‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 125 sur 218 · PIERRE ARMÉNIENNE · texte numérisé non relu

PIERRE ARMÉNIENNE

J e mets la pierre arménienne au nombre des concrétions du cuivre , et je la sépare du lapis-lazuli , auquel elle ne ressemble que par la couleur : on l’a nommée pierre arménienne parce qu’elle nous venoit autrefois d’Arménie; mais on en a trouvé en Allemagne et dans plusieurs autres contrées de l’Europe. Elle n’est pas aussi dure que le lapis, et sa couleur bleue est mêlée de verdâtre , et quelquefois tachée de rouge. La pierre arménienne se trouve dans les mines du cuivre 1 * , et a reçu sa teinture par ce métal , tandis que le lapis - lazuli a été teint par le fer.

La pierre arménienne diffère encore du lapis-lazuli en ce qu’elle est d’une couleur bleue moins intense , moins décidée, et moins fixe ; car cette couleur s’évanouit au feu , tandis que celle du lapis n’en souffre aucune altération : aussi c’est avec le lapis qu’on fait le beau bleu d’outremer qui entre dans les émaux ; et c’est de la pierre armé-

i. M. Hill se trompe sur la nature du vrai lapis,

qu’il regarde ainsi que la pierre arménienne comme

des mines de cuivre, et il paroit même les confondre dans la description qu’il en donne.

nienne qu’on fait l’azur ordinaire des peintres , qui perd peu à peu sa couleur et devient vert en assez peu de temps.

Dans la pierre arménienne le grain n’est pas à beaucoup près aussi fin que dans le lapis , et elle ne peut recevoir un aussi beau poli ; elle entre en fusion sans intermède , et résiste beaucoup moins que le lapis à l’action du feu ; elle y perd sa couleur , même avant de se fondre ; enfin on peut en tirer une certaine quantité de cuivre. Ainsi cette pierre arménienne doit être mise au nombre des mines de ce métal , et même on trouve quelquefois de la malachite et de la pierre arménienne dans le même morceau. Cette pierre n’est donc pas de la nature du jaspe, comme l’a dit un de nos savans chimistes, puisqu’elle est beaucoup moins dure qu'aucun jaspe, et même moins que le lapis lazuli ; et comme elle entre en fusion d’ellemème , je crois qu’on doit la mettre au nombre des concrétions de cuivre mêlées de parties vitreuses et de parties calcaires, et formées par l’intermède de l’eau.

Au reste , les concrétions les plus riches du cuivre se présentent quelquefois, comme

MINÉRAUX

celles de l’argent, en ramifications, en végétations, et en filets déliés et de métal pur ; mais, comme le cuivre est plus susceptible

d’altération que l’argent, ces mines eh filets et en cheveux sont bien plus rares que celles de l’argent : elles ont la même forme.

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CONCRÉTIONS DE L’ÉTAIN

Les mines primordiales de l’étain se trouvent dans une roche quartzeuse très-dure , où ce métal s’est incorporé après avoir été réduit en chaux par le feu primitif; les cristaux d’étain sont des mines secondaires produites par la décomposition des premières : l’eau , en agissant sur ces mines formées par le feu, en a détaché, divisé les parties métalliques , qui se sont ensuite réunies en assez grand volume, et ont pris, par leur affinité, des formes régulières comme les autres cristaux produits par l’intermède de l’eau. Ces cristaux, uniquement formés de ia chaux d’étain primitive plus ou moins pure , ne recèlent aucun autre métal, et sont seulement imprégnés d’arsenic, qui s’y trouve presque toujours intimement mêlé , sans néanmoins en avoir altéré la substance. Ainsi

celte chaux d’étain, cristallisée ou non, n’est point minéralisée, et l’on ne connoît aucune minéralisation ou concrétion secondaire de 1 étain, que quelques stalactites qui se forment de la décomposition des cristaux, et qui se déposent en masses informes dans les petites cavités de ces mines : ces stalactites d’étain sont souvent mêlées de fer, et ressemblent assez aux hématites; et il me semble qu’on ne doit regarder que comme une décomposition plus parfaitement achevée l’étain natif dont parle M. Rome de l’Isle ; car on ne peut attribuer sa formation qu’à faction de l’eau , qui aura pu donner un peu de ductilité à cette chaux d’étain plus épurée qu’elle ne l’étoit dans les cristaux dont elle provient.

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