‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 10 sur 218 · DU COBALT · texte numérisé non relu

DU COBALT

séparer que par les acides , tandis qu’en même temps le cobalt ne contracte avec le soufre qu’une très- légère union, et qu’on peut toujours les séparer l’un de l’autre par un simple feu de torréfaction, qui enlève le soufre et le réduit en vapeurs.

Le mercure, qui mouille si bien l’or et l’argent , ne peut s’attacher au cobalt , ni s’y mêler par la trituration aidée même de la chaleur : ainsi la fixité du régule de cobalt , qui est presque égale à celle de ces métaux , n’influe point sur son attraction mutuelle avec le mercure.

Tous les acides minéraux attaquent ou dissolvent le cobalt à l’aide de la chaleur, et ils produisent ensemble différens sels, dont quelques-uns sont en cristaux transparens. L’alcali volatil dissout aussi la chaux du cobalt, et cette dissolution est d’un rouge pourpre : mais, en général, les couleurs, dans toutes les dissolution du cobalt, varient non seulement selon la différence des dissolvans , mais encore suivant le plus ou le moins de pureté du cobalt, qui n’est presque jamais exempt de minéraux étrangers, et surtout de fer et d’arsenic, dont on sait qu’il ne faut qu’une très-petite portion pour altérer ou même changer absolument la couleur de la dissolution.

En France, on a reconnu plusieurs indices de mine de cobalt , et on n’auroit pas dû négliger ces minières : par exemple, les mines d’argent d’Almont en Dauphiné contiennent beaucoup de mines de cobalt qu’on pourroit séparer de l'argent. M. de Grignon assure qu’on a jeté dans les décombres de ces mines peut-être plus de cobalt qu’il n’en faudrait potir fournir toute l’Europe de safre. Le cobalt se trouve mêlé de même avec la mine d’argent rouge à Sainte-Marieaux-Mines en Lorraine, et il y en a aussi dans une mine de cuivre azuré au village d’Ossenback dans les Vosges : on n’a fait aucun usage de ces mines de cobalt. M. de Gensanne dit à ce sujet que comme ce minéral devient rare, même eu Allemagne, il serait avantageux pour nous de mettre en valeur uue mine considérable qui se trouve entre la Minera et Notre-Dame de ('.oral en Roussillon. Il y en a une autre très-abondante et de bonne qualité , que les Espagnols ont fait exploiter avec quelque succès ; elle est située dans la vallée de Gistan. M. Bowles dit que cette mine n’a été découverte qu’au commencement de ce siècle, et qu’elle n’a encore été travaillée qu’à une petite profondeur; qu’on en a tiré annuellement cinq à six cents quintaux : il ajoute

qu’en examinant cette mine de Gistan, il a reconnu différens morceaux d’un cobalt qui avoit le grain plus fin et la couleur d’un gris-bleu plus clair que celui de Saxe; que la plupart de ces morceaux étoient contigus à une sorte d’ardoise dure et luisante avec des taches de couleur de rose sèche, et qu’il n’y avoit point de taches semblables sur les morceaux de cobalt.

C’est de la Saxe qu’on a jusqu’ici tiré la plus grande partie du safre qui se consomme en Europe, pour les émaux, pour la porcelaine , les faïences , et aussi pour peindre à froid , et relever par l’empois la blancheur des toiles. La principale mine est celle de Schneberg; elle est très- abondante et peu profonde : on assure que le produit annuel de cette mine est fort considérable : il n’est pas permis d’exporter le cobalt en nature; et c’est après l’avoir réduit en safre qu’on le vend à un prix d’autan! plus haut , qu’il y a moins de concurrence dans le commerce de cette sorte de denrée , dont l’Allemagne a pour ainsi dire le privilège exclusif1.

Cependant il se trouve des mines de cobalt en Angleterre , dans le comté de Sommerset. En Suède , la mine de Tannaberg est d’un cobalt blanc, qui, selon M. Demeste, rend par quintal trente -cinq livres de cobalt, deux livres de fer, cinquante livres d’arsenic, et huit livres de soufre.

Nous sommes aussi presque assurés que le cobalt se trouve en Asie, et sans doute dans toutes les parties du monde, comme les autres matières produites par la nature ; car le très - beau bleu des porcelaines du Japon et de la Chine démontre que trèsanciennement on y a connu et travaillé ce minéral 2.

Dans les morceaux de mine de cobalt que l’on rassemble dans les cabinets, il s'en trouve de toutes couleurs et de tout mélange, et l’on ne connoit aucun cobalt pur dans sa mine ; il est souvent mêlé de bismuth , et toujours la mine contient du fer quelquefois mélangé de zinc, de cuivre, et même d’argent tenant or , et presque toujours encore la mine est combinée avec des pyrites et beaucoup d'arsenic. De toutes

1. On trouve beaucoup de cobalt en Misnie , en Bohème, dans la vallée de Joachim-Sthal ; il y en a dans le duché de Wirtemberg, dans le Hartz, et dans plusieurs endroits de l’Allemagne.

2. Quelques personnes prétendent que c’est par un mélange du lapis-lazuli que les Chinois donnent à leurs porcelaines la belle couleur bleue. M. do Bomare est dans cette opinion. Mais je 11e la crois pas fondée ; car le lapis, en se vitrifiant, ne couserve pas sa couleur.

ces mntières la plus difficile à séparer du cobalt est celle du fer : leur uniou est si intime , qu’on est obligé de volatiliser le fer en le faisant sublimer plusieurs fois par le sel ammoniac , qui l’enleve plus facilement que le cobalt; mais ce travail ne peut se faire en grand.

On voit des morceaux de minerai dans lesquels le cobalt est décomposé en une sorte de céruse ou de chaux. On trouve aussi

quelquefois de l’argent pur en petits filets ou en poudre palpable dans le cobalt ; mais le plus souvent ce métal n’y est point apparent, et d’ailleurs n’y est qu’en trop petite quantité pour qu’on puisse l’extraire avec profit. On commît aussi une mine noire vitreuse de cobalt dans laquelle ce minéral est en céruse ou en chaux, qui paroit être minéralisée par l’action du foie de soufre, dans lequel le cobalt se dissout aisément.

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