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témoins , et qu elles expriment toutes par des cris de joie répétés 1 , soit que la cessation subite des douleurs de l'accouchement soit toujours accompagnée d’une joie vive, soit que cette mère prévoie dès lors tous les plaisirs que ce premier plaisir lui prépare. Quoi qu’il en soit, lorsqu’elle aura pondu vingt-cinq ou trente œufs, elle se mettra tout de bon à les couver; si on les lui ôte à mesure , elle pondra peut-être deux ou trois fois davantage, et s'épuisera par sa fécondité même : mais enfin il viendra un temps où, par la force de l’instinct, elle demandera à couver par un gloussement particulier, et par des mouvemens et des attitudes non équivoques ; si elle n’a pas ses propres œufs, elle couvera ceux d’une autre poule, et, à défaut de ceux-là, ceux d’une femelle d’une autre espèce, et même des œufs de pierre ou de craie : elle couvera encore après que tout lui aura été enlevé, et elle se consumera en regrets et en vains mouvemens 2. Si ses recherches sont heureuses , et qu’elle trouve des œufs vrais ou feints dans un lieu retiré et convenable, elle se pose aussitôt dessus, les environne de ses ailes, les échauffe de sa chaleur, les remue doucement les uns après les autres, comme pour en jouir plus en détail, et leur communiquer à tous un égal degré de chaleur ; elle se livre tellement à cette occupation, qu’elle en oublie le boire et le manger ; on (liroit qu’elle comprend toute l’importance de la fonction' qu’elle exerce; aucun soin n’est omis, aucune précaution n’est oubliée pour achever l’existence de ces petits êtres commencés, et pour écarter les dangers qui les environnent 3 Ce qu’il y a de plus digne de remarque, c’est que la situation d’une couveuse, quelque insipide qu’elle nous paroisse, est peut-être moins une situation d’ennui qu’un état de jouissance continuelle, d’autant plus délicieuse qu’elle est plus re-
i. Nous n’avons point dans notre langue de termes assez propres pour exprimer les différens cris de ta poule, du coq, des poulets : les Latins , qui se plaignoient de leur pauvreté, étoient beaucoup plus riches que nous , et avoient des expressions pour rendre toutes ces différences. Voyez Gesner, De avibus , page 43 1. Gallus cucurit ; pulli pipiunt ; gallina canturit , gracillat , pipai , singultit ; g/ociunt eœ quœ volant incubare ; d’où vient le mot françois glousser, le seul que nous ayons dans ce genre.
2 On vient à bout d’éteindre le besoin de couver en trempant souvent dans l’eau froide les parties postérieures de la poule.
3, II n’y a pas jusqu’au bruit qui ne leur soit contraire : on a remarqué qu’une couvée entière de poulets éclos dans la boutique d’un serrurier fut attaquée de vertiges.
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cueillie : tant la nature semble avoir mis d’attraits à tout ce qui a rapport à la multiplication des êtres !
L’effet de l’incubation se borne au développement de l’embryon du poulet, qui, comme nous l’avons déjà dit , existe tout formé dans la cicatricule de l’œuf fécondé. Voici à peu près l’ordre dans lequel se fait le développement, ou plutôt comme il se présente à l’observateur; et comme j’ai déjà donné dans un assez grand détail tous les faits qui ont rapport au développement du poulet dans l’œuf, je me contenterai d’en rappeler ici les circonstances essentielles.
Dès que l’œuf a été couvé pendant cinq ou six heures, on voit déjà distinctement la tète du poulet jointe à l’épine du dos, nageant dans la liqueur dont la bulle qui est au centre delà cicatricule est remplie; sur la fin du premier jour, la tète s’est déjà recourbée en grossissant.
Dès le second jour, on voit les premières ébauches des vertèbres, qui sont comme de petits globules disposés des deux côtés du milieu de l’épine : on voit aussi paroître le commencement des ailes et les vaisseaux ombilicaux, remarquables par leur couleur obscure ; le cou et la poitrine se débrouillent, la tète grossit toujours; on y aperçoit les premiers linéamens des yeux , et trois vésicules entourées, ainsi que l’épine, de membranes transparentes : la vie du fœtus devient plus manifeste; déjà l’on voit son cœur battre et son sang circuler.
Le troisième jour, tout est plus distinct, parce que tout a grossi. Ce qu’il y a de plus remarquable c’est le cœur qui pend hors de la poitrine, et bal trois fois de suite, une fois en recevant par l’oreillette le sang contenu dans les veines , une seconde fois en le renvoyant aux artères , et la troisième fois en le poussant dans les vaisseaux ombilicaux; et ce mouvement continue encore vingtquatre heures après que l’embryon a été séparé du blanc de son œuf. On aperçoit aussi des veines et des artères sur les vésicules du cerveau; les rudimens de la moelle de l’épine commencent à s’étendre le long des vertèbres : enfin on voit tout le corps du fœtus comme enveloppé d’une partie de la liqueur environnante , qui a pris plus de consistance que le reste.
Les yeux sont déjà fort avancés le quatrième jour ; on y reconnoît fort bien la prunelle, le cristallin , l’humeur vitrée : on voit, outre cela, dans la tête cinq vésicules remplies d’humeur, lesquelles, se rapprochant et se recouvrant peu à peu les jours
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suivans, formeront enfin le cerveau enveloppé de toutes ses membranes; les ailes croissent, les cuisses commencent à paroître et le corps à prendre de la chair.
Les progrès du cinquième jour consistent, outre ce qui vient d’être dit , en ce que tout le corps se recouvre d’une chair onctueuse ; que le cœur est retenu au dedans par une membrane fort mince, qui s’étend sur la capacité de la poitrine , et que I on voit les vaisseaux ombilicaux sortir de l’abdomen
Le sixième jour, la moelle de l'épine, s’étant divisée en deux parties, continue de s’avancer le long du tronc ; le foie , qui étoit blanchâtre auparavant, est devenu de couleur obscure ; le cœur bat dans ses deux ventricules ; le corps du poulet est recouvert de la peau , et sur cette peau l’on voit déjà poindre les plumes.
Le bec est facile à distinguer le septième jour; le cerveau , les ailes, les cuisses, et les pieds ont acquis leur figure parfaite; les deux ventricules du cœur paroissent comme deux bulles continguës et réunies par leur partie supérieure a\ec le corps des oreillettes; on remarque deux mouvemens successifs dans les ventricules aussi bien (pie dans les oreillettes; ce sont comme deux cœurs séparés.
Le poumon paroît à la fin du neuvième
jour
et sa couleur est blanchâtre. Le
dixième jour, les muscles des ailes achèvent de se former , les plumes continuent de sortir; et ce n’est que le onzième jour qu’on voit des artères , qui auparavant étoient éloignées du cœur, s’y attacher, et que cet organe se trouve parfaitement conformé et réuni en deux ventricules.
Le reste n’est qu’un développement plus grand des parties, qui se fait jusqu’à ce (pie le poulet casse sa coquille après avoir pipé; ce qui arrive ordinairement le vingt-unième jour, quelquefois le dix-huitième, d’autres fois le vingt-septième.
Toute cette suite de phénomènes , qui forme un spectacle si intéressant pour un observateur, est l’effet de l’incubation opérée par une poule , et l’industrie humaine n’a pas trouve qu’il fût au dessous d’elle d’en imiter les procédés ; d’aboi d de simples \ illageois d’Egypte , et ensuite des physiciens de nos jours, sont venus à bout de faire éclore des amfs aussi bien que la meilleure couveuse, et d’en faire éclore un très-grand
T. Les vaisseaux qui se répandent dans le jaune de l1 œuf, et qui par conséquent se trouvent dans l'abdomen du poulet, rentrent peu à peu dans cette cavité, selon la remarque de Stenon.
nombre à la fois ; tout le secret consiste à tenir ces œufs dans une température qui réponde à peu près au degré de chaleur de la poule , et à les garantir de toute humidité et de toute exhalaison nuisible, telle que celle du charbon, de la braise, même do celle des œufs gâtés. En remplissant ces deux conditions essentielles, et en y joignant l’attention de retourner souvent les œufs, et de faire circuler dans le four ou l’étuve les corbeilles qui les contiendront, eu sorte que non seulement chaque œuf, mais chaque partie du même œuf, participe à jieu près également à la chaleur requise, on réussira toujours à faire éclore des milliers de poulets.
Toute chaleur est bonne pour cela ; celle de la mère poule n’a pas plus de privilège que celle de tout autre animal, sans en excepter l’homme 2 , ni celle du feu solaire ou terrestre, ni celle d’une couche de tan ou de fumier : le point essentiel est de savoir s’en rendre maître , c’est-à-dire d’être toujours en état de l’augmenter ou de la diminuer à son gré. Or il sera toujours possible, au moyen de bons thermomètres distribués avec intelligence dans l'intérieur du four ou de l’étuve , de savoir le degré de chaleur de ses différentes régions; de la conserver en étoupant les ouvertures et fermant tous les registres du couvercle; de l’augmenter, soit avec des cendres chaudes si c’est un four, soit en ajoutant du buis dans le poêle si c’est une étuve à poêle, soit en faisant des réchauds si c’est une couche ; et enfin de la diminuer en ouvrant les registres |>our donner accès à l’air extérieur, ou bien en introduisant dans le four un ou plusieurs corps froids, eic.
Au reste, quelque attention que l’on donne à la conduite d’un four d’incubation, il n’est guère possible d’y entretenir constamment et sans interruption le 32e degré, qui est celui de la poule; heureusement ce terme n’est point indivisible, et l’on a vu la chaleur varier du 38e au 24e degré, sans qu’il en résultât d’inconvénient pour la couvée : mais il faut remarquer qu’ici l’excès est beaucoup plus à craindre que le défaut, et que quelques heures du 38e et même du 36e de-
2. On sait que Livie, étant grosse, imagina de couver et faire éclore un œuf dans son sein, voulant augurer du sexe de son enfant par le* sexe du poussin qui viendroit; ce poussin fut mâle , et son enfant aussi. Les augures ne manquèrent pas de se prévaloir du fait pour montrer aux plus incrédules la vérité de leur art : mais ce qui reste le mieux prouvé c’est que la chaleur humaine est suffisante pour l’incubation des œufs.
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gré feroient plus de mal que quelques jours du 24e; et la prouve que cette quan ité de moindre chaleur peut encore être diminuée sans inconvénient , c’es! que, ayant trouvé, dans une prairie qu’on fauchoit, le nid d’une perdrix, et avant gardé et tenu à l’ombre les œufs pendant trente-six heures qu’on ne put trouver de poule pour les couver, ils éelorent néanmoins tous au bout de trois jours, excepté ceux qui a voient été ouverts pour voir où en éioient les perdreaux : à la vérité, ils eloient très-avancés; et sans doute il faut un degré de chaleur plus fort dans les commeneemens de l’i cubât ion que sur la fin de ie même temps, où la chaleur du petit oiseau suffit presque seule à son développement.
A 1 égard de son humidité, comme elle est fort contraire au succès de l’incubation, il faut avoir des moyens surs pour reconnoitre si elle a pénétré dans le four, pour la dissiper lorsqu'elle y a pénétré, et pour empêcher qu’il n’en vienne de nouvelle.
L’hygromètre le plus simple et le plus approprié pour juger de l’humidité de l’air de ces sortes de fours, c’est un œuf froid qu’on y introduit, et qu’on y tient pendant quelque temps, lorsque le juste degré de chaleur y est établi : si , au bout d’un demiquart d heure au plus, cet œuf se couvre d’un nuage léger, semblable à celui (pie l’ haleine produit sur une glace polie, ou bien à celui qui se f u rne I été sur la surface extérieure d’un verre où l’on verse des liqueurs à la glace, c’est une preuve que l’air du four est trop humide, et il l’est d’autant plus que ce nuage est plus long temps à se dissiper; ce qui arrive principalement dans les fours à tan et à fumier (pie l'on a voulu renfermer en un lieu clos. Le meilleur remède à cet inconvénient est de renouveler l’air de ces endroits fermés, en y établissant plusieurs comans par le moyen de fenêtres opposées , et , à défaut des fenêtres , en y plaçant et agitant un ventilateur proportionné «à l’espace. Quelquefois la seule transpiration du grand nombre d’œufs produit dans le four même une humidité trop grande; et, dans ce. cas, il faut, tous les deux ou trois jours, retirer, pour quelques instans, les corbeilles d’œufs hors du four, et l’éventer simplement avec un chapeau qu’on y agitera en difiérens sens.
Mais ce n’est pas assez de dissiper l’humidité qui s’est accumulée dans les fours; il faut encore, autant qu’il est possible, lui interdire tout accès par dehors, eu revêtant leurs parois extérieures de plomb laminé ou
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de bon ciment, ou de plâtre ou de goudron bien cuit, ou du moins en leur donnant plusieurs couches à l’huile, qu’on laissera bien sécher, et en collant sur leurs parois intérieures des bandes de vessies ou de fort papier gris.
C’est à ce peu de pratiques aisées que se réduit tout l’art de I incubation artificielle; il faut y assujettir la structure et les dimensions des fours ou étuves, le nombre, la forme, et la distribution des corbeilles, et toutes les petites manœuvres que la circonstance prescrit, que le moment inspire, et qui nous ont été détaillées avec une immensité de paroles, et que nous réduirons ici dans quelques lignes , sans cependant rien omettre.
Le four le plus simple est un tonneau revêtu par dedans de papier collé, bouché par le haut d’un couvercle qui l’emboîte, lequel est percé dans son milieu d’une grande ouverture fermant à coulisse pour regarder dans le four, et de plusieurs autres petites autour de celle-là, servant de registre pour le ménagement de la chaleur, et fermant aussi à coulisse : on noie ce tonneau plus qu’aux trois quarts de sa hauteur dans du fumier chaud; ou place dans son intérieur, les unes au dessus des autres et à de justes intervalles, deux ou trois corbeilles à clairevoie, dans chacune desquelles on arrange deux couches d’œufs, en observant que la couche supérieure soit moins fournie que l’inférieure, afin que l’on puisse avoir l'œil sur celle-ci : on ménage, si l’on veut, une ouverture dans le centre de chaque corbeille, et dans l’espèce de petit puits formé par la rencontre de ces ouvertures qui répondent toutes à l’axe du tonneau, on y suspend un thermomètre bien gradué; on en place d’autres en différens points de la circonférence; on entretient partout la chaleur au degré requis, et on a des poulets.
On peut aussi, en économisant la chaleur, et tirant parti de celle qu’ordinairement on laisse perdre, employer à l’incubation artificielle celle des fouis de pâtissiers et de boulangers , celle même d’un poêle ou d’une plaque de cheminée , celle des forges et des verreries, en se souvenant toujours que le suceès de la couvée est attaché principalement à une juste distribution de la chaleur et à l’exclusion de toute humidité.
Lorsque les fournées sont considérables et qu’elles vont bien, elles produisent des milliers de poulets à la fois; et cette abondance même ne seroit pas sans inconvénient dans
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un climat comme le nôtre , si l’on n’eût trouvé moyen de se passer de poule pour élever les poulets, comme ou savoit s'en passer pour les faire éclore; et ces moyens se réduisent à une imitation plus ou moins parfaite des procédés de la poule, lorsque les poussins sont éclos.
On juge bien que celte mère qui a montré tant d’ardeur pour couver, qui a couvé avec tant d’assiduité, qui a soigné avec tant d’intérêt des embryons qui n’exisloient point encore pour elle, ne se refroidit pas lorsque ses poussins sont éclos; son attachement , fortifié par la vue de ces petits êtres qui lui .doivent la naissance, s’accroît encore tous les jours par les nouveaux soins qu’exige leur ioiblesse : sans cesse occupée d’eux , elle ne cherche de la nourriture que pour eux; si elle n’en trouve point , elle gratte la terre avec ses ongles pour lui arracher les alimens qu’elle recèle dans son sein, et elle s’en prive en leur faveur : elle les rappelle lorsqu’ils s’égarent , les met sous ses ailes à l’abri des intempéries , et les couve une seconde fois; elle se livre à ces tendres soins avec tant d’ardeur et de souci, que sa constitution en est sensiblement altérée , et qu’il est facile de distinguer de toute autre poule une mère qui mène ses petits, soit à ses plumes hérissées et à ses ailes traînantes, soit au son enroué de sa voix et à ses différentes inflexions toutes expressives et ayant toutes une forte empreinte de sollicitude et d’affection maternelle.
Mais , si elle s’oublie elle-même pour conserver ses petits, elle s’expose à tout pour les défendre : paroît-il un épervier dans l’air, cette mère si folble, si timide, et qui, en toute autre circonstance, chereheroit son salut dans la fuite, devient intrépide par tendresse; elle s’élance au devant de la serre redoutable, et , par ses cris redoublés , ses battemens d’ailes, et son audace, elle en impose souvent à l’oiseau carnassier, qui, rebuté d’une résistance imprévue, s’éloigne et va chercher une proie plus facile. Elle paroît avoir toutes les qualités du bon cœur; mais ce qui ne fait pas autant d’honneur au surplus de son instinct c’est que, si par hasard on lui a donné à couver des œufs de cane ou de tout autre oiseau de rivière , son affection n’est pas moindre pour ces étrangers qu’elle le seroit pour ses propres poussins : elle ne voit pas qu elle n’est que leur nourrice ou leur bonne , cl non pas leur mère ; et lorsqu’ils vont , guidés par la nature, s’ébattre ou se plonger dans la rivière voisine , c’est un spectacle singulier de voir
la surprise, les inquiétudes, les transes de cette pauvre nourrice, qui se croit encore mère , et qui , pressée du désir de les suivre au milieu des eaux , mais retenue par mie répugnance invincible pour cet élément, s’agite , incertaine sur le rivage , tremble et se désole, voyant toute sa couvée dans un péril évident , sans oser lui donner de secours.
Il seroit impossible de suppléer à tous les soins de la poule pour élever ses petits, si ces soins supposoient nécessairement un degré d’attention et d’affection égal à celui de la mère elle-même : il suffit, pour réussir, de remarquer les principales circonstances de la conduite de la poule et ses procédés à l’égard de ses petits , et de les imiter autant qu’il est possible. Par exemple, ayant observé que le principal but des soins de la mère est de conduire ses poussins dans des lieux où ils puissent trouver à se nourrir, et de les garantir du froid et de toutes les injures de l’air, on a imaginé le moyen de leur procurer tout cela avec encore plus d’avantage que la mère ne peut le faire. S’ils naissent en hiver, on les lient pendant un mois ou six semaines dans une étuve échauffée au meme degré que les fours d’incubation ; seulement on les en lire cinq ou six fois par jour pour leur donner à manger au grand air, et surtout au soleil ; la chaleur de l’étuve favorise leur développement , l’air extérieur les fortifie, et ils prospèrent : de la mie de pain, des jaunes d’œufs, de la soupe, du millet, sont leur première nourriture. Si c’est en été, on ne les tient dans l’étuve que trois ou quatre jours, et dans tous les temps on ne les lire de l’étuve que pour les faire passer dans la pot/ssinière ; c’est une espèce de cage carrée, fermée par devant d’un grillage en fil de fer ou d’un simple filet, et par dessus d’un couvercle à charnière : c’est dans celte cage que les poussins trouvent cà manger. Mais, lorsqu’ils ont mangé et couru suffisamment, il leur faut un abri où ils puissent se réchauffer et se reposer; et c’est pour cela que les poulets qui sont menés par une mère ont coutume de se rassembler alors sous ses ailes. M. de Bèaumur a imaginé pour ce même usage une mère artificielle ; c’est une boîte doublée de peau de mouton, dont la ba>e est carrée et le dessus incliné comme le dessus d’un pupitre : il place cette boite à l’un des bouts de sa poussinière, de manière que les poulets puissent y entrer de plainpied et en faire le tour au moins de trois côtés, et il l'échauffe par dessous au moyen d’une chaufferette qu’on renouvelle selon le
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Ordre d(\ r Gallinacés. Genre Paon. / r,
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Ordre des Gallinacés. (Onre Alector . / Cuvï
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besoin; l’inclinaison du couvercle de cette espèce de pupitre offre des hauteurs différentes pour les poulets de différentes tailles; mais, comme ils ont coutume, surtout lorsqu ils ont froid , de se presser et même de s’entasser en montant les uns sur les autres, et que dans cette foule les petits et les foibles courent risque d’ètre étouffés , on tient cette boîte ou mère artificielle ouverte par les deux bouts, ou plutôt on ne la ferme aux deux bouts que par un rideau que le plus petit poulet puisse soulever facilement, afin qu’il ait toujours la facilité de sortir lorsqu il se sent trop pressé ; après quoi il peut , en faisant le tour, revenir par 1 autre bout et choisir une place moins dangereuse. M. de Réaumur tâche encore de prévenir ce même inconvénient par une autre précaution; c’est de tenir le couvercle de la mère artificielle incliné assez bas pour que les poulets ne puissent pas monter les uns sur les autres , et, à mesure que les poulets croissent, il éleve le couvercle, en ajoutant sur le coté de la boîte des hausses proportionnées. Il renchérit encore sur tout cela, en divisant ses plus grandes poass'wières en deux par une cloison transversale, afin de pou\oir séparer les poulets de différentes grandeurs : il les fait mettre aussi sur des roulettes pour la facilité du transport; car il faut absolument les rentrer dans la chambre toutes les nuits, et même pendant le jour lorsque le temps est rude ; et il faut que cette chambre soit échauffée en temps d’hiver : mais, au reste, il est bon, dans ies temps qui ne sont ni froids ni pluvieux , d’exposer les poussinières au grand air et au soleil , avec la seule précaution de les garantir du vent; on peut même eu tenir les portes ouvertes ; les poulets apprendront bientôt a sortir pour aller gratter le fumier ou béqueter l’herbe tendre , et à rentrer pour prendre leur repas ou s’échauffer sous la mère artificielle. Si l’on ne veut pas courir le risque de les laisser ainsi vaguer en liberté , on ajoute au bout de la poussinière une cage à poulets ordinaire, qui, communiquant avec la première, leur fournira un plus grand espace pour s’ébattre, et une promenade close où ils seront en sûreté.
Mais plus on les tient en captivité, plus il faut être exact à leur fournir une nourriture qui leur convienne. Outre le millet, les jaunes d’œufs , la soupe , et la mie de pain , les jeunes poulets aiment aussi la navette, le chènevis , et autres menus grains de ce genre; les pois, les fèves, les lentilles, le riz , l’orge , et l’avoine mondés , le turquis
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écrasé, et le blé noir. Il convient, et c’est meme une économie , de faire crever dans l’eau bouillante la plupart de ces graines avant de les leur don ter; cette économie va à un cinquième sur le froment, à deux cinquièmes sur l’orge , à une moitié sur le turquis, a rien sur 1 avoine et le blé noir : il y auroit de ia perte cà faire crever le seigle; mais c’est de toutes ces graines celle que les poulets aiment le moins. Enfin on peut leur donner, à mesure qu’ils deviennent grands, de tout ce que nous mangeons nous-mêmes, excepté les amandes amères et les grains de café 1 : toute viande hachée, cuite ou crue, leur est bonne, surtout les vers de terre; c’est le mets dont ces oiseaux, qu’on croit si peu carnassiers, paroissent être le plus friands; et peut-être ne leur manque-t-il , comme à bien d’autres, qu’un bec crochu et des serres pour être de véritables oiseaux de proie.
Cependant il faut avouer qu’ils ne différent pas moins des oiseaux de proie par la façon de digérer et par ia structure de l’estomac, que par le bec et par ies ongles : l’estomac de ceux-ci est membraneux , et leur digestion s’opère par le moyen d’un dissolvant qui varie dans les différentes especes, mais dont l’action est bien constatée ; au lieu que les gallinacés peuvent être regardés comme a^ant trois estomacs, savoir : x° le jabot, qui est une espece de poche membraneuse , où les grains sont d'abord macérés et commencent à se ramollir; 2° la partie la plus évasée du canal intermédiaire entre le jabot et le gésier, et la plus voi ine de celui-ci : elle est tapissée d’une quantité de petites glandes qui fournissent un suc dont les alimens peuvent aussi se pénétrer à leur passage; 3° enfin le gésier, qui fournit un suc manifestement acide, puisque de l’eau dans laquelle on a bro>é sa membrane interne devient une bonne présure pour taire cailler les crèmes : c’est ce troisième estomac qui achevé , par l’action puissante de ses muscles, la digestion, qui n’avoit été que préparée dans les deux premiers. La force de ses muscles est plus grande qu’on ne le croiroit : en moins de quatre heures eile réduit en poudre impalpable une boule d’un
i, Deux poulets ayant été nourris, l'un avec du café des Mes rôti, l’autre avec le même café non rôti, ils devinrent tous deux étiques, et moururent, l’un le huitième jour et l’autre le dixième, après avoir consommé chacun trois onces de café : les pieds et les jambes étoient fort enflés , et la vésicule du fiel se trouva aussi grosse que celle d’une poule d’Inde.
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terre assez épais pour porter un poids d’environ quatre livres ; en quarante-huit heures elle divise .longitudinalement , en deux espèces de gouttières , plusieurs tubes deverre de quatre lignes de diamètre et d’une ligne d’épaisseur, dont au bout de ce temps toutes les parties aigues et tranchantes se trouvent émoussées et le poli déliant, surtout celui de la partie convexe; elle est aussi capable d’aplatir des tubes de fer-blanc, et de broyer jusqu'à dix sept noisettes dans l’espace de vingt-quatre heures , et cela par des compressions multipliées, par une alternative de frottement dont il est difiicile de voir la mécanique. M. de Reaumur, ayant fait nombre de tentatives pour la découvrir, n’a aperçu qu’une seule fois des tnouvemens un peu sensibles dans celte partie; il vit, dans un chapon, dont il a' oit mis le gésier à découvert, «les portions de ce viscère se con trader, s’aplatir, et se relever ensuite; il observa des especes de cordons charnus qui se formoient à sa surface, ou plutôt qui |»aroissoient s’y former, parce qu’il se fai soit entre-deux des enfoncemens qui les séparoient , et tous ces mouveiiiens semldoient se propager comme par ondes et tres-lenlement.
Ce qui prouve que dans les gallinacés la digestion se fait principalement par l’action des muscles du gesier, et non par celle d'un dissolvant quelconque , c’est que si l’on fait avaler à l’un de ces oiseaux un petit tube de plomb ouvert par les deux bouts , mais assez épais pour n’èlre point aplati par l’effort du gésier, et dans lequel on aura introduit un grain d’orge, la tube de plomb aura perdu sensiblement de son poids dans l’espace de deux jours , et le grain d’orge qu’il renferme, lut-il cuit et même mondé, se retrouvera au bout de deux jours un peu renflé , mais aussi peu altéré que si on l’eût laissé pendant le même temps dans tout autre endioil également humide; au lieu que ce même grain , et d’autres beaucoup plus durs, cpii ne seroient pas garantis par un tube , seroienl digérés en beaucoup moins de temps.
Une chose qui peut aider encore à l’action du gésier c’est que les oiseaux en tiennent la cavité remplie, autant qu’il est possible, et par là mettent en 'jeu les quatre muscles dont il est composé ; à défaut de grains, ils le lestent avec de P herbe et même avec de petits cailloux, lesquels , par leur dureté et leurs inégalités, sont des inslrumens propres à broyer les grains avec lesquels ils sont continuellement froissés ;
je dis par leurs inégalités ; car, lorsqu’ils sont polis, ils passent fort vite, il n’y a que les raboteux qui restent ; ils abondent d’autant plus dans le gésier qu’il s’y trouve moins d’alimens ; et ils y séjournent beaucoup plus de temps qu’aucune autre matière digestible ou non digestible.
El l’on ne sera point surpris que la membrane intérieure de cet estomac soit assez forte pour résister à la réaction de tant de corps durs sur lesquels elle agit sans relâche, si l’on fait attention que celte membrane est en effet fort épaisse et d’une substance analogue à celle de la corne ; d’ailleurs, ne sait-on pas que les morceaux de bois et les cuirs doni 011 se sert pour frotter avec une poudre extrêmement dure les corps auxquels ou veut donner le poli résistent fort longtemps? On peut encore supposer que cette membrane dure se répare de la même maniéré que la peau calleuse des mains de ceux qui travaillant à des ouvrages de force.
Au reste, quoique les petites pierres puissent contribuer a la digestion , il n’est pas bien avéré que les oiseaux granivores aient une intention bien décidée en les avalant. Redi avant renfermé deux chapons avec de l’eau et de ces petites pierres pour toute nourriture, ils burent beaucoup d’eau et moururent l’un au bout de vingt jours, l’autre au bout de vingt-quatre, et tous deux sa il' avoir avalé une seule pierre. Redi en trouva bien quelques-unes dans leur gésier, mais c’étoit de celles qu’ils avoient avalées précédemment.
Les organes servant à la respiration consistent en un poumon semblable à celui des animaux terrestres, et dix cellules aériennes dont il y en a huit dans la poitrine , qui communiquent immédiatement avec le poumon, et deux plus grandes dans le basventre, qui communiquent avec les huit précédentes : lorsque dans l’inspiration le thorax est dilaté, l’air entre par le larynx dans le poumon , passe du poumon dans les huit cellules aériennes supérieures, qui attirent aussi , en se dilatant , celui des deux cellules du bas-ventre , et celles-ci s’affaissent à proportion ; lorsqu’au contraire le poumon et les cellules supérieures, s’affaissant dans l’expiration, pressent l'air contenu dans leur cavité, cet air sort en partie par le larynx, et repasse en partie des huit cellules de la poitrine dans les deux cellules du bas-ventre, lesquelles se dilatent alors par une mécanique assez analogue à celle d’un soufflet à deux âmes. Mais ce n’est point ici le lieu de développer tous les res*
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sorts de cette mécanique; il suffira de remarquer que, dans les oiseaux qui ne volent point . comme l'autruche , le casoar, et dans ceux qui volent pesamment , tels que les gallinacés, la quatrième cellule de chaque côté est plus petite.
Toutes ces différences d’organisation en entraînent nécessairement beaucoup d’autres, sans pai ler des anches membraneuses observées dans quelques oiseaux. M. buveruey a fait voir sur un coq visant que la voix, dajis ces oiseaux, ne se formoit pas vers le larynx , comme dans les quadrupèdes, mais au bas de la trachée-art ere, vers la bifurcation, où M. Perrault a vu un larynx interne. Outre cela, M. Hérissant a observé, dans les principales bronches du poumon , des membranes semi-lunaires posées transversalement les unes au dessus des autres, de façon qu elles n’occupent que la moitié de la cavité de ces bronches, laissant à 1 air un libre cours par l’autre demicavité ; et il a jugé avec raison que ces membranes de\ oient concourir à la formation delà voix des oiseaux, mais moins essentiellement encore que la membrane de 1 os delà luuette, laquelle termine une cavité assez considérable qui se trouve au dessus de la partie supérieure et interne de la poitrine, et qui a aussi quelque communication avec les cellules aérien es supérieures. Cet anatomiste dit s’élre assuré, par des expériences réitérées, que lorsque cette membrane est percée, la voix se perd aussi, et que , pour la faire entendre de nouveau , il faut boucher exactement l’ouverture de la membrane, et empêcher que l’air ne puisse sortir.
D’après de si grandes différences observées dans l’appareil des organes de la voix, 11e paroitra-t-il pas singulier que les oiseaux, avec leur langue cartilagineuse et leurs lèvres de corne, aient plus de facilité à imiter nos chants et même notre parole, que ceux d’entre les quadrupèdes qui ressemblent. le plus à l’homme? tant il est difficile de jugei- de l’usage de* parties par leur simple structure , et tant ii est vrai que la modification de la voix et des sons dépend presque en entier de la sensibilité de i’ouie !
Le tube intestinal est fort long dans les gallinacés, et surpasse environ cinq fois la longueur de l’animal, prise de l’extrémité du bec jusqu’à l'anus : ou y trouve deux cæcum d’environ six pouces, qui prennent naissance à l’endroit où le colon se joint à l’iléon; le rectum s’élargit à son extrémité
et forme un réceptacle commun , qu’on a appelé cloaque, où se rendent séparément les cxcrémeus solides et liquides , et d’où ils sortent à la fois sans être néanmoins entièrement mêlés. Les parties caractéristiques des sexes s’v trouvent aussi, savon-, dans les poules ia vulve on l'orifice de l’ uvïductus ; et dans les coqs les deux verges, c’est-à-dire les mamelons des deux vaisseaux spermatiques ; ia vulve est placée, comme nous l’avons dit plus haut, au dessus de l’anus, et par conséquent tout au rebours de ce qu’elle est dans les quadrupèdes.
On savoil , de* le temps d’Aristote, que tout oiseau male avoit des testicules, et qu ils éloient cachés dans l’intérieur du corps; on altribuoit même à cette situation la véhémence de l’appétit du mâle pour la femelle, qui a, disoii-on , moins d’ardeur, parce que l’ovaire est plus près du diaphragme , et par conséquent plus à portée h être rafraîchi par l’air de la respiration : au reste , les testicules ne sont pas tellement propres au mâle , que l’on n’en trouve aussi dans la femelle de quelques especes d oiseaux, comme, dans la canepelière et peutêtre 1 outarde. Quelquefois les mâles n’en ont qu’un , mais le plus souvent ils en ont deux; et il s’en faut beaucoup que la grosseur de ces espèces de glandes soit proportionnée à celle de l’oiseau : l’aigle les a comme des j>ois , et un poulet de quaire mois les a déjà comme des oiives. E11 général leur grosseur varie non seulement d’une espece à l’autre, mais encore dans la même espece , et n’est jamais plus remarquable que dans le temps des amours. Au resie , quelque peu considérable qu’en soit le volume , ils jouent un grand rôle dans l’économie animale, ei cela se voit clairement par les changemens qui arrivent à la suite de leur extirpation. Celte opération se fait communément aux poulets qui ont trois ou quatre mois : celui qui la subit prend désormais plus de chair; et sa chair, qui devient plus succulente et plus délicate, donne aux chimistes des produits différens de ceux qu’elle eût donnés avant la castration1 ; il n’est presque plus sujet à la nme, de même que le cerf qui est dans le même cas 11e quitte plus sou bois : il 11’a plus le
1. L’extrait tiré de la chair du poulet dégraissé est un peu moins du quatorzième du poids, tolal ; au iieu qu’il en fait un dixième dans le poulet, et un peu plus du septième dans le coq : de plus , l’extrait de la chair du coq est très-sec , au lieu que celui de la chair du chapon est difficile à sécher,