‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 212 sur 218 · EXPÉRIENCES SUR · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR

ressort dont nous avons parlé, une soupape, un barillet, et une substance spongieuse ; la vis occupe la partie supérieure du tuyau et de l’étui, le piston et le barillet sont placés au milieu , et la substance spongieuse occupe la partie inférieure. Ces machines pompent la liqueur laiteuse; la substance spongieuse qu’elles contiennent s’en remplit; et, avant que l’animal fraye, toute la laite n’est plus qu’un composé de ces parties organiques qui ont absolument pompé et desséché la liqueur laiteuse : aussitôt que ces petites machines sortent du corps de l’animal, et qu’elles sont dans l’eau ou dans l’air, elles agissent {planche 3, fig. i et 3); le ressort monte, suivi de la soupape, du barillet, et du corps spongieux qui contient la liqueur; et dès que le ressort et le tuyau qui le contient commencent à sortir hors de l’étui, ce ressort se plie, et cependant tout l’appareil qui reste en dedans continue à se mouvoir jusqu’à ce que le ressort , la soupape , et le barillet soient entièrement sortis : dès que cela est fait, tout le reste saute dehors en un instant , et la liqueur laiteuse qui avoit été pompée, et qui étoit contenue dans le corps spongieux , s’écoule par le barillet.

Comme cette observation est tr( s -singulière , et qu’elle prouve incontestibleinent que les corps mouvans qui se trouvent dans la laite du calmar ne sont pas des animaux, mais de simples machines , des espèces de pompe, j’ai cru devoir rapporter ici ce qu’en dit M. Needham, chapitre VI T.

« Lorsque les petites machines sont, ditil , parvenues à leur entière maturité, plusieurs agissent dans le moment qu’elles sont en plein air : cependant la plupart peuvent être placées commodément pour être vues au microscope avant que leur action commence ; et même , pour qu’elle s’exécute , il faut humecter avec une goutte d’eau l’extrémité supérieure de l’étui extérieur , qui commence alors à se développer , pendant que les deux petits ligamens qui sortent hors de 1 étui se contournent et s’entortillent en différentes façons. En même temps la vis monte lentement : les volutes qui sont à son bout supérieur se rapprochent et agissent contre le sommet de l’étui; cependant celles qui sont plus bas avancent aussi et semblent être continuellement suivies par d’autres qui sortent du piston; je dis qu’elles semblent être suivies , parce que je ne

i. Voyez Nouvelles découverts faites avec le microscope , par M. Needham ; Leyde, 1 747 i P- 53.

Buffoh, III. r

crois pas qu’elles le soient effectivement; ce n’est qu’une simple apparence produite par la nature du mouvement de la vis. Le piston et le barillet se meuvent aussi suivant la même direction , et la partie inférieure qui contient la semence s’étend en longueur et se meut en même temps vers le haut de l’étui ; ce qu’on remarque par le vide qu’elle laisse au fond. Dès que la vis, avec le tube dans lequel elle est renfermée, commence à paroître hors de l’étui, elle se plie, parce qu’élle est retenue par ses deux ligamens ; et cependant tout l’appareil intérieur continue à se mouvoir lentement et par degrés , jusqu’à ce que la vis, le piston, et le barillet soient entièrement sortis : quand cela est fait, tout le reste saute dehors en un moment ; le piston b se sépare {figure 2 ) du barillet c ; le ligament apparent , qui est au dessous de ce dernier, se gonfle, et acquiert un diamètre égal à celui de la partie spongieuse qui le suit ; celle-ci, quoique beaucoup plus large que dans l’étui , devient encore cinq fois plus longue qu’auparavant ; le tube , qui renferme le tout , s’étrécit dans son milieu , et forme ainsi deux espèces de nœuds d , e {planche 3, fig. 1 ) , distans environ d’un tiers de sa longueur, de chacune de ses extrémités; ensuite la semence s’écoule par le barillet c {fig. 1), et elle est composée de petits globules opaques qui nagent dans une matière séreuse, sans donner aucun signe de vie, et qui sont précisément tels que j’ai dit les avoir vus lorsqu’ils étoient répandus dans le réservoir de la laite 2. Dans la figure , la partie comprise entre les deux nœuds d, e, paroit être frangée; quand on l’examine avec attention , l’on trouve que ce qui la fait paroître telle , c’est que la substance spongieuse qui est en dedans du tube est rompue et séparée en parcelles à peu près

2. Je dois remarquer que M. Needham n’avoit pas alors suivi ces globules assez loin ; car, s’il les eût observés attentivement, il auroit sans doute reconnu qu’ils viennent à prendre la vie, ou plutôt de l’activité et du mouvement, comme toutes les autres parties organiques des semences animales : et de même , si dans ce temps il eût observé la première liqueur laiteuse dans les vues qu’il a eues depuis , d’après ma théorie que je lui ai communiquée, je ne doute pas , et il le croit lui-même, qu’il auroit vu entre ces globules quelque mouvement d’approximation , puisque les machines se sont formées de l’assemblage de ces globules : car on doit observer que les ressorts , qui sont des parties qui paroissent les premières , sont entièrement détachés du vaisseau séminal qui les contient, et qu’ils nagent librement dans la liqueur ; ce qui prouve qu’ils sont formés immédiatement de cette même liqueur.

a5o ANIMAUX.

égales. Les phénomènes suivans prouveront cela clairement.

« Quelquefois il arrive que la vis et le tube se rompent précisément au dessus du piston b , lequel reste dans le barillet c ( fig . 3 ) : alors le tube se ferme en un moment et prend une figure conique en se contractant, autant qu’il est possible, par dessus l’extrémité de la vis f ; cela démontre qu’il est très -élastique en cet endroit, et la maniéré dont il s’accommode à la ligure de la substance qu’il renferme, lorsque celleci souffre le moindre changement , prouve qu’il l’est également partout ailleurs. *>

M. Needham dit ensuite qu’on seroit porté à croire que l’action de toute celte machine seroit due au ressort de la vis; mais il prouve par plusieurs expériences que la vis ne fait , au contraire , qu’obéir à une force qui réside dans la partie spongieuse : dès que la vis est séparée du reste, elle cesse d’agir et elle perd toute son activité. L’auteur fait ensuite des réflexions sur celte singulière machine.

«Si j’avois vu, dit -il, les animalcules qu’on prétend être dans la semence d’un animal vivant, peut-être serois-je en état de déterminer si ce sont réellement des créatures vivantes, ou simplement des machines prodigieusement petites, et qui sont en miniature ce que les vaisseaux du calmar sont en grand. »

Par cette analogie et par quelques autres raisonnemens , M. Needham conclut qu’il y a grande apparence que les vers spermatiques des aunes animaux ne sont que des corps organisés, et des espèces de machines semblables à celle-ci, dont l’action se fait en différens temps : car, dit - il , supposons que , dans le nombre prodigieux des vers spermatiques qu’on voit en même temps dans le champ du microscope , il y en ait seulement quelques milliers qui agissent et se développent en même temps ; cela suffira pour nous faire croire qu’ils sont tous vivatis : concevons de même, ajoute-t-il, que le mouvement de chacun de ces vers spermatiques dure , comme celui des machines du calmar, environ une demi-minute; alors, comme il y aura succession d’action et de machines les unes au,x autres , cela pourra

durer long-temps, et les prétendus animaux paroîtront mourir successivement. D’ailleurs pourquoi le calmar seul n’auroit-il dans sa semence que des machines, taudis que tous les autres animaux auroient des vers spermatiques, de vrais animaux? L’analogie est ici d’une si grande force, qu’il ne paroît pas possible de s’y refuser. M. Needham remarque encore très - bien que les observations mêmes de Leeuwenhoeck semblent indiquer que les vers spermatiques ont beaucoup de ressemblance avec les corps organisés de la semence du calmar. J’ai pris, dit Leeuwenhoeck en parlant de la semence du cabillaud , ces corps ovales pour ceux des animalcules qui éloient crevés et distendus, parce qu’ils éloient quatre fois plus gros que les corps des animalcules lorsqu’ils étoient en vie. Et dans un autre endroit , j’ai remarqué , dit - il , en parlant de la semence du chien, que ces animaux changent souvent de figure, surtout quand la liqueur dans laquelle ils nagent s’évapore; leur mouvement progressif ne s’étend pas au delà du diamètre d un cheveu r.

Tout cela étant pesé et examiné, M. Need ham a conjecturé que les prétendus ani maux spermatiques pouvoient bien n’être en effet que des espèces de machines naturelles , des corps bien plus simplement organisés que le corps d’un animal. J’ai vu à son microscope , et avec lui , ces mêmes machines de la laite du calmar, et on peut être assuré que la description qu’il en a donnée est très- fidèle et très- exacte. Ces observations nous font donc voir que la semence est composée de parties qui cher client à s’organiser ; qu’elle produit en effet dans elle- même des corps organisés, mais que ces corps organisés ne sont pas encore des animaux ni des corps organisés sembla blés à l’individu qui les produit. On pour roit croire que ces corps organisés ne sont que des espèces d’inslrumeus qui servent à perfectionner la liqueur séminale et à la pousser avec force , et que c’est par celte action vive et intérieure qu’elle pénètre plus intimement la liqueur de la femelle.

i. Voyez Leeuwenhoeck, Arc. liai., pages 3o6 , 309, et 3 1,0.

OBSERVATIONS DE M. LEEUWENHOECK.

Page 1