‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 21 sur 124 · JOURNÉE DE MONDOR EN ÉTÉ · texte numérisé non relu

JOURNÉE DE MONDOR EN ÉTÉ

Heures. Sommeil de 10 1/2 du soir à 3 h. du matin, à 3 1/2 lever, préparatifs.

à 4 cour du lever public, chronique de la nuit. à 4 1/2 le délité, 1" repas suivi de la parade industrielle. à 6 1/2 séance au groupe de la chasse, à 7 — au groupe de la pèche,

à 8 le déjeunèf les gazettes.

1 9 séance à un groupe de culture sous tente, à 10 — à la messe.

à 10 1/2 — au groupe de la faisanderie. à 10 1/2 — à la bibliothèque.

à 1 LE DÎNÉ.

à 2 i/2 — au groupe des serres fraîches.

à 4 — au groupe des plantes exotiques.

à 5 — au groupe des viviers.

à 6 le goûté à la campagne.

à 6 1/2 — au groupe des mérinos.

à & — la bourse.

à 9 le souper , &• repas.

à 9 1/2 — cour des arts, concert , bal , spectacle, réceptions.

k iO il* 1$ coucher.

On ne voit dans ce tableau que très-peu d'instants laissés au sommeil : les harmoniens dormiront fort peu; l'hygiène raffinée, 0 jointe à la variété des séances, les habitueront à ne pas se fatiguer £ dans les travaux ; les corps ne s'useront pas dans la journée, n'auront besoin que d'un sommeil très-court et s'y habitueront dès l'enfance, par une alUuence de plaisirs auxquels la journée ne pourra pas suffire.

* Pour faciliter les déplacements fréquents qu'exige ce genre de vie, on ménage, dans tous les corps de bâtiments d'un phalans-

?tère ou édifice de la phalange, des rues-galeries au premier étage et au bas, chauffées par tuyaux en hiver, et rafraîchies en été ; puis, « des couloirs sur colonnes entre les corps parallèles, et des souterrains sablés communiquant du phalanstère aux étables ; moyennant quoi Ton peut parcourir à couvert les salles, ateliers et étables, sans savoir s'il fait chaud ou froid au dehors. Dans la campagne, on emploie de grandes voitures légères à dix-huit personnes pour le transport des groupes agricoles.

Quelques civilisés prétendent que cette distribution sera bien coûteuse : elle coûtera infiniment moins que les frais actuels de vêtements et voitures, mouillage et boue, rhumes, fluxions et fièvres, gagnées par les brusques transitions et les excès.

D'autres disent que la fréquente variété de séances consumera beaucoup de temps en déplacements : il en coûtera de y cinq à quinze minutes , moins d'un quart d'heure en moyen *» terme, pour les déplacements champêtres, et moitié moins à l'intérieur.

Ceux qui regrettent ce chômage sont comparables à celui qui proposerait de supprimer le sommeil, parce que c'est un temps perdu pour l'industrie. C'est accélérer l'industrie, que de lui ménager des repos : le travail passionné des harmoniens sera ardent, ils feront en une heure ce que ne font pas en trois heures nos sa* lariés lents, maladroits, ennuyés, musards, s'arrêtant et s'appuyant sur leur bêche dès qu'ils voient passer un oiseau. L'ardeur des harmoniens au travail deviendrait un excès nuisible, si elle n'était tempérée fréquemment par les relâches qu'exigfcle changement de séance. Mais les critiques veulent toujours juger le mécanisme sociétaire d'après les coutumes et moyens du système civilisé.

Je passe aux deux autres Passions mécanisantes. La Cabaliste et la Composite sont en contraste parfait : la première est une fougue spéculative et réfléchie; la deuxième est y une fougue aveugle, un état d'ivresse, d'entraînement qui naît de ^ l'assemblage de plusieurs plaisirs des sens et de l'ame, goûtés simultanément.

La Cabaliste, ou esprit de parti, est la manie de l'intrigue très-ardente chez les ambitieux, les courtisans, les corporations affiliées, les commerçants, le monde galant.

70 SECTION ï. — ANALYSE DE L ATTRACTION PASSIONNEE.

L'esprit cabalistique a pour trait distinctif de mêler toujours les calculs à la passion : tout est calcul chez l'intrigant ; ne fût-ce qu'un geste, un clin-d'œil, il fait tout avec réflexion et pourtant avec célérité. Cette ardeur de la 40e passion, dite Cabaliste, est donc une fougue réfléchie, formant le contraste de la fougue aveugle qui est le propre de la Composite, 42e passion. Chacune des deux stimule les groupes d'une Série industrielle par deux.impulsions contrastées.

La Cabaliste est pour l'esprit humain un besoin si impérieux, qu'à défaut d'intfrigues réelles, il en cherche avidement de factices, au jeu, au théâtre, dans les romans. Si vous rassemblez une compagnie, il faut lui créer une intrigue artificielle en lui mettant les cartes à la main, ou en machinant une cabale électorale. Il n'est rien de plus malheureux qu'un homme de cour exilé en province, en petite ville bourgeoise et sans intrigue. Un marchand retiré du commerce et isolé tout-à-coup des cabales mercantiles qui sont nombreuses et actives, se trouve, malgré sa fortune, le plus malheureux des hommes.

La propriété principale de la Cabaliste, en mécanique de série, c'est d'exciter les discords ou rivalités émulatives entre les groupes d'espèce assez rapprochée pour se disputer la palme et balancer les suffrages.

On ne verra pas s'accorder les groupes cultivant le beuré blanc précoce, le blanc tardif, le vert piqueté; ces groupes contigus en nuances sont essentiellement jaloux et discordants. Il en sera de même des trois groupes cultivant les reinettes jaune, grise et verte.

Le discord des nuances contiguës est loi générale de la nature : la couleur écarlate s'allie fort mal avec ses contiguës, cerise, nacarat, capucine ; mais fort bien avec ses opposées, bleu foncé, vert foncé, noir, blanc. La note RÉ ne s'accorde point avec UT dièze, ni avec MI bémol qui lui sont contigus, très-peu avec UT et MI naturels qui lui sont sousrcontigus. Redisons qu'il faut en harmonie sociétaire des discords comme des accords.

Mais les discords ne peuvent pas éclater entre groupes de nuances peu voisines comme ceux qui cultiveront la poire-perle et la poire-orange. Il existe déjà entre ces deux petites poires une différence trop saillante pour faire naître l'hésitation des juges; ils diront qu'elles sont bonnes toutes deux, mais trop peu rapprochées pour prêter au parallèle : dès-lors la jalousie, l'esprit de

parti n'éclateront pas entre les deux groupes qui les cultivent, on manquera le jeu de la Cabaliste.

Il faut donc, dans toute Série passionnée, soit d'industrie, soit de plaisir, former une échelle de fonctions très-rapprochées en nuances, F échelle compacte ou serrée.

C'est un moyen sûr de donner .un essor actif à la Cabaliste, élever chaque produit à une haute perfection, exciter une ardeur extrême dans les travaux, une grande intimité parmi les sociétaires de chaque groupe.

On manquerait ce brillant résultat si on n'excitait pas le raffinement de goûts parmi les consommateurs comme parmi les producteurs. Que servirait aux Harmoniens la grande perfection de culture dans chaque variété de produit, s'ils avaient affaire à un public moraliste et uniforme en ses goûts, ne mangeant que pour modérer ses passions, et s'interdisant tout raffinement de sensualité, pour le bien de la morale répressive ? Dans ce cas, la perfection générale des cultures tomberait faute d'appréciateurs, l'esprit cabalistique perdrait son activité parmi les groupes de producteurs et préparateurs, l'industrie agricole retomberait dans la grossièreté, comme aujourd'hui où l'on trouve à peine un centième des civilisés aptes à juger de l'excellence d'une denrée; d'où il résulte que le vendeur qui fausse les qualités a quatre-vingtdix-neuf chances de vente contre une de refus : de là vient que tous les comestibles sont si mauvais en civilisation.

Pour obvier à ce désordre, l'état sociétaire élèvera les enfants à l'esprit cabalistique en trois emplois, en consommation, en préparation et en production. Il les habituera dès le bas âge à développer et motiver leurs goûts sur chaque mets, chaque saveur et chaque sorte d'accommodage ; exiger sur les moindres comesti blés des apprêts variés selon les divers goûts, former enfin l'échelle cabalistique en consommation, pour l'étendre par suite aux travaux de préparation, conserve et production.

Cette variété de goûts, qui serait très-ruineuse en civilisation, devient économique et productive en association;, elle y procure le double avantage

D'exciter l'attraction industrielle, Faire produire et consommer par séries.

Le mécanisme des Séries passionnées tomberait dès l'instant où il ne s'étendrait pas à la consommation : heureusement c'est là qu'il est le plus aisé de l'introduire par deux échelles ou séries

de goûts, une sur les apprêts, une sur les qualités. Cette échelle d'exigences naît d'elle-même partout où on laisse libre cours aux impulsions naturelles. Par exemple, dans une auberge où chacun paie son écot, et où il n'y a ni père, ni maître, ni influence qui oblige à dissimuler sa fantaisie , vous verrez , sur les moindres mets, sur une salade, sur une omelette, plusieurs goûts se manifester, désirer jusqu'à dix et douze variétés ; presque autant de variétés que d'individus, si leur nombre n'excède pas sept.

Ainsi le penchant aux préparations graduées, ou cuisine par série, éclate partout où on ne le contraint pas. Je sais qu'il serait impossible en civilisation de satisfaire cette multiplicité de goûts; chaque ménage se ruinerait à faire une demi-douzaine de cuisines différentes pour le père, la mère, les enfants, les domestiques; c'est par cette raison que le père appelle à son secours la morale, qui prouve qu'on doit avoir des goûts uniformes qu'il dicte à sa volonté. Cela est bien en civilisation; mais nous allons parler d'un ordre où les variétés échelonnées seront plus économiques en préparation, et beaucoup plus productives en culture; on n'aura donc pas besoin d'entremettre la moFale pour étouffer ce penchant.

En conséquence, la phalange d'essai devra s'attacher à provoquer parmi le peuple une grande variété de goûts sur tous les comestibles; on l'habituera à graduer les fantaisies en échelle compacte, en nuances minutieusement distinguées, et très-rapprochées. Sans cette échelle compacte , on ne parviendrait pas à établir, entre les groupes contigus de chaque série, des discords développant 1a passion dite Cabaliste, l'une des trois qui doivent diriger les séries.

La Composite ou exaltante, crée les accords d'enthousiasme. Il ne suffirait pas du ressort de cabale, ou esprit de parti, pour électriser les groupes dans leurs travaux : il faut mettre en jeu les deux contrastes, la fougue réfléchie de la Cabaliste, et la fougue aveugle de la Composite, qui est la plus romantique des passions, la plus ennemie du raisonnement. J'ai dit qu'elle naît de l'assemblage de plusieurs plaisirs des sens et de l'ame, goûtés simultanément. Elle est Composite bâtarde quand elle se forme de plusieurs plaisirs d'un seul ordre, tous sensuels ou tous animiques. Il faut que cette passion s'applique à tous les travaux sociétaires, que la Composite et la Cabaliste y remplacent les vils ressorts qu'on met en jeu dans l'industrie civilisée, le besoin de

nourrir ses enfante, la crainte de mourir de faim, ou d'être mis en réclusion dans les dépôts de mendicité.

Au lieu de ces mobiles abjects, l'ordre sociétaire sait, par emploi continuel des trois passions mécanisantes, et surtout de la> Composite, animer chaque groupe industriel d'un quadruplecharme ; savoir : deux illusions pour les sens et deux pour rame ? en tout, quatre sympathies entre les sectaires d'un même groupe.

Les deux sympathies de l'ame consistent dans les accords d'identité et de contraste.

Il y a accord d'identité entre les sectaires d'un groupe : ils sont nécessairement identiques d'opinion en faveur d'une fonction qu'ils ont choisie passionnément, et qu'ils peuvent quitter librement ; l'accord d'identité devient un charme puissant lorsqu'onse voit secondé par une troupe decoopérateurs, zélés, intelligents, bienveillants, au lieu de ces mercenaires gauches et grossiers, de ces fripons déguenillés qu'il eût fallu s'adjoindre en civilisation. La présence d'une compagnie gracieuse et amicale fait naître une vive ardeur à l'ouvrage, pendant la courte séance, un empressement à s'y retrouver, et à se réunir quelquefois dans des repas de groupe, aux époques où le travail est interrompu.

Le second charme de l'ame est celui du contraste : j'ai dit eb* je dois répéter que, pour le faire naître parmi les divers groupes industriels d'une série, il faut les écheloner par nuancés consécutives et rapprochées, employer l'ordre compacte et serré d'où* naissent les discords de chaque groupe avec ses contigus, et fes> accords avec les groupes opposés au contre-centre. [Voyez sur ce sujet le tableau d'une série libre et complète, qui est placé à la fin du chapitre IV.)

Outre les deux sympathies de l'ame, en identité et contraste r un groupe industriel doit être stimulé par deux autres véhicules de charme sensuel, qui sont le charme de perfection spéciale, ou» excellence à laquelle chaque groupe élève son produit, et l'orgueil* des louanges qu'il en reçoit, puis le charme de perfection collective, ou luxe d'ensemble qui règne dans les travaux et produits, de la série entière.

Quelques groupes peuvent manquer d'un de ces quatre charmes ou le posséder faiblement ; peu importe, car il suffit déjà de deux charmes pour créer l'Attraction industrielle : on verra d'ailleurs qu'elle a beaucoup d'autres sources, et j'en compterai audelà -de douze dans les chapitres suivante. Il est dans l'ordre que» — • k

74 SECTION I. — ANALYSE DE L'ATTIIACTKMf PASSIONNÉE.

l'industrie sociétaire présente des amorces aussi nombreuses que les dégoûts de l'industrie civilisée.

Cet aiguillon de charmes sensuels et spirituels sera incomplet, peu actif dans la.phalange d'essai ; mais on y en verra de beaux germes croissant rapidement; et ces lueurs suffiront à faire entrevoir le haut degré où s'élèvera le charme industriel, quand le nouvel ordre aura acquis de la consistance , et roulera sur une génération élevée en harmonie, préservée de la double disgrâce dont les enfants sont frappés par l'éducation civilisée, qui perclut les corps par la fausse gymnastique, et les âmes par les préjugés.

Pour résumer sur ces trois passions dites mécanisantes qui sont les trois ressorts organiques d'une Série industrielle, observons que , si elles ne sont pas développées toutes trois combinément, l'Attraction industrielle ne naîtra pas, ou bien si elle apparaît, ce sera pour s'amortir peu à peu, et s'évanouir bien vite.

Ainsi la condition à remplir pour s'élever à l'industrie attrayante, est d'abord de former des séries de groupes subordonnées au jeu de ces trois passions :

Rkvalisées par la Cabaliste , ou jougne réfléchie qui engendre les discords entre groupes contigus, ptfurvu que l'échelle des groupes soit compacte, formée de goûta et de fonctions très rapprochées en variétés.

Exaltées par la Composite , ou fougue aveugle, qui naît du charme des sens et de l'ame, quand ces deux sortes de charmes soft t réunis et soutenus des quatre accords cités plus haut.

Engrenées par la Papillonne, qui est le soutien des deux autres, et maintient leur activité par les courtes séances, par les options de nouveau plaisir qu'elle présente péricdiquewent , avant qu'on n'arrive à la satiété ni même à la tiédeur.

J'insiste sur l'importance de la Faptttonafe, qui est la plus proscrite ; sur la nécessité des séance» courtes et variées, principe qui condamne toute l'industrie civilisée : observons le» effets de cette méthode en matériel et en passionnel.

En MATÉHffiL, elle produit l'équilibre sanitaire : la santé est nécessairement lésée , si l'homme se livre douze heures à un travail uniforme, tissage , couture, écriture eu autre qui n'exerce pas successivement toutes les parties du corps et de l'esprit. Dana ce cas, il y a lésion même par le travail actif de culture, comme par celui de bureau ; l'un excède les membresret viscères, L'aube vicie les solides et fluides,

Cteft pis si le travail actif ou inactif est continu pendant des mois, des années entières. Aussi voit-on dans certains pays «m huitième de ta population ouvrière afffigée de hernies, indépen- <lamm*mt de» fièvres nées d'excès et de mauvaise nounfotfie. I^ewes fabriques 4e prodht^ de verrerie et mémo

<d'<étofes, sent «a véritable assassinat des ouvriers, par to seul fait de continuité du travail. Il serait exempt de danger, si on m'y employa* que de courtes séances de deux heures, ternies neutaaeat denx on trots fois par semaine.

La ekme riche, fente de ce régime , tombe dans d'autres maladies ; apoplexies goutte, rhumatisme, inconnues du pauvre cultivateur. L'obésité, si oonimune chez les riches, dénote un vice radical d'équâifero sanitaire, an régime centre nature dans leurs travaux comme dans leurs plaisirs. La destination sanitaire de l'homme est dans cette variété perpétuelle de fonctions qui, exerçant tour a tour chaque faculté du corps et de l'esprit, maintiendrait chez toutes l'activité et l'équilibre. C'est précisément le but que manquent les sybarites parisiens, toutes se flattant de savoir vivre si bien H si vite, genre de vie qui n'est réservé qu'aux Séries passionnées et dent les Parisiens ne connaissent que le désir sans avoir aucune idée 4e la chose.

En Passionnel, la Papillonne produit l'accord des caractères, même des cotitramsç exempte : À et B sont deux personnages d'humeur meempatifete , mais il arrive que sur soixante groupesque fréquente A, d s'en trouve un tiers, vingt où ses intérêts ewfncifont avec ceux de B, et ou il tire parti des goûts -de B quoique enuoaét ami sien*. U em est ainsi «des goûts de B à l'égard de A; dèsHlorg sa» s'aimer tb eut l'un pour l'autre dos ménagements, de a oeumdfeation, vas p*eUMien intéressée.

Aâfisii'mtéf*<qm4ésu?i* les mm éfcas frétât civilisé, réunit las eunemfemèws dans Uéttt meMaire : M y concilie les car«v tèaes a^nanhftquep , par coopération indirecte , née de l'en»* grange «a pafiiltmmgp de fenctiens qu'opèrent les courtes

€'<ast par oette brièveté 4e séances qu'une série, ne fuVefkr faede faunes yminmwi, peut Introduire «es aeetafaes 4ans -cent fauta génies, lente* m*c «Hes i^liettsidWiteé^td'Wïléret. Qk verte «jee cetnnyènage eatfadfepenjntic peur arriver «a* deux buts principaux qui sont \ ° la répafutttaii écfartntàe dn triple afec** «a capital, an tnaoffl «t «u talent, Vfaeeerd

parfait en intérêt par voie de la cupidité qui est aujourd'hui la plus féconde source de discordes.

C'est donc par emploi de la passion la plus proscrite des philosophes, de la Papillonne, que nous allons résoudre tous les problèmes sur lesquels ils ont échoué. Combien ils vont se désespérer de n'avoir jamais fait le calcul des courtes séances et des résultats qu'elles produiraient !

Il faut être comme les moralistes, ennemi de la nature et de l'évidence , pour nier ce besoin de variété, qu'on voit dominer même en affaires matérielles. Toute jouissance long-temps prolongée devient abusive, émousse les organes, use le plaisir : un repas de quatre heures ne se terminera pas sans excès ; un opéra de quatre heures finit par affadir le spectateur. L'ame est exigeante autant que le corps sur cette variété ; aussi les cœurs sont-ils très-sujets au variable chez la grande majorité des deux sexes.

Chaque homme et chaque femme voudraient avoir un sérail si la dépendance et la loi ne s'y opposaient. Les graves Hollandais, si moraux à Amsterdam , ont à Batavia leurs sérails assortis en femmes de trois couleurs, blanches, négresses et métisses. Voilà le secret de la morale , elle n'est qu'hypocrisie adaptée aux circonstances, et jetant le masque dès qu'elle peut le faire impunément.

Les races ont besoin d'alternat et croisement en végétaux comme en animaux. A défaut de cette variété elles s'abâtardissent. Les estomacs ont de même besoin d'alternat : une variété habituelle de mets facilite les digestions; mais l'estomac rebutera bientôt le meilleur mets, s'il lui est présenté chaque jour.

L'ame se blasera sur l'exercice de toute vertu qui ne sera pas relayée par quelque autre vertu. L'esprit exige aussi cet alternat : les caractères fortement dominés de la passion dite Papillonne, ont besoin d'avoir à la fois deux ou trois intrigues, soit en ambition, soit en amour, lire deux ou trois ouvrages cumulativement.

La terre même veut des alternats de semailles et productions : la plante veut des alternats de reproduction par graines, plants, marcottes, etc.; le sol veut des échanges et transports de terre; toute la nature veut donc la variété; il n'existe au monde que les moralistes et les Chinois qui veuillent la monotonie, l'uniformité; aussi les Chinois sont-ils les êtres les plus faux et les plus éloignés des voies de la nature.

Les moralistes mêmes approuvent indirectement ce besoin de

variété, car ils nous promettent des charmes toujours nouveaux dans l'obéissance à leurs saines doctrines de mépris des richesses, amour de l'ennui, de la mauvaise cuisine, du brouet noir, etc.

Les trois passions, Cabaliste, Papillonne et Composite, étant les plus critiquées par la morale, qui est l'antipode de la nature, on doit présumer que ces passions jouent un grand rôle dans le mécanisme social voulu par la nature ; elles y tiennent le gouvernail, car ce sont elles qui dirigent les Séries passionnées : toute série est faussée en mécanisme, si elle ne favorise pas Pfcssor combiné de ces trois passions qui forment le genre neutre dan? la gamme des douze :

Genre actif, les quatre passions de l'ame, les groupes;

Genre passif, les cinq passions des sens;

Genre neutre, les trois passions mécanisantes; elles sont neutres parce qu'elles ne sont que jeu de quelques unes des neuf autres; chacune des trois ne peut se développer qu'autant qu'elle met en mouvement au moins deux des neuf autres.

C'est par cette raison qu'elles ont échappé aux regards des analystes, et que personne n'a daigné leur accorder un brevet d'existence : je n'ai pu les découvrir qu'à la suite de calculs sur le genre neutre méconnu des modernes, quoique admis chez les anciens. Sur ce point comme sur tout autre, le génie moderne s'éloigne de plus en plus des voies de la nature, tout en vantant son vol sublime vers la perfectibilité.

Observons que les trois passions neutres conduisent au but, à l'harmonie et à l'équilibre des passions, par tous les moyens que dédaigne la morale; on verra dans le cours de l'abrégé que cet équilibre si vainement rêvé, naît du jeu de la Papillonne qui prévient tous les excès en présentant toujours de nouveaux plaisirs avant qu'on n'ait eu le temps d'abuser du plaisir présent. Elle amène donc les passions à l'équilibre par affluence de plaisirs et non par modération raisonnée, car elle opère par emploi de deux fougues,

La Cabaliste ou fougue réfléchie,

La Composite ou fougue aveugle, qui toutes deux pousseraient aux excès, même en vertu, sans l'intervention périodique de la Papillonne ou manie de voltiger d'un plaisir à l'autre.

Ainsi les Séries industrielles seront dirigées par trois moteurs

78 SECTION I. — ANALYSE DE i/ATTRACTKWf PASSIONNÉE.

les plus réprouvés de la morale, par deux fougues contrastée» ^rae tempérera l'inconstance. Tel est le secret de l'équilibre des. passions; l'on n'y arrivera que par des voies opposées à nos visions de modération et de raison glaciale, que par emploi des passions les plus diffamées, telles que la gourmandise et la cupidité : elles sont en régime sociétaire les plus utiles à l'harmonie générale : on en jugera dès la 3e section où commence i'application <Jes principes exposés dans les deux premières.

l$ota. Ge chapitre étant le plus important de tous, puisqu'il contient la définition des trois ressorts qui doivent tout diriger, il m'a paru nécessaire de lui donner l'étendue que devrait avoir chaque chapitre d'un sujet aussi neuf. Tout y sera sans couleur faute de détails explicatifs. Sic voluêre dii : ainsi l'exige le monopole de génie qui repousse toute idée neuve, et restreint une science nouvelle à quelques pages, en vertu du principe :

« Nul n'aura de l'esprit que nous et nos amis. »

Avec leur bel esprit atteindront-ils au but où conduit ma théorie ? Attacher à la pratique de la vertu quadrupla plaisir des sens et de Vame% au lieu de quadruple disgrâce qu'on en recueille si on se confie aux dogmes de la morale.

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