ARTICLE PREMIER
Des forces de la nature en général, et en particulier de V électricité et du magnétisme.
Ii. n’y a dans la nature qu’une seule force primitive, c’est l’attraction réciproque entre toutes les parties de la matière. Cette force est une puissance émanée de la puissance divine, et seule elle a suffi pour produire le mouvement et toutes les autres forces qui animent l’univers; car, comme son action peut s'exercer en deux sens opposés , eu vertu du ressort qui appartient à toute matière, et dont cette même puissance d attraction est la cause, elle repousse autant qu’elle attire. On doit donc admettre deux effets généraux, c’est-à-dire l’attraction et l’impulsion, qui n’est que la répulsion : la première, également répartie et toujours subsistante dans la matière; et la seconde, variable, occasionelle , et dépendante de la première. Autant l’attraction maintient la cohérence et la dureté des corps, autant l’impulsion tend à les désunir et à les séparer. Ainsi, toutes les fois que les corps ne sont pas brisés par le choc, et qu’ils sont seulement comprimés, l’attraction, qui fait le lien de la cohérence , rétablit les partiel dans leur première situation en agissant en sens contraire, par répulsion, avec autant de force que l’impulsion avoit agi en sens direct : c’est ici , comme en tout, une réaction égale à l’action. On ne peut donc pas rapporter à l’impulsion les effets de l’attraction universelle; mais c’est au contraire cette attraction générale qui produit, comme première cause, tous les phénomènes de l’impulsion.
En effet, doit-on jamais perdre de vue les bornes de la faculté que nous avons de communiquer avec la nature? doit-on se persuader que ce qui ne tombe pas sous nos sens puisse se rapporter à ce que nous voyons ou palpons? L’on ne commit les forces qui animent l’univers que par le mouvement et par ses effets; ce mot même de force ne signifie rien de matériel, et n’indique rien de ce qui peut affecter nos organes , qui cependant sont nos seuls moyens de commu-
nication avec la nature. Ne devons-nous pas renoncer dès lors à vouloir mettre au nombre des substances matérielles ces forces générales de l’attraction et de l’impulsion primitive, en les transformant, pour aider notre imagination, en matières subtiles, en fluides élastiques , en substances réellement existantes, et qui, comme la lumière, la chaleur, le son, et les odeurs, devroient affecter nos organes ? car ces rapports avec nous sont les seuls attributs de la matière que nous puissions saisir, les sauls que l’on doive regarder comme des agents mécauiques : et ces agents eux-mèmes . ainsi que leurs effets , ne dépendent-ils pas plus ou moins, et toujours, de la force primitive, dont l’origine et l’essence nous seront à jamais inconnues, parce que cette force en effet n’est pas une substance, mais une puissance qui anime la matière ?
Tout ce que nous pouvons concevoir de cette puissance primitive d’attraction, et de l’impulsion ou répulsion qu’elle produit, c’est que la matière n’a jamais existé sans mouvement; car l’attraction étant essentielle à tout atome matériel, cette force a nécessairement produit du mouvement toutes les fois que les parties de la matière se sont trouvées séparées ou éloignées les unes des autres : elles ont dès lors été forcées de se mouvoir et de parcourir l’espace intermédiaire pour s’approcher et se réunir. Le mouvement est donc aussi ancien que la matière, et l’impulsion ou répulsion est contemporaine de l’attraction; mais, agissant en sens contraire, elle tend à éloigner tout ce que l’attraction a rapproché.
Le choc, et toute violente attrition entre les corps, produit du feu en divisant et repoussant les parties de la matière : et c’est de l’impulsion primitive que cet élément a tiré son origine; élément lequel seul est actif et sert de base et de ministre à toute force impulsive, générale, et particulière, dont les effets sont toujours opposés et contraires à