POUDINGUES
Les cailloux composés d’autres petits cailloux réunis sous une même enveloppe par un ciment de même essence sont encore des cailloux qui ne diffèrent des autres qu’en ce qu’ils sont des agrégats de cailloux précédemment formés, et qui , se trouvant environnés par des matières vitreuses , forment une masse dont la texture est différente de celle des cailloux produits immédiatement par le suc vitreux, et composés de couches additionnelles et concentriques. Quelque grossier que soit le ciment vitreux qui réunit ces petits cailloux, leurs agrégats ne laissent pas d’être mis au nombre des poudingues ; et même ce nom se prend dans une acception bien plus étendue, car on nomme poudingues toutes les pierres composées de morceaux d’autres pierres plus anciennes , unis ensemble par un ciment pierreux quelconque, quoique souvent ces petits cailloux des poudingues ne soient pas de vrais cailloux formés par le suintement des eaux, mais simplement des fragmens de quart/ , de jaspe ,et d’autres matières vitreuses, dont les morceaux longtemps roulés dans les sables, et arrondis par le frottement, se sont ensuite agglutinés et réunis les uns aux autres dans ces mêmes sables par l’accession d’un suc ou ciment vitreux plus ou moins pur, ou même d’un suc calcaire.
U v a donc des poudingues dont les pierres constituantes et le ciment vitreux qui les lie sont de même essence, presque également compactes, et ces poudingues ont la dureté, la densité, et toutes les autres propriétés du caillou : dans d’autres poudingues, également vitreux et en beaucoup plus grand nombre, les fragmens, soit de cailloux proprement dits,' soit simplement de pierres l roulées, n’étant réunis que par un ciment plus foible ou plus impur, la masse qui en résulte n’est pas également dure et dense dans toutes ses parties, et par conséquent ces I poudingues ne reçoivent un poli vif que sur I les petits cailloux dont ils sont composés, et leur ciment, quoique vitreux, n’a pas assez 1 de dureté pour prendre le rréme éclat que j le caillou qu’il enveloppe; enfin il y a d’au- I très poudingues composés de cailloux réunis j par un ciment calcaire, et d’autres qui sont
purement calcaires, n’étant composés que de morceaux de pierre dure ou de marbre, réunis par un ciment spathique ou terreux, comme sont les marbres-brèches t.
Nous avons parlé des brèches à l’article des marbres : ainsi nous ne ferons ici mention que des poudingues vitreux, tels que ceux qu’on a nommés cailloux d’ Ecosse ou d’Angleterre , et nous observerons qu’il s’en trouve d’aussi beaux en France. Nous avons déjà cité les cailloux de Rennes 2, et l’on peut y joindre les poudingues de Lorraine, et ceux de quelques autres de nos provinces. « Avant d’arriver à Remiremont , dit M. de Grignon, l’on rencontre des poudingues rouges, gris, et jaunes ; ils sont d’une très-grande dureté, et susceptibles d’un poli éclatant. » Mais, en général , il y a peu de poudingues dont toutes les parties se polissent également, le ciment vitreux étant presque toujours plus tendre que les cailloux qu’il réunit; car ce ciment n’est ordinairement composé que de petits grains de quartz ou de grès, qui ne sont pour ainsi dire qu’agglutinés ensemble : plus ces grains sont gros , plus le ciment est imparfait et friable, en sorte qu’il y a des poudingues qu’on peut diviser ou casser sans effort; ceux dont les grains du ciment sont plus fins ou plus rapprochés ont aussi plus de cohérence; mais il n’y a que ceux dans lesquels les grains du ciment sont très-atténués , ou dissous , qui aient assez de dureté pour recevoir un beau poli. On peut donc dire que la plupart des poudingues vitreux ne sont que des grès plus ou moins compactes , dans lesquels sont renfermés de petits cailloux de toutes couleurs, et toujours plus durs que leur ciment.
La plus grande partie des cailloux qui composent les poudingues sont, comme nous l’avons dit, des fragmens roulés; on peut en
1. M. Guettard donne le nom de poudingues à toutes les pierres qui sont formées de cailloux vitreux ou pierres calcaires réunies ensemble par un ciment quelconque: il croit par conséquent que l’on peut ranger les marbres-brèches avec les poudingues.
2. Les cailloux de Rennes sont des poudingues qui , par la variété de leurs couleurs, par leur durcie et l’éclat du poli , peuvent être comparés aux cailloux d’Angleterre.
MINÉRAUX
effet observer que ces fragmens vitreux sont rarement anguleux, mais ordinairement arrondis, et plus ou moins usés et polis sur toute leur surface. Les poudingues nous offrent en petit ce que nous présentent en grand les bancs vitreux ou calcaires, qui sont composés des débris roulés de pierres plus anciennes. Ce sont également des agrégats de débris plus ou moins gros de diverses pierres, et surtout des roches primitives, qui ont été transportés, roulés, et déposés par les eaux, et qui ont formé des masses plus ou moins dures, selon qu’ils se sont trouvés dans des sables plus ou moins fins et plus ou moins analogues à leur propre substance.
La beauté des poudingues dépend non seulement de la dureté de leur ciment, mais aussi de la vivacité et de la variété de leurs couleurs. Après les cailloux de Rennes, les poudingues de France les plus remarquables et les plus variées par leurs nuances sont ceux qu’on rencontre sur le chemin
de Pontoise à Gisoçs, et ceux du gué de Lorrey ; les cailloux que renferment ces poudingues sont assez gros, et leur ciment est blanc ou brun.
Au reste , tous les poudingues sont opaques ainsi que les cailloux, et ce sont avec les grès les dernières concrétions quartzeuses. Nous avons présenté successivement, et à peu près daiu l’ordre de leur formation, les extraits cristallisés du quartz, du feldspath et du scnorl , ensuite leurs stalactites demi-transparentes, et enfin les jaspes et les concrétions opaques de toutes ces matières vitreuses : nous ne pouvons pas suivre la même marche pour les concrétions du mica, pan e qu’à l’exception du talc, qui est transparent, et dont nous avons déjà parlé », les concrétions de ce cinquième verre primitif sont presque toutes sans transparence.
x, Voyez tome II , page 206, article du Mica et du Talc.
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