‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 2)Chapitre 42 sur 124 · Le charme des séances courtes, variées fréquemment, bien · texte numérisé non relu

Le charme des séances courtes, variées fréquemment, bien

intriguées et désirées par leur rareté. Elles sont rares, même lorsqu'elles sont diurnalcs, car elles n'emploient à. tour de rôle que 1/3 ou 1/4 des sectaires.

15. L'intervention oflicieuse des patriarches, desbonnlns, des men-

torins, tous chéris de la basse enfance qui ne reçoit d'enseignement qu'autant qu'elle en sollicite.

16. L'absence de flatterie paternelle, déjouée dans l'ordre sociétaire

où l'enfant est jugé et remontré par ses pairs.

17. L'harmonie matériel !e ou manœuvre unitaire inconnue dans

les ateliers civilisés , et pratiquée dans ceux d'harmonie où l'on opère avec l'ensemble des militaires et des chorégraphes, méthode qui fait le charme des enfant».

18. L'influence de la distribution progressive, qui peut seule exciter

chez l'enfant le charme et la dextérité nécessaires en études industrielles.

19. L'entraînement collectif ou charme de suivre les collègues

s'exaltant par les hymnes, parures, festins, etc.

20. Les esprits de corps très-puissants chez les enfants , et très-

nombreux en régime sociétaire.

21. Les émulations et rivalités entre chœurs et sous- chœurs con-

tigus, entre groupes d'un même chœur et d'une même série, entre catégories d'un groupe.

22. La prétention périodique à s'élever, soit aux chœurs et aux

tribus supérieures, soit aux catégories moyenne et haute de chaque tribu.

23. L'enthousiasme pour les prodiges opérés par les chœurs supé-

rieurs en degré , selon la loi de déférence pour l'ascendant. (III, 345 et 346.) 24. Les Intrigues vicinales ou luttes émulatives avec les enfants des phalanges voisines et rencontre avec leurs cohortes. Ce ressort manquera à la phalange d'essai.

Je ne mentionne pas ici d'autres stimulants qui n'agissent guère avant l'âge de 4 ans, tels que

La concurrence des sexes et instincts,

L'appât du gain et des forts dividendes.

Ces deux ressorts n'ont point encore d'influence sur les lutins et peu sur les bambins ; ce n'est que parmi les chérubins qu'ils commencent à se développer.

La réunion de ces amorces opérera en moins d'un mois, au bout duquel on aura fait éclore chez l'enfant trois ou quatre de ces vocations primordiales qui, avec le temps, en feront éclore d'autres ; celles où le travail est difficile ne pourront naître que vers l'âge de 30 à 32 mois.

L'éclosion sera facile, si l'on observe la règle générale, (chapitres v et vi), de mettre enjeu les trois Passions mécanisantes : elles peuvent déjà germer (178, 479) parmi les poupons, et bien mieux parmi les lutins. La Caba liste , la Composite , la Papillonne, seront pleinement satisfaites chez les lutins, par leurs visites, furetages et essais aux petits ateliers, où tout est charme et intrigue pour eux.

Le bonnin ou la bonnine qui promènent l'enfant d'atelier en atelier, savent discerner les époques opportunes pour le présenter à tel travail ; ils tiennent note de ce qui a paru lui plaire, on essaie à deux ou trois reprises si le goût naîtra, on juge s'il faut attendre quelques mois, et on n'insiste jamais quand la vocation ne se déclare pas , on sait qu'il en éclora une trentaine dans le cours de l'année, peu importe lesquelles.

Un bonnin promène communément trois lutins à la fois ; il aurait peu de chances avec un seul, mais sur trois il s'en trouve un plus adroit, un autre plus ardent, l'un des deux entraîne le troisième à l'ouvrage. Le bonnin ne les prend pas tous trois de même âge ; d'ailleurs il en change dans les ateliers, il laisse tel lutin à l'égoussage, il emmène les autres qui n'ont pas accepté, et un troisième qui a achevé.

La fonction de bonninisme convient aux deux sexes, et exige un talent spécial qu'on peut trouver chez tous deux ; celle de bonne

est communément pour les femmes seules, sauf rares exceptions.

Le meilleur stimulant pour un lutin débutant, sera la vérité qu'il ne trouve jamais vers les père et mère , tous d'accord à flatter un marmot de 2 ans sur toutes ses maladresses* Le contraire a lieu dans les ateliers sociétaires mt les enfants entre eux ne se font point de quartier, et* raillent impitoyablement un maladroit ; on le renvoie avec dédain, il va pleurnicher vers le patriarche ou le bonnin qui lui donnent des leçons, et le présentent de nouveau quand il est de force ; et comme on lui ménage toujours de très-petits, très-faciles travaux, il s'insinue bien vite dans une dizaine de groupes où son éducation se fait par pure attraction et très-rap'i dément, car on n'apprend vite et bien que ce qu'on apprend par attraction.

De tous les ressorts qui peuvent exciter l'enfant à l'industrie, le plus inconnu, le plus travesti en civilisation, est Vcnlrainernent ascendant; le penchant de tout enfant à imiter ceux qui sont un peu supérieurs en âge, déférer à toutes leurs impulsions, tenir à honneur de s'incorporer avec eux dans quelque petite branche de leurs amusements (Tous les travaux sont amusements pour les enfants harmoniens ; ils n'agissent que par attraction).

Cette manie d'entraînement ascendant est très-pernicieuse aujourd'hui, parce que les amusements d'une troupe d'enfants libres sont, ou malfaisants, ou dangereux, ou très-inutiles, mais ces enfants libres ne s'adonneront qu'aux travaux productifs, grâces aux amorces mentionnées plus haut; on reconnaîtra l'erreur fondamentale où sont tombés tous les auteurs de systèmes sur l'éducation civilisée.

Ils ont prétendu que l'instituteur naturel est le père, ou bien un précepteur endoctriné par le père ; la nature opine en sens contraire, elle veut exclure le père d'élever le fils, il en est triple motif.

1» Le père cherche à communiquer ses goûts à l'enfant, étouffer l'essor des vocations naturelles presque toujours différentes de père à enfant. Or tout le mécanisme des Séries passionnées serait détruit, si le fils héritait des goûts du père.

2° Le père incline à flatter ei louer à l'excès le peu de bien que fera l'enfant ; celui-ci au contraire a besoin d'être criliqaé très-sévèrement par des groupes d«s collaborateurs fort exigeants.

3» Le père excuse tontes les maladresses, il les prend an besoin pour

des perfections, comme font les philosophes but leur Infâme civilisation qu'ils appellent un perfectionnement de la raison ; le père entrave donc tons les progrès que doit opérer une critique soutenue, si elle est goûtée de l'enfant.

La nature , pour parer à tous ces vices de l'éducation paternelle, donne à l'enfant une répugnance pour les leçons du père ei du précepteur : aussi l'enfant veut-il commander et non pas obéi? au père. Les chefs qu'il se choisit passionnément sont toujours les enfants dont l'âge est de 1/3 ou de 4/4 supérieur au sien, par exemple :

A 18 mois, il révère l'enfant de 2 ans, et le ehoisit passionnément ponrgoide :

A 2 ans il choisira l'enfant de 30 mois ; A 3 ans, celui de 4 ans ; A 6 ans, celui de 10 ; A 12 ans, celui de 15.

Cet entraînement ascendant redoublera de force, si l'enfant voit les enfants supérieurs en lien corporatif, et jouissant d'une considération méritée par des succès dans l'industrie et les études.

Les instituteurs naturels de chaque âge sont donc les enfants un peu supérieurs en âge; mais comme en civilisation ils sont tous enclins au mal et s'entraînent respectivement à mal faire, on no peut pas établir parmi eux une hiérarchie d'impulsions utiles : cet effet n'est possible que dans les Séries passionnées, hors desquelles l'éducation naturelle est impraticable, même en approximations.

Elte sera le plus frappant des prodiges qu'on viendra admirer dans la phalange d'essai, où on laissera les sept ordres d'enfants s'élever les uns par les autres et si diriger , selon le vœu de la nature, par -entraînement ascendant qui ne pourra que conduire au bien la masse entière ; car si les jouvenceaux, ordre le plus élevé , ne tournent qu'au bien en industrie, en étude et en mœurs, ils ne pourront qu'entraîner au bien les gymnasiensà qui ils donneront l'impulsion ; même influence des gymnasiens sur les lycéens , des lycéens sur les séraphins, puis sur les chérubins, les bambins, les hitins. Les sept corporations abandonnées à l'entraînement ascendant rivaliseront d'excellence et d'activité aux travaux utiles et aux harmonies sociales, quoique abandonnés à leur pleine Jîberté. En voyant ce prodige, on ne pourra plus douter

que l'attraction est l'agent de Dieu, sauf à la développer en Séries passionnées, et que dans ce mécanisme elle est vraiment la main de Dieu dirigeant l'homme au plus grand bien possible.

Cette harmonie, qui sera un coup de foudre pour la civilisation et la philosophie , avorterait si l'on manquait à développer l'attraction dans toutes ses branches admissibles. L'amour ne sera pas admissible dans l'essai ; mais cette exception ne gênera pas le mécanisme des sept ordres d'enfants exerçant en industrie . C'est pourquoi il faudra s'attacher dans le début à l'organisation des enfants , seul des trois sexes qui puisse arriver d'emblée au plein de l'harmonie.

Achevons sur le service des bonnins : loin de flatter ou excuser l'enfant , leur tâche est de lui ménager des refus , des affronts dans divers groupes, et le stimuler à s'en venger par des preuves d'habileté . Un père ne pourrait pas remplir cette fonction, il donnerait tort au groupe qui aurait repoussé son enfant; il prétendrait que ce groupe est barbare , ennemi de la tendre nature : delà vient que pour les fonctions de bonnin et bonnine , et de même pour celles de bonne , il faut des caractères fermes et judicieux , cabalistiques dans leurs fonctions, gens qui, par esprit de corps, se passionnent pour le progrès des lutins en général et non pour les caprices de tel ou tel.

On n'avance en grade chez cette série, comme chez toute autre, que par des succès d'ensemble ; chaque bonnin est en concurence avec des rivaux ; chacun peut choisir les enfants adaptés à ses moyens , ceux dont il compte pouvoir faire éclore les vocations sans délai , soit en plein , soit en demi instinct ; et dans ce choix d'enfant , il se guide sur les renseignements donnés par les pouponnistes, bonnes duséristère des poupons, d'où sortent les lutins.

L'importance du ministère de bonnin se fonde sur ce qu'ils opèrent sur l'époque la plus influente en éducation. Si l'enfant réussit bien en début industriel, c'est un gage de succès continu pour toute sa carrière enfantine: une fois initié à dix branches d'industrie , il le sera bientôt à cent , et connaîtra à l'âge de \ 5 ans presque toutes les cultures , fabriques , sciences et arts dont s'occupent sa phalange et les voisines. Examinons cet effet.

Tel enfant , quoique fils d'un prince , témoigne dès l'âge do 3 ans du goût pour l'état de savetier et veut fréquenter l'atelier des savetiers, gens aussi polis que d'autres en association. Si on l'en empêche , si on réprime sa manie savetière , sous pré-

t?xte qu'elle n'est pas à la hauteur de la philosophie , il s'irritera contre les autres fonctions , ne prendra aucun goût pour les travaux et études auxquelles on voudra l'entraîner ; mais si on le laisse débuter par le point où l'attraction le conduit , par la sjhraterie , il sera bientôt tenté de prendre connaissance de la cordonnerie, de la tannerie , puis de la chimie sous le rapport de diverses préparations du cuir, puis de l'agronomie sous le rapport des qualités que les peaux de bestiaux peuvent acquérir par tel système d'éducation et de régime , telle sorte de pâturage.

Peu à peu il s'initiera à toutes les industries par suite d'une émulation primitive en savaterie. Peu importera par quel point il ait commencé, pourvu qu'il atteigne dans le cours de sa jeunesse à des connaissances générales sur toutes les industries de sa phalange et qu'il en conçoive de l'affection pour toutes les séries qui l'y auront initié.

Cette instruction ne peut pas s'acquérir en civilisation, où rien n'est lié. Les savants nous disent que les sciences forment une chaîne dont chaque anneau se rattache au tout et conduit de l'une à l'autre ; mais ils oublient que nos relations morcelées sèment la discorde parmi toutes les classes d'industrieux, ce qui rend chacun indifférent pour les travaux d'autrui ; tandis que dans une phalange chacun s'intéresse à toutes les séries, par suite d'intrigues avec quelques-uns de leurs membres, sur la gastronomie, l'opéra, l'agriculture, etc. Le lien des sciences ne suffit donc pas pour entraîner aux études; il faut y joindre le lien des fonctions, des individus, des intrigues rivales, chose impraticable en civilisation.

Il reste encore divers détails sur l'éducation des lutins; on peut les joindre à celle des bambins dont je vais traiter.

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