‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 49 sur 218 · GRENAT · texte numérisé non relu

GRENAT

tons ioi à celles du schovl qu’à cause des autres propriétés qui leur sont communes , et des circonstances de leur formation qui semblent être les mêmes. La forme des grenats varie presque autant que celle des schorls de seconde formation; leur substance vitreuse est toujours mêlée d’une certaine quantité de particules ferrugineuses , et les uns et les autres sont attirables à l’aimant, lorsque ces particules de fer sont dans leur état de magnétisme.

Les grenats, comme les schorls de seconde formation , se présentent quelquefois en assez gros groupes , mais plus souvent en cristaux isolés et logés dans les fentes et cavités des rochers vitreux, dans les schistes micacés , et dans les autres concrétions du quartz, du l'eld- spath, et du mica ; et comme ils sont disséminés en grand nombre dans les premières couches de la terre , on les retrouve dans les laves et dans les déjections volcaniques. La chaleur de la lave en fusion change leur couleur de rouge en blanc, mais n’est pas assez forte pour les fondre ; ils y conservent leur forme , et perdent seulement avee leur couleur une grande partie de leur poids 1 : ils sont aussi bien plus réfractaires au feu. La grande chaleur qu’ils éprouvent lorsqu’ils sont saisis par la lave en fusion suffit pour brûler le fer qu’ils contenoient, et réduire par conséquent leur densité à celle des autres matières vitreuses : car on ne peut douter que le fonds de la substance du grenat ne soit vitreux ; il étincelle sous le briquet , il résiste aux acides , il a la cassure vitreuse , il est aussi dur que le cristal ; et s’il n’étoit pas chargé de fer , il auroit toutes les qualités de nos verres primitifs.

Si le fer n’entroit qu’en vapeurs dans les grenats pour leur donner la couleur , leur pesenteur spécifique n’en seroit que trèspeu ou point augmentée : le fer y réside donc en parties massives, et c’est de ce mélauge que provient cette grande densité. En les exposant à un feu violent et longtemps soutenu, le fer se brûle et se dissipe, la couleur rouge disparoil ; et lorsqu’on leur fait subir une plus longue et plus violente action du feu, ils se fondent et se convertissent en une sorte d’émail 2.

r. La pesanteur spécifique du grenat votcanisé n’est que de 24684, au lieu que celle du grenat ordinaire est de 41888. (Table de M. Brisson.)

2. Ce n’est en effet qu’à un feu libre et trèsviolent ou très-Iong-tcmps soutenu que le grenat perd sa couleur; car ou peut émaitlcr sur cette pierre sans qu’elle se décolore et sans qu’elle perde son poli ; et je me suis assuré qu’il failoit un feu

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Quoique les lapidaires distinguent les grenats en orientaux et occidentaux , il n’en est pas moins vrai que dans tout pays ils sont de même nature, et que cette distinction ne porte que sur la différence d’éclat et de dureté. Les grenats les plus purs et les plus transparens , lorsqu’ils sont polis, sont plus brillans et plus durs, et ont par conséquent plus d’éclat et de jeu , que les autres , et ce sont ceux que les lapidaires appellent grenats orientaux : mais il s’en trouve de pareils dans les régions de l’Occident comme dans celles de l’Orient ; les grenats de Bohême en particulier sont même souvent plus purs, plus transparens et moins défectueux que ceux qu’on apporte des Indes orientales. Il faut néanmoins en excepter le grenat dont le rouge est teint de violet, qui nous vient de l’Orient, et se trouve particulièrement à Surian , dans le royaume de Pégu, et auquel 011a donné le nom de grenat syrien 3 ; mais ces grenats les plus transparens et les plus purs ne le sont cependant pas plus que le cristal, et ils ont, de même que toutes les autres pierres vitreuses, une double réfraction.

Quoique dans tous les grenats le fond de la couleur soit rouge, il s’en trouve, comme l’on voit, d’un rouge pourpré; d’autres sont mêlés de jaune et ressemblent aux hyacinthes : ils viennent aussi des Indes orientales 4. Ces grenats teints de violet ou de

violent pour diminuer la densité du grenat et brûler le fer qu’il contient J’ai prié M. Fourcroy, l’un de nos plus habiles chimistes, d’en faire l’expérience. Il a exposé , dans une coupelle pesant trois gros vingt-cinq grains, douze grains de grenat en poudre. Après trois heures d’un feu très-fort, pendant lequel on n’a aperçu ni vapeur, ni flamme, ni décrépitation, ni fusion sensible dans la matière, le grenat a commencé à se ramollir et à se boursoufler légèrement. Le feu ayant été continué pendant huit heures en tout, le grenat n’a pas éprouvé une fusion plus forte, et il est resté constamment dans l’état de ramollissement déjà indiqué. L’appareil refroidi a présenté une matière rougeâtre, agglutinée , adhérente à la coupelle.

3. Il paroît que le mot syrien vient de Surian, ville capitale du royaume de Pégu. — Les Italiens ont donné à ces grenats le nom de rubini di rocca; et cette dénomination n’est pas mal appliquée , parce que les grenats se trouvent en effet dans les roches vitreuses, tandis que les rubis tirent leur origine de la terre limoneuse, et se trouvent isolés dans les terres et les sables.

4- Le grenat syrien est d’un rouge plus ou moins pourpré, ou chargé de violet, et cette couleur n’est jamais claire II y en a de presque violets; mais ils sont rares, et n’ont guère cette couleur que lorsque la pierre a un certain volume.

Quoique le grenat syrien soit assez commun, on en rencontre difficilement de fort gros , purs , et parfaits ; en général , la couleur en est rarement

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jaune sont les plus estimés, parce qu’ils sont bien plus rares que les autres, dont le rouge plus clair ou plus foncé est la seule couleur. Les grenats d’Espagne sont communément d’un rouge semblable à celui des pépins de la grenade bien mûrs, et c’est peut-être de cette ressemblance de couleur qu’on a tiré le nom de grenat. Ceux de Bohème sont d’un rouge plus intense *, et il y en a aussi de verdâtres , de bruns , et de noirâtres 2 : ces derniers sont les plus opaques et les plus pesans , parce qu’ils contiennent plus de fer que les autres.

La pierre à laquelle les anciens ont donné le nom de earbunculus , que nous avons traduit par le mot escar boucle, est vraisemblablement un grenat d’un beau rouge et d’une belle transparence ; car cette pierre brille d’un feu très- vif, lorsqu’on l’expose aux rayons du soleil; elle conserve même assez de temps la lumière dont elle s’imbibe, pour briller ensuite dans l’obscurité et

franche et décidée ; elle est très-souvent sourde et enfumée.

C’est le grenat syrien, lorsqu’il est vif et bien pourpré, que les fripons et les ignorans font quelquefois passer pour améthjste orientales ; ce qui fait croire à des gens peu instruits que cette dernière n’est pas si rare qu’on le dit. ( Note communiquée par M. Hoppé.)

i. Le grenat de Bohême (appelé vermeil en France) est d’un rouge-ponceau foncé, mais pur et velouté. La grande intensité de sa couleur ne permet pas de le tailler à facettes dessus et dessous , comme les autres pierres , car il paroîtroit presque noir ; mais on le cabochonne en dessus et on le chère en dessous : cette opération l’amincit assez pour qu’on puisse jouir de sa riche et superbe couleur, et lui donne un jeu grand et large qui enchante l’œil d’un amateur.

Un grenat de Bohême, parfait, d’une certaine grandeur, est une chose extraordinairement rare ; rien de plus commun en très-petit volume.

Les défauts ordinaires des grenats de Bohême sont d’être remplis de points noirs et de petites huiles d’air, comme une composition ; ces petites bulles d’air se rencontrent encore dans d’autres grenats , surtout dans ceux où il entre du jaune.

Ce que l'on appelle grenat de Bohême en France est une pierre très-différente de celle dont on vient de parler ; elle est plus claire et d’un rouge vinaigre ou lie de vin légèrement bleuâtre et très-rarement agréable. ( Note communiquée par M. Hoppé )

a. Le grenat varie par sa couleur : quelquefois il est du plus beau rouge tirant sur le pourpre , c’est le vrai grenat ; d’autres fois il est d’un rouge jaunâtre et tire sur l’hyacinthe : ceux de Bohême sont d’un rouge très-foncé. Un en trouve en Saxe et dans le Tyrol qui sont verdâtres, peu ou point transparens , souvent même entièrement opaques. Leur gangue ordinaire est le quartz ou le feldspath, et surtout le mica; j’en ai vu d’une grosseur extraordinaire , d’un rouge foncé , qui étoient ainsi recouverts de mica. ( Note communiquée par M. Hoppé.)

luire encore pendant la nuit 3. Cependant le diamant et les autres pierres précieuses jouissent plus ou moins de cette même propriété de conserver pendant quelque temps la lumière du soleil, et même celle du jour, qui les pénètre et s’y fixe pour quelques heures ; mais comme le mot latin carbunculus indique une substance couleur de feu , on ne peut l’appliquer qu’au rubis ou au grenat ; et les rubis étant plus rares et en bien plus petit volume que les grenats , nous nous croyons bien fondés à croire que l’escarboucle des anciens étoit un vrai grenat d’un grand volume , et tel qu’ils ont décrit leur earbunculus.

La grandeur des grenats varie presque autant que celle des cristaux de roche ; il y en a de si petits , qu’on ne peut les distinguer qu’a la loupe , et d’autres ont plusieurs pouces et jusqu’à un pied de diamètre; ils se trouvent également dans les fentes des rochers vitreux, les petits en cristallisation régulière, et les plus gros en forme indéterminée ou bien en cristallisation confuse. En général, ils n’affectent spécialement aucune forme particulière ; les uns sont rhomboïdaux; d’autres sont octaèdres, dodécaèdres ; d’autres ont quatorze , vingtquatre, et trente -six faces : ainsi la forme de cristallisation ne peut servir à les faire reconnoître et distinguer des autres cristaux.

Il y a des grenats si transparens et d’une si belle couleur , qu’on les prendrai l pour des rubis : mais sans être connoisseur on pourra toujours les distinguer aisément; le grenat n’est pas si dur a beaucoup près , on peut l’entamer avec la lime , et d’ailleurs il a, comme toutes les autres pierres vitreuses, une double réfraction, tandis que le rubis et les vraies pierres précieuses , dont la substance est homogène, n’ont qu’une seule réfraction beaucoup plus forte que celle du grenat.

Et ce qui prouve encore que le grenat est de la même nature que les autres pierres vitreuses , c’est qu’il Se décompose de même par l’action des élémfens htSmides.

3. Je ne sais cependant si l’on doit accorder une entière confiance à ce que je vais rapporter ici. « Dans une des salles du palais du roi de la Chine il y a une infinité de pierreries sans prix , et nn siège ou trône précieux où le roi s’assied en majesté. Il est fait d’un beau marbre dans lequel il y a tant d’escarboucles et d’autres pierreries des plus rares, ouvragées et enchâssées, que durant la plus obscure nuit elles éclairent autant la salle que s’il y avoit un grand nombre de chandelles allumées. » (. Recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la compagnie des Indes ; Amsterdam , 1702 ; t. 111, p. 44o.)

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On trouve des grenats dans presque toutes les pai lles du monde. Nous connoissons en Europe c ux de Bohème , de Silésie, de Misnie, de Hongrie, de Styrie; il s’en trouve aussi dans le Tyrol, en Suisse, en Espagne, en Italie, et en France, surtout dans les terrains volcanisés : ceux de Bohême sont les plus purs, les plus transparais, et les mieux colorés. Quelques voyageurs assurent en avoir trouvé de très -beaux en Groenland et dans la Laponie.

En Asie , les provinces de Pégu , de Camboye, de Calicut, de Cananor , sont abondantes eu grenats; il s’en trouve aussi à Golconde et au Thibet.

Les anciens ont parlé des grenats d’Éthiopie , et l’on commît aujourd’hui ceux de Madagascar; il doit s’en trouver dans plusieurs autres contrées de l’Afrique : au reste, ces grenats apportés de Madagascar sont de la même nature que ceux de Bohême.

Enfin, quoique les voyageurs ne fassent pas mention des grenats d’Amérique , on ne peut guère douter qu’il n’y en ait dans plusieurs régions de ce vaste continent , comme il s’en trouve dans toutes les autrès parties du monde.

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