La plupart de tous ces faits sopt liréq d’Aristots
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marque très-bien que ces parties de l’œuf ue viennent pas du mâle, et qu’elles ne sont pas celles qui sont fécondées. La partie de l’œuf qui est fécondée est très petite; e’est un petit cercle blanc qui est sur la membrane du jaune, qui y forme une petite tache semblable à une cicatrice de la grandeur d’une lentille environ : c’est 'dans ce petit endroit que se fait la fécondation , c’cst là que le poulet doit naître et croître; tontes les autres parties de l’œuf ne sont faites que pour celleci. Harvey remarque aussi que cette cicatricule se trouve dans tous les œufs féconds ou inféconds, et il dit que ceux qui veulent qu’elle soit produite par la semence du mâle se trompent : elle est de la même grandeur et de la même l'orme dans les œufs frais et dans ceux qu’on a gardés long-temps; mais dès qu’on veut les faire éclore et que l’œuf reçoit un degré de chaleur convenable, soit par la poule qui le couve, soit par le moyen du fumier ou d’un four, on voit bientôt cette petite tache s’augmenter et se dilater à peu près comme la prunelle de l’œil : voilà le premier changement qui arrive au bout de quelques heures de chaleur ou d’incubation.
Lorsque l’œuf a été échauffé pendant vingtquatre heures, le jaune, qui auparavant étoit au centre du blanc, monte vers la cavité qui est au gros bout de l’œuf : la chaleur faisant évaporer à ’ravers la coquille la partie la plus liquide du blanc , cette cavité du gros bout devient plus grande, et la partie la plus pesante du blanc tombe dans la cavité du petit bout de l’œuf ; la cicatricule ou la tache qui est au milieu de la tunique du jaune s’élève avec le jaune et s’applique à la membrane de la cavité du gros bout; cette tache est alors de la grandeur d un petit pois, et on y distingue un point blanc dans le milieu , et plusieurs cercles concentriques dont ce point paroît être le centre.
Au bout de deux jours ces cercles sont plus visibles et plus grands , et la tache paroît divisée concentriquement par ces cercles en deux, et quelquefois en trois parties de différentes couleurs; il y a aussi un peu de protubérance à l’extérieur , et elle a à peu près la figure d’un petit œil dans la pupille duquel il y auroit un point blanc ou une petite cataracte. Entre ces cercles est contenue, par une membrane très-délicate, une liqueur plus claire que le ci isial , qui paroît être une partie dépurée du blanc de l’œuf; la tache, qui est devenue une bulle, paroît alors comme si elle étoit placée plus dans le blanc que dans la membrane du jaune. Pendant le troisième jour cette liqueur transparente et cristalline
augmente à l’intérieur, aussi bien que la petite membrane qui l’environne. Le quatrième jour on voit à la circonférence de la huile une petite ligne de sang couleur de pourpre, et à peu de distance du centre de la bulle ou aperçoit un peint aussi couleur de sang, qui bal : il paroît comme une petite étincelle à chaque diastole , et disparoît à chaque systole. De ce point animé parlent deux petits vaisseaux sanguins qui vont aboutir à la membrane qui enveloppe la liqueur cristalline; ces petits vaisseaux jettent des rameaux dans cette liqueur, et ces petits rameaux sanguins partent tous du même endroit, à peu près comme les racines d’un arbre partent du tronc : c’est dans l’angle que ces racines forment avec le tronc et dans le milieu de la liqueur qu’est le point animé.
Vers la fin du quatrième jour ou au commencement du cinquième, le point animé est déjà augmenté, de façon qu’il paroît être devenu une petite vésicule remplie de sang, et il pousse et tire alternativement ce sang; et dès le même jour on voit très-distinctement cette vésicule se partager en deux parties qui forment comme deux vésicules, lesquelles alternativement poussent chacune le sang et se dilatent ; et de même alternativement elles repoussent le sang et se contractent : on voit alors autour du vaisseau sanguin, le plus court des deux dont nous avons parlé, une espèce de nuage qui, quoique transparent, rend plus obscure la vue de ce vaisseau; d’heure en heure ce nuage s’épaissit , s’attache à la racine du vaisseau sanguin, et paroît comme un petit globe qui pend de ce v isseau : ce petit globe s’allonge et paroît partagé en trois part ies ; l’une est orhiculaire et plus grande que les deux autres, et on y voit paroître l’ébauche des yeux et de la tète entière; et dans le reste de ce globe allongé on voit au bout du cinquième jour l ebauche des vertèbres.
Le sixième jour les trois bulles de la tête paroissent plus clairement ; on voit les tuniques des yeux, et en même temps les cuisses et les ailes, et ensuite le foie, les poumons, le bec : le fœtus commence à se mouvoir et à étendre la tète, quoiqu’il n’ait encore que les viscères intérieurs ; car le thorax, l’abdomen, et toutes les parties extérieures du devant du corps lui manquent. A la lin de ce jour, ou au commencement du septième, on voit paroi tre les doigts des pieds; le fœtus ouvre le bec et le remue; les parties antérieures du corps commencent à recouvrir les viscères. Le septième jour le poulet est entièrement formé; et ce qui lui
SYSTEMES SUR LA GÉNÉRATION. 41 r
arrive dans la suite, jusqu’à ce qu’il sorte de l’œuf, n’esl qu’un développement de toutes les |>artie.s qu’il a acqui-.es dans ces sept premiers jours. Au quatorzième ou quinzième jour des plumes paroissent. Il sort . 11fin , en rompant la coquille avec sou bec , au vingt-unieme jour.
Ces expériences d’Harvey sur le poulet dans l'œuf paroissent, comme l’on voit, avoir é:é faites avec la dernière exaclilude; cependant on verra dans la suite qu’elles sont imparfaites , et qu’il y a bien de l’apparence qu’il est tombé lui-même dans le défaut qu’il reproche aux autres, d’avoir fait ses expériences dans la vue d’une hypothèse mal fondée , et dans l’idée où il étoit, d’après Aristote, que le cœur étoit le point animé qui paroît le premier : mais avant que de porter sur cela notre jugement, il est bon de rendre, compte de ses autres expériences et de son système.
Tout le monde sait que c’est sur un grand nombre de biches et de daines qu Harvey a fait ses expériences : elles reçoivent le mâle vers la mi -septembre; quelques jours après l’accouplement les cornes de la matrice deviennent plus charnues et plus épaisses , et en même temps plus fades et plus mollasses, et on remarque dans chacune des cavités des cornes de la matrice cinq caroncules ou verrues molles. Vers le 26 ou le 28 septembre la matrice s’épaissit encore davantage; les cinq caroncules se gonflent , et alors elles sont à peu près de la forme et de la grosseur du bout de la mamelle d’une nourrice : en les ouvrant avec un scalpel on trouve qu’elles sont remplies d’une infinité de petits points blancs. Harvey prétend avoir remarqué qu il n’y avoit alors, non plus que dans le temps qui suit immédiatement celui de l’accouchement, aucune altération, aucun changement dans les ovaires ou testicules de ces femelles, et que jamais il n’a vu ni pu trouver une seule goutte de semence du mâle dans la matrice, quoiqu’il ait fait beaucoup d’expériences et de recherches pour découvrir s’il y en étoit entré.
Vers la fin d’octobre ou au commencement de novembre, lorsque les femelles se séparent des mâles , l’épaisseur des cornes de la matrice commence à diminuer, et la surface intérieure de leur cavité se tuméfie et paroii enflée; les parois intérieures se touchent et paroissent collées ensemble, les caroncules subsistent ; et le tout est si mollasse qu’on ne peut y toucher , et ressemble à la substance de la cervelle. Vers le 1 3 ou 14 de novembre , Harvey dit qu’il aperçut des
filamens, comme ceux des toiles d’araignée, qui traversoient les cavités des cornes de la matrice et celle de la matrice même : ces filamens partoient de l’angle supérieur des cornes, et par leur multiplication formoient une espèce de membrane ou tunique vide. Un jour ou deux après celte tunique ou ce sac se remplit d’une matière blanche, aqueuse, et gluante : ce sac n est adhérent à la matrice que par une espèce de mucilage, et l’endroit où il l’est le plus sensiblement, c’est à la partie supérieure, où se forme alors l’ébauche du placenta. Dans le troisième mois ce sac contient un embryon long de deux travers de doigt, et il contient aussi un autre sac intérieur qui est Vamnios, lequel renferme une liqueur transparente et cristalline, dans laquelle nage le fœtus: ce n'étoit d’abord qu’un point animé, comme dans l’œuf de la poule; tout le reste se conduit et s’achève comme il l’a dit au sujet du poulet; la seule différence est que les yeux paroissent beaucoup plus tôt dans le poulet que dans les vivipares. Le point animé paroit vers le 19 ou 20 de novembre dans les biches et dans les daines : dès le lendemain ou le surlendemain on voit paroitre le corps oblong qui contient l’ébauche du fœtus ; six ou sept jours après il est formé au point d’y reconnoilre les sexes et tous les membres, mais l’on voit encore le cœur et tous les viscères à découvert, et ce nest qu’un jour ou deux apres que le thorax et l’abdomen viennent les couvrir ; c’est le dernier ouvrage, c’est le toit à l'édifice.
De ces expériences , tant sur les poules que sur les biches, Harvey conclut que tous les animaux femelles ont des œufs, que dans ces œufs il se fait une séparation d’une liqueur transparente et cristalline contenue par une tunique ( Vamnios ) , et qu’une autre tunique extérieure (le chorio/i ) contient le reste île la liqueur de l’œuf, et enveloppe l’œuf tout entier; que dans la liqueur cristalline la première chose qui paroît est un point sanguin et animé ; qu’en un mot , le commencement de la formation des vivipares se fait de la même f çon que celle des ovipares : et voici comment il explique la génération des uns et des autres.
l.a génération est l’ouvrage de la matrice, jamais il n’y entre de semence du mâle : la matrice conçoit le fœtus par une espece de contagion que la liqueur du mâle lui communique, à peu près commé l’aimant communique au fer la vertu magnétique; non seulement cette contagion masculine agit sur la matrice, mais elle se communique même
à tout le corps féminin, qui est fécondé en entier, quoique dans toute la femelle il n’y ait que la matrice qui ait la faculté de concevoir le fœtus , comme le cerveau a seul la faculté de concevoir les idées; et ces deux conceptions se font de la môme façon : les idées que conçoit le cerveau sont semblables aux images des objets qu’il reçoit par les sens; le fœtus, qui est l’idée de la matrice, est semblable à celui qui le produit, et c’est par cette raison que le fils ressemble au père, etc.
Je me garderai bien de suivre plus loin notre anatomiste , et d’exposer toutes les branches de ce système; ce que je viens de dire suffit pour en juger ; mais nous avons des remarques importantes à faire sur ses expériences; la manière dont il les a données peut imposer. U paroît les avoir répétées un grand nombre de fois; il semble qu’il ait pris toutes les précautions nécessaires pour voir, et on croiroit qu’il a tout vu, et qu’il a bien vu : cependant je me suis aperçu que dans l’exposition il règne de l’incertitude et de l’obscurité; ses observations sont rapportées de mémoire , et il semble, quoiqu’il dise souvent le contraire, qu’ Aristote 1 a guidé plus que l’expérience : car , à tout prendre , il a vu dans les œufs tout ce qu’ Aristote a dit, et n’a pas vu beaucoup au delà; la plupart des observations essentielles qu’il rapporte avoient été faites avant lui ; on en sera bientôt convaincu si l’on veut donner un peu d'attention à ce qui va suivre.
Aristote savoit que les cordons ( chnlazœ ) ne servoient en rien à la génération du poulet dans l’œuf. « Quæ ad priucipium lutei >' grandines hærent , nil conferunt ad ge- «nerationem, ut quidam suspicantur *. »
Parisanus , Volcher Coiter , Aquapendente, etc., avoient remarqué la cicatricule, aussi bien qu’Harvey. Aquapendente croyoit qu’elle ne servoit à rien; mais Parisanus prélendoit qu’elle étoit formée par la semence du mâle, ou du moins que le point blanc qu’on remarque dans le milieu de la cicalricule étoit la semence du mâle qui devoit produire le poulet ; « Estque, dit-il , il- « lud galli semen alba et tenuissima tunicaob- « ductum, quod substal duabuscommunibus « toli ovo membranis, etc. » Ainsi la seule découverte qui appartienne ici à Harvey en propre, c’est d’avoir observé que cette cicatricule se trouve aussi bien dans les œufs inféconds que dans les œufs féconds; car
ffisl. , lib. VI , c i|.
les autres avoient observé, comme lui, la dilatation des cercles , l’accroissement du point blanc , et il paroît même que Parisanus avoit vu le tout beaucoup mieux que lui. Voilà tout ce qui arrive dans les deux premiers jours de l’incubation, selon Harvey; ce qu’il a dit du troisième jour n’est pour ainsi dire que la répétition de ce qu’a dit Aristote : « Per id tempus ascendit jam vi- « tellus ad superiorem partent ovi acutiorem, « ubi et principium ovi est et fœtus excludi- « tur; corque ipsum apparet in albumine « sanguinei puncti, quod punctum salit et « movet sese instar quasi animatum ; ab eo « meatus venarutn specie duo sanguine pleni, « flexuosi, qui, crescente fœtu, feruntur in « ulramque tunicam ambientem, ac mem- « brana sanguineas fibras habens eo tem- « pore albumen conlinet sub inealibus il lis « venarum similibus ; ac paulo post discer- « nitur corpus pusillum initio , ornnino et « candidum, capite conspicuo , atque in eo « oculis maxime turgidis qui diu sic perma- « nent, sero enim parvi fiunt ac considunt. « In parte autem corporis inferiore milium « exstat membrum per initia, quod respon- « deat superioribus. Meatus autem illi qui « a corde prodeunt , aller ad circumdantem « membranam tendit, alter ad luteum of- « ficio umbilici 2. »
Harvey fait un procès à Aristote sur ce qu’il dit que le jaune de l’œuf monte vers la partie la plus aiguë, vers le petit bout de l’œuf; et sur cela seul, cet anatomiste conclut qu’ Aristote n’avoit rien vu de ce qu’il rapporte au sujet de la formation du poulet dans l’œuf, que seulement il avoit été assez bien informé des faits, et qu’il les tenoit apparemment de quelque bon observateur. Je remarquerai qu’Harvey a tort de faire ce reproche à Aristote , et d’assurer généralement, comme il le fait, que le jaune monte toujours vers le gros bout de l’œuf; car cela dépend uniquement de la posiûon de l’œuf dans le temps qu’il est couvé ; le jaune monte toujours au plus haut comme plus léger que le blanc; et si le gros bout est en bas , le jaune montera 'ers le petit bout ; comme, au contraire, si le petit bout est en bas , le jaune montera vers le gros bout. Guillaume Langly, médecin de Dordrecht, qui a fait, en i65 5, c’est-à-dire quinze ou vingt ans après Harvey , des observations sur les œufs couvés, a fait le premier cette remarque 3. Les observations de Langly ne