‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 87 sur 218 · MÉLANGÉES DE MATIÈRES CALCAIRES · texte numérisé non relu

MÉLANGÉES DE MATIÈRES CALCAIRES

Après les stalactites et concrétions purement calcaires, nous devons présenter celles qui sont mélangées de matières vitreuses et de substances calcaires, et nous observerons d’abord que la plupart des matières vitreuses de seconde formation ne sont pas absolument pures : les unes , et c’est le plus grand nombre , doivent leur couleur à des vapeurs métalliques; dans plusieurs antres, le métal, et le fer en particulier , est entré comme partie massive et constituante, et leur a donné non seulement la couleur , mais une densité plus grande que celle d’aucun verre

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primitif , et qu’on ne peut attribuer qu’au métal : enfin d’autres sont mélangées de parties calcaires en plus ou moins grande quantité. Lazéolite, le lapislazuli, les pierres à fusil , la pierre meulière , et même les spaths fluors, sont tous mélangés en plus ou moins grande quantité de substances calcaires et de matière vitreuse , souvent chargée de parties métallliques ; et chacune de ces pierres a des propriétés particulières , par lesquelles on doit les distinguer les unes des autres.

ZÉOLITE.

Lts anciens n’ont fllit aucune mention de cette pierre, et les naturalistes modernes l’ont confondue avec les spaths , auxquels la zéolite ressemble en effet par quelques caractères apparens. M. Cronstedt est le premier qui l’en ait distinguée, et qui nous ait fait connoitre quelques unes de ses propriétés particulières. MM. Swab, Bucquet, Bergman, et quelques autres, ont ensuite essayé d’en faire l’analvse par la chimie : mais, de tous les naturalistes et chimistes récens, M. Pelletier est celui qui a travaillé sur cet objet avec le plus de succès.

Cette pierre se trouve en grande quantité dans l’île de Féroé, et c’est de là qu’elle s’est d’abord répandue en Allemagne et en France ; c’est cette même zéolite de Féroé que M. Pelletier a choisie de préférence pour faire ses expériences, après l’avoir distinguée d’une autre pierre à laquelle on a donné le nom de zéolite veloutée , et qui n’est pas une zéolite, mais une pierre calaminaire.

M. Pelletier a reconnu que la substance de la vraie zéo’ite est un composé de matière vitreuse ou argileuse et de substame calcaire : et comme la quantité de la ma-

MINERAUX

tière vitreuse y est plus grande que celle de la substance calcaire, celte pierre ne fait pas d’abord effervescence avec les acid» s ; niais elle ne leur oppose qu’une foible résistance , car les acides vitriolique et nitreux l’eutament et la dissolvent en assez peu de temps. La dissolution se présente en consistance de gelée, ei ce caractère qu’on avoit donné comme spécial et particulier à la zéolite est néanmoins commun à toutes les pierres qui sont mélangées de parties vitreuses et calcaires ; car leur dissolution est toujours plus ou moins gélatineuse, et celle de la zéolite est presque solide et tremblotante, comme la gelée de corne de cerf.

La zéolite de Féroé entre 'd’elle-même en fusion, comme toutes les autres matières mélangées de parties vitreuses et calcaires, et le verre qui en résulte est transparent et d’un beau blanc ; ce qui prouve qu’elle ne contient point de parties métalliques, qui ne manqueroient pas de donner de la couleur à ce verre, dont la transparence démontre aussi que la matière vitreuse est dans cette zéolite en bien plus grande quantité que la substance calcaire ; car le verre seroit nuageux ou meme opaque, si cette substance calcaire y étoit en quantité égale ou plus grande que la matière vitreuse. La zéolite d’Islande contient , selon M. Bergman , quarante-huit centièmes de silex , vingt-deux d’argile , et douze à quatorze de matière calcaire. L’argile et le silex de M. Bergman étant des matières vitreuses , il y uuroit dans cette zéolite d’Islande beaucoup moins de parties calcaires et plus de parties vitreuses que dans la zéolite de Féroé. Ce chimiste ajoute que ces nombres quarante-huit, vingtdeux, et quatorze, additionnés ensemble, et ajoutés à ce qu’il y a d’eau , donnent un total qui excède le nombre de cent. Cet excédant, dit-il, provient de ce que la chaux entre dans les zéolites sans air fixe, dont elle s’imprègne ensuite par la précipitation. D’autres zéolites contiennent les mêmes matières, mais dans des proportions différentes. Nous devons observer, au reste, que ce n’est qu’avec la zéolite la plus blanche et la plus pure, telle que celle de Féroé, que l’on peut obtenir un verre blanc et transparent : toutes les autres zéolites donnent un émail coloré spongieux et friable, qui ne devient consistant et dur qu’en continuant le feu , et même l’augmentant après la fusion. M. Poit a observé que b zéolite fournissoit une assez grande quantité d’eau ; ce qui prouve encore le mélange de la matière calcaire , qui, comme l’on sait, donne tou-

jours de l’eau quand on la traite au feu. M. Bergman a fait la même observation , et ce savant chimiste en conclut avec raison que cette pierre n’a pas été produite par le feu , comme certains minéralogistes l’ont prétendu parce qu’on ne l’a jusqu’ici trouvée que dans les terrains volcanisés. M. Faujas de Saint-Fond , qui connoît mieux que personne les matières produites par le feu des volcans , loin d’y comprendre la zéolite, dit au contraire expressément que toutes les zéolitescontenues dans les laves ont été saisies par ces verres en fusion , qu’elles existoient auparavant telles que nous les y voyons , et qu’elles n’y sont que plus ou moins altérées par le feu , qui néanmoins n’étoit point assez violent pour les fondre.

La zéolite de Féroé est communément blanche, et quelquefois rougeâtre lorsqu’elle est couverte et mélangée de parties ferrugi neuses réduites en rouille. Cette zéolite blanche est plus dure que le spath ; et cependant elle ne l’est pas assez pour étinceler sous le choc de l’acier : elle est ordinairement cristallisée en rayons divergens, et paroît être la plus pure de tous les pierres de cette sorte ; car il s’en trouve d’autres , en plus gros volume et plus grande quantité, qui ne sont pas cristallisées régulièrement , et dont les formes sont très différentes, globuleuses, cylindriques, coniques, lisses, ou mamelonnées; mais presque toutes ont le caractère commun de présenter dans leur texture des rayons qui tendent du centre à la circonférence. Je dis presque toutes, parce que j’ai vu entre les mains de M. Faujas de Saint- Fond une zéolite cristallisée en cube, qui paroît être composée de filets ou de petites lames parallèles. Ce savant et infatigable observateur a trouvé cette zéolite cubique à l’île de Sta'ffa , dans la grotte de Fingal. On sait que cette île, ainsi que toutes les autres îles Hébrides au nord de l’Écosse, sont, comme l’Islande, presque entièrement couvertes de produits volcaniques; et c’est surtout dans l’île de Mull que les zéolites sont en plus grande abondance ; et comme jusqu’ici on n’a rencontré ces pierres que dans les terrains volcanisés 1 , on paroissoit fondé à les regarder comme des produits du feu. U en a ramassé plusieurs autres dans les terrains volcanisés qu’il a parcourus; et dans tous les' échantillons qu’il m’en a montrés on peut reconnoître clairement que celte

i. On trouve des zéolites à l’île de Féroé, à celle de Slaffa , en Islande, en Sicile autour de l’Etna, à Rochetnore, dans les volcans éteints du Vi va rais , et eu en a aussi rencontré dans l’ile de Bourbon,

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pierre n’a pas été produite par le feu, et qu’elle a seulement été saisie par les laves en fusion dans lesquelles elle est incorporée, comme les agates, cornalines, cal-

cédoines, et même les spaths calcaires qui s’y trouvent tels que la nature les avoit produits avant d’avoir été saisis par le basalte ou la lave qui les recèle.

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