CHAPITRE XX
Éducation de la tribu de» bambins par les mentor! n s et mentorines.
Nous abordons une classe fort intéressante parmi les enfante sociétaires , celle qui dès l'âge de 4 ans sait déjà gagner beau» ccvp d'argent : je dois faire sonner ce mérite puisque c'est le plus apprécié en civilisation, chez l'enfant comme chez le père.
Les enfants dont il s'agit , les bambins et bambines , âgés dfr
3 ans à 4 1/2 tiennent un rang très-notable dans la phalange ; ils forment la première des seize tribus d'harmonie; mais la première et la seizième étant deux âges extrêmes ou âges de transition , d'ambigu , dérogent en divers points aux règles générales. Par exemple , elles n'ont point de sous-tribu en demj-caractère. J'$n ai expliqué les causes.
La distinction du plein et du demi-caractère est l'objet principal de l'éducation des bambins , confiés à une catégorie de fonctionnaires spéciaux : le nom de mentorins et mentorines que je leur donne est assez impropre , car un mentor est un homme qui étouffe le naturel pour y substituer des doctrines ; au contraire les mentorins d'harmonie ne s'attachent qu'à développer trèsexactement le caractère , afin qu'on parvienne à en discerner le rang en échelle générale, et que ce rang soit bien connu vers 1 âge de 4 ans 1/2, où l'enfant devra entrer aux chœurs de chérubins et chérubines.
Les mentorins ont une deuxième tâche , qui est de discerner le tempérament de l'enfant et lui assigner, comme au caractère, son ran j; dans l'ééhelle des 81 0 tempéraments de plein titre, ou des 405 de demi-titre.
On ne réussirait point à discerner caractères et tempéraments, si l'enfant, pendant Tannée passée aux lutins, avait été gêné dans sos fantaisies industrielles ou gastronomiques. La période lutine est celle du dégrossissement en l'un etl'autre genre ; un lutin s'est déjà prononcé pour diverses branches d'industrie, on voit quelle carrière il veut suivre , à quelles fonctions la nature le destine. Il en est de même en gastronomie ; l'enfant , au sortir des hauts lutins , âge de 3 ans , a déjà des goûts prononcés en gastronomie ; il est engagé dans les cabales et l'esprit de parti , aux tables, aux cuisines, et par suite dans les jardins, les vergers; ce genre de passion ne se trouverait pas chez un bas lutin de 26 à 28 mois : ainsi le lutin de 36 mois est pleinement dégrossi en arrivant aux bambins.
Parmi les lutins on évite de distinguer les deux sexes par costumes contrastés , comme le jupon et le pantalon ; ce serait risquer d'empêcher l'éclosion des vocations et de fausser la proportion des *?x?s en chaque fonction. Quoique chaque branche d'industrie «oit spécialement convenable à l'un des sexes , comme la couture pour les femmes , la charrue pour les hommes , cependant la nature veut des mélanges , quelquefois par moitié et sur quelques
emploi» par un quart ; elle veut au moins un huitième de l'autre sexe dans chaque fonction . Ainsi quoique la cave soit spécialement le domaine des hommes , il convient que la série des cavistes contienne un huitième de femmes qui prendront parti au travail des vins blancs, mousseux , bourrus, sucrés , et autres genres agréables aux femmes, dont quelques-unes, comme la femme du savant Pittiscus , aiment les vins mâles et vendent au besoin la bibliothèque du savantas pour solder en secret le marchand de vin.
Moyennant ce mélange, en chaque emploi, le sexe féminin formera une rivalité utile au masculin. On se priverait de cette concurrence en excluant un sexe entier de quelque fonction , comme la médecine et renseignement ; et ce serait l'en exclure par le fait, que d'empêcher le développement de ces instincts chez les enfants de 2 à 3 ans. La différence de costumes serait un obstacle à cette éclosion; les filles se sépareraient des garçons; et il convient de les laisser confondus à cet âge, afin que les penchants extra- sexuel s, penchants mâles chez une petite fille , penchants féminins chez un petit garçon , éclosent sans obstacles , par la présentation confuse des deux sexes à chaque atelier , à chaque travail.
Ces penchants sont déjà éclos à 3 ans , lorsque l'enfant passe à la tribu des bambins et bambines. Là on commence à distinguer les sexes qu'il était sage de confondre parmi les lutins. Il semble que cette confusion s'écarte de la règle générale de rivalité des sexes , voulue par la \ 0e passion , la Cabaliste. A cela il faut observer que les lutins et lutines, âge de 2 à 3 ans, sont la classe de sous-transition en industrie , demi-avénement à l'industrie, car ils ne font que l'effleurer ; les bambins, âge de 3 à 4 4/î, sont la pleine transition à l'industrie. Or la nature exige que dans les périodes formant transition ou ambigu, l'on déroge aux lois générales du mouvement ; aussi à l'extrémité de chaque série de végétaux ou animaux, place-t-elle des produits de transition nommes ambigus, mixtes, bàtarfls, comme le coing, le brugnon , l'anguille, la chauve-souris, produits qui font exception aux méthodes générales, et qui servent de lien.
C'est pour avoir ignoré la théorie des exceptions ou transitions., théorie de l'ambigu , que les modernes ont échoué partout dans l'étude de la nature ; ils commencent à s'apercevoir de cette erreur.
Les mentorins ont le même but que les autres instituteurs, c'est de diriger toutes les facultés de l'enfant à l'industrie productive et aox bonnes études par des amorces judicieuses.
£n amorce d'industrie le ressort primordial est toujours la série ou division trinaire : ainsi, qu'on opère sur des bambins, sur des chérubins ou autres , on doit toujours les distinguer en trois degrés , les hauts , les moyens et les bas , distinction que nous avons vue appliquée même aux poupons et aux pouparts, soit pour les âges , soit pour les caractères. Plus on forme de séries , plus le mécanisme est facile. La série à quatre divisions n'est pas moins parfaite qu'à trois.
On applique d'abord cette échelle aux instituteurs ; formant pour la basse enfance une série quaternaire, bonnins et bonnines , mentorins et mentorines. Aucun de ces précepteurs n'exerce sur tous les caractères indifféremment : chacun d'eux se fixe aux catégories d'enfant qui lui conviennent , soit par les passions déjà apparentes, soit par les penchants industriels. Chaque instituteur, dans le choix des enfants à régir, consulte ses sympathies ; aucun ne se chargerait comme en civilisation d'une cohue d'enfants confusément assortis. L'enfant, de son côté, consulte aussi ses affinités dans le choix des instituteurs , le régime de l'attrac- I
tion réciproque devant s'établir en éducation comme partout ; il n'y existerait plus du moment où on adopterait la confusion civi-
le ne traiterai pas des procédés qu'emploient les mentorins pour distinguer les caractères et les tempéraments ; cette branche d'éducation ne sera pas praticable dans les débuts. D'ailleurs, avant d'en parler , il faudrait donner connaissance du clavier général des caractères (Voyez Ve section).
La phalange d'essai manquera d'officiers experts en ce genre ; au lieu de gens habiles à discerner le naturel des enfants, donner cours à leurs penchants, elle n'aura que des esprits faussés par la morale, excitant l'enfant à réprimer l'attraction, à mépriser les richesses* perfides, à être en guerre avec ses passions, etc. De telles visions, nommées aujourd'hui saines doctrines , seront inadmissibles dans un ordre où il faudra exciter l'enfant au raffinement des passions dès l'âge de 2 ans ; car on ne peut discerner ni son tempérament ni son caractère, tant qu'il n'a pas des | goûts prononcés et cabalistiques sur le choix des travaux et des t comestibles. '
La fonction des bonnins et bonnines , l'art de faire éclore les vocations , s'exerce encore sur les bambins comme sur les lutins, car il est beaucoup d'industries hors de la portée d'un lutin et sur lesquelles on n'a pas pu mettre ses penchants à l'épreuve ; il est des branches de travail qu'il ne pourra aborder qu'à 40 ans , d'autres à 4 5 : jusqu'à ce qu'il soit parvenu aux chérubins cù l'émulation seule suffira à le guider, il faut lui appliquer les méthodes d'éclosion artificielle. Ce sujet nous conduit à parler dr»s gimblettes harmoniques, sorte d'amorce industrielle qu'on emploie avec les lutins et bambins : un exemple en va faire connaître l'usage.
Nisus et Euryale touchent à l'âge de 3 ans et sont impatients d'être admis parmi les bambins qui qnt de beaux costumes , Roaux panaches, et une place à la parade sans y figurer activement. Pour être admis à cette tribu J\ faut donner des preuves do dextérité en divers genres d'industrie , et ils y travaillent ardemment.
Ces deux lutins sont encore trop petits pour s'entremettre au" travail des jardins. Cependant, Un matin, le bonnin Hilarion les conduit au centre des jardins , au milieu d'une troupe nombreuse" de bambins et chérubins qui viennent de faire une cueillette de Mgumes . L'on en charge douze petits chars attelés chacun d'un chien. Dans cette troupe figurent deux amis de Nisus et Euryale, deux ex-lutins admis depuis p?u aux bambins.
Nisus et Euryale voudraient s'entremettre avec les bambins ; on fes dédaigne en leur disant qu'ils ne sauront rien faire, et pour essai on donne à l'un d'eux un chien à atteler, à l'autre des peti Ces rares à lier en botte ; ils n'en peuvent pas venir à bout, et les bambins les congédient sans pitié, car les enfants sont très-sévères entre eux sur la perfection du travail. Leur manière est Topposé de celle des pères qui ne savent que flagorner l'enfant maladroit, sous prétexte qu'il est trop petit.
Nisus et Euryale congédiés reviennent tout chagrins vers le bonimi Hilarion qui leur promet que sous trois jours ils seront admis* s'ils veulent s'exercer à l'attelage. Ensuite on voit défiler ce beair «mvoi de petits chars élégants : les chérubins et bambins , après* b travail achevé, ont pris leurs ceintures et panaches ; ils partent avec tambours et fanfare , chantant l'hymne autour du drapeau.
Nisus et Euryale , dédaignés par cette brillante compagnie , remontent en pleurant dans le cabriolet du bonnin; à peine sont-ils
arrivés , qu'Hilarion les conduit au magasin des gimblettcs harmoniques , leur présente un chien de bois, îeur enseigne à l'atteler à un petit chariot; ensuite il leur apporte un panier de petites raves et oignons de carton , leur, apprend à en former des paquets, et leur propose de prendre pareille leçon le lendemain ; il les stimule à venger l'affront qu'ils ont reçu, et leur fait espérer d'être admis bientôt aux réunions des bambins.
Ensuite les deux lutins sont conduits vers quelque autre compagnie , et remis à un autre bonnin par Hilarion qui a terminé avec eux sa faction de deux heures.
Le lendemain ils 'seront empressés de revoir le bonnin Hilarion, répéter avec lui la leçon de la veille. Après trois jours de pareille étude, il les conduira au groupe de la cueillette des petits légumes, ils sauront s'y rendre utiles, et on les y admettra au rang de novices postulants. Au retour, à huit heures du matin, on leur fera l'insigne honneur de les inviter à déjeûner avec les bambins.
C'est ainsi que la fréquentation d'une masse d'enfants aura en* traîné au bien deux enfants plus petits qui, en civilisation, ne suivraient leurs aines que pour faire le mal avec eux, briser, arracher, ravager.
Remarquons ici remploi fructueux des gimblettes : on donne aujourd'hui à l'enfant un chariot, un tambour qui seront mis en pièces le jour même et qui, dans tous les cas, ne lui seront d'aucune utilité . La phalange lui fournira toutes ces gimblettes en diverses grandeurs, mais toujours dans des circonstances où elles seront employées à l'instruction. S'il prend un tambour, ce sera pour se faire admettre parmi les bas tambours, enfants qui figurent déjà en chorégraphie : je prouverai de même que les gimblettes féminines , poupées et autres, seront utilisées chez les petites filles, comme le chariot et le tambour chez les petits garçons. {Voyez VIIe notice).
Des critiques diront que le menu service des douze petits chars à légumes serait fait plus économiquement par un grand char. Je le sais; mais pour cette petite économie, on perdrait l'avantage de familiariser de bonne heure l'enfant à la dextérité dans les travaux agricoles, chargement, attelage et conduite, puis l'avantage bien plus précieux de créer aux enfants des intrigues sur les cultures auxquelles ils auront coopéré par ces petits services, qui les passionneront peu à peu pour l'ensemble de l'agriculture. Ce SflftjAAUie.bien fausse économie que de négliger ainsi les fi
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d'Attraction industrielle, et les moyens de faire éclore les vocations; épargne aussi désastreuse que la concurrence réductive du salaire, qui réduit les ouvriers en victimes de naumachie, s'entoetuant politiquement pour se disputer le travail.
Un stimulant qu'on ne peut pas faire valoir ^cn civilisation et tjui est décisif en régime sociétaire , c'est la précocité de certains enfants. Dans toutes les catégories il s'en trouve de précoces d'esprit ou de corps. J'en ai vu un qui , à dix-huit mois, valait en l'un et l'autre genre les enfants de trois ans. Ces précoces montent en grade avant le temps ; c'est un sujet de jalousie et •d'émulation pour leurs pareils , dont ils ont quitté la compagnie. La civilisation no peut tirer aucun moyen émulatif de cette précocité que l'harmonie utilise en matériel et en intellectuel. L'ascension prématurée d'un enfant fait une vive impression sur les plus habiles de la tribu qu'il abandonne ; ils redoublent d'efforts pour l'égaler, se présenter bientôt aux examens d'ascension. Cette impulsion se communique plus ou moins aux inférieurs, et l'éducation marche d'elle-même par tous ces petits ressorts dont la civilisation ne peut faire aucun emploi, parce que ni l'industrie, ni les études ne sont attrayantes hors des Séries passionnées.
L'état sociétaire peut seul présenter à l'enfant , dans toutes les branches d'industrie , un matériel échelonné qui fait le charme du bas âge, conme sera une échelle de chariots , bêches et outils en sepfirgrandeurs différentes, appliquées aux sept corporations de lutins , bambins , chérubins , séraphins , lycéens , gymnasiens et jouvenceaux. Les outils tranchants, haches, rabots, ne sont pas encore livrés aux lutins et bambins.
C'est principalement par emploi de cette échelle qu'on tire parti de la singerie ou manie imitative qui domine chez les enfants ; et pour renforcer cet appât , on subdivise les diverses ma* chines en»sous~écheloBS. Tel outil, à l'usage des lutins, e?t encore de trois dimensions adaptées aux trois catégories de hauts lutins, mi-lutins et bas lutins; c'est à quoi devront veiller ceux qui feront les préparatifs de la phalange dVssai .
On emploie de môme cette échelle dans les grades industriels qui sont de plusieurs degrés , aspirant , néophyte , bachelier , licencié, officiers divers.
Dans tout travail, ne fût-ce que l'assemblage des allumettes, on établit cette échelle de grades et de signes distinctifs, afin que Itaifaat puisse décheoir ou s'élever d'un degré selon son mérite.
Les enfants harmoniens ont le même faible que les pères ci v lises, le goût des hochets, des titres pompeux, des décorations en tringles, etc. : un enfant de trois ans, haut lutin, a déjà pour le moins une vingtaine de dignités et décorations , comme celles de
Licencié au groupe des allumettes ,
Bachelier au groupe d'égoussage,
Néophyte au groupe du réséda, etc., etc.,
Avec ornements indicatifs de toutes ces fonctions.
L'on procède avec beaucoup de pompe dans les distributions de grades qui ont lieu aux parades.
L'impatience d'admission à ces dignités , ainsi qu'aux échelons bas, moyen et haut de chaque chœur , est un grand stimulant pour les enfants , cet âge étant peu distrait par l'intérêt, point par l'amour, est tout à l'ambition de gloriolp ; chaque enfant brûlede s'élever de tribu en tribu, d'échelon en échelon, toujours empressé de devancer l'âge, s'il n'était contenu par la sévérité des examens et des thèses. Chaque tribu en laisse le choix au récipiendaire y car il est indifférent que l'enfant prenne parti pour tels ou tels groupes industriels (chapitre XIX), il doit seulement faire preuve de capacité dans certain nombre de groupes qui, en se l'agrégeant, attestent par le fait sa dextérité et son instruction. Ces attestations sont expérimentales, et nulle protection ne pourrait les faire obtenir, puisqu'il faut opérer et figurer adroitement dans les fonctions d'épreuve. Les groupes d'enfants étant très-orgueilleux, aucun d'eux n'admettrait un postulant qui pourrait exposer le groupe aux railleries dans les rivalités avec les phalanges voisines-
Je cite pour exemple une bambine de quatre ans et demi,. postulant l'admission au chœur de chérubines. Elle subira à peu pues les épreuves suivantes :