‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 57 sur 218 · SARDOINE · texte numérisé non relu

SARDOINE

La sardoine ne diffère de la cornaline que par sa couleur, qui n’est pas d’un rouge pur, mais d’une rouge orangé, et plus ou moins mêlé de jaune ; néanmoins cette couleur orangée de la sardoine, quoique moins vive, est plus suave, plus agréable à l’œil que le rouge dur et sec de la cornaline : mais comme ces pierres sont de la même essence, 011 passe par nuance de l’orangé le plus foible au rouge le plus intense, c’est à-dire de la sardoine la moins jaune à la cornaline la plus rouge ; et l’on 11e distingue pas l’une de l’autre dans les teintes intermédiaires entre l’orangé et le rouge : car ces deux pierres ont la même transparence, et

leur densité , leur dureté , et toutes leurs autres propriétés , sont les mêmes ; enfin toutes deux ne sont que de belles agates teintes par le fer en dissolution.

La sardoine est très-anciennement connue; Mithridate avoit , dit-on, ramassé quatre mille échantillons de celte pierre , dont lé nom, suivant certains auteurs, vient de celui de l’ile de Sardaigne , où il s’en trou voit en assez grande quantité. Il paroît que cette pierre étoit en grande estime chez les anciens; elle est en effet plus rare que la cornaline, et se trouve rarement en aussi grand volume.

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PRASE.

Cette pierre a été aussi célébrée par les souvent tachée de blanc, de jaunâtre, de anciens; c’est une agate verte ou verdâtre, brun, et qui est quelquefois aussi transpa-

PRASE.

rente que les belles agates , dont elle ne diffère que par le nom. Les prases ne sont pas fort communes; cependant on en trouve non seulement en Asie , mais en Europe , et particulièrement en Silésie. M, Lehman a donné l’histoire et la description de cette prase de Silésie, ainsi que de la chry soprase du même pays, qui n’est qu’une pra.se dont la couleur verte est mêlée de jaune. Ce savant minéralogiste dit qu’on trouve les prases et les chrysoprases dans une terre argileuse verte, et souvent mêlée d’opales, de calcédoines, et d’asbesle; et comme elles sont à très peu près de la même pesanteur spécilique 1 , et qu’elles ont la même dureté et prennent le même poli que les agates, on doit les mettre au nombre des agates cololées : la cornaline l’est de rouge, la sardoine de jaune orangé , et la prase l’est de vert. INI. Demeste pense que cette couleur verte de la prase provient du mélangé du cobalt , parce que cette pierre étant fondue avec deux parties de borax produit un beau verre bleu; mais peut-être cette couleur bleue pro-

i. La pesanteur spécifique de l’agate orientale est de 26091, et celle de la prase est de 258oâ.

vient du borax, qui, comme je l’ai dit 2, contient des parties métalliques. On pourroit s’assurer du fait en fondant la prase sans borax ; car si elle donnoit également un verre bleu, l’opinion de M. Demeste seroit pleinement conlirmée : mais il est à croire que la prase seroit , comme l’agate, très-réfractaire au feu , et qu’on ne pourrait la fondre sans addition, soit du borax ou d’un autre fondant; et dans ce ças il fau droit employer un fondement purement salin qui 11e contînt pas, comme le borax, des parties métalliques.

Au reste, quelques naturalistes ont donné le nom de prase à la prime d'émeraude, qui n’est point une agate, mais un cristal vert, défectueux } inégalement coloré , et dont certaines parties plus parfaites que les autres sont de véritables et belles émeraudes : le nom de prasç a donc été mal appliqué à cette substance, qui n’est qu’une émeraude imparfaite , assez bien désignée par la dénomination de prime ou matrice d’émeraude.

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