dé-
i. Thémistocle allant combattre les Perses , et voyant que ses soldats montroient peu d’ardeur, leur fit remarquer l'acharnement avec lequel des coqs se battaient: «Voyez, leur dit-il, le courage « indomptable de ces animaux ; cependant ils n’ont « d’autre motif que te désir de vaincre : et vous , «qui combattez pour vos foyers, pour les tom- « beaux de vos pères, pour la liberté.... » Ce peu de mots ranima le courage de l’armée, et Thémistocle remporta la victoire: ce fut eu mémoire de cet événement que les Athéniens instituèrent une espèce de fête qui se célébroit par des combats de coqs.
i56 LE COQ.
pas moins bonne pour cet usage , et vaut mieux pour conserver les oeufs que i’on veut faire couver, parce qu’elle s’enlève plus facilement que le vernis, et qu’il faut nettoyer de tout enduit les œufs dont on veut que l’incubation réussisse ; car tout ce qui nuit à la transpiration nuit aussi au succès de l’incubation.
J’ai dit que le concours du coq étoit necessaire pour la fécondation des œufs, et c’est un fait acquis par une longue et constante expérience ; mais les détails de cet acte si essentiel dans l’histoire des animaux sont trop peu connus. On sait, à la vérité, que la verge du mâle est double, et n’est autre chose que les deux mamelons par lesquels se terminent les vaisseaux spermatiques à l’endroit de leur insertion dans le cloaque : on sait que la vulve de la femelle est placée au dessus de l’anus, et non au dessous, comme dans les quadrupèdes : on sait que le coq s’approche de la poule par une espece de pas oblique , accéléré , baissant h-s ailes , comme un coq d’Inde qui fait la roue, étalant même sa queue à demi, et accompagnant son action d’un certain murmure expressif, d’un mouvement de trépidation , et de tous les signes du désir pressant : on sait qu’il s’élance sur la poule, qui le reçoit en pliant les jambes, se mettant ventre à terre, et écartant les deux plans de longues plumes dont sa queue est composée : on sait que le mâle saisit avec son bec la crête ou les plumes du sommet de la tète de la femelle, soit par manière de caresse , soit pour garder l’équilibre; qu’il ramène la partie postérieure de son corps où est sa double verge, et l’applique vivement sur la partie postérieure du corps de la poule où est l’orifice correspondant; que cet accouplement dure d’autant moins qu'il est plus souvent répété, et que le coq semble s’applaudir après par un battement d’ailes et par une espèce de (-liant de joie ou de victoire : on sait que le coq a des testicules ; que sa liqueur séminale réside, comme celle des quadrupèdes, dans des vaisseaux spermatiques : on sait, par mes observations, que celle de la poule réside dans la cicatricule de chaque œuf, comme celle des femelles quadrupèdes dans le corps glanduleux des testicules : mais on ignore si la double verge du coq , ou seulement l’une des deux, pénètre dans l’orifice de la femelle , et même s’il y a intromission réelle, ou une compression forte, ou un simple contact ; on ne sait pas encore quelle doit être précisément la condition d’un œuf pour qu il puisse être fécondé, ni jusqu’à
quelle distance l’action du mâle peut s’étendre : en un mot , malgré le nombre infini d’expériences et d’observations que l’on a faites sur ce sujet , on ignore encore quelques-unes des principales circonstances de la fécondation.
Son premier effet connu est la dilatation de la cicatricule et la formation du poulet dans sa cavité : car c’est la cicatricule qui contient le véritable germe , et elle se trouve dans les œufs fécondés ou non , même dans ces prétendus œufs de coq ‘ dont j’ai parlé plus haut; mais elle est plus petite dans les œufs inféconds. Malpighi, 1 ayant examinée dans les œufs féconds nouvellement pondus et avant qu’ils eu -sent été couvés , vit au centre de la cicatricule une bulle nageant dans une liqueur, et reconnut au milieu de cette bulle l’embryon du poulet bien formé; au lieu que la cicatricule des œufs inféconds et produits parla poule seule, sanscommu nication avec le mâle, ne lui présenta qu’un petit globule informe, muni d’appendices remplies d’un suc épais , quoique transparent, et environné de plusieurs cercles concentriques. On n’y aperçoit aucune ébauche d’animal ; l’organisation intime et complète d’une matière informe n’est que l’effet instantané dn mélange des deux liqueurs séminales : mais s’il ne faut qu’un moment à la nature pour donner la forme première à cette glaire transparente , et pour la pénétrer du principe de vie dans tous ses points, il lui faut beaucoup de temps et de secours pour perfectionner cette première ébauche. Ce sont principalement les mères qu’elle semble avoir chargées du soin de ce développement, en leur inspirant le désir ou le besoin de couver : dans la plupart des poules, ce désir se fait sentir aussi vivement, se marque au dehors par des signes aussi énergiques (pie celui de l’accouplement, auquel il succède dans l’ordre de la nature, sans même qu’il soit excité par la présence d’aucun œuf. Une poule qui vient de pondre éprouve une sorte de transport que partagent les autres poules qui n’en sont que
i. M. de La Peyronie a observé dans un de ces œufs une tache ronde, jaune , d’une ligne de diamètre , sans épaisseur , située sur ta membrane qu’on trouve sous la coque : on peut croire que cette tache, qui devroit être blanche, n’étoit jaune ici que parce que le jaune de l’œuf s’étoit épanché de toutes parts, comme on l’a reconnu par la dissection de la poule; et si elle étoit située sur la membrane qu’on trouve sous la coque , c est qu’après l’épanchement du jaune la membrane qui contenoit ce jaune étoit restée adhérente à celle de la coque.