‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 92 sur 361 · II · texte numérisé non relu

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même chant ; sa Voix devient enrouée, et il ne la fait entendre que rarement : traité durement par les coqs, avec dédain par les poules, privé de tous les appétits qui ont rapport a la reproduction, il est non seulement exclu de la société de ses semblables, il est encore, pour ainsi dire, séparé de son espèce: c’est un être isolé, hors d’œuvre, dont, toutes les facultés sc replient sur luinième et n’ont pour but (pie sa conservation individuelle; manger, dormir et s’engraisser, voila désormais ses principales fonctions et tout ce qu’on peut lui demander. Cependant avec un peu d’industrie, on peut tirer parti de sa foiblesse même et de sa docilité qui en est la suite, en lui donnant des habitudes utiles, celle, par exemple, de conduire et d'élever les jeunes poulets ; il ne faut pour cela (pie le tenir pendant quelques jours dans une prison obscure , ne l’en tirant quà des heures réglées pour lui donner à manger, et l’accoutumant peu à peu à la vue et à la compagnie de quelques poulets un peu forts; il prendra bientôt ces poulets en amitié, et les conduira avec autant d’affection et. d’assiduité que le feroit leur mère; il en conduira meme plus que la mère, parce qu’il en peut réchauffer sous les ailes un plus grand nombre à la fois. La mère poule, débarrassée de ce soin , se remettra plus tôt à pondre; et de cette manière les chapons, quoique voués à la stérilité, contribueront encore indirectement à la conservation et à la multiplication de leur espece.

Un si grand changement dans les mœurs du chapon , produit par une cause si petite ou si peu suffisante en apparence , est un fait d’autant plus remarquable, qu'il est confirmé par un très-grand nombre d’expériences que les hommes ont tentées sur d’autres espèces , et qu’ils ont osé étendre jusque sur leurs semblables.

Ou a fait sur les poulets un essai beaucoup moins cruel, et qui n’est peut-être pas moins intéressant pour la physique ; c’est, après leur avoir emporté la crête1, comme on fait ordinairement, d’y substituer un de leurs éperons naissons, qui 11e sont encore que de petits boulons; ces éperons, ainsi entés, prennent peu à peu racine dans les chairs, en tirent de la nourriture, et crois-

1. La raison qui semble avoir déterminé à couper la crête aux poulets qu’on fait devenir chapons, c’est qu’a près cette opération, qui ne l’empèche pas de croître, elle cesse de se tenir droite, elle devient pendante comme celle des poules ; et , si on la laissoit , elle les iiicommoderoit en leur couvrant un œil.

sent souvent plus qu’ils n’eussent fait dans le lieu de leur o igine ; on en a vu qui avoient deux pouces et demi de longueur, et plus de trois lignes et demie de diamètre à la base; quelquefois eu croissant ils se recourbent comme les cornes de bélier; d’autres fois ils se renversent comme celles des boucs.

C’est une espèce de greffe animale, dont le succès a dû paroi tre fort douteux la première fois qu’on l’a tentée, et dont il est surprenant qu’on n’ait tiré , depuis qu’elle a réussi , aucune connoissance pratique. En général , les expériences destructives sont plus cultivées, suivies plus vivement que celles qui tendent à la conservation, parce que 1 homme aime mieux jouir et consommer que de faiie du bien et s’instruire.

Los poulets ne naissent point avec cette crête et ces membranes rougeâtres qui les distinguent des autres oiseauv ; ce n’est qu’un mois apres leur naissance que ces parties commencent à se développer. A deux mois, les jeunes mâles chaulent déjà comme les coqs, et se battent les uns contre les autres ; ils sentent qu’ils doivent se haïr , quoique le fondement de leur haine n'existe pas encore ; ce u’est guere qu’à cinq ou six mois qu ils commencent à rechercher les poules, et que celles-ci commencent à pondre. Dans les deux sexes, le terme de l accroissement complet est à un an ou quinze mois. Les jeunes poules pondent plus, à ce qu’011 dit ; mais les vieilles couvent mieux. Ce temps nécessaire à leur accroissement indiquerait que la durée de leur vie naturelle ne devroit être (pie de sept ou huit ans, si dans les oiseaux celte durée suivoil la même proportion que dans les animaux quadrupèdes; mais nous avons vu qu’elle est beaucoup plus longue : un coq peut vivre jusqu’à vingt ans dans l’état de domesticité, et peut-être trente dans celui de liberté. Malheureusement pour eux, nous n’avons nul intérêt de les laisser vivre long-temps ; les poulets et les chapons qui sont destinés à paroître sur nos tables ne passent jamais l’année, et la plupart ne vivent qu’une saison. Les coqs et les poules qu'on emploie à !a multiplication de l’espèce sont épuisés assez promptement, et nous ne donnons le temps à aucun de parcourir la période entière de celui qui leur a été assigné par la nature ; en sorte que ce n’est que par des hasards singuliers que I on a vu des coqs mourir de vieillesse.

Les poules peuven! subsister partout avec la protection de l’homme; aussi sont-elles répandue,-, dans tout le monde habité. Les gens

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aisés en élèvenl en Islande , où elles pondent comme ailleurs ; et les pays chauds en sont pleins. Mais la Perse est le eiimal primitif des coqs, selon le docteur Thomas H\ de 1 : ces oiseaux y sont en abondance et en grande .considération, surtout parmi certains dervis que les regardent comme des horloges vivantes ; et l'on sait qu'une horloge est l’aine de toute communauté de dervis.

Dampier dit qu’il a vu et tué, dans les îles de Êoulo-Gondor , des coqs sauvages qui ne surpassoient pas nos corneilles en grosseur, et dont léchant, assez semblable à celui des coqs de nos basses-cours, étoit seulement plus aigu. Il ajoute ailleurs qu’il y en a dans l’ile Timor et à Sant-Iago , l’une des îles du cap 'Vert. Gemcüi Carreri rapporte qu’il en avoit aperçu dans les des Philippines, et Merolla prétend qu’il y a des poules sauvages au royaume de Congo, qui sont plus belles et de meilleur goût que les poules domestiques, mais que lesNegres estiment peu ces' sortes d’oiseaux.

De leur climat naturel , quel qu’il soit , ces oiseaux se sont répandus facilement dans le vieux continent, depuis la Chine jusqu’au cap Vert, et depuis l’Océan méridional jusqu’aux mers du Nord. Ces migrations sont fort anciennes , et remontent au delà de toute tradition historique; niais leur établissement dans le Nouveau-Monde paroit être beaucoup plus récent. L’historien des Incas assure qu’il n’y en avoit point au Pérou avant la conquête , et même que les poules ont été plus de trente ans sans pouvoir s’accoutumer à couver dans la vallce de Cusco. Coréal dit positivement que les pouies ont été apportées au Brésil par les Espagnols, et que les Brasiliens les connoissoient si peu, qu’ils n’en maugeoienl d’aucune sorte , et qu’ils regardoienl leurs œufs comme une espece de poison. Les habitans de l’ile de Saint- Domingue n’en avoient point non plus , selon le témoignage du P. Charlevoix ; et Oviedo donne comme un fait avéré qu’elles ont été transportées d’Europe en Amérique. Il est vrai qu’ Acosta avance tout le contraire; il soutient que les poules existaient au Pérou avant l’armée des Espagnols : il en donne pour preuve qu’elles s’appellent, dans la langue du pays, gualpa , et leurs œufs ponto ; et de l’ancienneté du mot il croit pouvoir conclure celle de la chose, comme s’il n’étoit pas fort simple de penser que des sauvages, voyant pour la première fois un

x. Remarquez cependant que l’art d’engraisser ! les chapons a été porté d’Europe en Perse par des

marchands arméniens.

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oiseau étranger, auront songé d’abord à le nommer, soit d’après sa ressemblance avec quelque oiseau de leur pays , soit d’après quelque autre analogie. Mais ce qui dovit ,« ce me semble , faire préférer absolument la première opinion, c’est qu’elle est conforme à la loi du climat : cette loi , quoiqu’elle ne puisse avoir lieu en généra! à 1 égard des oiseaux, surtout à l’égard de ceux qui ont l’aile forte , et à qui toutes les contrées sont ouvertes , est néanmoins suivie nécessairement par ceux qui, comme la poule, étant pesans et ennemis de i eau , ne peuvent ni traverser les airs comme les oiseaux qui ont le vol élevé, ni passer les mers ou même les grandes fleuves comme les quadrupède* qui savent nager, et sont par conséquent exclus pour jamais de tout pays séparé du leur par de grands amas d’eau, à moins que l’homme, qui va partout, ne s’avise de les transporter avec lui. Ainsi le coq est encore un animal qui appartient en propre à l’ancien continent , et qu'il faut ajouter à la liste que j’ai donnée de tous les animaux qui n’existoient pas dans le Nouveau - Monde lorsqu’on en a fait la découverte.

A mesure que les pouies se sont éloignées de leur pa)s natal, qu’elles se sont accoutumées à un autre climat , à d’autres ai i mens, elles ont dû éprouver quelque altération dans leur forme , ou plutôt dans celles de leurs parties qui en étaient le plus susceptibles ; et delà sans doute ces vaiiéiés qui constituent les différentes races dont je vais parler ; variétés qui se perpétuent constamment dans chaque climat , soil par l’action continuée des mêmes causes qui les ont produites d’abord , soit par 1 attention que l’on a d’assortir les individus destinés à la propagation.

Il seroil bon de dresser pour le coq , comme je l'ai fait pour le chien, une espèce d’arbre généalogique de toutes ses races, dans lequel ou verroit la souche primitive et ses différentes branches, qui représenteroient les divers ordres d’altérations et de changemens relatifs à ses différens états; mais il faudrait avoir pour cela des mémoires plus exacts, plus détaillés que ceux que l’on trouve dans la plupart des relations. Ainsi je me contenterai de donner ici mon opinion sur la poule de notre climat , et de rechercher son origine après avoir fait le dénombrement. des races étrangères qui ont été décrites par les naturalistes , ou seulement indiquées par les voyageurs.

i° Le coq commun , ii° i , le coq de notre climat.

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20 Le coq huppé, n" 4g. Il ne diffère du coq commun que par une touffe de plumes qui s’élève sur sa tète; et il a ordinairement la crête plus petite , vraisemblablement parce que la nourriture , au lieu d’ètre portée toute à la crête , est en partie employée à l’accroissement des plumes. Quelques voyageurs assurent que toutes les poules du Mexique sont huppées. Ces poules, comme toutes les autres de 1 Amérique, y ont été transportées par les hommes, et viennent originairement de l’ancien continent. Au reste, la race des poules huppées est celle (pie les curieux ont le plus cultivée; et, comme il arrive à toutes les choses qu’on regarde de tres-pres, ils y ont remarqué un grand nombre de différences, surtout dans les couleurs du plumage, d’apres lesquelles ils ont formé une multitude de races diverses, qu’ils estiment d’autant plus que leurs couleurs sont plus belles ou plus rares, telles que les dorées et les argentées; la blanche a huppe noire, et la noire a huppe blanche; les agates et les chamois, les ardoisées ou périnelles, celles à écailles de poisson, et le*' herminées; la poule veuve , qui a de petites larmes blanches semées sur un tond rembruni ; la poule couleur de leu; la poule pierrée , dont le plumage tond blanc est marqueté de noir ou de chamois, ou d’ardoise, ou de doré, etc. ; mais je doute fort que ces différences soit nt assez constantes et assez profondes pour constituer des especes vraiment différentes, comme le prétendent quelques curieux, qui assurent que plusieurs des races ci-dessus ne propagent point ensemble.

3° Le cucj sauvage de l’Asie. C’est sans doute celui qui approche le plus de la souche originaire des coqs de ce climat ; car, n’ayant jamais été gêné par l’homme, ni dans le choix de sa nourriture, ni dans sa maniéré de vivre, qu’est-ce qui aurait pu altérer en lui la pureté de la première empreinte? Il d’est ni des plus grands ni des plus petits de l’espece ; mais sa taille est moyenne entre les diltéi entes races. Il se trouve, comme nous l’avons dit ci-devant , en plusieurs contrées de l’Asie , en Afrique, et dans les îles du cap Vert. Nous n’en avons pas de description assez exacte pour pouvoir le comparer a notre coq. Je dois recommander ici aux voyageurs qui se trouveront à portée de voir ces coqs et poules sauvages, de tâcher de savoir si elles font des nids, et comment elles les tout. M. Lollinger, médecin à Sarrebourg, qui a fait de nombreuses et très-bonnes observations sur les oiseaux, m’a assuré que nos poules, lorsqu’elles sont

en pleine liberté , font des nids , et qu’elles y mettent autant de soin que les perdrix.

4° L acoliu ou coq de Madagascar. Les poules de cette espece sont très-petites; et cependant leurs oeufs sont encore plus petits à proportion, puisqu’elles en peuvent couver jusqu’à trente à la fois.

5° Poule naine de Java , de la grosseur d’un pigeon. Il y a quelque apparence que la petite poule angloise pourrait bien être de la même race que cette poule de Java , dont parlent les voyageurs; car cette poule angloise est encore plus petite que notre poule naine de France, n’étant en effet pas plus grosse qu’un pigeon de moyenne grosseur. On pourrait peut-être encore ajouter à cette race la petite poule du Pégu, que les voyageurs disent n’èti e pa-ï plus grosse qu’une tourt. relie, et avoir les pieds rogneux, mais le plumage 1res beau.

6° Poule de l'isthme de Darien , plus petite (pie la poule commune. Elle a un cercle de plumes autour des jambes, une queue fort épaisse qu’elle porte droite , et le bout des ailes noir; elle chante avant le jour.

7° Poules de Camhoye, transportées de ce royaume aux Philippines par les Espagnols ; elles ont les pieds si courts, que leurs ailes traînent à terre. Cette race ressemble beaucoup à celle de la poule naine de France, ou peut-être à cette poule naine qu’on nourrit en Hretagne à cause de sa fécondité , et qui marche toujours en sautant. Au reste, ces poules sont de la grosseur des poules ordinaires, et ne sont naines (pie par les jambes, qu’elles ont t res-courtes.

8° Le coq de Bantam a beaucoup de rapport avec le coq pattu de France; il a de même les pieds couverts de plumes , mais seulement eu dehors ; celles des jambes sont très longues, et lui forment des especes de bottes, qui descendent beaucoup plus bas (pie le talon : il est couiageux, et se bat hardiment contre des coqs beaucoup plus forts que lui; il a l’iris des yeux rouge. On m’a assuré que la plupart des races pattues n’ont point de huppe. H y a une grosse race de poules pattues qui vient d’Angleterre, et une plus petite, que l’on appelle le coq nain d' Angleterre , qui est bien doré et à crête double.

Il y a encore une race naine, qui ne surpasse pas le pigeon commun en grosseur, et dont le plumage est tantôt blanc, taniôt blanc et doré. Ou comprend aussi dans les poules patlues la poule de Siam , qui est blanche , et plus petite que nos poules communes.

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9® Les Hollandois parlent d’une autre espèce de coqs propre à l’ile de Java , où on ne les élève guère que pour la joule; ils l’appellent demi-poule d Inde. Selon Willughby, il porte sa queue à peu près comme le dindon. C’est sans doute à cette race que l’on doit rapporter celle de ces pouL s singulières de Java dont parle Mandeslo, lesquelles tiennent de la poule ordinaire et de la poule d’Inde, et qui se battent entre elles à outrance, comme les coqs. Le sieur Fournier m'a assuré (pie cette espece a été vivante à Paris 1 : elle n’a, selon lui, ni crête ni cravate; la tète est unie comme celle du faisan. Celte poule est très-haute sur ses jambes; sa queue est longue et pointue, les plumes étant d’inégale longueur; et en général la couleur des plumes est rembrunie comme celle des plumes du vautour.

xo° Le coq d' Angleterre ne surpasse pas le coq nain en grosseur, mais il est beaucoup plus haut monté que notre coq commun , et c’est la principale chose qui l’en distingue. On peut donc rapporter à cette race le solo, espece de coq des Philippines , «pii a de trèslongues jambes. Au reste, le coq d’Angleterre est supérieur à celui de France pour le combat ; il a plutôt une aigrette qu'une huppe; son cou et son bec sont plus dégagés, et il a au dessus des narines deux tubercules de chair, rouges comme sa crête.

1 1° Le coq de Turquie n’est renia rquable que par son beau plumage.

ri° Le coq de Hambourg , appelé aussi culotte de velours, parce qu’il a les cuisses et le ventre d’un noir velouté. Sa démarche est grave et majestueuse, son bec Ires-pointu , l’iris de ses yeux jaune, et ses yeux même sont entourés d’un cercle de plumes brunes, d’où part une touffe de plumes noires (pii couvrent les oreilles; il a des plumes à peu près semblables derrière la crête et au dessous des barbes, et des taches noires, rondes, et larges sur la poitrine : les jambes et les pieds sont de couleur de plomb , excepté la [liante des pieds, qui est jaunâtre.

i3° Le coq frisé , dont les plumes se renversent en dehors : on en trouve à Java, au Japon, et dans toute l’Asie méridionale. Sans doute que ce coq appartient plus particulièrement aux pays chauds; car les poussins de cette race sont extrêmement sensibles au froid, et n’y résistent guere dans

i. M. Fournier est un curieux, qui a élevé pendant plusieurs années pour lui-méme, pour S. A. S. M. le prince de Clermont , et pour plusieurs seigneurs , des poules , et des pigeons de toute espèce.

notre climat. Le sieur Fournier m’a assuré que leur plumage prend toutes sortes de couleurs, et qu’on en voit de blancs, de noirs , d’argentés, de dorés, d’ardoisés, etc.

140 La poule a duvet du Japon, n° 98.

Ses plumes sont blanches, et les barbes des plumes sont détachées et ressemblent assez à du poil ; ses pi jds ont des plumes en dehors jusqu à l’ongle du doigt extérieur. Cette race se trouve au Japon, à la Chine, et dans quelques autres contrées de l’Asie. Four la propager dans toute sa pureté, il faut que le pere et la mere soient tous deux à duvet.

i5° Le coq nègre a la crête, les barbes , l’épiderme, et le périoste absolument noirs: ses plumes le sont aussi le plus souvent, mais quelquefois elles sont blanches. On en trouve aux Philippines, à Java , à Delhi, à Sant-Jago , l’une des îles du cap Vert. Becman prétend que la plupart des oiseaux de cette dernière île ont les os aussi noirs que du jais, et la peau de la couleur de celle des Nègres. Si ce fait est vrai on ne peut guere attribuer celte teinture noire qu’aux alimens que les oiseaux trouvent dans cette île. On connoîl les effets de la garance, des caillelait , des graterons , etc. ; et l’on sait qu’en Angleterre on rend blanche la chair des veaux en les nourrissant de farineux et autres alimens doux , mêlés avec une certaine terre ou craie (pie l’on trouve dans la province de Bedfort, Il seroit donc curieux d’observer à Sant-Iago, parmi les différentes substances dont les oiseaux s’y nourrissent, quelle est celle qui teint leur périoste en noir. Au reste, cette poule nègre est connue en France, et pourroit s’y propager; mais, comme la chair, lorsqu’elle est cuite , est noire et dégoûtante, il est probable qu on ne cherchera pas a multiplier cette race : lorsqu elle se mêle avec les autres, il eu résulte des métis de différentes couleurs, mais qui conservent ordinairement la crête et les cravates ou barbes noires, et qui ont même la membrane (pii forme l’oreillou teinte de bleu noirâtre à l’extérieur.

160 Le coq sans croupion ou coq de Pesé de quelques auteurs. La plupart des poulets et des coqs de Virginie n’ont point de croupion, et cependant ils sont certainement de race angloise. Les babitans de celle colonie assurent que lorsqu’on y transporte de ces oiseaux ils perdent bientôt leur croupion. Si cela est ainsi, il faudroit les appeler coqs de. Virginie, et non de Perse, d’autant plus que les anciens ne les ont pas connus, et que les naturalistes n’ont commencé à en parler qu apres la découverte de l’ Amérique. Nous

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avons dit que les chiens d Europe à oreilles pendantes perdent leur voix et prennent des oreilles droites lorsqu’on les transporte dans le climat du tropique : cette singulière altération, produite par l'influence du climat, n’est cependant pas aussi grande que la perte du croupion et de la queue dans l’espece du coq. Mais ce qui nous paroit être une bien plus grande singularité, c’est que dans le chien comme dans le coq , qui, de tous les animaux de deux ordres très-dilïérens, sont le plus domestiques, c’est à-dire le plus dénaturés par l’homme, il se trouve également une îace de chiens sans queue, comme une race de coqs saus croupion. On me montra, il y a plusieurs années, un de tes chiens né sans queue , je crus alors que ce n’étoit qu’un individu vicié, un monstre, et c est pour cela que je n’en fis aucune mention dans l’histoire du chien : ce n’est que depuis ce temps que j’ai revu ces chiens sans queue, et (pie je me suis assuré qu’ils forment une race constante et particulière, comme celle des coqs sans croupion. Cette race de coqs a le bec et les pieds bleus, une crête simple ou double, et point de huppe; le plumage est de toutes couleurs ; et le sieur Fournier m’a assuré que, lorsqu elle se mêle avec la race ordinaire, il en provient des métis qui n’ont qu’un demi-croupion , et six plumes à la queue, au lieu de douze : cela peut être, mais j’ai de la peine à le croire.

17° La poule à cinq doigts est, comme nous avons dit , une forte exception à la méthode dont les principaux caractères se prennent du nombre des doigts : celle-ci en a cinq à chaque pied, tiois en avant, et deux en arriéré; et il y a même quelques individus dans cette race qui ont six doigts.

18" Les poules de Sausevare. Ce sont celles qui donnent ces œufs qui se vendent en Perse trois ou quatre écus la piece , et (pie les Persans s’amusent à choquer les uns contre les autres par manière de jeu. Dans le même pays, il y a des coqs beaucoup plus beaux et plus grands , et qui coûtent jusqu a trois cents livres.

190 Le cocj de Caux ou de Padoue. Son attribut distinctif est la grosseur: il a souvent la crête double en forme de couronne, et une espèce de huppe qui est plus marquée dans les poules ; leur voix est beaucou]) plus forte, plus grave, et plus rauque, et leur poids va jusqu’à huit à dix livres. On peut rapporter à cette belle race les grands coqs de Rhodes, de Perse , du Pégu , ces grosses poules de Rallia, qui 11e commencent à se couvrir de plumes que lorsqu’elles ont

atteint la moitié de leur grosseur : on sait que les poussins de Caux prennent leurs plumes plus tard que les poussins ordinaires.

Au reste , il faut remarquer qu’un grand nombre d oiseaux dont parlent les voyageurs sous le nom de coqs ou de poules sont de toute autre espèce : telles sont les poules patourdes ou palourdes qui se trouvent au Grand-Banc, et sont très -friandes de foie de morue; le coq et la poule noirs de Moscovie, qui sont coqs et poules de bruyère; la poule rouge du Pérou, qui a beaucoup de rapport avec les faisans ; cette grosse poule à huppe de la Nouvelle-Guinée , dont le plumage est bleu céleste, qui a le bec de pigeon, les pieds de poule commune, qui niche sur les arbres , et qui est probablement le faisan de Banda ; la poule de Damiette, qui a le bec et les pieds rouges, une petite marque sur la tète de la même couleur, et le plumage d’un bleu violet , ce qui pourroit se rapporter à la grande poule d’eau; la poule du Delta, dont Thévenot vante les belles couleurs , mais qui diffère des gallinacés non seulement par la forme du bec et de la queue, mais encore par les habitudes naturelles, puisqu’elle se plaît dans les marécages; la poule de Pharaon, que le même Thévenot dit 11e le pas céder à la gelinotte ; les poules de Corée , qui ont une queue de trois pieds de longueur, etc.

Dans ce grand nombre de races différentes que nous présente l’espèce du coq, comment pourrons-nous démêler quelle en est la souche primitive? Tant de circonstances ont influé sur ces variétés; tant de hasards ont concouru pour les produire; les soins et même les caprices de I homme les ont si tort multipliées , qu’il paroit bien difficile de remonter à leur première origine, et de reconnoitre dans nos basses cours la poule de la nature, ni même la poule de notre climat. Les coqs sauvages qui se trouvent dans les pays chauds de l’Asie pourront être regardés comme la tige primordiale de tous les coqs de ces contrées : mais, comme il n existe dans nos pays tempérés aucun oiseau sauvage qui ressemble parfaitement à nos poules domestiques, on ne sait à laquelle des races ou des variétés on doit donner la primauté; car, en supposant (pie le faisan, le coq de bruyère, ou la gélinotie, qui sont les seuls oiseaux sauvages de ce pays qu’on puisse rapprocher de nos poules par la comparaison, en soient les races primitives, et en supposant encore que ces oiseaux puissent produire avec nos poules des métis féconds, ce qui n’est pas bien avéré , ils seront alors

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de la même espèce : mais les races se seront très-anciennement séparées et toujours maintenues par elles-mêmes , sans chercher à se réunir avec les races domestiques dont elles different par des caractères constans , tels que le défaut de crêtes , de membranes pendantes dans les deux sexes , et d’éperons dans les mâles ; et par conséquent ces races sauvages ne sont représentées par aucune de nos races domestiq'ues, qui, quoique trèsvariées et très-différentes entre elles à beaucoup d’égards, ont toutes néanmoins ces crêtes, ces membranes, et ces éperons qui manquent aux faisans, à la gélinotte, et au coq de bruyère : d’où l’on doit conclure qu’il faut regarder le faisan , le coq de bruyère et la gélinotte comme des especes voisines et néanmoins différentes de celle de la poule , jusqu’à ce qu’on se soit bien assuré par des expériences réitérées , que ces oiseaux sauvages peuvent produire avec nos poules domestiques, non seulement des mulets stériles, mais des méiis féconds; car c’est à cet effet qu’est attachée l’idée de l’identité d’espece. Les races singulières , telles que la

frnule naine, la poule frisée, la poule nègre, a poule sans croupion , viennent toutes originairement des pays étrangers; et quoiqu’elles se mêlent et produisent avec nos poules communes, elles ne sont ni de la même race, ni du même climat. En séparant dune notre poule commune de toutes les espèces sauvages qui peuvent se mêler avec elle, telles que la gélinotte, le coq de bruyère , le faisan , etc. ; en la séparant aussi de toutes les poules étrangères avec lesquelles elle se mêle et produit des individus féconds , nous diminuerons de beaucoup le nombre de ses variétés, et nous n’y trouverons plus que des différences assez légères : les unes pour la grandeur du corps : les poules de Caux sont presque doubles, pour la grosseur, de nos poules ordinaires ; les autres pour la hauteur des jambes ; le coq d'Angleterre , quoique parfaitement ressemblant a celui de Fiance, a les jambes et les pieds bien plus longs ; d’autres pour la longueur des plumes, comme le coq huppé, qui ne différé du coq commun que par la hauteur des plumes du sommet de la fè te : d’autres par le nombre des doigts , telles que les poules et coqs à cinq doigts ; d’autres enfin par la beauté et la singularité des couleurs, comme la poule de Turquie et celle de Hambourg. Or, de ces six variétés auxquelles nous pouvons réduire la race de nos poules communes, trois appartiennent, comme I on voit , à 1 influence du climat de Hambourg,

de la Turquie, et de l’Angleterre, et peutêtre encore la quatrième et la cinquième ; car la poule de Caux vient vraisemblablement d’Italie, puisqu’on l’appelle aussi poule de Padoue ; et la poule à cinq doigts étoit connue en Italie des le temps de Columeîle : ainsi il ne nous restera que le coq commun et le coq huppé qu’on doive regarder comme les races naturelles de notre pays; mais, dans ces deux races, les poules et les coqs sont également de toutes couleurs. Le caractère constant de la huppe paroît indiquer une espèce perfectionnée , c’est-à-dire plus soignée et mieux nourrie ; et par conséquent la race commune du coq et de la poule sans huppe doit être la vraie tige de nos poules : et si l’on veut chercher dans cette race commune quelle est la couleur qu’on peut attribuer à la race primitive, i! paroît que c’est la poule blanche ; car , en supposant les poules originairement blanches, elles auront varié du blanc au noir, et pris successivement toutes les couleurs intermédiaires. Un rapport tres-éloigné , et que personne n’a saisi, vient directement à l’appui de cette supposition , et semble indiquer que la poule blanche est en effet la première de son espèce , et que c’est d’elle que toutes les autres races sont issues : ce rapport consiste dans la ressemblance qui se trouve assez généralement entre la couleur des œufs et celle du plumage. Les œufs du corbeau sont d’un vert brun taché de noir ; ceux de la crécerelle sont rouges; ceux du casoâr sont d’un vert noir; ceux de la corneille noire sont d’un brun plus obscur encore que ceux du corbeau ; ceux du pic-varié sont de même variés et tachetés; la pie-grièche grise a ses œufs tachés de gris , et la pie-grieche rouge les a tachés de rouge ; le crapaud-volant les a marbrés de taches bleuâtres et brunes, sur un fond nuageux blanchâtre ; l’œuf du moineau est cendré, tout couvert de lâches brunes-marron sur un fond gris; ceux du merle soùt d’un bleu noirâtre; ceux de la poule de bruyère sont blanchâtres, marquetés de jaune; ceux des pintades sont marqués , comme leurs plumes , de taches blanches et rondes , etc. : en sorte qu’il paroît y avoir un rapport assez constant entre la couleur du plumage des oiseaux et la couleur de leurs œufs; seulement on voit que les teintes en sont beaucoup plus foihles sur les œufs, et que le blanc domine dans plusieurs , parce que dans le plumage de plusieurs oiseaux il y a aussi plus de blanc que de toute autre couleur, surtout dans les femelles , dont les couleurs sont toujours moins

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fortes que ceUes du mâle. Or nos poules blanches, noires, grises, fauves, et de couleurs mêlées , produisent toutes des œufs parfaitement blancs : donc, si toutes ces poules étoient demeurées dans leur étal de nature, elles seroient blanches, ou du moins auroient dans leur plumage beaucoup plus de blanc que de toute autre couleur; les influences de la domesticité, qui ont changé la couleur de leurs plumes, n’ont pas assez pénétré pour altérer celle de leurs œufs :

ce changement de couleur des plumes n’est qu’un effet superficiel et accidentel , qui ne se trouve que dans les pigeons, les poules et les autres oiseaux de nos basses-cours; car tous ceux qui sont libres et t'aus l’état de nature conservent leurs couleurs sans altération et sans autres variétés (pie celles de l’àge, du sexe, ou du climat, qui sont toujours plus brusques, moins nuancées, plus aisées à reconnoître, et beaucoup moins nombreuses que celles de la domesticité.

LE DINDON1

Sr le coq ordinaire est l’oiseau le plus utile de la basse-cour, le dindon dôme tique2 est le plus remarquable, soit par la grandeur de sa taille, soit par la forme de sa tète, soit par certaines habitudes naturelles qui 11e lui sont communes qu’avec un petit nombre d autres especes. Sa tête, qui est fort petite a proportion du corps , manque de la parure ordinaire aux oiseaux ; car elle est presque entièrement dénuée de plumes, et seulement recouverte, ainsi qu'une partie du cou , dune peau bleuâtre, chargée de mamelons rouges dans la par tie antérieure du cou, et de mamelons blanchâtres sur la partie postérieure de la tête, avec quelques petits poils noirs clair-semés entre les mamelons , et de petites plumes plus rares au liant du cou, et qui deviennent plus fréquentes dans la partie inférieure , cho e qui n'avoit pas été remarquée par les naturalistes. De la base du bec descend sur le cou jusqu à environ le tiers de sa longueur, une espece de barbillon charnu, rouge et flot tant, qui paroi t simple aux veux, quo qu’il soit en effet composé d’une double membrane, ainsi qu’il est facile de s’en assurer en le touchant. Sur la base du bec supérieur, s’élève une caroncule charnue, de forme conique , et sillonnée par des rides transversales assez profondes; cette caroncule n’a guère plus d'un pouce de hauteur dans son état de contraction ou de repos, c’est-à-dire lorsque le dindon 11e voyant autour de lui que des objets auxquels il est accoutumé, et n’éprou-

1. Comme cet oiseau 11’est connu que depuis la découverte de l’Amérique, il 11’a «le nom ni en grec ni en latin. Les Espagnols lui donnèrent le nom de pavon de las Initias , c’est-à-dire paon des Indes occidentales ; ei ce nom ne lui était pas mal

aPpbqué d'abord , parce qu’il étend sa queue

Vaut aucune agitation intérieure, se promené tranquillement en prenant sa pâture : mais si quelque objet étranger se présente inopinément , surtout dans la saison des amours, cet oiseau, qui n'a rien dans son port ordinaire (pie d’humble et de simple, se rengorge tout à coup avec fierté ; sa tète et son cou se gonflent; la caroncule conique se déploie , s’allonge et descend deux ou trois pouces plus bas (pie le bec , qu elle recouvre entièrement; toutes ces parties charnues se colorent d’un rouge vif; en même temps les plumes du cou et du dos se hérissent , et la queue se releve en éventail, tandis que les ailes s’abaissent en se déployant jusqu à traîner par terre. Dans cette attitude , tantôt il va piaffant autour de sa femelle, accompagnant son action d’un bruit sourd (pie produit I air de la poitrine s’échappant par le bec, et qui est suivi d'un long bourdonnement; tantôt il quitte sa femme comme pour menacer ceux qui viennent le troubler. Dans ces deux cas, sa démarche est grave, et s’accélère seulement dans le moment où il fait entendre ce bruit sourd dont j’ai parlé : de temps en temps il interrompt cette manœuvre pour jeter un autre cri plus perçant, que tout le monde commit et qu’on peut lui faire répéter tant qu’on veut, soit en sifflant, soit en lui faisant entendre des sons aigus quelconques. Il recommence ensuite à faire la roue, qui, suivant qu'elle s'adresse à sa femelle ou aux objets qui lui font ombrage,

comme le paon, et qu’il n’y avoit point «le paons en Amérique. I.es Catalans l’ont nommé indiot , gall-d’ludi ; tes Italiens, gallo-d'india ; les Allemand , indiunisch han ; les Polonais , indiyk ; les Suédois, ka/kon ; les Anglois, turkejr.

». N° 97, le mâle.

LE DINDON

exprime tantôt son amour, et tantôt sa colère; et ces espèces d’accès seront beaucoup

{dus violens si on paroît devant lui avec un îabil ronge : c’est alors qu’il s irrite et devient furieux; il s’élance, il attaque à coups de bec, et fait tous ses efforts pour éloigner un objet dont la présence semble lui être insupportable.

Il est remarquable et très-singulier que cette caroncule conique qui s’allonge et se relâche lorsque i animal est agité d’une passion vive, se relâche de même après sa mort.

Il y a des dindons blancs, d’autres variés de noir et de blanc , d’autres de blanc et d’un jaune roussâtre, et d’autres d’un gris uniforme, qui sont les plus rares de tous; mais le plus grand nombre a le plumage tirant sur le noir, avec un peu de blanc à l’extrémité des plume'. Celles qui couvrent le dos et le dessus des ailes sont carrées par le bout ; et parmi celles du croupion , et même de la poitrine , il y en a quelques-unes de couleurs changeantes , et qui ont différens reflets, selon les différentes incidences de la lumière : et plus ils vieillissent, plus leurs couleurs paroissent être changeantes et avoir des reflets différens. Bien des gens croient que les dindons blancs sont les plus robustes; et c’est par cette raison que , dans quelques provinces, on les éieve de préférence : on en voit de nombreux troupeaux dans le Pertois en Champagne.

Les naturalistes ont compté vingt-huit pennes ou grandes plumes à chaque aile , et dix-huit à la queue. Mais un caractère bien plus frappant, et qui empêchera à jamais de confondre cette espece avec aucune autre espèce actuellement connue , c’est un hou quet de crins durs et noirs, long de cinq à six pouces, lequel, dans nos climats tempérés, sort de la partie inférieure du cou au dindon mâle adulte dans la seconde année , quelquefois même des la fin de la première ; et, avant que ce bouquet paroisse, l’endroit d’où il doit sortir est marqué par un tubercule charnu. M. Linnæus dit que ces crins ne commencent à paroître qu à la troisième année dans les dindons qu’on éleve en Suède. Si ce fait est bien avéré , il s’ensuivroit que celte espèce de production se feroit d autant plus tard que la température du pays est plus rigoureuse ; et , à la vérité, l’un des principaux effets du froid est de ralentir toutes sortes de dévdoppemens. C’est cette touffe de crins qui a valu au dindon le titre de barbu (peciore barbato ) ; exprès-

sion impropre à tous égards, puisque ce n’est pas de la poitrine, mais de la partie inférieure du cou , que ces crins prennent naissance , et que d’ailleurs ce n’est pas assez d’avoir des crins ou des poils pour avoir une barbe, il faut encore qu’ils soient autour du menton ou de ce qui en tient lieu, comme dans le vautour barbu d’ Edwards,planche cvi.

On se feroit une fausse idée de la queue du coq d’Inde, si l’on s’imaginoit que toutes les plumes dont elle est formée fussent susceptibles de se relever en éventail. A proprement parler, le dindon a deux queues, l’une supérieure et l’autre inférieure : la première est composée de dix-huit grandes plumes implantées autour du croupion, et que l animai releve lorsqu’il piaffe ; la seconde, ou l'inférieure, consiste en d’autres plumes moins grandes, et reste toujours dans la situation horizontale. L’est encore un attribut propre au mâle d’avoir uu éperon à chaque pied : ces éperons sont plus ou moins longs; mais ils sont toujours beaucoup plus courts et plus mous que dans le coq ordinaire.

La poule d’Inde diffère du coq, non seulement en ce qu'elle 11a pas d’éperons aux pieds, ni de bouquet de crins dans la partie inférieure du cou; en ce que la caroncule conique du bec supérieur est plus courte et incapable de s’allonger, que cette caroncule , le barbillon de dessous le bec , et la chair glanduleuse cpii recouvre la tête , sont d’un rouge plus pâle : mais elle en diffère encore par les attributs propres au sexe le plus foible dans la plupart des espèces; elle est plus petite, elle a moins de caractère dam la physionomie, moins de ressort à l'intérieur, moins d’action au dehors ; son cri 11’est qu’un accent plaintif; elle n’a de mouvement que pour chercher sa nourriture ou pour fuir le danger ; enfin la faculté de faire la roue lui a été refusée : ce n’est pas qu’elle n’ait la queue double comme le mâle, mais elle manque apparemment des muscles releveurs , propres a redresser les plus grandes plumes dont la queue supérieure est composée.

Dans le mâle, comme dans la femelle, les orifices des narines sont dans le bec supérieur, et ceux des oreilles sont en arriéré des yeux, fort couverts et comme ombragés par une multitude de petites plumes décomposées qui ont différentes directions.

On comprend bien que le meilleur mâle sera celui qui aura plus de force, plus de vivacité , plus d'énergie dans toute son ao

LE DINDON

tion : on pourra lui donner cinq ou six poules d’Inde. S’il y a plusieurs mâles, ils se battront, mais non pas avec l’acharnement des coqs ordinaires : ceux-ci ayant plus d’ardeur pour leurs femelles, sont aussi plus animés contre leurs rivaux; cl la guerre qu’ils sc font entre eux est ordinairement un combat à outrance : on en a vu même attaquer des coqs d Inde deux fois plus gros qu’eux, et les mettre à mort. Les sujets de guerre ne manquent pas entre les coqs des deux espèces, si, comme le dit Sperling, le coq d’Inde, privé de ses femelles, s’adresse aux poules ordinaires, et «pie ces poules dinde, dans l’absence de leur mâle, s’offrent au coq ordinaire, et le sollicitent assez vivement.

La guerre que les coqs d’Inde se font entre eux est beaucoup moins violente ; le vaincu ne cède pas toujours le champ de bataille; quelquefois même i! est préféré par les femelles. Ou a remarqué qu’un dindon blanc ayant été battu par un dindon noir, presque tous les dindonneaux de la couvée furent blancs.

L’accouplement des dindons se fait à peu près de la même manière que celui des coqs, mais il dure plus long temps; et c’est peutêtre par celle raison qu’il faut moins de femelles au mâle, et qu’il s’use beaucoup plus vite. J'ai dit plus haut, sur la foi de Sperling, qu’il se mèloit quelquefois avec les poules ordinaires ; le même auteur prétend que, quand il est privé de ses femelles, il s’accouple aussi non seulement avec la femelle du paon (ce qui peut être), mais encore avec les canes (ce qui me paroi t moins vraisemblable).

La poule d’Inde n’est pas aussi féconde que la poule ordinaire; il faut lui donner de temps en temps du cliènevis, de l’avoine, du sarrasin, pour l’exciter à pondre; et avec cela, elle ne fait guère qu’une seule ponte par an, d’environ quinze œufs; lorsqu elle en fait deux, ce qui est très-rare, elle commence la première sur la fin de l’hiver, et la seconde dans le mois d’août : ces œufs sont blancs avec quelques petites taches d’un jaune rougeâtre ; et du reste , ils sont organisés à peu près comme ceux de la poule ordinaire. La poule d’Inde couve aussi les œufs de toutes sortes d’oiseaux ; on juge qu’elle demande à couver, lorsque, après avoir fait sa ponte, elle reste dans le nid. Pour que ce nid lui plaise, il faut qu’il soit en lieu sec, à une bonne exposition, selon la saison, et point trop eu vue; car soii instinct la porte ordinairement à se

cacher avec grand soin lorsqu’elle couve.

Ce sont les poules de l’année précédente qui d’ordinaire sont les meilleures couveuses ; elles se dévouent à rette occupation avec tant d’ardeur et d’assiduité, qu’elles mourroient d inanition sur leurs œufs , si l’on n’avoit le soin de les lever une fois tous les jours pour leur donner à boire et a manger. Cette passion de couver est si forte et si durable, qu’elles font quelquefois deux couvées de suite et sans aucune interruption; mais, dans ce cas. il faut les soutenir par une meilleure nourriture. Le mâle a un instinct bien contraire; car, s’il aperçoit sa femelle couvant, il casse ses œufs, qu il voit apparemment comme un obstacle à ses plaisirs ; et c’est peut-être la raison pourquoi la femelle se cache alors avec tant de soin.

Le temps venu où ces œufs doivent érlore, les dindonneaux percent avec leur bec la coquille de l’œuf qui les renferme : mais cette coquille est quelquefois si dure, ou les dindonneaux si foibles, qu’ils périroient si on ne les aidoit à la briser; ce que néanmoins il ne faut faire qu’avec beaucoup de circonspection, et en suivant, autant qu’il est possible, les procédés de la nature. Ils périroient encore bientôt, pour peu que , dans ces commencemens , on les maniât avec rudesse, qu’on leur laissât endurer la faim, ou qu’on les exposât aux intempéries de l’air ; le froid, la pluie et même la rosée , les morfond ; le grand soleil les tue presque subitement ; quelquefois même ils sont écrasés sous les pieds de leur mère. Voilà bien des dangers pour un animal si délicat ; et c’est pour cette raison, et à causa de la moindre fécondité des poules d’Inde en Europe, que cette espece est beaucoup moins nombreuse que celle des poules ordinaires.

Dans les premiers temps, il faut tenir les jeunes dindons dans un lieu chaud et sec, où l’on aura étendu une litiere de fumier long bien battue ; et lorsque dans la suite ou voudra les faire sortir en plein air, ce ne sera que par degré et eu choisissant les plus beaux jours.

L’instinct des jeunes dindonneaux est d’aimer mieux prendre leur nourriture dans la main que de toute autre maniéré : on juge qu’ils ont besoin d’en prendre lorsqu’on les entend piauler, et cela leur arrive fréquemment ; il faut leur donner à manger quatre ou cinq fois par jour. Leur premier aliment sera du via et de l’eau qu on leur soufflera dans le bec; on y mêlera ensuite un peu de mie de pain ; vers le quatrième jour, on leur donnera les œufs gâtés de la

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LE DINDON. 175

couvée , cuits et hachés d’abord avec de la mie de pain, et ensuite avec des orties; ces œufs gâtés, soit de dindes, soit de poules, seront pour eux une nourriture très-salutaire : au bout de dix à douze jours on supprime les œufs, el on mêle les orties hachées avec du millet, ou avec la farine de turquis, d’orge, de froment, ou de blé sarrasin, ou bien, pour épargner le grain, sans faire tort aux dindonneaux, avec le lait caiiié, la bardanne, un peu de camomille puante, de graine d’ortie et du son : dans la suite on pourra se contenter de leur donner toutes sortes de fruits pourris, coupés par morceaux, el surtout des fruits de ronces ou de mûriers blancs, etc.; lorsqu’on leur verra un air languissant, on leur mettra le bec dans du vin pour leur en faire boire un peu, el ou leur fera avaler aussi un grain de poivre : quelquefois ils paroissent engourdis et sans mouvement, lorsqu ils ont été surpris par une pluie froide; et ils mourroient certainement , si on n’avoit le soin de les envelopper de linges chauds, et de leur souffler à plusieurs reprises un air chaud par le bec. Il ne faut pas manquer de les visiter de temps en temps , et de leur percer les petites vessies qui leur viennent sous la langue et autour du croupion, et de leur donner de beau de rouille ; on conseille même de leur laver la tête avec cette eau , pour prévenir certaines maladies auxquelles ils sont sujets 1 : mais, dans ce cas, il faut donc les essuyer et les sécher bien exactement, car on sait combien toute humidité est contraire aux dindons du premier âge.

La mère les mène avec la même sollicitude que la poule mène ses poussins ; elle les réchauffe sous ses ailes avec la même affection, elle les défend avec le même courage. Il semble que sa tendresse pour ses petits rende sa vue plus perçante ; elle découvre 1 oiseau de proie d’une distance prodigieuse, et lorsqu’il est encore invisible à tous les autres yeux : des qu’elle l’a aperçu, elle jette un cri d’etfroi qui répand la consternation dans toute la couvée ; chaque dindonneau se réfugie dans les buissons ou se tapit dans l’herbe, et la mère les y retient en répétant le même cri d’effroi autant de temps que l’ennemi est à portée : mais le voit-elle prendre son vol d’un autre côté, elle les en avertit aussitôt par un autre cri bien différent du premier, et qui est pour tous le signai de sortir du lieu où ils se

*. figère et tes ourles , selon la Maison rustique.

sont cachés, et de se rassembler autour d’eile.

Lorsque les jeunes dindons viennent d’éclore, ils ont la tète garnie d’une espèce de duvet, et n’ont encore ni chair glanduleuse ni barbillons; ce n’est qu’à six semaines ou deux mois que ces parties se développent , et , comme on le dit vulgairement , que les dindons commencent à pousser le rouge. Le temps de ce développement est un temps critique pour eux, comme celui de la dentition pour les enfans ; et c’est alors surtout qu'il faut mêler du vin à leur nourriture pour les fortifier : quelque temps avant de pousser le rouge, ils commencent déjà à se percher.

Il est rare que l’on soumette les dindonneaux à la castration comme les poulets : ils engraissent fort bien sans cela, et leur chair n’en est pas moins bonne; nouvelle preuve qu’ils sont d’un tempérament moins chaud que les coqs ordinaires.

Lorsqu’ils sont devenus forts, ils quittent leur mère, ou plutôt ils en sont abandonnés, parce qu’elle cherche à faire une seconde ponte et une seconde couvée. Plus les dindonneaux étoieut foibles et délicats dans le premier âge, plus ils deviennent , avec •e temps, robustes et capables de soutenir les injures du temps : ils aiment à se percher en plein air, et passent ainsi les nuits les plus froides de l’hiver, tantôt se soutenant sur un seul pied, et retirant l’autre dans les plumes de leur ventre comme pour ie réchauffer ; tantôt , au contraire , s’accroupissant sur leur bâton, et s’y tenant en équilibre; ils se mettent la tète sous i’aile pour dormir, et, pendant leur sommeil, ils ont le mouvement de la respiration sensible et trèsmarqué.

La meilleure façon de conduire les din-

dons devenus forts c’est de les mener paître parmi la campagne, dans les lieux où abondent les orties et autres plantes de leur goût, dans les vergers lorsque les fruits commencent à tomber, etc. ; mais il faut éviter soigneusement les pâturages où croissent les plantes qui leur sont contraires , telles que la grande digitale à fleurs rouges : cette plante est un véritable poison pour les dindons ; ceux qui en ont mangé éprouvent une sorte d’ivresse, des vertiges, des convulsions : et, lorsque la dose a été un peu forte, ils finissent par mourir étiques. On ne peut donc, apporter trop de soin à détruire cette plante nuisible dans les lieux où l'on élève des dindons.

On doit aussi avoir attention, surtout

LE DINDON

dans les commencemens, de ne les faire sortir le matin qn’après que le soleil a commencé à sécher la rosée, de les faire rentrer avant la chute du serein, et de les mettre à l’abri pendant la plus grande chaleur des jours d’été. Tous les soirs, lorsqu’ils reviennent , on leur donne de la pâtée, du grain, ou quelque autre uourriture, excepté seulement au temps des moissons, où ils trouvent suffisamment à manger par la campagne. Comme ils sont fort craintifs, ils se laissent aisément conduire; il ne faut que l'ombre d’une baguette pour en mener des troupeaux considérables, et souvent ils prendront la fuite devant un animal beaucoup plus petit et plus foible qu’eux : cependant il est des occasions où ils montrent du courage, surtout lorsqu'il s’agit de se défendre contre les fouines et autres ennemis de la volaille ; on en a vu même quelquefois entourer en troupe un lièvre au gîte et chercher à le tuer à coups de bec.

Ils ont différens tons, différentes inflexions de voix, selon l’âge, le sexe, et suivant les passions qu’ils veulent exprimer; leur démarche est lente et leur vol pesant ; ils boivent, mangent, avalent de petits cailloux, et digèrent à peu près comme les coqs; et, comme eux, ils ont un double estomac, c’est-à-dire un jabot et un gésier; mais, comme ils sont plus gros, les muscles de leur gésier ont aussi plus de foi ce.

La longueur du tube intestinal est à peu près quadruple de la longueur de l’animal , prise depuis la pointe du bec jusqu’à 1 extrémité du croupion. Ils ont deux cæcum, dirigés l’un et l’autre d arrière en avant , et qui. pris ensemble, font plus du quart de tout le conduit intestinal ; ils prennent naissance assez près de l’extrémité de ce conduit ; et les excrémens contenus dans leur cavité ne different guère de ceux que renferme la cavité du colon et du rectum : ces excrémens ne séjournent point dans le cloaque commun comme l’urine et ce sédiment blanc qui se trouve plus ou moins abondamment partout où passe l’urine, et ils ont assez de consistance pour se mouler en sortant par l’anus.

Les parties de la génération se présentent dans les dindons à peu près comme dans les autres gallinacés : mais, à l’égard de l’usage qu ils en font, ils paroissent avoir beaucoup moins de puissance réelle, les mâles étant moins ardens pour leurs femelles, moius prompts dans l’acte de la fécondation , et leurs approches étant beaucoup plus rares; et d’autre côté les femelles pondent plus

tard et bien plus rarement, du moins dans nos climats.

Comme les yeux des oiseaux sont, dans quelques parties, organisés différemment de ceux de 1 homme et des animaux quadrupèdes, je crois devoir indiquer ici ces principale^ différences. Outre les deux paupières supérieure et inférieure, les dindons, ainsi que la plupart des autres oiseaux, en ont encore une troisième, nommée paupière interne, membrana aie titans , qui se retire et se plisse en forme de croissant dans le grand coin de l’oeil, et dont les cillemens fréquens et rapides s'exécutent par une mécanique musculaire curieuse : la paupière supérieure est presque entièrement immobile ; mais 1 inférieure est capable de fermer l’œil en s'élevant vers la supérieure, ce qui n’arrive guère que lorsque l'animal dort ou lorsqu’il ne vit plus : ces deux paupières ont chacune un point lacrymal , et 11’ont pas de rebords cartilagineux ; la cornée transparente est environnée d’un cercle osseux composé de quinze pièces plus ou moins, posées lune sur l’autre en recouvrement, comme les tuiles ou les ardoises d’un couvert ; le cristallin est plus dur que celui de l’homme, mais moins dur que celui des quadrupèdes et des poissons , et sa plus grande courbure est eu arriéré ; enfin il sort du nerf optique, entre la rétine et la choroïde, une membrane noire de figure rhomboïde et composée de fibres parallèles, laquelle traverse l’humeur vitrée, et va s'attacher quelquefois immédiatement par son angle antérieur, quelquefois par un filet qui part de cel angle, à la capsule du cristallin. C’est à cette membrane subtile et transparente que messieurs les anatomistes de l’Académie des Sciences ont donné le nom de bourse, quoiqu’elle n’en ait guere la ligure dans le dindon, non plus que dans la poule, l’oie, le canard, le pigeon, etc. Son usage est , selon M. Petit, d’absorber les ravons de lumière qui partent des objets qui sont à côté de la tète et qui entrent directement dans les yeux : mais, quoi qu’il en soit de cette idée, il est certain que l’organe de la vue est plus composé dans les oiseaux que dans les quadrupèdes; et comme nous avons prouvé ailleurs que les oiseaux l’emporloient par ce sens sur les autres animaux, et que nous avons même eu occasion de remarquer plus haut combien la poule d’Inde avoit la vue perçante, on ne peut guère se refuser à cette conjecture si naturelle, que la supériorité de l’organe de la vue dans les oiseaux est due à la différence de la structure de leurs

LE DINDON

yeux et à l’artifice particulier de leur organisation; conjecture très-vraisemblable, mais de laquelle néanmoins la valeur précise ne pourra être déterminée que par l’élude approfondie de l’anatomie comparée et de la mécanique animale.

Si l’on compare les témoignages des voyageurs, on ne peut s’empêcher de reconnoître que les dindons sont originaires d’Amérique et des iles adjacentes, et qu’avant la découverte de ce nouveau continent ils n’existoient point dans l’ancien.

Le P. Du Tertre remarque qu’ils sont dans les Antilles comme dans leur pays naturel, et que, pourvu qu’on en ait un peu de soin, ils couvent trois à quatre fois l'année ; or c’est une règle générale pour tous les animaux, qu'ils multiplient plus dans le climat qui leur est propre que partout ailhurs; ils y deviennent aussi plus grands et plus forts, et c’est précisément ce que I on observe dans les dindons d’Amérique. On en trouve une multitude prodigieuse chez les Illinois, disent les missionnaires jésuites; ils y vont par troupes de cent , quelquefois même de deux cents ; ils sont beaucoup plus gros que ceux que l’on voit en France, et pèsent jusqu’à trente-six livres ; Josselin dit jusqu à soixante livres. Ils ne se trouvent pas en moindre quantité dans le Canada (où , selon le P. Théod-at, récollet, les sauvages les appeloient ondettuutatjues) , dans le Mexique, dans la Nouvelle-Angleterre, dans cette vaste contrée qu’arrose le Mississipi et chez les Brasiliens, où ils sont connus sous le nom de arignanoussou. Le docteur Hans Sloane en a vu à la Jamaïque. Il est à remarquer que dans presque tous ces pays les dindons sont dans l’état de sauvages, et qu’ils y fourmillent partout, à quelque distance néanmoins des habitations, connue s’ils ne cédoieut le terrain que pied à pied aux colons européens.

Mais si la plupart des voyageurs et témoins oculaires s'accordent à regarder cet oiseau comme naturel, appartenant en propre au continent de l’Amérique, surtout de l’Amérique septentrionale, ils ne s’accordent pas moins à déposer qu’il ne s’en trouve point ou que tres-peu dans toute l’Asie.

Gemelli Carreri nous apprend que non seulement il n’y en a point aux Philippines, mais que ceux mêmes que les Espagnols y avoient apportés de la Nouvelle-Espagne n’avoient pu y prospérer.

Le P. Du Halde assure qu’on ne trouve à la Chine que ceux qui y ont été transportés

d’ailleurs : il est vrai que, dans le même endroit , ce jésuite suppose qu’ils sont fort communs dans les Indes orientales; mais il paroît que ce n’est en effet qu’une supposition fondée sur des ouï-dire, au lieu qu’il étoit témoin oculaire de ce qu’il dit de la Chine.

Le P. De Bourzes, autre jésuite, raconte qu’il n’y en a point dans le royaume de Maduré, situé en la presqu’île en deçà du Gange; d’où il conclut, avec raison, que ce sont apparemment les Indes occidentales qui ont donné leur nom à cet oiseau.

Dampiern’ena point vu non plus à Mindanao. Chardin et Ta vernier, qui ont parcouru l’Asie, disent positivement qu’il n’y a point de dindons dans tout ce vaste pays : selon le dernier de ces voyageurs, ce sont les Arméniens qui les ont portés en Perse, où ils ont mal réussi ; comme ce sont les Hollandois qui les ont portés à Batavia, où ils ont beaucoup mieux prospéré.

Enfin Bosman et quelques autres voyageurs nous disent que si l’on voit des dindons au pays de Congo, à la Côte-d’Or, au Sénégal et autres lieux de l’Afrique, ce n’est que dans les comptoirs et chez les étrangers, les naturels du pays en faisant peu d’usage. Selon les mêmes voyageurs, il est visible que ces dindons sont provenus de ceux que les Portugais et autres Européens avoient apportés dans les commencemens avec !a volaille ordinaire.

Je ne dissimulerai pas qn’Aldrovande , Gesner, Bclon et Ray, ont prétendu que les dindons étoient originaires d Afrique ou des Indes orientales; et quoique leur sentiment soit peu suivi aujourd’hui, je crois devoir à de si gi ands noms de ne point le rejeter sans quelque discussion.

Aldrovande a voulu prouver fort au long que les dindons étoient les véritables mcléagrides des anciens , autrement les poules d Afrique ou de iNumidie, dont le plumage est couvert de tacbes rondes en forme de gouttes (gallinœ R umidicœ guttatœ) ; mais il est évident, et tout le monde convient aujourd’hui que ces poules africaines ne sont autre chose que nos pintades, qui, en effet, nous viennent d’Afrique, et sont trèsdifférentes des dindons. Ainsi il seroit inutile de discuter plus en détail cette opinion d’Aldrovande , qui porte avec elle sa réfutation, et que néanmoins M. Linnæus semble avoir voulu perpétuer ou renouveler en appliquant au dindon le nom de me.lv agris.

Ray, qui fait venir les dindons d’Afrique ou des Indes orientales , semble s’être laissé

I H 6 LE DINDON

tromper par les noms : celui d 'oiseau de Numidie , qu’il adopte, suppose une origine africaine ; et ceux de turkey et oiseau de Callicut, une origine asiatique : mais un nom nest pas toujours une preuve, surtout un nom populaire appliqué par des gens peu instruits, et même un nom scientifique appliqué par des savans, qui ne sont pas toujours exempts de préjugés. D’ailleurs Ray lui-même avoue, d’après Hans Sloane, que ces oiseaux se plaisent beaucoup dans les pa^s chauds de l’Amérique, et qu’ils y multiplient prodigieusement.

A l’égard de Gesner, il dit, à la vérité, que la plupart des anciens et, entre autres, Aristote et Pline, n’ont pas connu les dindons ; mais il prétend qu’Élien les a eus en vue dans le passage suivant : lu India gallinacei nascuntur maximi; non rubram habent cristatn, ut nostri , sed ita variant et Jloridam veluti coronam floribus contextam ; caudæ pcnnas non inflexas liabent, neque revolutas in orbem, sed /a/as : quas cum non erigunt , ut pavones trahunt : eorum pennœ smaragdi colorent feront .« Les Indes produisent de très-gros coqs dont la crête n’est point rouge, comme celle des nôtres, mais de couleurs variées, comme seroit une couronne de fleurs; leur queue n’a pas non plus déplumés recourbées en arc ; lorsqu’ils ne la relèvent pas, ils la portent comme les paons (c’est-à-dire horizontalement) ; leurs pennes sont de la couleur de l’émeraude. » Mais je ne vois pas que ce passage soit applicable aux dindons. i° La grosseur de ces coqs ne prouve point que ce soient des dindons ; car on sait qu’il y a en effet dans l’Asie, et notamment en Perse et au Pégu , de véritables coqs qui sont très-gros.

o° Cette crête de couleurs variées suffiroii seule pour exclure les dindons, qui n’eurent jamais de crête ; car il s’agit ici non d’une aigrette de plumes, mais d’une crête véritable, analogue à celle du coq, quoique de couleur différente.

3° Le port de la queue, semblable à celui du paon, ne prouve rien non plus, parce qu’Elien dit positivement que l’oiseau dont il s’agit porte sa queue comme le paon, lorsqu'il ne la relève point ; et s'il l’eût relevée comme le paon en faisant la roue, Élien n auroit pu oublier de faire mention d’un caractère aussi singulier, et d’un trait de ressemblance si marquée avec le paon , auquel il le compare dans ce moment même.

4° Enfin les pennes couleur d’émeraude ne sont rien moins (pie suffisantes pour déterminer ici 1 espèce des dindons, bien que

quelques-unes de leurs plumes aient des reflets smaragdins; car on sait que le plumage de plusieurs autres oiseaux a la même couleur et les mêmes reflets.

belon ne me paroît pas mieux fondé que Gesner à retrouver les dindons dans les ouvrages des anciens. Columelle avoit dit dans son livre De re rustica : A f ricana est nteleagridi similis ; nisi quod rutilant ga/eant et cris tant capite gerit , quœ utraque in nte/eagride suât cœrulea. « l.a poule d’Afrique « ressemble à la méléagride, excepté qu’elle « a la crèle et le casque rouges ( rutila ) , « au lieu que ces mêmes parties sont bleues <■ dans la méléagride. » Belon a pris cette poule africaine pour la pintade, et la méléagride pour le dindon : mais il est évident , par le passage même , que Columelle parle ici de deux variétés de la même espece, puisque les deux oiseaux dont il s’agit se ressemblent de tous points, excepté par la couleur, laquelle est en effet sujette à varier dans la même espèce, et notamment dans celle de la pintade, où les mâles ont les appendices membraneuses qui leur pendent aux deux côtés des joues, de couleur bleue, tandis que les femelles ont ces mêmes appendices de couleur rouge. D’ailleurs, comment supposer que Columelle, ayant à désigner deux espèces aussi différentes que. celles de la pintade et du dindon, se fût contenté de les distinguer par une variété aussi superficielle que celle de la couleur d’une petite partie, au lieu d’employer des caractères tranchés qui lui sautoient aux yeux?

C’est donc mal à propos que Belon a cru pouvoir s'appuyer de l’autorité de Columelle, pour donner aux dindons une origine africaine ; et ce n’est pas avec plus de succès qu’il a cherché à se prévaloir du passage suivant de Ptolémée, pour leur donner une origine asiatique : Triglyphon tegio in qua galli gatlinacei barbati esse dicuntur. Cette Triglyphe est en effet située dans la presqu’île au delà du Gange ; mais on n’a aucune raison de croire que ces coqs barbus soient des dindons : car, a ° il n’y a pas jusqu'à l’existence de ces coqs qui ne suit incertaine, puisqu’elle n’est alléguée que sur la foi d’un on dit ( dicuntur ) ; 1° on ne peut donner aux dindons le nom de coqs barbus , comme je l ai dit plus haut , ce mot de barbe appliqué à un oiseau ne pouvant signifier qu’une touffe de plumes ou de poils placés sous le bec, et non ce bouquet de crins durs que les dindons ont au bas du cou ; 3° Ptolémée éloit astronome et géographe, mais point du tout naturaliste; et il est visible

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Ordre des Gallinacés. Genre Aleci

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LE DINDON. 17

qu’il cherchoit à jeter quelque intérêt dans ses tables géographiques, en y mêlant, sans beaucoup de critique, les singularités de chaque pays ; dans la même page où il fait ment on de ces coqs barbus, il parle des trois îles des Satyres, dont les habitans avoient des queues, et de certaines îles Manioles, au nombre de dix, situées à peu près dans le même climat, où l’aimant abonde au point que l’on n’ose y employer le fer dans la construction des navires, de peur qu’ils ne soient attirés et retenus par la force magnétique : mais ces queues humaines , quoique attestées par des voyageurs et par des missionnaires jésuites, selon Gemelli Carreri , sont au moins fort douteuses ; ces montagnes d’aimant, ou plutôt leurs effets sur la ferrure des vaisseaux , ne le sont pas moins ; et l’on ne peut guère compter sur des faits qui se trouvent mêlés avec de pareilles incertitudes ; 4° enfin Ptolémée , à l’endroit cité, parle positivement des coqs ordinaires ( ga/li gallir/acei ) , qui ne peuvent être confondus avec les coqs d’Inde, ni pour la forme extérieure, ni pour le plumage , ni pour le chant , ni pour les habitudes naturelles, ni pour la couleur des œufs, ni pour le temps de l’incubation, etc. U est vrai que Scaliger, tout en avouant que la méléagride d’Athénée, ou plutôt de Clytus, cité par Athénée, étoit un oiseau d’Etolie, aimant les lieux aquatiques, peu attaché à sa couvée, et dont la chair sentoil le marécage , tous caractères qui ne conviennent point au dindon, qui ne se trouve point en Étolie, fuit les lieux aquatiques, a le plus grand attachement pour ses petits, et la chair de bon goût, n’en prétend pas moins que la méléagride est un dindon : mais les anatomistes de l’Académie des Sciences, qui d’abord étoient du même avis lorsqu’ils firent la description du coq indien, ayant examiné les choses de plus près , ont reconnu et prouvé ailleurs que la pintade étoit la vraie méléagride des anciens ; en sorte qu’il doit demeurer pour constant cju’Athénée ou Clytus , Élien, Columelle et Ptolémée, n’ont pas plus parlé des dindons qu’ Aristote et Pline, et que ces oiseaux ont été inconnus aux anciens.

Nous ne voyons pas même qu’il en soit fait mention dans aucun ouvrage moderne , écrit avant la découverte de l’Amérique. Une tradition populaire fixe dans le seizième siècle, sous François Ier, l’époque de leur première apparition en France; car c’est dans ce temps que vivoit l’amiral Chabot. Les auteurs de la Zoologie britannique avan-

PUTFFON. VII,

cent , comme un fait notoire , qu’ils ont été apportés en Angleterre sous le règne de Henri VIII , contemporain de François Ier, ce qui s’accorde très-bien avec notre sentiment; car l’Amérique ayant été découverte par Christophe Colomb , sur la fin du quinzième siècle , et les rois François Ier et Henri VIII étant montés sur le trône au commencement du seizième siècle, il est tout naturel que ces oiseaux apportés d’Amérique aient été introduits comme nouveautés, soit en France, soit en Angleterre , sous le règne de ces princes ; et cela est confirmé par le témoignage précis de J. Sperling , qui écrivoit avant 1660, et qui assure expressément qu’ils avoient été transportés des Nouvelles-Indes en Europe plus d’un siècle auparavant.

Tout concourt donc à prouver que l’Amérique est le pays natal des dindons; et comme ces sortes d’oiseaux sont pesans, qu’ils n’ont pas le vol élevé, et qu’ils ne nagent point, ils 11’ont pu en aucune manière traverser l’espace qui sépare les deux continens pour aborder en Afrique, en Europe, ou en Asie; ils se trouvent donc dans le cas des quadrupèdes qui, n’ayant pu, sans le secours de l’homme, passer d’un continent à l’autre, appartiennent exclusivement à l’un des deux ; et cette considération donne une nouvelle force au témoignage de tant de voyageurs, qui assurent n’avoir jamais vu de dindons sauvages, soit en Asie, soit en Afrique et n’y en avoir vu de domestiques que ceux qui y avoient été apportés d’ailleurs.

Cette détermination du pays natal des dindons influe beaucoup sur la solution d’une autre question, qui, au premier coup d’œil, ne semble pas y avoir rapport. J. Sperling , dans sa Zoologia physica , page 36g, prétend que le dindon est un monstre ( il auroit dû dire un mulet), provenant du mélange de deux espèces, celle du paon et du coq ordinaire : mais s’il e t bien prouvé , connue je le crois , que les dindons soient d’origine américaine, il n’est pas possible qu’ils aient été produits par le mélange de deux espèces asiatiques, telles que le coq et le paon; et ce qui achève de démontrer qu’en effet cela n’est pas, c’est que, dans toute l’Asie, on 11e trouve point de dindons sauvages, tandis qu’ils fourmillent en Amérique. Mais, dira-t-on, que signifie donc ce nom de gallopavus (coq-paon), si anciennement appliqué au dindon? Rien de plus simple : le dindon étoit un oiseau étranger, qui n’avoit point de nom dans nos langues européennes ; et

LE DINDON

comme on lui a trouvé des rapports assez marqués avec le coq ei le paon , on a voulu indiquer ces rapports par le nom composé de gallo-pavus , d’après lequel Sperling et quelques autres auront cru que le dindon étoit réellement le produit du mélange de l’espèce du paon avec celle du coq, tandis qu’il n’y avoit que les noms de mêlés; tant il est dangereux de conclure du mot à la chose! tant il est important de 11e point appliquer aux animaux de ces noms composés qui sont presque toujours susceptibles d’équivoques !

M. Edwards parle d’un autre mulet qu’il dit être le mélange de l’espèce du dindon avec celle du faisan : l’individu sur lequel il a fait sa description avoit été tué d’un coup de fusil dans les bois voisins de Handfort, dans la province de Dorset, ou il fut aperçu au mois d’octobre 1759 , avec deux ou trois autres oiseaux de la même espèce. Il étoit en effet d’une grosseur movenne entre le faisan et le dindon, ayant trente-deux pouces de vol; une petite aigrette de plumes noires as ez longues s’élevoit sur la base du bec supérieur; la tète n’étoit point nue comme celle du dindon, mais couverte de petites plumes fort com tes; les yeux étoient entourés d’un cercle de peau rouge , mais moins large que dans le faisan. On ne dit point si cet oiseau relevoit les grandes plumes de la queue pour faire la roue; il paroîl seulement , par la figure, qu’il la portoit ordinairement comme la porte le dindon lorsqu'il est tranquille. Au reste, il est à remarquer qu’il n’avoil la queue composée (pie de seize plumes, comme celle du coq de bruyère, tandis que celle des dindons et des faisans en a dix-huit : d'ailleurschaque plume du co: ps étoit double sur une même racine, l’une ferme et plus grande, l’autre petite et duvetée; caractère qui ne convient ni au faisan , ni au dindon, mais bien au coq de bruyère et au coq commun. Si cependant l’oiseau dont il s'agit tiroit son origine du mélange du faisan avec le dindon , il semble qu’on auroit dû retrouver en lui comme dans les autres mulets, premièrement les caractères communs aux deux espèces primitives; en second lieu des qualités moyennes entre leurs qualités opposées; ce qui n’a

point lieu ici, puisque te prétendu mulet de M. Edwards avoit des caractères qui manquoient absolument aux deux espèces primitives ( les plumes doubles), et qu’il manquoit d’autres caractères qui se Louvoient dans ces deux espèces (les dix-huit plumes de la queue); et si l’on vouloit absolument une espèce métive, il y auroit plus de fondement à croire qu’elle dérive du mélange du coq de bruyère et du dindon, qui, comme je l’ai remarqué, n’a que seize pennes à la queue, et qui a les plumes doubles comme notre prétendu mulet.

Les dindons sauvages ne different des domestiques qu’en ce qu’ils sont beaucoup plus gros et plus noirs; du reste, ils ont les mêmes mœurs, les mêmes habitudes naturelles, la même stupidité; ils se perchent dans les bois sur les branches sèches ; et lorsqu’on en fait tomber quelqu’un d’un coup d’arme à feu, les autres restent toujours perchés, et pas un seul ne s’envole. Selon Fernandès,leur chair, quoique bonne, est plus dure et moins agréable que celle des dindons domestiques , mais ils sont deux fois plus gros : hucxolotl est le nom mexicain du mâle, et cihuatotoli» le nom de la femelle. Albin nous apprend qu’un grand nombre de seigneurs anglois se plaisent à élever des dindons sauvages, et que ces oiseaux réussissent assez bien partout 011 il y a de petits bois, des parcs, ou autres enclos.

Le dindon huppé n’est qu’une variété du dindon commun, semblable à celle du coq huppé dans l’espèce du coq ordinaire; la huppe est quelquefois noire et d’autres fois blanche, telle que celle du dindon décrit par Albin : il étoit de la grosseur des dindons ordinaires ; il avoit les pieds couleur de chair, la partie supérieure du corps d’un brun foncé; la poitrine , le ventre , les cuisses , et la queue blancs, ainsi que les plumes qui formoient son aigrette : du reste il ressembloit exactement à nos dindons communs, et par la chair spongieuse et glanduleuse qui recouvroit la tète et la partie supérieure du cou, et par le bouquet de crins durs naissant (en apparence) de la poitrine, et parles éperons courts qu'il avoit a chaque pied , et par son antipathie singulière pour le rouge, etc.

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LA PINTADE

Il ne faut pas confondre la pintade avec le pintado , comme a fait M. Ray , du moins avec le pintado dont parle Dampier, lequel est un oiseau de mer, de la grosseur d’un canard , ayant les ailes fort longues, et qui rase la surface de l’eau en volant ; tous caractères fort étrangers à la pintade, qui est un oiseau terrestre , à ailes courtes , et dont le vol est fort pesant.

Celle-ci a été connue et très-bien désignée par les anciens. Aristote n’en parle qu’une seule fois dans tous ses ouvrages sur les animaux ; il la nomme melèagride , et dit que ses œufs sont marquetés de petites taches.

'Vairon en fait mention sous le nom de poule d'slfrique : c’est , selon lui , un oiseau de grande taille, à plumage varié, dont le dos est rond, et qui étoit fort rare à Rome.

Pline dit les mêmes choses que Varron, et semble n’avoir fait que le copier; à moins qu’on ne veuille attribuer la ressemblance des descriptions à 1 identité de 1 objet décrit ; il répète aussi ce qu’Aristote avoit dit de la couleur des œufs; et il ajoute que les pintades de Numidie éloient les plus estimées , d’où l’on a donné à l’espèce le nom de poule numidicjue par excellence.

Columelle en reconnoissoit de deux sortes qui se ressembloient en tout point, excepté que l’une avoit les barbillons bleus , et que l’autre les avoit rouges ; et cette différence avoit paru assez considérable aux anciens pour constituer deux espèces ou races désignées par deux noms distincts : ils appeloient méléagride la poule aux barbillons rouges , et poule africaine celle aux barbillons bleus , n’ayant pas observé ces oiseaux d’assez près pour s’apercevoir que la première étoit la femelle, et la seconde le mâle d’une seule et même espèce , comme l’ont remarqué MM. de l’Académie.

Quoi qu’il en soit, il paroît que la pintade, élevée autrefois à Rome avec tant de soin, s’étoit perdue en Europe, puisqu’on n’en retrouve plus aucune trace chez les écrivains du moyen âge , et qu’on n’a recommencé à en parler que depuis que les Européens ont fréquenté les cotes occidentales de l’Afrique, en allant aux Indes par le cap de Bonne-Espérance : non seulement | ils l’ont répandue en Europe , mais ils l’ont encore transportée en Amérique ; et cet oiseau ayant éprouvé diverses altérations dans

ses qualités extérieures par les influences des divers climats, il ne faut pas s’étonner si les modernes, soit naturalistes, soit voyageurs, en ont encore plus multiplié les races que les anciens.

Frisch distingue, comme Columelle, la pintade à barbillons rouges de celle à barbillons bleus ; mais il reconnoit entre elles plusieurs autres différences : selon lui, cette dernière, qui ne se trouve guère qu’en Italie, n’est point bonne à manger; elle est plus petite ; elle se tient volontiers dans les endroits marécageux, et prend peu de soin de ses petits. Ces deux derniers traits se retrouvent dans la méléagride de Clytus de Milet ; « On les tient, dit-il, dans un lieu aquatique; et elles montrent si peu d’attachement pour leurs petits, que les prêtres commis à leur garde sont obligés de prendre soin de la couvée. » Mais il ajoute que leur grosseur est celle d’une poule de belle race. Il paroit aussi, par un passage de Pline, que ce naturaliste regardoit la méléagride comme un oiseau aquatique : celle à barbillons rouges est au contraire, selon M. Frisch , plus grosse qu’un faisan, se plaît dans les lieux secs, élè\e soigneusement ses petits, etc.

Dampier assure que dans l’ile de May, l’une de celles du cap Vert, il y a des pin tades dont la chair est extraordinairement blanche, d’autres dont la chair est noire, et que toutes l’ont tendre et délicate : le P. Labat en dit autant. Cette différence, si elle est vraie , me paroît d’autant plus Considérable, qu’elle ne pourroit être attribuée au changement de climat, puisque, dans cette île qui avoisine l’Afrique , les pintades sont comme dans leur pays natal; à moins qu’on ne veuille dire que les mêmes causes particulières qui teignent en noir la peau et le périoste de la plupart des oiseaux des îles de Sant-Iago , voisines de l’île de May , noircissent aussi dans celte dernière la chair des pintades.

Le P. Charlevoix prétend qu’il y a une espèce à Saint-Domingue plus petite que l’espèce ordinaire ; mais ce sont apparemment ces pintades marronnes provenant de celles qui y furent transportées par les Castillans peu après la conquête de l’île ; cette race étant devenue sauvage , et s’étant comme naturalisée dans le pays, aura éprouvé l’in-

ï8o LA PINTADE.

fluence naturelle de ce climat, laquelle tend à affoiblir, amoindrir, détériorer les espèces, comme je l’ai fait voir ailleurs; et ce qui est digne de remarque c’est que cette race originaire de Guinée, et qui, transportée en Amérique, y avoil subi l’état de domesticité, n’a pu dans la suite être ramenée à cet état, et que les colons de Saint-Domingue ont été obligés d’en faire venir de moins farouches d’Afrique pour les élever et les multiplier dans les basses-cours. Est-ce pour avoir vécu dans un pays plus désert, plus agreste, et dont les liabitans étoient sauvages, que ces pintades marronnes sont devenues plus sauvages elles-mêmes? ou ne seroit-ce pas aussi pour avoir été effarouchés par les chasseurs européens, et surtout par les François, qui en ont détruit un grand nombre , selon le P. Margat, jésuite?

Maregrave en a vu de huppées qui venoient de Sierra-Leona , qui avoient autour du cou une espèce de collier membraneux, d’un cendré bleuâtre; et c’est encore ici une de ces variétés que j’appelle primitives, et qui méritent d’autant plus d’attention, qu’elles sont antérieures à tout changement de climat.

Le jésuite Margat, qui n’admet point de différence spécifique entre la poule africaine et la méléagride des anciens, dit qu’il y en a de deux couleurs à Saint-Domingue, les unes ayant des taches noires et blanches disposées par compartimens en forme de rhomboïdes , et les autres étant d’un gris plus cendré : il ajoute qu’elles ont toutes du blanc sous le ventre, au dessus et aux extrémités des ailes.

Enfin M. Brisson regarde comme une variété constante la blancheur du plumage de la poitrine, observée sur les pintades de la Jamaïque, et en a fait une race distincte, caractérisée par cet attribut, qui, comme nous venons de le voir, n’appartient pas moins aux pintades de Saint-Domingue qu’à celles de la Jamaïque.

Mais, indépendamment des dissemblances qui ont paru suffisantes aux naturalistes pour admettre plusieurs races de pintades, j’en trouve beaucoup d’autres, en comparant les descriptions et les figures publiées par difîerens auteurs , lesquelles indiquent assez peu de fermeté, soit dans le moule intérieur de cet oiseau , soit dans l’empreinte de sa forme extérieure , et une très-grande disposition à recevoir les influences du dehors.

La pintade de Friscli et de quelques autres a le casque et les pieds blanchâtres ; le front, le tour des yeux , les côtés de la tète

et du cou , dans sa partie supérieure, blancs, marquetés de gris cendré : celle de Frisch a de plus sous la gorge une tache rouge en forme de croissant, plus bas un collier noir fort large , les soies ou filets de l’occiput en petit nombre, et pas une seule penne blanche aux ailes; ce qui fait autant de variétés par lesquelles les pintades de ces auteurs diffèrent de la nôtre.

Celle de Maregrave avoit de plus le bec jaune ; celle de M. Brisson l’avoit rouge à la base , et de couleur de corne vers le bout. MM. de l’Académie ont trouvé à quelquesunes une petite huppe à la base du bec, com posée de douze ou quinze soies ou filets roides, longs de quatre lignes, laquelle ne se retrouve que dans celles de Sierra-Leona dont j’ai parlé plus haut.

Le docteur Gai dit que la femelle a la tête toute noire, et que c’est la seule différence qui la distingue du mâle.

Aldrovande prétend, au contraire, que la tète de la femelle a les mêmes couleurs que celle du mâle, mais que son casque est seulement moins élevé et plus obtus.

Roberts assure qu’elle n’a pas même de casque.

Dampier et Labat disent qu’on ne lui voit point ces barbillons rouges et ces caroncules de même couleur qui , dans le mâle , bordent l’ouverture des narines T.

M. Barrère dit que tout cela est plus pâle que dans le mâle, et que les soies de l’occiput sont plus rares, et telles apparemment qu’elles paroissent dans la planche cxxvi de Frisch.

Enfin MM. de l’Académie ont trouvé dans quelques individus ces soies ou filets de l’occiput élevés d’un pouce, en sorte qu’ils formoient comme une petite huppe derrière la tète.

Il seroit difficile de démêler parmi toutes ces variétés celles qui sont assez profondes , et pour ainsi dire fixes, pour constituer des races distinctes; et comme on ne peut douter qu’elles ne soient toutes fort récentes, il seroit peut-être plus raisonnable de les regarder comme des effets qui s’opèrent encore journellement par la domesticité, par le changement de climat, par la nature des alimens, etc., et de ne les employer dans la description que pour assigner les limites des variations auxquelles sont sujettes certaines qualités de la pintade, et pour remonter autant qu’il est possible aux causes qui les ont produites, jusqu’à ce que ces variétés ayant subi les épreuves du temps, et

i. Il est probable que la crête courte et d’un rouge très-vif dont parle le P. Charlevoix n’est autre chose que ces caroncules.

JL A CAULM C ©MMOTE

Ordre de<r Gallinacés. Genre Tétras. /Ctcoier/

Pl. 3 7.

IL A. CAÏÏJLIÆ IDES HILES MAEOHJIKE S

O rcü' es de j' Gallinacés ie/ G/.

LA PINTADE

ayant pris la consistance dont elles sont susceptibles, puissent servir de caractères à des races réellement distinctes.

La pintade a un trait marqué de ressemblance avec le dindon, c’est de n’avoir point de plumes à la tète ni à la partie supérieure du cou ; et cela a donné lieu à plusieurs ornithologistes, tels que Belon, Gesner, Aldrovande, et Klein, de prendre le dindon pour la méléagride des anciens: mais, outre les différences nombreuses et tranchées qui se trouvent soit entre ces deux espèces , soit entre ce que l’on voit dans le dindon et ce que les anciens ont dit de la méléagride 1 , il suffit , pour mettre en évidence la fausseté de cette conjecture, de se rappeler les preuves par lesquelles j'ai établi, à l’article du dindon , que cet oiseau est propre et particulier à l’Amérique, qu’il vole pesamment, ne nage point du tout, et que par conséquent il n’a pu franchir la vaste étendue de mer qui sépare l'Amérique de notre continent ; d’où il suit qu’avant la découverte de l’Amérique il étoit entièrement inconnu dans notre continent, et que les anciens n’ont pu en parler sous le nom de méléagride.

Il paroit que c’est aussi par erreur que le nom de knor-haan s’est glissé dans la liste des noms de la pintade, donnée parM. Brisson, citant Kolbe. Je ne nie pas que la figure par laquelle le knor-haan a été désigné dans le voyage de Kolbe n’ait été faite d’après ceile de la poule africaine de Marcgrave, comme le dit M. Brisson : mais il avouera aussi qu’il est difficile de reconnoître, dans un oiseau propre au cap de Bonne- Espérance , la pintade qui est répandue dans toute l’Afrique, mais moins au Cap que partout ailleurs ; et qu’il est encore plus difficile d’adapter à celle-ci ce bec court et noir, cette couronne de plumes , ce rouge mêlé dans les couleurs des ailes et du corps , et cette ponte de deux œufs seulement que Kolbe attribue à son knor-haan.

l Le plumage de la pintade, sans avoir des

i. La méléagride étoit de la grosseur d’une poule de bonne race, avoit sur la tète un tubercule calleux ; le plumage marqueté de taches blanches , semblables à des lentilles, mais plus grandes; deux barbillons adhérens au bec supérieur, la queue pendante, le d .s rond, des membranes entre les doigts, point d’éperons aux pieds; aimoit les marécages, n’avoit point d’attachement pour ses petits : tous caractères qu’on chercheroit vainement dans le dindon , lequel en a d’ailleurs deux trèsfrappans , qui ne se retrouvent point dans la description de la méléagride: ce bouquet de crins durs qui lui sort au bas du cou, et sa manière d’étaler sa queue et de faire la roue autour de sa femelle.

couleurs riches cl éclatantes, est cependant très-distingué : c’est un fond gris bleuâtre, plus ou moins foncé, sur lequel sont semées assez régulièrement des taches blanches plus ou moins rondes , représentant assez bien des perles ; d’où quelques modernes ont donné à cet oiseau le nom de poule perlée , et les anciens ceux de varia et de guttata i tel éloit du moins le plumage de la pintade dans son climat natal; mais, depuis qu’elle a été transportée dans d’autres régions, elle a pris plus de blanc, témoin les pintades à poitrine blanche de la Jamaïque et de Saint- Domingue , et ces pintades parfaitement blanches dont parle M. Edwards : en sorte que la blancheur de la poitrine, dont M. Brisson a fait le caractère d’une variété, n’est qu’une altération commencée de la couleur naturelle , ou plutôt n’est que le passage de cette couleur à la blancheur parfaite.

Les plumes de la partie moyenne du cou sont fort courtes à l’endroit qui joint sa partie supérieure , où il n’y en a point du tout , puisqu’elles vont toujours croissant de longueur jusqu’à la pointe, où elles ont près de trois pouces.

Ces plumes sont duvetées depuis leur racine jusqu’à environ la moitié de leur longueur ; et cette partie duvetée est recouverte par l’extrémité des plumes du rang précédent , laquelle est composée de barbes fermes et accrochées les unes aux autres.

La pintade a les ailes courtes et la queue pendante, comme la perdrix ; ce qui, joint à la disposition de ses plumes , la fait paroitre bossue ( gênas gihbosum, Pline) : mais cette bosse n’est qu’une fausse apparence, et il n’en reste plus aucun vestige lorsque l’oiseau est plumé.

Sa grosseur est à peu près celle de la poule commune; mais elle a la forme de la perdrix, d’où lui est venu le nom de perdrix de Terre-Neuve ; seulement elle a les pieds plus élevés et le cou plus long et plus menu dans le haut.

Les barbillons , qui prennent naissance du bec supérieur, n’ont point de forme constante, étant ovales dans les unes et carrés ou triangulaires dans les autres : ils sont rouges dans la femelle, et bleuâtres dans le mâle ; et c’est, selon MM. de l’Académie et M. Brisson , la seule chose qui distingue les deux sexes : mais d’autres auteurs ont assigné , comme nous l’avons vu ci-dessus, d’autres différences tirées des couleurs du plumage, des barbillons, du tubercule calleux de la tête, des caroncules, des harines, de la grosseur du corps, des soies ou filets de

LA PINTADE

l’orciput, etc. , soit que ces variétés dépendent en effet de la différence du sexe, soit que par un vice de logique trop commun , on les ait regardées comme propres au sexe de l’individu où elles se trouvoient accidentellement et par des causes différentes.

En arrière des barbillons, on voit, sur les côtés de la tôle, la très-petite ouverture des oreilles , qui, dans la plupart des oiseaux, est ombragée par des plumes , et se trouve ici a découvert. Mais ce qui est propre à la pintade c’est ce tubercule calleux , celle espèce de casque qui s’élève sur sa tôle, et (pie î’elon compare assez mal à propos au tubercule, ou plutôt à la corne de la girafe; il est semblable, par sa forme, à la contreépreuve du bonnet ducal du doge de Venise , ou , si l’on veut , à ce bonnet mis sens devant derrière 1 : sa couleur varie, dans les dilférens sujets, du blanc au rougeâtre, en passant parle jaune et le brun 2 ; sa substance intérieure est comme celle d'une chair endurcie et calleuse : ce noyau est recouvert d’une peau sèche et ridée , qui s’étend sur l’occiput et sur les côtés de la tête, mais qui est éjeh ancrée à l’endroit des yeux. Les physiciens à causes finales n’ont pas manqué de dire que cette callosité étoit un casque véritable, une arme défensive donnée aux pintades pour les munir contre leurs atteintes réciproques , attendu que ce sont des oiseaux querelleurs, qui ont le bec trèslort et le crâne très-loi ble.

Les yeux sont grands et couverts, la paupière supérieure a de longs poils noirs relevés eu haut, et le cristallin est plus convexe en dedans qu’en dehors.

M. Perrault assure que le bec est semblable à celui de la poule : le jésuite Margatle lait trois lois plus gros, très-dur et trèspointu; les ongles sont aussi plus aigus, selon le P. Labat : mais tous s’accordent, anciens et modernes, à dire que les pieds n’ont point d’éperons.

I ne ddlérence considérable qui se trouve entre la poule commune et la pintade, c’est que le tube intestinal est beaucoup plus court à proportion dans cette dernière , n’ayant que trois pieds , selon MM. de l’Académie ; sans compter que les cæcum , qui ont chacun six pouces , vont en s’élargissant

*• C’est à cause de ce tubercule que M. Linnæus a nommé la pintade, tantôt gal/iis vertice comeo (Syst. nat. , edit. VI) , tantôt phasianus vertice cu/loso (édit. X)

2. Il est blanchâtre dans la planche cxxvi de Frisch ; couleur de cire, suivant Belon , page a4y > brun, selon Marcgrave; fauve brun, selon M. Perrault; rougeâtre dans notre planche.

depuis leur origine, et reçoivent les vaisseaux du mésentère comme les autres intestins : le plus gros de tous est le duodénum, qui a plus de huit lignes de diamètre. Le gésier est comme celui de la poule : on y trouve aussi beaucoup de petits graviers, quelquefois même rien autre chose, apparemment lorsque l’animal étant mort de langueur a passé les derniers temps de sa vie sans manger : la membrane interne du gésier est très-ridée, peu adhérente à la tunique nerveuse, et d’une substance analogue à celle de la corne.

Le jabot, lorsqu’il est soufflé, est de la grosseur d’une balle de paume; le canal intermédiaire entre le jabot et le gésier est d’une substance plus dure et plus blanche que la partie du conduit intestinal qui précède le jabot, et ne présente pas, à beaucoup près, un si grand nombre de vaisseaux apparens.

L’œsophage descend le long du cou , à droite delà trachée-artère; sans doute parce que le cou, qui, comme je l’ai dit , est fort long, se pliant plus souvent en avant que sur les côtés, l’œsophage, pressé par la trachée-artère, dont les anneaux sont entièrement osseux ici comme dans la plupart des oiseaux, a été poussé du côté où il y avoit le moins de résistance.

Ces oiseaux sont sujets à avoir dans le foie, et même dans la rate, des concrétions squirreuses : on en a vu qui n’avoienl point de vésicule du fiel; mais, dans ce cas, le rameau hépatique étoit fort gros : on en a vu d’autres qui n’avoient qu’un seul testicule. En général, il paroît que les parties internes 11e sont pas moins susceptibles de variétés que les parties extérieures et superficielles.

Le cœur est plus poinlu qu’il ne l’est communément dans les oiseaux; les poumons sont à 1 ordinaire : mais on a remarqué dans quelques sujets, qu’en soufflant dans la trachée-artère pour mettre en mouvement les poumons et les cellules à air ; on a remarqué, dis-je, que le péricarde, qui paroissoit plus lâche qu’à l’ordinaire , se gonfloit comme les poumons.

J’ajouterai encore une observation anatomique, qui peut avoir quelque rapport avec 1 habitude de crier , et à la force de la voix de la pintade, c’est que la trachée-artère reçoit dans la cavité du thorax deux petits cordons musculeux longs d’un pouce, larges de deux tiers de ligne, lesquels s’y implantent de chaque côté.

La pintade est en effet un oiseau très-

LA PINTADE

criard ; et ce n’est pas sans raison que Browne l’a appelée g'alliis clamosits : son cri est aigre et perçant; et à la longue il devient tellement incommode , que, quoique la chair de la pintade soit un excellent manger et bien supérieur à la volaille ordinaire, la plupart des colons d’Amérique ont renoncé à en élever: les Grecs avoient un mol particulier pour exprimer ce cri ». Élien dit que la méléagride prononce à peu près son nom; le docteur Gai, que son cri approche de celui de la perdrix, sans être néanmoins aussi éclatant ; Belon , qu'il est quasi comme celui dus petits poussins nouvellement éclos : mais il assure positivement qu'il est dissemblable de celui des poules communes ; et je ne sais pourquoi Aldrovande et M. Salerne lui tout dire le contraire.

C’est un oiseau vif, inquiet et turbulent, qui n’aime po ni à se tenir en place, et qui sait se rendre maître dans la basse-cour : il se fait craindre des dindons même; et, quoique beaucoup plus petit, il leur en impose par sa pétulance. « La pintade, dit le P. Margat , a plus lot fait dix tours et donné vingt coups de bec que ces gros oiseaux n’ont pensé à se mettre en défense. » Ces poules de Numidie semblent avoir la même façon de combattre que l'historien Salluste attribue aux cavaliers numides. « Leur charge , dit-il, est brusque et irrégulière; trouvent-ils de la résistance, ils tournent le dos, et un instant apres ils sont sur l’ennemi. » On pourroit à cet exemple en joindre beaucoup d’autres qui attestent l’influence du climat sur le naturel des animaux, ainsi que sur le génie national des habitans. L’éléphant joint à beaucoup de force et d industrie une disposition à l’ esclavage; le chameau est laborieux, patient, et sobre; le dogue ne démord point.

Élien raconte que, dans une certaine île, la méléagride est respectée des oiseaux de proie; mais je crois que, dans tous les pays du monde, les oiseaux de proie attaqueront par préférence toute autre volaille qui aura le bec moins fort, point de casque sur la tète, et q ni ne saura pas si bien se défendre.

La pintade est du nombre des oiseaux pulvérateurs , qui cherchent dans la poussière, où ils se vautrent, un remède contre l'incommodité des insectes; elle gratte aussi la terre comme nos poules communes, et va par troupes tres-nombreuses : on en voit à I île de May des volées de deux ou trois cents ; les insulaires les chassent au chien

z. Cagcatein, selon Pollux.

courant , sans autres armes que des bâtons. Comme elles ont les ailes fort courtes , elles volent pesamment ; mais elles courent trèsvite, et, selon Belon, en tenant la tète élevée comme la girafe : elles se perchent la nuit pour dormir, et quelquefois la journée, sur les murs de clôture, sur les haies, et même sur les toits des maisons et sur les arbres. Elles sont soigneuses, dit encore Belon, en pourchassant leur vivre 2; et eu effet, elles doivent consommer beaucoup, et avoir plus de besoins que les poules domestiques, vu le peu de longueur de leurs intestins.

Il paioît, par le témoignage des anciens et des modernes, et par les demi-membranes qui unissent les doigts des pieds, que la pintade est un oiseau demi-aquatique : aussi celles de Guinée qui ont recouvré leur liberté à Saint-Domingue, ne suivant plus que I impulsion du naturel, cherchent de préférence les lieux aquatiques et marécageux.

Si on les élève de jeunesse, elles s’appri voisenl très-bien. Brue raconte qu’étant sur la côte du Sénégal, il reçut en présent, d’une princesse du pavs, deux pintades, l’une mâle et I autre femelle, toutes deux si familières, qu’elles venoient manger sur son assiette; et qu’ayant la liberté de voler au rivage , elles se rendoient régulièrement sur la barque au son de la cloche qui annonçoit le dîner et le souper. Moore dit qu’elles sont aussi farouches que le sont les faisans en Angleterre : mais je doute qu'on ait vu des faisans aussi privés que les deux pintades de Brue ; et ce qui prouve que les pintades ne sont pas fort farouches, c’est qu’elles reçoivent la nourriture qu’on leur présente au moment même où elles viennent, d'être prises. Tout bien considéré, il me semble que leur naturel approche beaucoup plus de celui de la perdrix que de celui du faisan

La poule pintade pond et couve à peu près comme la poule commune ; mais il paroît que sa fécondité n’est pas la même en différons climats, ou du moins quelle est beaucoup plus grande dans l étal de domesticité, où elle regorge de nourriture, que

a. M. de Sève a observé, en jelanl du pain à des pintades, que lorsqu’une d’entre elles prenoit un morceau de pain plus gros qu’elle ne pouvoit l’avaler tout de suite, elle l’emportoit en fuyant les paons et les autres volailles qui ne vouloient pas la quitter, et que, pour s’en débarrasser, elle cachait le morceau de pain dans du fumier ou dans de la terre, on elle venoil le chercher et le manger quelque temps après.

LA PINTADE

dans l’état de sauvage, où, étant nourrie moins largement, elle abonde moins en molécules organiques superflues.

On m’a assuré qu’elle est sauvage à l’Ilede-France, et qu’elle y pond huit, dix et douze œufs à terre dans les bois; au lieu que celles qui sont domestiques à Saint- Domingue, et qui cherchent aussi le plus épais des haies et des broussailles pour y déposer leurs œufs, en pondent jusqu’à cent et cent cinquante, pourvu qu’il en reste toujours quelqu’un dans le nid.

Ces œufs sont plus petits, à proportion, que ceux de la poule ordinaire, et ils ont aussi la coquille beaucoup plus dure : mais il y a une différence remarquable entre ceux de la pintade domestique et ceux de la pintade sauvage; ceux-ci ont de petites taches rondes comme celles du plumage, et qui n’avoient point échappé à Aristote, au lieu que ceux de la pintade domestique sont d’abord d’un rouge assez vif, qui devient ensuite plus sombre, et enfin couleur de rose sèche, en se refroidissant. Si ce fait est vrai, comme me l’a assuré M. Fournier, qui en a beaucoup élevé, il faudroit en conclure que les influences de la domesticité sont ici assez profondes pour altérer non seulement les couleurs du plumage, comme nous l’avons vu ci-dessus, mais encore celle de la matière dont se forme la coquille des œufs; et comme cela n’arrive pas dans les autres espèces , c’est encore une raison de plus pour regarder la nature de la pintade comme moins fixe et plus sujette à varier que celle des autres oiseaux.

La pintade a-t-elle soin ou non de sa couvée ? c’est un problème qui n’est pas encore résolu : Reion dit oui , sans restriction ; Frisch est aussi pour l’affirmative à l’égard de la grande espece, qui aime les lieux secs, et il assure que le contraire est vrai de la petite espèce, qui se plait dans les marécages : mais le plus grand nombre de témoignages lui attribue de l’indifférence sur cet article; et le jésuite Margat nous apprend qu’à Saint-Domingue on ne lui permet pas de couver elle-même ses œufs, par la raison qu’elle ne s’y attache point et qu’elle abandonne souvent ses petits : on préfère, dit-il, de les faire couver par des poules d’Inde ou par des poules communes.

Je ne trouve rien sur la durée de l’incubation; mais, à juger par la grosseur de l’oiseau , et par ce que l’on sait des espèces auxquelles il a le plus de rapport , on peut la supposer de trois semaines, plus ou moins,

selon la chaleur de la saison ou du climat, l’assiduité de la couveuse, etc.

Au commencement, les jeunes pintadeaux n’ont encore ni barbillons, ni sans doute de casque; ils ressemblent alors, par le plumage, par la couleur des pieds et du bec, à des perdreaux rouges : et il n’est pas aisé de distinguer les jeunes mâles des vieilles femelles; car c’est dans toutes les espèces que la maturité des femelles ressemble à l'enfance des mâles.

Les pintadeaux sont fort délicats et trèsdifficiles à élever dans nos pays septentrionaux , comme étant originaires des climats brûlans de l’Afrique : ils se nourrissent, ainsi que les vieux, à Saint-Domingue, avec du millet; selon le P. Margat, dans l’ile de May, avec des cigales et des vers qu’ils trouvent eux-mêmes en grattant la terre avec leurs ongles ; et selon Frisch , ils vivent de toutes sortes de graines et d’insectes.

Le coq pintade produit aussi avec la poule domestique ; mais c’est une espèce de génération artificielle qui demande des précautions ; la principale est de les élever ensemble de jeunesse ; et les oiseaux métis qui résultent de ce mélange forment une race bâtarde , imparfaite, désavouée, pour ainsi dire, de la nature, et qui, ne pondant guère que des œufs clairs, n'a pu jusqu’ici se perpétuer régulièrement.

Les pintadeaux de basse-cour sont d’un fort bon goût, et nullement inférieurs aux perdreaux ; mais les sauvages ou marrons de Saint-Domingue sont un mets exquis et au dessus du faisan.

Les œufs de pintades sont aussi fort bous à manger.

Nous avons vu que cet oiseau étoit d’origine africaine, et de là tous les noms qui lui ont été donnés de poule africaine , numidique , étrangère ; de poule de Barbarie , de Tunis , de Mauritanie , de Libye , de Guinée (d’où s’est formé le nom de guinetté) , d’Egypte , de Pharaon , et même de Jérusalem. Quelques mahométans s’étant avisés de les annoncer sous le nom de poules de Jérusalem, les vendirent aux chrétiens tout ce qu’ils voulurent ; mais ceux-ci s’étant aperçus de la fraude, les revendirent à profit, à de bons musulmans , sous le nom de poules de la Mecque.

On en trouve à l’Ile-de-France et à l’ïlede-Bourbon , où elles ont été transplantées assez récemment , et où elles se sont tort bien multipliées; elles sont connues à Madagascar sous le nom d'acanques , et au Congo sous celui de quetèles ; elles sont fort

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