‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 136 sur 218 · POUZZOLANE · texte numérisé non relu

POUZZOLANE

Personne n’a fait autant de recherches que M. Faujas de Saint-Fond sur les pouzzolanes. On ne connoissoit avant lui ou du moins on ne faisoit usage que de celles d’Italie , et il a trouvé dans les anciens volcans du Yivarais des pouzzolanes de la même nature , et qui ont à peu près les mêmes qualités que celles de l’Italie : on doit même présumer qu’on en trouvera de semblables aux environs de la plupart des volcans agissans ou éteints ; car ce n’est pas seulement à Pouzzoles, d’où lui vient son nom, qu’il y a de la pouzzolane , puisqu’il s’en trouve dans presque tous les terrains vulcanisés de Sicile, de Naples, et de la Campagne de Rome. Ce produit des feux souterrains peut se trouver dans toutes les régions où les volcans agissent ou ont agi ; car on connoit assez anciennement les pouzzolanes de l’Amérique méridionale : celles de la Guadeloupe et de la Martinique ont été reconnues en 1696. Mais c’est à M. Ozi , de Clermont-Ferrand, et ensuite à MM. Guettard, Desmarets, et Pasumot, qu’on doit la connoissance de celles qui se trouvent en Auvergne; et enfin à M. Faujas de Saint - Fond la découverte et l'usage de celles du Yélay et du Vivarais, découverte d'autant plus intéressante que ces pouzzolanes du Yivarais, pouvant être conduites par le Rhône jusqu’à la mer, pourront, sinon remplacer, du moins suppléer à celles que l’on tire d’Italie , pour toutes les constructions maritimes et autres qu’on veut défendre contre l’action des élémens humides.

Les pouzzolanes ne sont cependant pas absolument les mêmes dans tous les lieux; elles varient , tant pour la qualité que par la couleur : il s’en trouve de la rouge et de la grise en Vivarais , et celle-ci fait un mortier

plus dur et plus durable que celui de la première.

Toutes les pouzzolanes proviennent également de la première décomposition des laves et basaltes, qui, comme nous l’avous dit, se réduisent ultérieurement en terre argileuse , ainsi que toutes les autres matières vitreuses , par la longue impression des élémens humides ; mais , avant d'arriver à ce dernier degré de décomposition , les basaltes et les laves , qui toujours contiennent une assez grande quantité de fer pour être trèsattirables à l’aimant, se brisent en poudre vitreuse mêlée de particules ferrugineuses, et la pouzzolane n’est autre chose que celte poudre : elle est d’autant meilleure pour faire des cimens que le fer y est en plus grande quantité , et que les parties vitreuses sont plus éloignées de l’état argileux.

Ainsi la pouzzolane n’est qu’une espèce de verre ferrugineux réduit en poudre. Il est très-possible de composer une matière de même nature , en broyant et pulvérisant les crasses qui s’écoulent du foyer des affineries où l’on traite le fer. J’ai souvent employé ce ciment ferrugineux avec succès , et je le crois équivalent à la meilleure pouzzolane : mais il est vrai qu’il seroit difficile de s’en procurer une quantité suffisante pour faire de grandes constructions. Les Hollandois composent une sorte de pouzzolane qu’ils nomment iras , en broyant des laves de volcan sous les pilons d’un bocard : la poudre qui en provient est tamisée au moyen d’un crible qui est mis en mouvement par l’élévation des pilons , et le (ras tombe dans de grandes caisses pratiquées au dessous de l’entablement des pilons ; ils s’en servent avec succès dans leurs constructions maritimes.

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GÉNÉSIE DES MINÉRAUX,

Jk crois devoir donner en récapitulation l’ordre successif de la genésie ou filiation des matières minérales , afin de retracer en abrégé la marche de la nature , et d’expliquer les rapports généraux dont je présenterai le tableau et l’arrangement méthodique, d’après lequel on pourra dorénavant classer tous les produits de la nature en ce genre, en les rapportant à leur véritable origine.

Le globe terrestre ayant été liquélié par le feu , les matières fixes de celte masse immense se sont toutes fondues et vitrifiées, taudis que les substances volatiles se sont élevées en vapeurs autour de ce globe, à plus ou moins de hauteur, suivant le degré de leur pesanteur et de leur volatilité. Ces premières matières fixes qui ont subi la vitrification nous sont représentées par les verres que j’ai nommés primitifs, parce que toutes les autres matières vitreuses sont réellement composées du mélange ou des détrimens de ces mêmes verres.

Le quartz est le premier et le plus simple de ces verres de nature ; le jaspe est le second, et ne diffère du quartz qu’en ce qu’il est fortement imprégné de vapeurs métalliques qui l’ont rendu entièrement opaque, tandis que le quartz est à demi transparent : ils sont tous deux très -réfracta ires au feu. Le troisième verre primitif est le feld-spath, et le quatrième est le schorl , qui tous deux sont fusibles. Enfin le cinquième est le mica, qui tient le milieu entre les deux verres réfractaires et les deux verres fusibles. Le mica provient de l’exfoliation des uns et des autres ; il participe de leurs différentes qualités. On pourroit donc, en rigueur, réduire les cinq verres primitifs à trois , c’est-à-dire au quartz , au feld-spath , et au schorl , puisque le jaspe n’est qu’un quartz imprégné de vapeurs métalliques, et que les micas ne sont que des paillettes et des exfoliations des autres verres ; mais nous n’avons pas jugé cette réduction nécessaire , parce qu'elle n’a rapport qu’à la première formation de ces verres , dont nous ignorons les différences primitives, c’est-à-dire les causes qui les ont rendus plus ou moins fusibles ou réfractaires : cette différence nous indique seulement que la substance du quartz et du jaspe est

plus simple que celle du feld - spath et du schorl, parce que nous savons par expérience que les matières les plus simples sont les plus difficiles à vitrifier, et qu’au contraire celles qui sont composées sont assez aisément fusibles.

Les premiers mélanges de ces verres de nature se sont faits après la fusion et dans le temps de l’incandescence, par la continuité de l’action du feu ; et les matières qui ont résulté de ces mélanges nous sont représentées par les roches vitreuses de deux ou plusieurs substances, telles que les porphyres , ophites, et granités, à la formation desquelles l’eau n’a point eu de part.

La chaleur excessive du globe vitrifié ayant diminué peu à peu par la déperdition qui s’en est faite , jusqu’au temps où sa surface s’est trouvée assez attiédie pour recevoir les eaux et les autres substances volatiles, sans les rejeter en vapeurs , alors les matières métalliques, sublimées par la violence du feu, et toutes les autres substances volatiles, ainsi que les eaux reléguées dans l’atmosphère, sont tombées successivemeut et se sont établies à jamais sur la surface et dans les fentes ou cavités de ce glube.

Le fer , qui de tous les métaux exige le plus grand degré de chaleur pour se fondre, s’est établi le premier, et s’est mêlé à la roche vitreuse lorsqu’elle étoit encore en état de demi-fusion. Le cuivre, l’argent, et l’or, auxquels un moindre degré de feu suffit pour se liquéfier, se sont établis eusuite sous leur forme métallique dans les feutes du quartz et des autres matières vitreuses déjà consolidées ; l’étain et le plomb, ainsi que les demi-métaux et autres matières métalliques, ne pouvant supporter un feu violent sans se calciner , ont pris partout la forme de chaux, et se sont ensuite convertis, par l’intermède du feu, en minerais pyriteux.

A mesure que le globe s’altiédissoit , le chaos se débrouilloit , l’atmosphère s’épuroit ; et après la chute entière des matières sublimées métalliques ou terreuses , et des eaux jusqu’alors réduites en vapeurs, l’air est demeuré pur, sous la forme d’uu élément distinct et séparé de la terre et de l’eau par sa légèreté.

GÉNÉSIE DES MINÉRAUX.

L’air a retenu dès ce temps et retient encore une certaine quantité de feu qui nous est représentée par cette matière à laquelle on donne aujourd’hui le nom d’air inflammable, et qui n’est que du feu fixé dans la substance de l’air.

Cet air imprégné de feu , se mêlant avec l’eau, a formé l’acide aérien, dont l’action s’exerçant sur les matières vitreuses , a produit l’acide vilriolique, et ensuite les acides marin et nitreux , après la naissance des coquillages et des autres corps organisés marins ou terrestres.

Les eaux, élevées d’abord à plus de quinze cents toises au dessus du niveau de nos mers actuelles, couvroient le globe entier, à l’exception des plus hautes montagnes. Les premiers végétaux et animaux terrestres ont habité ces hauteurs, tandis que les coquillages , les madrépores , et les végétaux maniés , se forment au sein des eaux.

La multiplication des uns et des autres étoit aussi prompte que nombreuse , sur une terre et dans des eaux dont la grande chaleur mettoit en activité tous les principes de la fécondation.

Il s’est produit dans ce temps des myriades de coquillages qui ont absorbé dans leur substance coquilleuse une immense quantité d’eau , et dont les détrimens ont ensuite formé nos montagnes calcaires; tandis qu’en même temps les arbres et autres végétaux qui couvroient les terres élevées produisoient la terre végétale par leur décomposition, et étoient ensuite entraînés avec les pyrites et autres matières combustibles, par le mouvement des eaux , dans les cavités du globe, où elles servent d’aliment aux feux souterrains.

A mesure que les eaux s’abaissoient , tant par l’absorption des substances coquilleuses que par l’affaissement des cavernes et des boursouflures des premières couches du globe , les végétaux s’étendoient par de grandes accrues sur toutes les terres que les eaux laissoient à découvert par leur retraite; et leurs débris accumulés combloient les premiers magasins des matières combustibles, ou en formoient de nouveaux dans les profondeurs du globe, qui ne seront épuisés que quand le feu des volcans en aura consommé toutes les matières susceptibles de combustion.

Les eaux , en tombant de l’atmosphère sur la surface du globe en incandescence, furent d’abord rejetées en vapeurs , et ne purent s’y établir que lorsqu’il fut attiédi ; elles firent dès ces premiers temps de fortes im-

pressions sur les matières vitrifiées qui composoient la masse entière du globe; elles produisirent des fentes et fêlures dans le quartz ; elles le divisèrent , ainsi que les autres matières vitreuses, en fragmens plus ou moins gros, en paillettes, et en poudre, qui par leur agrégation formèrent ensuite les grès, les talcs , les serpentines, et autres matières dans lesquelles on reconnoit encore la substance des verres primitifs plus ou moins altérée. Ensuite , par une action plus longue, les élémens humides ont converti toutes ces poudres vitreuses en argiles et en glaises, qui ne diffèrent- des grès et des premiers débris des verres primitifs que par l’atténuation de leurs parties constituantes , devenues plus molles et plus ductiles par l’action constante de l’eau qui a pour ainsi dire pourri ces poudres vitreuses et les a réduites en terre.

Enfin ces argiles , formées par l’intermède et par la longue et constante impression des élémens humides , se sont ensuite peu à peu desséchées, et, ayant pris plus de solidité par leur dessèchement , elles ont perdu leur première forme d’argile avec leur mollesse, et elles ont formé les schistes et les ardoises, qui , quoique de même essence , diffèrent néanmoins des argiles parleur dureté, leur sécheresse, et ieur solidité.

Ce sont là les premiers et grands produits des détrimens et de la décomposition par l’eau de toutes les matières vitreuses formées par le feu primitif ; et ces grands produits ont précédé tous les produits secondaires , qui sont de la même essence vitreuse , mais qu’on ne doit regarder que comme des extraits ou stalactites de ces matières primordiales.

L’eau a de même agi, et peut-être avec plus d’avantage , sur les substances calcaires, qui toutes proviennent du détriment et des dépouilles des animaux à coquilles ; elle est d’abord entrée en grande quantité dans la substance coquilleuse , comme on peut le démontrer par la grande quantité d’eau que l’on tire de cette substance coquilleuse et de toute matière calcaire , en leur faisant subir l’action du feu. L’eau , après avoir passé par le filtre des animaux à coquilles, et contribué à la formation de leur enveloppe pierreuse , en est devenue partie constituante, et s’est incorporée avec cette matière coquilleuse au point d’y résider à jamais. Toute matière coquilleuse ou calcaire est réellement composée de plus d’un quart d’eau , sans y comprendre l’air fixe qui s’est incarcéré dans leur substance en même temps que l’eau.

GÉNÉSIE DES MINÉRAUX.

Les paux rassemblées dans les vastes bassins qui leur servoient de réceptacle , et couvrant dans les premiers temps toutes les parties du globe , à l’exception des montagnes élevées, ont dès lors éprouvé le mouvement du flux et reflux, et tous les autres mouvemens qui les agitoient par les vents et les orages ; et dès lors elles ont transporté, brisé, et accumulé les dépouilles et débris des coquillages et de toutes les productions pierreuses des animaux marins , dont les enveveloppes sont de la même nature que la substance des coquilles ; elles ont déposé tous ces détrimens plus ou moins brisés et réduits en poudre sur les argiles , les glaises , et les schistes, par lits horizontaux , ou inclinés comme l'étoit le sol sur lequel ils tomboient en forme de sédiment. Ce sont ces mêmes sédimens de coquilles et autres substances de même nature, réduites en poudre et en débris, qui ont formé les craies, les pierres calcaires, les marbres, et même les plâtres, lesquels ne different des autres matières calcaires qu’en ce qu’ils ont été fortement imprégnés de l’acide vitriolique contenu dans les argiles et les glaises.

Toutes ces grandes masses de matières calcaires et argileuses une fois établies et solidifiées par le dessèchement, après l’abaissement ou la retraite des eaux, se sont trouvées exposées à l’action de l’air et à toutes les impressions de l’atmosphère et de l’acide aérien qu’il contient : ce premier acide a exercé son action sur toutes les substances vitreuses, calcaires, métalliques, et limoneuses.

Les eaux pluviales ont d’abord pénétré la surface des terrains découverts; elles ont coulé par les fentes perpendiculaires ou inclinées , au bas desquelles les lits d’argile les ont reçues et retenues pour les laisser ensuite paroître en forme de sources, de fontaines, qui toutes doivent leur origine et leur entretien aux vapeurs aqueuses transportées par les vents de la surface des mers sur celle des continens terresj très.

Ces eaux pluviales , et même leurs va- \ peurs humides, agissant sur la surface ou

I pénétrant la substance des matières vitreuses et calcaires , en ont détaché des particules pierreuses dont elles se sont chargées et qui ont formé de nouveaux corps pier- I reux. Ces molécules détachées par l’eau se I sont réunies , et leur agrégation a produit des stalactites transparentes et opaques, selon que ces mêmes particules pierreuses étoient réduites à une plus eu moins grande

ténuité, et qu’elles ont pu se rassembler de plus près par leur homogénéité.

C’est ainsi que le quartz, pénétré et dissous par l’eau , a produit, par exsudation , les cristaux de roche blancs et les cristaux colorés , tels que les améthystes , cristauxtopazes, chrysolilhes , et aigues-marines, lorsqu’il s’est trouvé des matières métalliques, et particulièrement du fer, dans le voisinage ou dans la route de l’eau chargée de ces molécules quarlzeuses.

C’est ainsi que le feld-spath seul , ou le feld-spath mêlé de quartz, a produit tous les cristaux chatoyans, tels que le saphir d’eau, la pierre de Labrador ou de Russie, les yeux-de-chat, l’œil de poisson, l’œil-de-loup, l’aventurine et l’opale, qui nous démontrent, par leur chatoiement et par leur fusibilité, qu’ils tirent leur origine et une partie de leur essence de feld-spath pur ou mélangé de quartz.

C’est par les mêmes opérations de nature que le schorl seul , ou le schorl mêlé de quartz , a produit les émeraudes , les topazes-rubis-saphirs du Brésil, la topaze de Saxe, le béril , les péridots, les grenats, les hyacinthes et la tourmaline, qui nous démontrent , par leur pesanteur spécifique et par leur fusibilité, qu’ils ne tirent pas leur origine du quartz ni du feld-spath seuls, mais du schorl , ou schorl mêlé de l’un et de l’autre.

Toutes ces stalactites vitreuses , formées par l’agrégation des particules homogènes de ces trois verres primitifs, sont transparentes ; leur substance est entièrement vitreuse, et néanmoins elle est disposée par couches alternatives de différente densité, qui nous sont démontrées par la double réfraction que souffre la lumière en traversant ces pierres. Seulement il est à remarquer que dans toutes, comme dans le cristal de roche, il y a un sens où la lumière ne se partage pas , au lieu que dans les spaths et cristaux calcaires, tels que celui d’Islande, la lumière se partage , dans quelque sens que ces matières transparentes lui soient présentées.

Le quartz, le feld-spath et le schorl, seuls ou mêlés ensemble, ont produit d’autres stalactites moins pures et à demi-transparentes, toutes les fois que leurs particules ont été moins dissoutes, moins atténuées par l’eau , et qu’elles n’ont pu se cristalliser par défaut d’homogénéité ou de ténuité.

Ces stalactites demi - transparentes sont les agates, cornalines , sardoines, prases et onyx , qui toutes participent beaucoup plus

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de l’essence du quartz que de celle du feldspath et du schorl ; il y en a même plusieurs d’entre elles qu’on ne doit rapporter qu’à la décomposition du quartz seul , le feld-spalh n’étant point entré dans celles qui n’ont aucun chatoiement , et le schorl ne s’étant mêlé que dans celles dont la pesanteur spécifique est considérablement plus grande que celle du quartz ou du feldspath. D’ailleurs celles de ces pierres qui sont très-réfractaires au feu sont purement quartzeuses; car elles seroient fusibles si le feld-spath ou le schorl étoient entrés dans la composition de leur substance.

Le jaspe primitif, étant opaque par sa nature , n’a produit que des stalactites opaques qui nous sont représentées par tous les jaspes de seconde formation : les uns et les autres n’étant que des quartz ou des extraits du quartz imprégnés de vapeurs métalliques sont également réfractaires au feu; et d’ailleurs leur pesanteur spécifique, qui n’est pas fort différente de celle des quartz, démontre qu’ils ne contiennent point de schorl; et leur poli sans chatoiement démontre aussi qu’il n’est point entré de feldspath dans leur composition.

Enfin le mica, qui n’a été produit que par les poudres et les exfoliations des quatre autres verres primitifs, a communément une transparence ou demi - transparence , selon qu’il est plus ou moins atténué. Ce dernier verre de nature a formé, de même que les premiers, par l’intermède de l’eau, des stalactites demi-transparentes , telles que les talcs, la craie de Briançon, les amiantes, et d’autres stalactites ou concrétions opaques, telles que les jades, serpentines, pierres ollaires , pierres-de-lard , et qui toutes nous démontrent, par leur poli onctueux au toucher, par leur transparence graisseuse, aussi bien que par l’endurcissement qu’elles prennent au feu, et leur résistance à s’y fondre , qu’elles ne tirent leur origine immédiate ni du quartz, ni du feld-spath, ni du schorl, et qu’elles ne sont que des produits ou stalactites du mica plus ou moins atténué par l’impression des élémens humides.

Lorsque l’eau , chargée des molécules de ces verres primitifs, s’est trouvée en même temps imprégnée ou plutôt mélangée de parties terreuses ou ferrugineuses , elle a de même formé, par stillation, les cailloux opaques, qui ne diffèrent des autres produits quartzeux que par leur entière opacité; et lorsque ces cailloux ont été saisis et réunis par un ciment pierreux, leur agré-

gation a formé des pierres auxquelles on a donné le nom d q poudingues , qui sont les produits ultérieurs et les moins purs de toutes les matières vitreuses; car le ciment qui lie les cailloux dont ils sont composés est souvent impur, et toujours moins dur que la substance des cailloux.

Les verres primitifs ont formé, dès les premiers temps, et par la seule action du feu, les porphyres et les granités; ce sont les premiers détrimens et les exfoliations en petites lames et en grains plus ou moins gros du quartz, du jaspe, du feld-spath, du schorl , et du mica. L’eau ne paroît avoir eu aucune part à leur formation , et les masses immenses de granité qui se trouvent par montagnes dans presque toutes les régions du globe nous démontrent que l’agrégation de ces particules vitreuses s’est faite par le feu primitif ; elles nageoient à la surface du globe liquéfié en forme de scories, elles se sont dès lors réunies par la seule force de leur affinité. Le jaspe n’est entré que dans la composition des porphyres; les quatre autres verres primitifs sont entrés dans la composition des granités.

Les matières provenant de la décomposition de ces verres primitifs et de leurs agrégats par l’action et l’intermède de l’eau, telles que les grès, les argiles et les schistes, ont produit d’autres stalactites opaques mêlées de parties vitreuses et argileuses, telles que les cos , les pierres à rasoir, qui ne diffèrent des cailloux qu’en ce que leurs parties constituantes étoient pour la plupart converties en argile lorsqu’elles se sont réunies; mais le fond de leur essence est le même, et ces pierres tirent également leur origine de la décomposition des verres primitifs par l’intermède de l’eau.

La matière calcaire n’a été formée que postérieurement à la matière vitreuse ; l’eau a eu la plus grande part à sa composition , et fait même partie de sa substance, qui, lorsqu’elle est réduite à l’homogénéité , devient transparente : aussi cette matière calcaire produit des stalactites transparentes , telles que le cristal d’Islande et tous les spaths et gypses blancs et colorés ; et quand elle n’a été divisée par l’eau qu’en particules plus grossières, elle a formé de grandes masses des albâtres, des marbres de seconde formation, et des plâtres , qui ne sont que des agrégats opaques des débris et détrimens des substances coquilleuses ou des premières pierres calcaires, dont les particules ou les grains, transportés par les eaux, se sout réunis et ont formé les plus

GÉNÉSIE DES MINÉRAUX.

anciens bancs (les marbres et autres pierres calcaires.

Et lorsque ce suc calcaire ou gypseux s’est mêlé avec le suc vitreux , leur mélange a produit des concrétions qui participent de la nature des deux , telles que les marnes , les grès impurs , qui se présentent en grandes masses , et aussi les masses plus petites des lapis-lazuli , des zéolites, des pierres à fusil , des pierres meulières , et de toutes les autres dans lesquelles on peut reconnoître la mixtion de la substance calcaire à la matière vitreuse.

Ces pierres mélangées de matières vitreuses et de substances calcaires sont en trèsgrand nombre, et on les distingue des pierres purement vitreuses ou calcaires en leur faisant subir l’action des acides. Ils ne font d’abord aucune effervescence avec ces matières, et cependant elles se convertissent à la longue en une sorte de gelée.

La terre végétale , limoneuse, et bolaire, dont la substance est principalement composée des détrirnens des végétaux et des animaux, et qui a retenu une portion du feu contenu dans tous les êtres organisés , a produit des corps ignés et des stalactites phosphorescentes, opaques, et transparentes ; et c’est moins par l’intermède de l’eau que par l'action du feu contenu dans cette terre qu’ont été produites les pyrites et autres stalactites ignées , qui se sont lotîtes formées séparément par la seule puissance du feu contenu dans le résidu des corps organisés. Ce feu s’est formé des sphères particulières dans lesquelles la terre, l’air, et l’eau, ne sont entrés qu’en petite quantité; et ce même feu s’étaqt fixé avec les acides a produit les pyrites , et avec les alcalis il a formé les diamans et les pierres précieuses, qui toutes contiennent plus de feu que toute autre matière.

Et comme celle terre végétale et limoneuse est toujours mêlée de parties de fer, | les pyrites en contiennent une grande quan- 1 tité , tandis que les spaths pesans , quoique formés par cette même terre , et quoique très-denses, n’en contiennent point du tout. Ces spaths pesans sont tous phosphorescens, et ils ont plusieurs autres rapports avec les pyrites et les pierres précieuses; ils sont même plus pesans que le rubis , qui de toutes ces pierres est le plus dense. Ils conservent aussi plus long-temps la lumière, et pourraient bien être la matrice de ces brillans produits de la nature.

Ces spaths pesans sont homogènes dans toute leur substance, car ceux qui sont trausparens et ceux qu’on réduit à une petite épaisseur ne donnent qu’une simple réfraction comme le diamant et les autres pierres précieuses , dont la substance est également homogène dans toutes ses parties.

Les pyrites, formées en assez peu de temps, rendent aisément le feu qu’elles contiennent; l’humidité seule suffit pour le faire exhaler ; mais le diamant et les pierres précieuses , dont la dureté et la texture nous indiquent que leur formation exige un très-grand temps, conservent à jamais le feu qu’elles contiennent, ou ne le rendent que par la combustion.

Les principes salins, qu’on peut réduire à trois, savoir : l'acide, l’alcali, et l’arsenic, produisent, par leur mélange avec les matières terreuses ou métalliques, des concrétions opaques ou transparentes, et forment toutes les substances salines et tou tes les minéralisations métalliques.

Les métaux et leurs minerais de première formation, en subissant l’action de l’acide aérien et des sels de la terre , produisent les mines secondaires, dont la plupart se présentent en concrétions opaques, et quelques-unes en stalactites transparentes. Le feu agit sur les métaux comme l’eau sur les sels ; mais les cristaux métalliques produits par le moyen du feu sont opaques, au lieu que les cristaux salins sont diaphanes ou demi-transparens.

Enfin toutes les matières vitreuses , calcaires, gypse uses , limoneuses ou végétales, salines et métalliques, en subissant la violente action du feu dans les volcans, prennent de nouvelles formes; les unes se subliment en soufre et en sel ammoniac; les autres s’exhalent en vapeurs et en cendres, les plus fixes forment les basaltes et les laves, dont les détrirnens produisent les tripolis, les pouzzolanes, et se changent en argile, comme toutes les autres matières vitreuses produites par le feu primitif.

Cette récapitulation présente en raccourci la génésie ou filiation des minéraux, c’està-dire la marche de la nature dans l’ordre successif de ses productions dans le règne minéral. Il sera donc facile de s’en représenter l’ensemble et les détails , et de les arranger dorénavant d’une manière moins arbitraire et moius confuse qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.

Buffqh. III.

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