CHAPITRE III
De la nutrition et du développement .
Le corps d’un animal est une espèce de simile au total ; de manière que , sans qu’il moule intérieur, dans lequel la matière qui arrive aucun changement à l’ordre et à la sert à son accroissement se modèle et s’as- proportion des parties , il en résulte cepen*
3go ANIMAUX.
dant une augmentalion dans chaque partie prise séparément . et c’est cetie augmentation de volume quon appelle développement t parce qu’on a cru en rendre raison en disant que l’animal étant formé en petit comme il l’est en grand , il n’étoit pas difficile de concevoir que ses parties se développoient à mesure qu’une matière acecssoire venoit augmenter proportionnellement chacune de ses parties.
Mais cette même augmentation, ce développement , si on veut en avoir une idée nette, comment peut-il se faire, si ce n’est en considérant le corps de l'animal , et même chacune de ses parties qui doivent se développer , comme autant de moules intérieurs qui ne reçoivent la matière accessoire que dans l’ordre qui résulte de la position de toutes leurs parties ? Et ce qui prouve que ce développement ne peut pas se faire, comme on se le persuade ordinairement, par la seule addition aux surfaces, et qu’au contraire il s’opère par une susception intime et qui pénétré la masse, c’est que, dans la partie qui se développe , le volume et la masse augmentent proportionnellement et sans changer de forme : des lors il est nécessaire que la matière qui sert à ce développement pénétré, par quelque voie que ce puisse être, l’intérieur de la partie, et la pénétré dans toutes les dimensions ; et cependant il est en même temps tout aussi necessaire que celte pénétration de substance se fasse dans un certain ordre avec une certaine mesure , telle qu’il n’arrive pas plus de substance à un point de l’intérieur qu’à un autre point, sans quoi certaines parties du tout se développeroient plus vite que d’autres , et dès lors la forme seroit altérée. Or, que peut-il y avoir qui prescrive en effet à la matière accessoire cette règle , et qui la contraigne à arriver également et proportionnellement à tous les points de l'intérieur, si ce n’est le moule intérieur?
11 nous paroit donc certain que le corps de l'animal ou du végétal est un moule intérieur qui a une forme constante, mais dont la masse et le volume peuvent augmenter proportionnellement , et que l’accroissement , ou , si l’on veut, le développement de l’animal ou du végétal , ne se fait que par l’extension de ce moule dans toutes ses dimensions extérieures et intérieures ; que cette extension se fait par l’intussusception d’une matière accessoire et étrangère qui pénètre dans l’intérieur, qui devient semblable à la forme , et identique avec la matière du moule.
Mais de quelle nature est cette matière que l’animal ou le végétal assimile à sa substance? quelle peut (tre la force ou la puissance qui donne à celte matière l’activité et le mouvement nécessaires pour pénétrer le moule intérieur? et s’il existe une telle puissance, ne seroit-ce pas par une puissance semblable que le moule intérieur lui-même pourroit être reproduit ?
Ces trois questions renferment , comme l’on voit , tout ce qu’on peut demander sur ce sujet , et me paroissent dépendre les unes des autres, au point que je suis persuadé qu’on ne pas expliquer d’une maniéré satisfaisante la reproduction de l’animal et du végétal, si l’on n’a pas une idée, claire de la façon dont peut s’opérer la nutrition : il faut donc examiner séparément ces trois questions, afin d’en comparer les conséquences.
La première , par laquelle on demande de quelle nature est cette matière que le végétal assimile à sa substance, me paroit être en partie résolue par les raisonnemens que nous avons faits , et sera pleinement démontrée par des observations que nous rapporterons dans les chapitres suivans.Nous ferons voir qu’il existe dans la nature une infinité de parties organiques vivantes ; que les êtres organisés sont composés de ces parties organiques , que leur production ne coûte rien à la nature , puisque leur existence est constante et invariable; que les causes de destruction ne font que les séparer sans les détruire : ainsi la matière que l’animal ou le végétal assimile à sa substance est une matière organique qui est de la même nature que celle de l’animal ou du végétal , laquelle par conséquent peut en augmenter la masse et le volume sans en changer la forme et sans altérer la qualité de la matière du moule , puisqu’elle est en effet de la même forme et de la même qualité que celui qui le constitue. Ainsi, dans la quantité d’alimens que ranimai prend pour soutenir sa vie et pour entretenir le jeu de ses organes, et dans la sève (pie le végétal tire par ses raciues et'par ses feuilles , il y en a une grande partie qu’il rejette par la transpiration, les sécrétions, et les autres voies excrétoires , et il n’y en a qu’une petite portion qui serve à la nourriture intime des parties et à leur développement. Il est trèsvraisemblable qu’il se lait dans le corps de l’animal ou du végétal une séparation des parties brutes de la matière des alimeus et des parties organiques ; que les premières sont emportées par les causes dont nous ve-