BOLS
nant pp trjbut ; ce qui leur a fait donner le no;n de terres scellées ou sigillées : on leur a aussi donné les noms de terre de Lemnos , terre bénite de Saint- Paul, terre de Malte , terre de Constantinople. On peut voir dans les anciens historiens avec quelles cérémonies superstitieuses on tiroit ces bols de leurs minières du temps d’Homère, d’Hérodote , de Dioscoride , et de Galien ; on peut voir dans les observations de Jielon les différences de ces terres sigillées, et ce qui se praliquoit de son temps pour les extraire et les travailler.
La terre de Guatimala , dont on fait des vases en Amérique, est aussi un bol rougeâtre ; il est assez commun dans plusieurs contrées de ce continent, dont les anciens habitaus avoient fait des poteries de toutes sortes : les Espagnols ont donné à cette terre cuite le nom de boucaro. Il en est de même du bol d’Arménie et de la terre étrusque, dont on a fait anciennement de beaux ouvrages en Italie. On trouve aussi de ces bols plus ou moins colorés de rouge en Allemagne ; il y en a même en France, qu’on pourroit peut-être également travailler.
Ces bols blancs , rouges , et jaunes , sont les plus communs : mais il y a aussi des bols verdâtres, tels que la terre de Vérone, qui
paroissent avoir reçu du cuivre cette teinture verte ; il s’en trouve de celte même couleur en Allemagne , dans le margraviat de Bareith, et les voyageurs en ont rencontré de toutes couleurs en Perse et en Turquie.
La terre de Lemnos, si célèbre chez les anciens peuples du Levant par ses propriétés et vertus médicinales, n’étoit, comme nous venons de l’indiquer, qu’un bol d’un rouge assez foncé et d’un grain très -fin, et l’on peut croire qu’ils l’épuroient encore , et le travailloient avant d’en faire usage : le bol qu’on nous envoie sous la dénomination de bol d’Arménie ressemble assez à celte terre de Lemnos. Il se trouve aussi en Perse des bols blancs et gris, et l’on en fait des vases pour rafraîchir les liqueurs qu’ils contiennent. Enfin les voyageurs ont aussi reconnu des bols de différentes couleurs à Madagascar, et je suis persuadé que partout où la terre limoneuse se trouve accumulée et en repos pendant plusieurs siècles ses parties les plus fines forment, en se rassemblant, des bols dont les couleurs ne sont dues qu’au fer dissous dans cette terre ; et c’est, à mon avis , de la concrétion endurcie de ces bols que se forment les matières pierreuses dont nous allons parler.
SPATHS PESANS.
Les pyrites , les spaths pesans , les diamans , et les pierres précieuses , sont tous des corps ignés qui tirent leur origine de la terre végétale et limoneuse, c’est-à-dire du détriment des corps organisés, lesquels seuls contiennent la substance du feu en assez grande quantité pour être combustibles ou phosphoriques. L’ordre de densité ou de pesanteur spécifique dans les matières terrestres commence par les métaux , et descend immédiatement aux pyrites qui sont encore métalliques, et des pyrites passe aux spaths pesans et aux pierres précieuses J. Dans les
i. L’étain , qui est le plus léger des métaux , pèse spécifiquement 72914; le mispickel , ou pyrite arsenicale , qui est la plus pesante des pyrites , pèse 65225 ; la pyrite ou marcassite de Dauphiné , dont on fait des bijoux , des colliers , etc. , pèse 4i>**3g ; la marcassite cubique, 47016 ; la pyrite globuleuse martiale de Picardie pèse 41006; et la pyrite martiale cubique de Bourgogne ne pèse que 39000.
La pierre de Bologne , qui est le plus dense des paths pesans, pèse 444°9 ï le spath pesant blanc.
marcassites et pyrites, la substance du feu est unie aux acides, et a pour base une terre métallique ; dans les spaths pesans , cette substance du feu est en même temps unie à l’acide et à l’alcali , et a pour base une terre bolaire ou limoneuse. La présence de l’alcali combiné avec les principes du soufre se manifeste par l’odeur qu’exhalent ces spaths pesans lorsqu’on les soumet à l’action du feu ; enfin le diamant et les pierres précieuses sont les extraits les plus purs de la terre limoneuse, qui leur sert de base, et de laquelle ces pierres tirent leur phosphorescence et leur combustibilité.
Il ne me paroît pas nécessaire de supposer, comme l’ont lait nos chimistes récens,
443oo; et le. spqth pesant trouvé en Bourgogne à Thôtes près Semur ne pèse que 42687.
Le rubis d’Orient, la plus dense des pierres précieuses, pèse 4 2 8 3 8 ; et le diamant, quoique la plus dure, est en même temps la plus légère de toutes les pierres précieuses, et ne pèse que 332 12. (Voyez les Tables de M. Brisson.)
MINÉRAUX
une terre particulière plus pesante que les autres terres, pour définir la nature des spaths pesans : ce n’est point expliquer leur essence et leur formation, c’est les supposer données et toutes faites; c’est dire simplement et fort inutilement que ces spaths sont plus pesans que les autres spaths, parce que leur terre est plus pesante que les autres terres; c’est éluder et reculer la question au lieu de la résoudre ; car ne doit - on pas demander pourquoi cette terre est plus pesante, puisque, de l’aveu de ces chimistes, elle ne contient point de parties métalliques ? iis seront donc toujours obligés de rechercher avec nous quelles peuvent être les combinaisons des élémens qui rendent ces spaths plus pesans que toutes les autres pierres.
Or , pour se bien conduire dans une recherche de cette espèce et arriver à un résultat conséquent et plausible, il faut d’abord examiner les propriétés absolues et relatives de cette matière pierreuse plus pesante qu’aucune autre pierre ; il faut tâcher de reconnoître si cette matière est simple ou composée; car, en la supposant mêlée de parties métalliques , sa pesanteur ne seroit qu’un effet nécessaire de ce mélange : mais , de quelque manière qu’on ait traité ces spaths pesans, on n’en a pas tiré un seul atome de métal ; dès lors leur grande densité ne provient pas de la mixtion d’aucune matière métallique : on a seulement reconnu que les spaths pesans ne sont ni vitreux, ni calcaires, ni gypseux , et comme, après les matières vitreuses, calcaires, et métalliques, il n’existe dans la nature qu’une quatrième matière , qui est la terre limoneuse, on peut déjà présumer que la substance de ces spaths pesans est formée de cette dernière terre , puisqu’ils different trop des autres terres et pierres pour en provenir ni leur appartenir.
Les spaths pesans , quoique fusibles à un feu violent, ne doivent pas être confondus avec le feld - spath , non plus qu’avec les spaths auxquels on a donné les dénominations impropres de spaths 'vitreux ou fusibles, c’est-à-dire avec les spaths fluors qui se trouvent assez souvent dans les mines métalliques : les spaths pesans et les fluors n’étincellent pas sous le briquet , comme le feld-spath ; mais ils diffèrent entre eux, tant par la dureté que par la densité : la pesanteur spécifique de ces spaths fluors n’est que de 3o à 3i mille, tandis que celle des spaths pesans est de 44 à 45 nulle.
La substance des spaths pesans est une terre alcaline; et comme elle n’est pas cal-
caire, elle ne peut être que limoneuse et bolaire : de plus , cette substance pesante a autant et peut-être plus d’affinité que l’alcali même avec l’acide vitriolique ; car les seules matières inflammables ont plus d’affinité que cette terre avec cet acide.
On trouve assez souvent ces spaths pesans sous une forme cristallisée; on reconnoît alors aisément que leur texture est lamelleuse : mais ils se présentent aussi en cristallisation confuse, et même en masses informes. Us ne font point partie des roches vitreuses et calcaires , ils n’en tirent pas leur origine; on les trouve toujours à la superficie de la terre végétale , ou à une assez petite profondeur, souvent en petits morceaux isolés , et quelquefois en petites veines comme les pyrites.
En faisant calciner ces spaths pesans , on n’obtient ni de la chaux ni du plâtre; ils acquièrent seulement la propriété de luire dans les ténèbres, et pendant la calcination ils exhalent une forte odeur de foie de soufre , preuve évidente que leur substance contient de l’alcali uni au feu fixe du soufre : ils diffèrent en cela des pyrites , dans lesquelles le feu fixe n’est point uni à l’alcali, mais à l’acide. L’essence des spaths pesans est donc une te*re alcaline très-fortement chargée de la substance du feu; et comme la terre formée du détriment des animaux et végétaux est celle qui contient l’alcali et la substance du feu en plus grande quantité , on doit encore en inférer que ces spaths tirent leur origine de la terre limoneuse ou bolaire, dont les plus fines, entraînées par la stillation des eaux , auront formé cette sorte de stalactite qui aura pris de la consistance et de la densité par la réunion de ces mêmes parties rapprochées de plus près que dans les stalactites vitreuses ou calcaires.
La texture des spaths pesans est lamelleuse comme celle des pierres précieuses; ils 11e font de même aucune effervescence avec les acides : ils se présentent rarement en cristallisations isolées ; ce sont ordinairement des groupes de cristaux très-étroitement unis, et assez irrégulièrement , les uns avec les autres.
Le spath auquel on a donné la dénomination de spath perlé , parce qu’il est luisant et d’un blanc de perle, a été mis mal à propos au nombre des spaths pesans par quelques naturalistes récens; car ce n’est qu’un spath calcaire qui diffère des spaths pesans par toutes ses propriétés : il fait effervescence avec les acides; la densité de ce spath perlé est à peu près égale à celle des autres
SPATHS
spaths calcaires 1 , et d’im tiers au dessous de celle des spaths pesans; de plus, sa forme de cristallisation est semblable à celle du spath calcaire; il se convertit de même en chaux : il n’est donc pas douteux que ce spath perlé ne doive être séparé des spaths pesans et réuni aux autres spaths calcaires.
Les spaths pesans sont plus souvent opaques que transparens ; et comme je soupçonnois, par leurs autres rapports avec les pierres précieuses, qu’ils ne dévoient offrir qu’une simple réfraction , j’ai prié M. l’abbé Kochon d’en faire l’expérience , et il a en effet reconnu que ces spaths n’ont point de double réfraction ; leur essence est donc homogène et simple comme celle du diamant et des pierres précieuses, qui n’offrent aussi qu’une simple réfraction : les spaths pesans leur ressemblent par cette propriété , qui leur est commune et qui n’appartient à aucune autre pierre transparente; ils en approchent aussi par leur densité, qui néanmoins est encore un peu plus grande que celle du rubis : mais, avec cette homogénéité et cette grande densité , les spaths pesans n’ont pas à beaucoup près autant de dureté que les pierres précieuses.
Les spaths pesans opaques ou transparens sont ordinairement d’un blanc mat; cependant il s’en trouve quelques-uns qui ont des teintes d’un rouge ou d’un jaune léger , et d’autres qui sont verdâtres ou bleuâtres ; ces différentes couleurs proviennent , comme
i. La pesanteur spécifique du spath calcaire rhomboidal , dit cristal d’Islande, est de 27151; celte du spath perlé, de 28878; tandis que la pesanteur spécifique du spath pesant octaèdre est de 44712; et celle du spath pesant , dit pierre de Bologne, est de 44709- (Voyez les Tables de M. Brisson.)