‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 89 sur 218 · PIERRES A FUSIL · texte numérisé non relu

PIERRES A FUSIL

Les pierres à fusil sont des agates imparfaites , dont la substance n’est pas purement vitreuse, mais toujours mélangée d’une petite quantité de matière calcaire : aussi se forment-elles dans les délits horizontaux des craies et des tufs calcaires, par le suintement des eaux chargées des molécules de grès, qui se trouvent souvent mêlées avec la matière crétacée ; ce sont des stalactites ou concrétions produites par la sécrétion des parties vitreuses mêlées dans la craie : l’eau les dissout et les dépose entre les joints et dans les cavités de cette terre calcaire ; elles s’y réunissent par leur affinité, et prennent une figure arrondie , tuberculeuse ou plaie , selon la forme des cavités qu’elles remplissent. La plupart de ces pierres sont solides et pleines jusqu’au centre : mais il s’en trouve aussi qui sont creuses, et qui contiennent dans leur cavité de la craie semblable à celle qui les environne et les recouvre à l’extérieur.

Quoique la densité des pierres à fusil approche de celle des agates 1 , elles n’ont pas la même dureté; elles sont, comme les grès, toujours imbibées d’eau dans leur carrière, et elles acquièrent de même plus de dureté parle dessèchement à l’air. Aussi les ouvriers qui les taillent n’attendent pas qu’elles se soient desséchées; ils les prennent au sortir de la carrière, et les trouvent d’autant moins dures qu’elles sont plus humides. Leur couleur est alors d’un brun plus ou moins foncé, qui s’éclaircit et devient gris ou jaunâtre à mesure qu’elles se dessèchent. Ces pierres, quoique moins pures que les agates étincellent mieux contre l’acier, parce qu’étant moins dures, il s’en détache par le choc une plus grande quantité de particules. Elles sont

i. La pesanteur spécifique de la plupart des agates excède 26000 ; celle de la pierre à fusil blonde est de 26941 ; et ci lle de la pierre à fusil

noirâtre, de 268:7.

communément d’une couleur de corne jaunâtre après leur entier dessèchement; mais il y en a aussi de grises, de brunes, et mémo de rougeâtres : elles ont presque toutes une demi-transparence lorsqu’elles sont minces ; mais au dessus d’une ligne ou d’une ligne et demie d’épaisseur la transparence ne subsiste plus, et elles paroissent entièrement opaques.

Ces pierres se forment, comme les cailloux, par couches additionnelles de la circonférence au centre : mais leur substance est à peu près la même dans toutes les couches dont elles sont composées; on en trouve seulement quelques unes où l’on distingue des zones de couleur un peu différente du reste, et d’autres qui contiennent quelques couches évidemment mélangées de matière calcaire. Celles qui sont creuses ne produisent pas, comme les cailloux creux, des cristaux dans leur cavité intérieure; le suc vitreux n’est pas assez dissous dans ces pierres, ni assez pur, pour pouvoir se cristalliser. Elles ne sont , dans la réalité , composées que de petits grains très-fins du grès, dont les poudres se sont mêlées avec celles de la craie, et qui s’en sont ensuite séparées par une simple sécrétion et sans dissolution ; en sorte que ces grains 11e peuvent ni former des cristaux ni même des agates dures et compactes, mais de simples concrétions qui ne diffèrent des grès que par la finesse du grain., encore plus atténué dans les pierres à fusil que dans les grès les plus fins et les plus durs.

Néanmoins ces grès durs font feu comme la pierre à fusil, et sont à très-peu près de la même densité 2 ; et comme elle est , ainsi que le grès, plus pesante et moins dure dans sa carrière qu’après son dessèchement, elle me paroit, à tous égards, faire la nuance dans

2. Le grès dur, nommé grisant, pèse spécifiquement 24928, et le grès luisant de Fontainebleau pèse 26616; ce q ui approche assez de la pesanteur spécifique, 25817, de la pierre à fusil.

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