‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 95 sur 218 · TERRE VÉGÉTALE · texte numérisé non relu

TERRE VÉGÉTALE

cieuses , qui sont également des produits de la terre limoneuse : aucune de ces pierres précieuses n’est attachée aux rochers, tandis que les cristaux vitreux ou calcaires, formés par l’intermède de l’eau , sont implantés dans les masses qui les produisent , parce que cet élément, qui n’esf que passif, ne peut se former, comme le feu , des? phères particulières d’attraction. L’eau ne sert en effet que de véhicule aux parties vitreuses ou calcaires , qui se rassemblent par leur affinité , et ne forment un corps solide que quand cette même eau en est séparée et enlevée par le dessèchement; et la preuve que les pyrites n’ont admis que très - peu ou point du tout d’eau dans leur composition , c’est qu’elles en sont avides au point que l’humidité les décompose , et rompt les liens du feu fixe qu’elles renferment. Au reste , il est à croire que dans ces pyrites qui s’effleurissent à l’air , la quantité de l’acide étant proportionnellement trop grande, l’humidité de l’air est assez puissamment attirée par cet acide pour attaquer et pénétrer la substance de la pyrite, tandis que dans les marcassiles ou pyrites arsenicales, qui contiennent moins d’acide et sans doute plus de feu que les autres pyrites , l’humidité de l’air ne fait aucun effet sensible : elle en fait encore moins sur le diamant , que rien ne peut dissoudre, décomposer, ou ternir , et que le feu seul peut détruire en mettant en liberté celui que sa substance contient en si grande quantité , qu’elle brûle en entier sans laisser de résidu.

L’origine des vraies pierres précieuses , c’est-à-dire des rubis, topazes, et saphirs d’Orient , est la même que celle des diamans : ces pierres se forment et se trouvent de même dans la terre limoneuse ; elles y sont également en petites masses isolées; le feu qu’elles renferment est seulement en moindre quantité; car elles sont moins dures et en même temps moins combustibles que le diamant, et leur puissance réfractive est aussi de moitié moins grande : ces trois caractères, ainsi que leur grande densité, démontrent assez qu’elles sont d’une essence différente des cristaux vitreux ou calcaires , et qu’elles proviennent , comme le diamant, des extraits les plus purs de la terre végétale.

Dans le soufre et les pyrites, la substance du feu est fixée par l’acide vitriolique ; on pourroit donc penser que , dans les pierres précieuses , ie feu se trouve fixé de même par cet acide le plus puissant de tous : mais

Btjffox. III.

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MINÉRAUX

M. Achard à, comme nous l’avons dit1, tiré de la terre alcaline un produit semblable à celui des rubis qu’il avoit soumis à l’analyse chimique, et cette expérience prouve que la terre alcaline peut produire des corps assez semblables à cette pierre précieuse ; or l’on sait que la terre végétale et limoneuse est plus alcaline qu’aucune autre terre, puisqu’elle n’est principalement composée que des débris des animaux et des végétaux. Je pense donc que c’est par l’alcali que le feu se fixe dans le diamant et le rubis, comme c!esl par l’acide qu’il se fixe dans la pyrite ; et même l’alcali , étant plus

i. Voyez l’arlicle du Cristal de roche clans le troisième volume de eette Histoire , page £i.

analogue que l’acide à la substance du feu, doit le saisir avec plus de force, le retenir en plus grande quantité, et s’accumuler eu petites masses sous un moindre volume; ce qui, daus la formation de ces pierres, produit la densité, la dureté, la transparence , l’homogénéité , et lg combustibilité.

Mais avant de nous qcçqper dç ces brillans produits de la terre végétale, et qui n’en sont que les extraits ultérieurs , nous devons considérer les concrétions plus grossières cl moin$ épurées de cette même ferre réduite en limon, duquel les bols et plusieurs aufres substances terreuses ou pierreuses tirent leur origine et leur essence.

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