‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 82 sur 218 · PERLES · texte numérisé non relu

PERLES

On peut regarder les perles comme le produit le plus immédiat de la substance coq il i lieuse , c’est-à-dire de la matière calcaire dans son état primitif; car, cette matière calcaire ayant été formée originairement par le filtre organisé des animaux à coquille, on peut mettre les perles au rang des concrétions calcaires, puisqu'elles sont également produites par une sécrétion particulière d’une substance dont l’essence est la meme que celle de la coquille, et qui ne diffère en effet (pie par la texture et l'arrangement des parties constituantes. Les perles, comme les coquilles, se dissolvent dans les acides; elles peuvent également se réduire en chaux qui -bouillonne avec l’eau ; elles ont à très-peu près la même densité, la même dureté, le même orient , que la nacre intérieure et polie des coquilles, à laquelle elles adhèrent souvent. Leur production paroit être accidentelle : la plupart soûl composées par couches concentriques autour d’un trespelit noyau qui leur sert de centre, et qui souvent est d’une substance différente de celles des couches; cependant il s’en faut

bien qu’elles prennent toutes une forme régulière : les plus parfaites sont sphériques; mais le plus grand nombre, surtout quand elles sont un peu grosses , se présentent en forme un peu aplatie d’un côté et plus convexe de l’autre, ou en ovale assez irrégulier ; il y a même des perles longues; et leur formation, (pii dépend en général de l’extravasation du suc coquilleux, dépend souvent d’une cause extérieure que M. Faujas de Saint- Fond a très-bien observée, et que l’on peut démontrer aux yeux dans plusieurs coquilles du genre des huîtres. Voici la note que ce savant naturaliste a bien voulu me communiquer sur ce sujet.

« Deux sortes d’ennemis attaquent les coquilles à perles. L’un est un ver à tarière, d’une très petite espèce, qui pénétré dans la coquille par les bords , en ouvrant une petite tranchée longitudinale entre les diverses couches ou lames qui composent la coquille; et cette tranchée, après s’êire prolongée à un pouce et quelquefois jusqu’à dix iiuit lignes de longueur, se replie sur ellemême et forme une seconde ligne parallèle

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qui n’est séparée de la première que par unu cloison tres-mnre de matière roqnilltMise* Celle cloison sépare les deux tranchées dans lesquelles le ver a fait sa route en allant et revenant, et on en \ oit l’entrée et la sortie au bord île la coquille. On peut insinuer de longues épingles dans chacun de ces o> ilices, et la position parallèle de ces épingles démontre que les deux tranchées faites par le ver sont également parallèles; il y a seulement an bout de ces tranchées une petite portion circulaire qui forme le pli dans lequel le ver a commencé à changer de route pour retourner vers les bords de la coquille. Comme ces petits chemins couverts sont pratiqués dans la partie la plus voisine du têt intérieur il se forme bientôt un épanchement du suc nacré, qui produit une protubérance dans celte partie : celle espèce de saillie peut être regardée comme une perle longitudinale adhérente à la nacre; et lorsque plusieurs de ces vers travaillent à côté les uns des autres, et qu’ils se réunissent à peu près au même endroit, il en résulte une espece de loupe nacrée avec des protubérances irrégulières. Il existe au Cabinet du Roi une de ces loupes de perle ; on y distingue plusieurs issues qui ont servi de passage à ces vers.

« Un autre animal beaucoup plus gros, et qui est de la classe des coquillages mullivalves, attaque avec beaucoup plus de dommage les coquilles à perles : celui-ci est une pholade de l’espèce des dattes de mer. Je possédé dans mon cabinet une huître de la côte de Guinée, percée par ces plmlades qui existent encore en naluie dans le talon de la coquille : ces plmlades ont leur charnière formée en bec croisé.

« La pholade perçant quelquefois la coquille en entier, la ma'iere de la nacre s’épanche dans l’ouverture, et y forme un noyau plus ou moins arrondi, (pii sert à boucher le trou ; quelquefois le noyau est adhérent , d’autres fois il est détaché.

« J’ai fait pêcher moi-mème, au mois d’octohre 1784 dans le lac Tay , situé à l’extrémité de l’Ecosse, un grand nombre de moules d'eau douces, dans lesquelles on trouve souvent de belles perles; et en ouvrant toutts celles qui avoienl la coquille percée, je 11e les ai jamais trouvées sans perles, tandis que celles qui étoient .'aines n’en avoient aucune ; mais je n’ai jamais pu trouver des restes de l'animal qui attaque les moules du lac Ta\ , pour pouvoir déterminer à quelle classe il appartient.

« Cette observation, qui a été faite pro-

bablement par d’autres que par moi, a donné peut-être l’idée à quelques personnes qui s’occupent de la pèche des perles, de percer 1 s coquilles pour > produire des perles; car j’ai vu au Muséum de Londres des ooqu il les avec des perles, percées par un petit fil de laiton rivé à l’extérieur, qui pém’troil jusqu'à la nacre dans des parties sur lesquelles il s’est formé des perles. »

On voit par celte oh ervalion de M. Faujas de Saint-fond, et par une note que M. Rroussonnel , professeur a l’École vétérinaire, a bien voulu me donner à ce sujet1, qu’il doit se former des perles dans les coquilles nacrée* lorsqu’elles sont percées par des vers ou coquillages à tarière; et il se peut qu’en général la production des perles tienne autant à cette cause extérieure qu’à la surabondance et l’extravasation du suc coquilleux, qui sans doute est fort rare dans le corps du coquillage, en sorte que la comparaison des perles aux hézoards des animaux 11a peut-être de rapport qu’à la texture de ces deux substances, et point du tout à la cause de hur formation.

La couleur des perles varie autant que leur figure ; et dans les perles blanches , qui sont les plus belles de toutes, le reflet apparent qu’on appelle I eau ou Varient de la perle est plus ou moins brillant , et 11e luit pas également sur leur surface entière.

El cette belle production , qu’on pourroit prendre pour un écart de la nature, est non seulement accidentelle, mais trèsparticulière ; car, dans la multitude d'espèces d’animaux à coquille , on n’eu commit que quatre, les Imitres, les moules, les patelles, et les oreilles de mer, qui produisent des perles, et encore n’y a-t-il ordinairement que les grands individus qui dans ces especes nous offrent cette production ; on doit même distinguer deux sortes de perles en histoire naturelle, comme on

i. On voit à Londres des coquilles fluvintiles Apportées de lii Chine , sur lesquelles on voit des perles de différentes grosseurs; elles sont formées sur un morceau de fil «te cuivre avec lequel «n a percé la coquille, cl qui est rivé en dehors Oii ne trouve ordinairement qu'un seul morceau de fil de cuivre dans mie coquille; on en vnil rarement deux dans la meme. On rade une petite place de la face interne des coquilles fluvintiles vivantes, en avant le soin de les ouvrir avec la plus grande attention, pour m point endommager l’animal : on place sur l’endroit de la nacre qu’on a racle un très petit morceau sphérique de nacre : cette petite limite , grosse comme du plomb a tirer, sert «le iiovau à la perle. Ou rr«iit qu’on n fait des expériences à ce sujet en Finlande; et il parmi qu’elles ont été répétées avec succès en Angleterre. (JVole communiquée par M. Jiroussoiuiet à M. de Jiufjon, 20 avril 17S5.)

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