‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 88 sur 218 · LAPIS-LAZULI · texte numérisé non relu

LAPIS-LAZULI

Les naturalistes récens ont mis le lapislazuli au nombre des zéolites, quoiqu’il en différé beaucoup plus qu’il ne leur ressemble; mais lorsqu’on se persuade, d’après le triste et stérile travail des nomenclateurs , que l’histoire naturelle consiste à faire des classes et des genres , on ne se contente pas de mettre ensemble leschosesde même genre, et l’on y réunit souvent très-mal à-propos d’autres choses qui n’ont que quelques petits rapports, et souvent des caractères essentiels très-diflcrens , et meme opposés à ceux du genre sous iecpiel on veut les comprendre. Quelques chimistes ont défi ni le lapis, zéolite bleue mêlée d’argent, tandis que cette pierre n’est point une zéolite , et qu'il est irès-douteu\ qu’on puisse en tirer de l'argent : d’autres ont assuré qu’on en tiroit de l’or; ce qui est tout aussi douteux, etc.

Le lapis ne se boursoufle pas, comme la zéolite, lorsqu’il entre en fusion; sa substance et sa texture sont toutes différentes. Le lapis n’est j>oint disposé , comme la zéolite , par rayons du ceutre à la circonférence ; il présente un grain serré, aussi fin que celui du jaspe; et on le regarderoit avec raison comme un jaspe , s’il en avoit la dureté et s’il prenoit un aussi beau poli ; néanmoins il est plus dur que la zéolite. Il n’est mêlé ni d’or ni d’argent, mais de parties pvriteuses qui se présentent comme des points, des taches ou des veines de couleur d’01*. Le fond de la pierre est d’un beau bleu , souvent taché de blanc; quelquefois celte couleur bleue tire sur le violet. Les taches blanches sont des parties calcaires , et offrent quelquefois la texture et le luisant du gypse : ces parties blanches, choquées contre l’acier, ne donnent point d’étincelles, tandis que le reste de la pierre fait feu comme le jaspe. Le seul rapport que cette pierre lapis ait avec la zéolite est qu’elles sont toutes deux composées de parties vitreuses et de parties calcaires; car en plongeant le lapis dans les acides, on voit que quelques unes de ses parties y font effervescence comme les zéolites. , L’opinion des naturalistes modernes étoit

que le bleu du lapis provenoit du cuivre : mais le célèbre chimiste Margraff, ayant choisi les parties bleues , et en ayant séparé les blanches et les pyriteuses couleur d’or, a reconnu que les parties bleues 11e contenoient pas un atome de cuivre, et que c’étoit au fer qu’on devoit attribuer leur couleur. Il a en même temps observé que les taches blanches sont de la même nature que les pierres gypseuses.

Le lapis étant composé de parties bleues qui sont vitreuses, et de parties blanches qui sont gypseuses, c’est-à-dire calcaires imprégnées d’acide vitriolique, il se fond sans addition à un feu violent. Le verre qui en résulte est blanchâtre ou jaunâtre, et l’on y voit encore, après la vitrification de la masse entière, quelques parties de la matière bleue qui ne sont pas vitrifiées; et ces parties bleues séparées des blanches n’entrent point en fusion sans fondant ; elles ne perdent pas même leur couleur au feu ordinaire de calcination; et c’est ce qui distingue le vrai lapis de la pierre arménienne et de la pierre d’azur, dont le bleu s’évanouit au feu, tandis qu’il demeure inhérent et fixe dans le lapis-lazuli.

Le lapis résiste aussi à l’impression des élémens humides, et ne se décolore point à l’air. On en fait des cachets dont la gravure est très-durable. Lorsqu’on lui fait subir l’action d’un feu même assez violent, sa couleur bleue, au lieu de diminuer ou de s’évanouir, paroit au contraire acquérir plus d’éclat.

C est avec les parties bleues du lapis que se fait l’outremer ; le meilleur est celui dont la couleur bleue est la plus intense. La manière de le préparer a été indiquée par Booce de Bout, et par plusieurs autres auteurs. Je 11e sache pas qu’on ail encore ren contré du vrai lapis en Europe; il nous arrive de l’Asie en morceaux informes. On le trouve en Tartarie dans le pays des Calmoucks, et au Thibet. On en a aussi rencontré dans quelques endroits au Pérou et au Chili.

Et par rapport à la qualité du lapis , on peut en distinguer de deux sortes, l’une dont le fond est d’un bleu pur , et l’autre d’un bleu violet et pourpré. Ce lapis est plus rare que l’autre; et M. Dufay, de l’Académie des Sciences , ayant fait des expériences sur tous deux , a reconnu , après les avoir exposés aux rayons du soleil, qu’ils en conservoient la lumière, et que les plus bleus

la recevoient en plus grande quantité et la conservoient plus long temps que les autres, mais que les parties blanches et les taches et veines pyriteuses ne recevoient ni ne rendoient aucune lumière. Au reste , cette propriété du lapis lui est commune avec plu?sieurs autres pierres qui sont également phosphoriques.

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