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Il n'est pas vrai, comme l’a dit Encelius, que le tétras mâle étant perché sur un arbre jette sa semence par le bec ; que ses femelles, qu’il appelle à grands cris, viennent la recueillir , l’avaler , la rejeter ensuite , et que leurs œufs soient ainsi fécondés : il n’est pas plus vrai que , de la partie de cette semence qui n’est point recueillie par les poules , il se forme des serpens , des pierres précieuses , des espèces de perles : il est humiliant pour l’esprit humain qu’il se présente de pareilles erreurs à réfuter. Le tétras s’accouple comme les autres oiseaux ; et ce qu’il y a de plus singulier c’est qu’Encelius lui-même , qui raconte cette étrange fécondation par le bec, n’ignoroit pas que le coq couvroit ensuite ses poules, et que celles qu’il n’a voit point couvertes pondoient des œufs inféconds : il savoit cela, et n’en persista pas moins dans son opinion; il disoit, pour la défendre, que cet accouplement n’étoit qu’un jeu , un badinage , qui mettoit bien le sceau à la fécondation , mais qui ne l’opéroit point, vu quelle étoit l’effet immédiat de la déglutition de la semence. . . En vérité, c’est s’arrêter trop long-temps sur de telles absurdités.
Les tétras mâles commencent à entrer en chaleur dans les premiers jours de février ; cette chaleur est dans toute sa force vers les derniers jours de mars, et continue jusqu’à la pousse des feuilles. Chaque coq, pendant sa chaleur, se tient dans un certain canton d’où il ne s’éloigne pas; on le voit alors soir et matin se promenant sur le tronc d’un gros pin ou d’un autre arbre , ayant la queue étalée en rond , les ailes traînantes , le cou porté en avant, la tête enflée sans doute par le redressement de ses plumes , et prenant toutes sortes de postures extraordinaires , tant il est tourmenté par le besoin de répandre ses molécules organiques superflues. fl a un cri particulier pour appeler ses femelles , qui lui répondent et accourent sous l’arbre où il se tient, et d’où il descend bientôt pour les cocher et les féconder; c’est probablement à cause de ce cri singulier, qui est très-fort et se fait entendre de loin, qu’on lui a donné le nom d e faisan bruyant. Ce cri commence par une espèce d’explosion suivie d’une voix aigre et perçante, semblable au bruit d’une faux qu’on aiguise : cette voix cesse et recommence alternativement; et , après avoir continué à plusieurs reprises pendant une heure environ, elle finit par une explosion semblable à la première.
Le tétras, qui , dans tout autre temps, est fort difficile à approcher, se laisse surpren-
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dre très-aisément lorsqu’il est en amour, et surtout tandis qu’il fait entendre son cri de rappel ; il est alors si étourdi du bruit qu’il fait lui-même , ou , si l’on veut , tellement enivré, que ni la vue d’un homme, ni même les coups de fusil ne le déterminent à prendre sa volée ; il semble qu’il 11e voie ni 11’entende, et qu’il soit dans une espèce d’exlase 1 ; c’est pour cela que l’on dit communément et que l’on a même écrit que le tétras est alors sourd et aveugle : cependant il ne l’est guère que comme le sont en pareille circonstance presque tous les animaux, sans en excepter l’homme ; tous éprouvent plus ou moins cette extase d’amour, mais apparemment qu’elle est plus marquée dans le tétras ; car en Allemagne on donne le nom d 'auer-halm aux amoureux qui paroissent avoir oublié tout autre soin pour s’occuper uniquement de l’objet de leur passion , et même à toute personne qui montre une insensibilité stupide pour ses plus grands intérêts.
On juge bien que c’est cette saison où les tétras sont en amour , que l’on choisit pour leur donner la chasse ou pour leur tendre des pièges. Je donnerai , en parlant de la petite espèce à queue fourchue, quelques détails sur cette chasse, surtout ceux qui sont les plus propres à faire connoître les mœurs et le naturel de ces oiseaux : je me bornerai à dire ici que l’on fait très-bien , même pour favoriser la multiplication de l'espèce, de détruire les vieux coqs, parce qu’ils ne souffrent point d’autres coqs sur leurs plaisirs, et cela dans une étendue de terrain assez considérable; en sorte que ne pouvant suffire à toutes les poules de leur district, plusieurs d’entre elles sont privées de mâles et 11e produisent que des œufs inféconds.
Quelques oiseleurs prétendent qu’avant de s’accoupler ces animaux se préparent une place bien nette et bien unie, et je ne doute pas qu’en effet on n’ait vu de ces places ; mais je doute fort que les tétras aient eu la prévoyance de les préparer : il est bien plus simple de penser que ces places sont les endroits du rendez-vous habituel du coq avec ses poules , lesquels endroits doivent être , au bout d’un mois ou deux de fréquentation journalière, certainement plus battus que le reste du terrain.
La femelle du tétras pond ordinairement
x. In tantum aucta , ut in terra quoque immobilis prehendatur. Ce que Pline attribue ici à la grosseur du tétras n’est peut-être qu’un effet de sa chaleur et de l’espèce d’ivresse qui l’accompagne.
LE TETRAS.
cinq ou six œufs au moins , et huit ou neuf au plus : Schwenckfeld prétend que la première ponte esl de huit , et les suivantes de douze , quatorze , 61 jusqu’à seize l. Ces œufs soni blancs, marquétés de jaune, et, selon le même Schwenckfeld , plus gros que ceux des poules ordinaires : elle les dépose sur la mousse en un lieu sec, où elle les couve seule et sans être aidée par le mâle 2 ; lorsqu’elle est obligée de les qui! 1er pour aller chercher sa nourriture , elle les cache sous les feuilles avec grand soin, et quoiqu’elle soit d’un naturel très-sauvage, si on l’approche tandis qu’elle est sur ses œufs, elle reste et ne les abandonne que très-difficilement, l’amour de la couvée l’emportant en cette occasion sur la crainte du danger.
Des que les petits sont éclos, ils se mettent à courir avec beaucoup de légèreté; ils courent même avant qu’ils soient lont-à -fait éclos, puisqu’on en voit (pu vont et viennent ayant encore une partie de leur coquille adhérente à leur corps ; la mère les conduit avec beaucoup de sollicitude et d’affection ; elle les promène dans les bois , où ils se
i. Cette gradation est conforme à l’observation d’Aristote: Ex primo coitu ores oca edunt pauciora. (Hist. anim. lib. y, cap. 1 4 - ) H me paroît seulement que le nombre des œufs est trop grand
a. Je crois avoir lu quelque part qu’elle couvoit pendant environ vingt-huit jours ; ce qui est assez probable, vu la grosseur de l’oiseau.
nourrissent d’œufs de fourmis, de mûre? sauvages, etc. La famille demeure unie tout le reste de l’année et jusqu’à ce que la saison de l’amour, leur donnant de nouveaux besoins et de nouveaux intérêts, les disperse, et surtout les mâles , qui aiment à vivre séparément ; car, comme nous l’avons vu , ils ne se souffrent pas les uns les autres , et ils ne vivent guère avec leurs femelles que lorsque les besoins les leur rend nécessaires.
Les tétras, comme je l’ai dit, se plaisent sur les hautes montagnes : mais cela n’est vrai que pour les climats tempérés; car dans les pays très-froids, comme à la baie de Hudson, ils préfèrent la plaine et les lieux bas , où ils trouvent apparemment la même température que sur nos plus hautes montagnes. Il y en a dans les Alpes, dans les Pyrénées, sur les montagnes d’Auvergne, de Savoie, de Suisse, de Westphalie, de Souabe, de Moscovie, d’Écosse , sur celles de Grèce et d’Italie, en Norvvége, et même au nord de l’Amérique ; on croit que la race s’en esl perdue eu Irlande, où elle existoit autrefois.
On dit que les oiseaux de proie en détruisent beaucoup , soit qu’ils choisissent pour les attaquer le temps où l’ivresse de l’amour les rend si faciles à surprendre, soit que , trouvant leur chair de meilleur goût , ils leur donnent la chasse de préférence.
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LE PETIT TETRAS,