‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 122 sur 218 · CONCRÉTIONS DE L’ARGENT · texte numérisé non relu

CONCRÉTIONS DE L’ARGENT

ou presque pur, et qui n’a subi d’autre altération que celle de la division et du transport par les eaux.

Mais lorsque ces particules d’argent pur rencoutrent dans le sein de la terre les principes des sels et les vapeurs du soufre, elles s’altèrent et subissent des cliangemens divers et très-apparcns. Le premier de ces changemens d’état, et qui tient de plus près à l’argent en état métallique, se présente dans la mine vitrée qui est de couleur grise , dans laquelle le métal a perdu sa rigidité, sa dureté , et qui peut se plier et se couper comme le plomb : dans cette mine, la substance métallique s’est altérée et amollie sans perdre sa forme extérieure; car elle offre les mêmes cristaux , aussi régulièrement figurés que ceux des mines primordiales; et même l’on voit souvent, dans cette mine grise et tendre, des cristaux de l’argent primitif qui sont en partie durs et intacts, et en partie tendres et minéralisés, et cela démontre l’origine immédiate de cette sorte de mine, qui, de toutes celles de seconde formation, est la plus voisine des mines primitives. L’on ne peut donc guère douter que cette mine vitrée ne provienne le plus souvent d’un argent primitil qui aura été pénétré par des vapeurs sulfureuses : mais elle peut aussi être produite par l’argent pur de dernière formation lorsqu’il reçoit 1 impression de ces mêmes vapeurs qui s’exhalent des feux souterrains; et généralement tout argent vierge de première ou de dernière formation doit subir les mêmes altérations, parce que, dans le premier comme dans le dernier état , le métal est à peu près du même degré de pureté.

Une seconde forme de minéralisation , aussi connue que la première , est la mine d’argent cornée, qui ressemble par sa demitransparence, sa mollesse, et sa fusibilité, à la lune cornée que nos chimistes obtiennent de l’argent dissous par l’acide marin; ce qui leur a fait présumer, peut-être avec fondement , que cette mine cornée provenoit d’un argent natif pénétré des vapeurs de cet acide ; mais comme cette mine cornée accompagne assez souvent l’argent primordial dans la roche quarlzeuse et dans son état primitif , lequel a précédé l’action et même la formation de l’acide marin, il me semble que l’acide aérien, qui seul existoit alors, a dû produire cette altération dans les premières mines , et que ce ne peut être que sur celles de dernière formation que l’acide marin a pu opérer le même effet. Quoi qu’il en soit, cette mine d’argent cornée se rapproche de la mine vitrée par plusieurs rapports , et

toutes deux tirent immédiatement leur origine de l’argent pur et natif de première et de dernière formation *.

C’est à cette mine cornée que l’on a rapporté la matière molle, légère, blanche ou grise , queM. Schreiberg a trouvée aux mines de Sainte-Marie, dont parle M. Monnet, et qui étoit fort riche en argent : mais cette matière ne contient point de soufre comme la mine d’argent cornée; et cette différence suffit pour qu’on doive les distinguer l’une de l’autre.

La troisième et la plus belle minéralisation de l’argent est la mine en cristaux transparais et d’un rouge de rubis. Ces beaux cristaux ont quelquefois plusieurs lignes de longueur, et tous ne sont pas également transparens; il y en a même qui sont presque opaques et d’un rouge obscur; ils sont ordinairement groupés les uns sur les autres, et souvent ils sont mêlés de cristaux gris qui sont entièrement opaques.

De la décomposition de cette mine et des deux précédentes se forment d’autres mines, dont l’une des plus remarquables est la mine d’argent noire. M. Lehmann a observé que cette mine d’argent noire paroît devoir sa formation à la décomposition de mines d’argent plus riches, telles que la mine d’argent rouge ou la mine d’argent vitrée. Il ajoute « que celte mine noire est assez commune au Hartz, en Hongrie, en Saxe, etc. , et qu’à Freyberg on la trouvoit jointe à la mine d’argent vitrée. » Et nous pouvons ajouter qu’elle est très-commuue au Pérou et au Mexique, où les Espagnols lui donnent le nom de negrillo. Celte mine noire est de dernière formation, puisqu’elle provient de la décomposition des autres : aussi se trouvet-elle encore souvent accompagnée d’argent en filets, qui n’est formé lui-même que de l’agrégation des petites particules détachées des mines primitives de ce métal par le mouvement et la stillation des eaux.

Au reste, les concrétions les plus communes de l’argent sont celles où ce métal, réduit en poudre , se trouve interposé et comme incorporé dans différentes terres et pierres calcaires ou vitreuses. Ces concrétions se présentent souvent en masses très-considérables et plus ou moins pesantes dans le rapport de la quantité de l’argent en poudre quelles contiennent; et quelquefois cette quantité fait plus de moitié de leur masse; elles sont formées par l’intermède de l’eau

i. Voyez ce que j’ai dit de ces deux mines d’argent vitrée et cornée dans le deuxième volume de

cette Histoire, page 471.

a06 MINERAUX.

qui a charrié et déposé ces particules d’argent avec des terres calcaires ou vitreuses qui, s’étant ensuite resserrées, consolidées, et durcies par le dessèchement, ont formé ces concrétions aussi riches que faciles à réduire en métal.

Et au sujet de la réduction de l’argent minéralisé en métal pur, nous croyons devoir ajouter à ce que nous en avons dit 1 l’extrait d’uue lettre de M. Polony, médecin du roi au cap François , qui , pendant un assez long séjour au Mexique , a suivi les opérations de ce travail. Ce savant observateur y rend compte des procédés actuellement en usage au Mexique. « On réduit, dit - il , en poudre impalpable le minerai d’argent, dont on forme une pâte liquide en l’humeciant successivement jusqu’à ce que toute la masse soit de la même consistance : on y ajoute alors une certaine composition appelée magistral , et on repasse toute la pâte au moulin , afin d’y incorporer uniformément ce magistral qui doit opérer la déminéralisation. On fait ensuite avec celte pâte différentes pyramides d’environ dixhuit à vingt quintaux chacune; on les laisse

i. Voyez tome II, l’article Argent, page 470.

fermenter trois jours sans y toucher : au bout de ce temps, un homme enfonce la main dans la pâte , et juge par le degré de chaleur si la déminéralisation 's’est opérée; s’il juge le contraire, on éteud la pâle, on l’humecte de nouveau, on y ajoute du magistral, et 011 la réduit encore en pyramides, qu’on laisse de nouveau fermenter pendant trois jours : après cela on étend la pâte sur des glacis à rebords; on y jette une pluie de mercure qu’on y incorpore intimement en pétrissant la pâte, on le remet en tas, et trois ou quatre jours après , à l’aide de différentes lotions , on ramasse le mercure qui se trouve chargé de tout l’argent qui s’est déminéralisé pendant l’opération. »

M. Polony se propose de publier la composition de ce magistral , qui n’est pas encore bien connu. Cependant je soupçonne que ce composé n’est que du sel marin auquel on ajoute quelquefois de la chaux ou de la terre calcaire , comme nous l’avons dit à l’article de l’ Argent ; et dans ce cas le procédé décrit par M. Polony, et qui est actuellement en usage au Mexique , ne diffère de celui qu’on emploie depuis long- temps au Pérou que pour le temps où l’on fait tomber le mercure sur le minerai d’argent.

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