DEUXIÈME NOTICE
Bunnimoit i>v passionnel des siaiss.
CHAP. V. Des fnàs passions distributives ou ressorts organiques d'une Série passionnée.
Ce ne sera pas en tlrstribulion matérielle des séries qn'on éprouvera de la difFIcullé; d'ailleurs je pourrai ajouter beaucoup d'înslrurlions à celles des 4 chapitres que je viens de donner sur ce sujet.
L'obstacle à redouier licndra au jeu de certaines passions que les moralistes voudront entraver; e( rependant b série la mieux formée perdrait toutes ses propriétés, d'altraclion industrielle, arrord direct des inégalités, accord indirect des antipalhi(|ues. etc. si on n^ljge^it d'y développer combînément les trois ressorts que j'ai nommés passions mcraiiisanlesoudistribullves. Si l'une des trois est eiiïravced.Tnsune série, lasérieest faussée, les accords et l'alirarlion industrielle soni faussés de mâme, et réduits à.dcs simulacres qui feraient avorter le principal équilibre, celui de réparlïlion.
Définissons CCS trois passions :
Je romincnre par ta Papillonne : c'est le besoin de variété périodique, situalions contrastées, changemeiis de scène, incidens piquans, nouveautés propres à créer l'illonon , i stimuler sens et ame à la fois.
-, Goot^ie
80 MOUTKAU HOKDB
Ce beioîa se Êtît ientir modérémeDt dlieure en heure et TÎvenient de deux en deux heures. 'S'il a est pas Mlù- &it, rhomme tombe dans ta tiédeur et l'eitnui.
Cest sur le plein essor decelle passion que 'repose une branche de bonheur attribuée aux sybarites parisiens, l'art de vivn si bien et si vite, la variélë et l'enchaiDeiiKol des plaisirs t eufîn la rapidité du mouvement, bonheur dont les Parisiens sont infiniment loin. { Voyea 115981e parallèle d'une journée d'harmonien nvec |la journée la plus heureusequepuisseespérerun civilisé, l'impossibilité '■ où est celui-ci de s'élever un seul jourde sa vie au d^ré de bonheur dont jouit chaque jour le moins fortuné des Harmoniens. )
En opérant par séances très-courtes de i '/a, a heur» au plus, chacun peut exercerdansie cours de lajouraée, 7Â8.sorte5 de travaux attrayans, varier le lendemain, fréquenter des groupes difîérens de ceux de la veille; cette méthode est le vœu de la onzième passion dite PapOiorme qui tend à voltiger de plaisir en plaisir, éviter les excès où tombentsans cesse les civilisésqui prolongent vn travail pendant 6 heures, un festin 6 heures, un bal 6 heures et durant la nuit , aux dépens de leur sommeil et de leur santé.
Ces plaisirs civilisés ne sont toujours que desfonctions improductives, tandisque l'état sociétaire applique la variété de plaisirs auxlravaux devenus alIrayans.Décrivoat cet alleraat par le tableau de deux journées d'harmoniens, un pauvre et un riche.
heures. Journée de Lucas au mois de Juin. i3 '/a lever, préparatifs, à 4 séance à un groupe des écuries.
kS — à un groupe de jardiniers.
kf le déjeuner.
i 7 "/a — au groupe des faucheurs, à 9 ■/> — au givupe des légumistes sotu tente.
ait — i la série des étables.
-, Goot^ie
INDCSTBIEZ.. I.*S. él
à t LE dîné.
à 3 — 3i la série des sîlraias.
i 4 *~- à un groupe de mana&clure.
i 6 — à la série d'arrosage.
i 8 — la bourse,
â S'/a' U soupe,
à 9 — frëqnentalEon atnusaaU.
à 10 h amcher.
Nota. On tient la bourse dans chaque phalange , non pas poar agioter sur la reate et les denrées , mais pour négocier les réanions de travail et de plaisir.
J'ai supposé ici une jouméeà 3repas seulement, comme léseront celles des débulans en harmonie : mais quand d\csera en plan exercice, la vie active, l'habiiude des séances courtes et variées donnera un prodigieux appé-' lit: les êtres nés et élevés dans l'harmonie seront obligé» de fiïre cinq repas , et ce ne sera pas trop pour consommer l'immense quantité de vivres que produira ce nou ' vei ordre , où les riches variant leurs fonctions plus fréqnemmentquelespauvresoQtplusd'appétit etdevigueur. ' C'est en tout point le contraire du mécanisme civilisé. ' Jevaisdécrire encadrede 5 repas une journée d'homme riche, exerçant des fonctions plus variées que celles du précédent qui est un des villageois enrôlés au début.
JotJBNÉE DE MONDOHEN ÉTÉ.
heures sommai de lO '/a du soir à 3 h. du matin, i 3 '/» lever, préparatifs,
à 4 Cour du lever public, chronique de la nuit, i 4 V^ ^ JiéiUé, L^vrepassuividelaparadeindustridle. à 5 1/3 séance au groupe de la chasse. 3 7 «^ au groupe de la pèche.
1 8 ' hD^eané,\ts%a.utl\ti.
^ 9 séance à un groupe de culture sous tente, i 10 -— i lit messe.
i 10 i/a ^ au groupe de la faisanderie. ait 1/9 ■— à la bibliothèque.
N..,j-,Goot^le
fta KOtJVEAD MOXOX
i X LE Dîné.
i 2 '/a — aa groupe des serres fraîcîics.
1 / — au groupe <ies pUnles exotiques.
A 5 — au groupe des Tiviers.
& 6 k Goûté i la campagne.
i (> 7a — au groupe des ménaos.
à 8 la bourse.
i 9 LE Souper, 5* repas.
à 9 Va rourdes arts, concert, bal, ^ectade, réc^ktions.
à lO Va le coucher.
On ne voit dans ce tableau que trf^-peu d'inslans laisses au sommeil : les h»riooiiiciis dormiront fort peu; l'hygiène raffinée, jointe à la variété des séances, les habitueront à ne pas se fatiguer dans les travaux ; les corps ne s'useront pas dans la iouniée , n'auront besoin que d'un sommeil très-court et s'y habitueront dès Tcnfance , par une afflaence de plaisirs auxquels la journée ne pourra pas suffi rc.
Puur faciliter les déplacemens fréquens qu'exige ce genre de vie, on ménage, d;ins tous les corps de bàtîmcDs d'un phalanstère ou édiBce de la phalange, des Tues-gaieries au premier étage et au bas, chaufTêes par tuyaux en hyrcr, et rafraîchies en été; puis, des couloirs sur colonnes entre les corps parallèles, et des souterrains sablés communiquant du phalanstère aux étables : moyennant quoi l'on peut parcourir à couvert les salles , ateliers cl élubles , sans savoir s'il fait chaud ou froid au dehors. Dans la campagne, on cmploledegrandes voilures légères à dix-huit personnes pour le transport des groupes agricoles.
Quelques civilisés prétendent que cette distribution sera bien coûteuse : elle coûtera infiniment moins que les frais actuels de vèlemcns et voitures, mouillage et boue, rhumes , fluxions et fièvres, gagnées par les brusques transitions et les excès.
D'autres disent que la fréquente rariété de séanoea
INDUST&IEL. I.*S. 83
consomera faeaacoop de temps eu déplacemens : il en coulera de 5 à 15 minutes, moins d'un quart d'heure en moyen icrmc. pour les déplacciuens champêtres, et 'moitie moins à riiiici-ieur.
Ceux qui rcgrellcnt ce cTi&mage sont comparables â celui (]ui proposerait de supprimer le Gommoil , parce que c'est un temps penlu pour rinduslric. C'est arcél<i ■ rcr l'inJuslric , que de lui niéiinger des repos : le lrav»il p»s^ioHllc des baniMnicns sera ardent , iU feront en une heure ce que ne font pas en trois licurcs nos -salariés leuls, nialadroils, ennuyés, miisards, «arrêtant et s'appiivanl sur leur bèrlicdès qu ils yoicnt passer un oiseau. L'anleur des Iiarnionîens au travail deviendrait un c>cès nuisible , si elle n'était leoipérée fréquemment par les relâches qu'exige le chan{!cmcni de séance. Mais [es critiques vciilenl toujours juger le mécanisme sociétaire daprù&les coutumes et moyens du système civilise. Je passe aux deux autres passions mécanisâmes. Li <^-)balislc cl la Composile sont en contraste parfait ! la prcHiièrc est une fougue spéculative et réfléchie; la deuxième c&l une fougue aveugle , un état d'ivresse , denlrainemcnt qui naît de l'assemblage de plusieurs plaisirs des sens cl de lame , goi^tcs simullancmcui.
La Ctibalisie , ou esprit de parii , est la manie <le l'intrigue irès-ardcnie chez les ambitieux , les courli.sans, les Corporations alTiJiées, lescommerçans, le monde galant. L'esprit cabalistique a pour trait dislinclif de mêler toujours les calculs à la passion .: tout est cnlrul chez 1 intrigant; ne fut-ce qu'un gcsie, un ctin-d'ceM, il fait tout avec reflexion et pourtant avec célcrilé. Celte ardeur l'e la lo/ passion .dite C/iW/s/<!, est donc une fougue réfléchie, formant le coalraslc de ta fougue nvciigic qui est le propre de la Composite, I3.« passion. Chacune des deux stimule les groupes d'une Série industrielle par deux impulsions contrastées.
La Cabalisie est pour 1 esprit humaîa an besoin si im- P^iu, qui dé&ut d'intrigue! rédlot» il en cbercbe
84 NOUVEAU HONDK
aviâeniciit de factices, au }eu> au théâtre, dans les romans. Si TOUS rassembla une compagnie , îl faut lui créer une intrigue artificielle en lui mettant les cartes à ' la main , ou en machinant une cabale électorale. Il n'est rien de plus malheureux qu'un homme de cour exilé en province , en petite ville bourgeoise et sans intrigue. Un marchand retiré du commerce el isolé tout-à-coup des cabales mercantiles qui sont nombreuses et active*, se trouve, malgré sa fortune, le plus malheureux des hommes.
La propriété principale delaCabaliste, en mécanique de série, c'est d'exciter les dïscords ou rivalités émulatives entre les groupes d'espèce assez rapprochée pour se disputer la palme et balancer les suffrages.
On ne verra pas s'accorder les groupes cultivant le beuré blanc précoce, le blanc tardif, le vert piqueté; ces groupes contîgus en nuances sont essentiellement-jaloux et disrordans. Il en sera de même des trois groupes cultivant les reinettes jaune, grise et verte.
Lediscord des nuances contiguës est loi générale de la nature : la couleur écarlate s'allie fort mal avec ses contiguës, cerise, nacarat , capucine; mais fort bien avec ses opposées , bleu foncé , vert foncé , noir, blanc. Tj» note RE ne s'accorde point avec UT dièze, ni avec MI bémol qui lui sont contigus, très-peu avec UT etMlnalu- ' rels qui lui sont sous-contigus. Redisons qu'il faut en harmonie sociétaire des discords comme des accords.
Mais les discords ne peuvent pas éclater entre groupes- de nuances peu voisines comme ceux qui cultiveront la poire-perle et la poire-orange. Il existe déjà entre ces ' deux petites poires un différence trop saillante pour faire naître l'hésitation des juges; ib diront qu'elles sont bonnes toutes deux , mais trop peu rapprochées pour prêter au parallèle : dès-lors la jalousie , l'esprit de parti n'éclateront pas entre les deux groupes qui les cultivent, •n aaanqnera le jeu de la Cabaliste.
U ftal donc , dans toute Série patronnée , «oit d'in- -
N..,j-,Goot^le
INOUSTSIEL. I.* S. 65
basait, soit de plaisir, former une écbellê de fonctions très-r^tprochées en nuances , l'èehelU compacte ou serrée.
Cest an moyen sdr de donner un essor actif à ]a CaluJisle, élerer chaque produit à une haute perfection , eiciler une ardeur extrême dans \es travaux , une grande intimité parmi les sociétaire* de chaque groupe.
Oa manquerait ce hrillant résultat si on n'excitait pas lerafËoement de goûts parmi les consommateurs comme parmi les producteurs. Que servirait aux Harmonlens la grande perfection de culture daiu. chaque Tariélé de prodoit, s'ils avaient affaire à un public moraliste et uniforme en ses goûts , ne mangeant que pour modérer ses passions, et s'interdisant tout raffinement de sensualité, pour le bien de la morale répressive? Dans ce cas, la perfection générale des cultures tomberait faute d'appréciateurs, l'eSprit cabalistique perdrait son activité parmi les groupes de producteurs et préparateurs , l'In* uustrie agricole retomberait dans la grossièreté, comme aujourd'hui où l'on trouve à peine un centième des civilisés apte à juger de l'excellence d'une denrée ; d'oiî il résulte que le vendeur qui fausse les qualités a 9g chances de vente contre une de refus : de là vient que tous les comestibles sont si mauvais eu civilisation.
Pour obvier à ce désordre, l'état sociétaire élèvera les enfàns à l'esprit cabalistique en trois emplois, en consommation, en préparation et en production. Il les habîluna dès le bas âge à développer et motiver leurs goûts sur chaque mets, chaque saveur et chaque sorte d'accommodage ; exiger sur les moindres comestibles des apprêts variés selon tes divers goûts , former enfin l'échelle cabalistique en consommation , pour l'étendre par suite aux travaux de préparation , conserve et production.
Cette variété de goûts, qui serait très-ruineuse en civilisation , devient économique et productive en association ; elle y procure le double avantage D'excîler l'attractioa industrielle.
Faire produire et consommer par séries.
r,: ..I .LiOO^ie
86 NOCVEATI MONDK
TjC inéranismc des Scriu passionnées tomberait dès J'inslant où il ne s'étendrait pas à la consommai Ion : lieurcDsement c'est là t\n"i\ eal le plus aiséilcrinlrodtlire par deux cchell&« ou séries dcfïoûis.une sur les apprêts, une sur les qualités. Celle celicllc d'exigences nait d'ellemême partout où on laisse libre rours aui impulsions naturelles. Par exemple, dans une auberge où rharun paie son éeot, et où il n'y a ni père, ni maître, ni influence qui oblige à dissimuler sa fantaisie , vous verrez sur les moindres m£ts, sur une salade, sur une omelette, plusieurs goûts se manifester , désirer jusqu'à dix et douze variétés; presqu'auiaut de variclés que d'individus, si leur nombre n'excède pas sept.
Ainsi le penchant aux préparations graduées, ou cuisine par série , éclate partout où on ne le contraint pas. Je tais qu'il serait impossible en rivilisalion de salisfaîre celte mulliplicilé de goûts; chaque ménage se ruinerait à faire une demi-douzaine de cuisines ditTcrcnles pour le père , la mère , les enfans , les domestiques; c'est par celle raison que le père appelle à son secours la morale, qui prouve qu'on doit avoir des goûts uniformes qu'il dicte à sa volonlc. Cela est bien en civilisation: mais nous allons parler d'un ordre où les variélcs échclunées seront plus économiques en préparation , et beaucoup plus productives en culture; on n'aura donc pas besoin d'entrcmcllrc la morale pour étouffer ce penchant.
En conséquence, la phalange d'essai devra s'iitlachcri provoquer parmi le peuple une grande variété de goùls sur tous les romesliblea; on l'habituera àgrarjuer let^ fantaisies en échelle compacte, en nuances Miinulicusemeiit distinguées, et très- rapprochées. Sans celle érliellecompacle, on ne parviendrait pas à établir, entre les groupes conligus de chaque série, des discorda développant la passion dite Cabalistet l'une des trois qui doivent diriger les séries.
La Composite, on exaltante, crée lesaccords d'enllioutîasme. U ne «urïirail pas du ressort de cabale , ou esprit
L,: ,,, .L.oo;Mc
INDIJSTRIBL. !.' S. 67
■ifc parli , -pcm-t ëîeetriser les groupes dJans'learstraTaax : il faut mettre en feu les deux contrastes , la fougue rcfléfhïe dclaCabaltsie.et lafougueaveugle de la Composite, qui est la plus romantique des passions, la plus ennemie du misonneinent. J'ai dit qu'elle mit de l'assemMage de plusieurs plaisirs des sens et de l'àme , goâiés .siinuhanémenl. Elle esi G>inposile bâiarde quand clic se iormo de plusieut:splaisirsd'unseulordre, tous sensuetsou tous animiqucs. Il faut que celle passion s'applique à tous les travaux sonétaires.que la Composite et la Cabaliste y remplacent les vils ressorts qu'on met en jeu dans l'induslrie rivilisée , le besoin de nourrir ses enfans , la crainte de mourir de f:iim. ou d'être mis en réclusion dans les dépôts de mendicilë.
Au lieu de ces mobilesabjects, l'ordre soeîélaire sait, par etn|iloi continuel des trois passions mécanisantes, et surloni de la Composite, animer chaque groupe industriel d'onqaadriiple charme; savoir: deux illusions pour les sens et deux pour l'àmc; en tout, quatre sy^mpathics entre les sectaires d'un même groupe.
Les deux sympathies de l'ame consistent dans les accords d'ideuliié el de contraste.
Il yaacrord d'identité entre les sectaires d'un groupe: ils sont m-ces^airemenl identiques d'opinion en faveur d'une fonction qu'ils ont choisie passionnément , et qu'ils pearent quitter librement ; l'accord d'identitëdevient un charme puissant lorsqu'on se Toit secondé par une troupe de coopéralenrs zélés , intclligens, bîenyeillans , au lieu de ces mercenaires gauches el grossiers, de ces fripons déguenillés qu'il eût fallu s'adjoindre en civilisaiion-La présence d'une compagnie gracieuse et amicale fait naître une vire ardeur à fourrage , pendant la courte séance , un empressement à s'y retrouver, et à se réunir quelquefois dans des repas de groupe, aux époques où le iravail est interrompu.
Le second charme de l'ame est cela! du contraste: j'ai Ail et je dois répéter que, pour le iaire naître parmi les
divers groapes industriels d'une série ■ U &at les écheloner, par nuances cÔDaécutires et rapprochées, employer, l'ordre -compacte et serré d'où naissent les di&rords de chaque groupe arec ses conligus , «t les accords avec tes groupes opposés au contre-centre.
Voyez sur ce sujet le tableau d'une série libre et complcie» qui est placé à la fin du quatrième chapitre.
Outre les deux sympathies de Vitne , en identité et contraste t u'* groupe industriel doit être stimulé par deux ao- (rea véhicules de charme sensuel , qui sont le charme de perfectionspécïale,ouexcellence à laquelle chaque groupe élèreson^^produit, et l'orgueil des louanges qu'il en reçoit , puis le charme de perfection colleclive, ou luxe d'ensemble qui règne dansées travaux et produits de la série entière.
Quelques groupes peuvent manquer d'un de ces quatre charmes ou le posséder faiblement ; peu importe , car il suffit déjà de deux charmes pour créer l'attraction industrielle: on verra d'ailleurs qu'elle a beaucoup d'autres sources, et j'en compterai au-delà de douze dans les chapitres suivans. Il est dans Tordre que l'iaduslrie sociétaire présente des amorces aussi nombreuses que les dégoûts de l'industrie civilisée.
Cet aiguillon de charmes sensuels et spirituels sera incomplet, peu actif dans la phalange d'essai ;mais ony en verra de beaux germes croissant rapidement ; et ces lueurs snf&ront à faire entrevoir le haut degré où s'élèvera le charme îndastriel , quand le nouvel ordre aura acquis de la consistance, et roulera sur une génération élevée en harmonie, préservée de la double disgrâce dont les enfans sont frappés par l'éducation civilisée , qui perclut les corps par la fausse gymnastique , et les âmes par les préjugés.
Four résumer sur ces trois passions dites mécanisantes qui sont les trois ressorts organiques d'une Sâ-ie industrielle, observons que, si elles ne sont pas développées toutes trois combinémcnl , l'attraction industrielle ne
INDCSTaiEL. I.*3. 89
Tiaîtrapas, oa bien si elle apparaît, ce sera poar s'amortir pea à peo , et s'éranouir bien vite.
Ain» la condition à remplir pour s'élever à l'industrie aftra7ante, est d'abord de former des séries de groupes suitordonnées au jeu de ces trois passions :
JUvalisées par la Cabaliste , ou fougue réfléchie qiû engendre les discorda entre groupes contigos , pourvu qneréchelle des groupes soit compacte, formée de goûu cL de fonctions très-rapprocbécs en variétés.
£xallées par !&' Composite, ou fougue aveugle, qui nait du cbarme des sens et de l'ame , quand ces deux sortes de cbarmes sont réunis et soutenus des quatre accords cités plus haut.
£ng7ien«uparlaPAPnxoNNK, qui estlesoutien desdeux autres, et maintient leur activité par les courtes séances, par les options de nouveau plaisir qu'elle présente périodiquement , avant qu'on n'arrive à la satiété ni même à la tiédeur.
J'insiste sur l'importance de la Papillonne , qui est la plus proscrite ; sur la nécessité des séances courtes et variées, principe qui condamne toute l'industrie civilisée: observons les effets de cette méthode en matériel et en passionnel.
£n HATÉHIEL, elle produit l'équilibre saniuire : la santé est nécessairement lésée, si l'homme se livre douze heures à un travail uniforme, tissage, coulure, écriture ou autre qui n'exerce pas successivement toutes les pai^ lies du corps et de l'esprit. Dans ce cas, il y a lé$ion même par le travail actif de culture, comme par celui de bureau : l'un excède les membres et viscères, l'autre vide les solides et fluides.
Cesl pis si le travail actif ou inactîf est continu pendant des mois, des années entières. Aussi voit-on dans cerlains pays un huitième de la population ouvrière affligée de hernies , indépendamment des fièvres nées d'excès et de mauvaise- nourriture. Diverses fabriques de produits chimiques , de verrerie et même d'étoffes ,
9t> KOUVBAt aONDS
sont un rentable assassinat des oarriers , par le senl {ait de conlînuilc du travail. II serait eiempt de danger, » oo n'y einpioyall que de courtes séances de deux heures, tenues seulement deux ou trois fols par semaine.
La classe riche , faute de re rcgimc , tombe dans d'autres maladies; apoplexie, goullc, rhnniatismc. inconnues du pauvre culiiratctir. L'ohésïlé, si commune che* les riches , dénote un vire radical d'éf]uilibre sanitaire,un régime contre naluredans leurs travaux comme dans leurs plaisirs. La deslinaiïon satiilaîre de l'hoinme est dans cette Tariéiê perpétuelle de fonctions qui , exerçant tour à tour chaque fiicullc du corps et de l'esprit , tuainn'endratt chez loulcs iHClivilc et l'équitibre. C'est précisément le but que nianquenl les sybarites parisiens, tout en se flatlani de savoir vivre si bien et si vite . genre de vie qui n'est réserve qu'aux Séries passionnées et dont les Parisiens ne connaissent que te désir sans avoir aucune idée de la CHciSE.
E^PASSlo^^Et, 1» Papillonne produit Varcord des raraclères, mémcdescontraircs;exGn>pIe: A cl B sont deux personnages d'humeur incoinpatible, mais il arrive que Gur Go groupes que fréquente A, il s'en trouve un tiers , 20 où ses Inlcrcls co'ûicidcnl avec ceux de B, clou il lire parti des goûts de B quoique opposés aux siens. Il en est ainsi des goûis de B à l'égard de A ; dès-lors sanss'aimer ils ont l'un pour l'autre des ménagemens,dela ron^dération, une protection iniércs^cc.
Ainsi l'intérêt qui désunit les amîs dans l'état civilisa, réunit les ennemis mêmes duns l'êlal sociétaire: il y concilie les caractères antipathiques, par coopération indirecte, née de l'engrenage ou papillunnage de foncliou» qu'opèrent les coitrics séances.
C'est parcelle brièveté de séances qu'une série, ne fAtetle que de 3o personnes, peut introduire ses sectaires dans cent autres sédes, former avec elles dps liens d'amitié et d'intérêt. On verra que cet engrenage est indispensable pour arriver aux deux buts principaux qui W*
xMitrSTiirxc. l.'S. gi
1 .* la i^Mriîtion ëquilable du iriple dividende affedé au cnpî'al, an travail cl au talent, n.' l'accord parfait en iiiicri-l parroic de la cupidiié^uî «st aujourd'hui ]aplus Icrotide sourrc de disfonl&t.
C'est donc par emploi de la passion la plus proscrite «les piiîlo^K>pht».de la Papillonne, «gucnous allonsrésou- (Ire tous les problèmes sur lesquels ils ont ériioué. Cnmbîcii ils Tonl se désespérer do n'avoir jamais fait le calcul desrourtes séances et des résultats qu'elles produira ici il ! Il (àul être comme tes moraliKlcs, ennemi de la nature et de l'cviilencc , pour nier ce besoin de Tariélc , qu'on voit dominer même en affaires matérielles. Toute jouissance long-iemps prolongée devient abusive.émousse les or^nes , use le plaisir : un repas de 4 heures ne se 1erminera pat sans excès; un opéra de 4 heures finit par afTadir le spectateur. L'ame est exigeante aotant que le corp« sur cette variété ; aussi les cœurs sont-ils très-sujets au variable chez ta grande majorité des deux sexes.
Chaque homme et chaque fiemme roudraîent avoir un sérail si la dépense et la loi ne sj opposaient. Les grave* Hollandais, si moraux à Amsterdam, ont à Batavia leurs sera ils assortis en femmes de trois couleurs, blanches, négresses et mélisses. Voilà le secret de lA morale, elle n'est qu*hypocri»;te adaptée aux circonstances, etjetaul le masque dès qu'elle peut le faire impunément.
I-es races ont besoin d'alternat et croisement en végétaux comme en animaux. A défaut de cette variété elles s'abâtardissent. I>es estomacs ont de même besoin d'altenial : une variété habituelle de mets facilite les digestions : mais l'cslomac rebutera bientôt le meilleur mets i s'il fui est présenté chaque jour.
L'aiiic se bla«cra sur l'eKerci<% de toute vertu qui ne sera pas relay^ée par quelqu'autre vertu. L'esprit exige aussi cet alternat :.les caractères fortement dominés de la passion dite PapillonNE , ont besoin d'avoir i la fois 3 ou 3 intrigues , soit en ambition , soit tn unour, lire t ott 3 ouvrages cumutalirement^
ga KOUVEAU BONDE
La lerre même veut des alternats de semailles et productions : la plante veut des alternats de reproduction par graines, plants, marcottes, etc., te sol veut des échanges et transports de terre; toute la nature veut donc la variété ; il n'existe |au monde que les moralistes et tes Chinois qui veuillent la monotonie, l'uniformité ; aussi les Chinois sont-ils les êtres les plus faux et les plus éloignés des voies de la nature.
Les moralistes mêmes approuvent indirectement a besoin de rariéié, car ils nous prtMneltent des charma toujours Ttouveaux dans l'obéissance à leurs saines doctrines de mépris des richesses', amour de l'enniû, delà mauvaise cuisine, du brouet noir, etc.
Les trois passions, Cabaliste, Papillonne et Composite, étant les plus critiquées par la morale, qui est l'antipode de la nature , on doit présumer que ces passions joaent un grand rôle dans le mécanisme social voulu par la nature ; elles y tiennent le gquTCrnail, car ce sont elles qui dirigent les Séries passionncèi : toute série est faussée en mécanisme, siellenefavorisepasl'essorcoinbinédeces (rois passions qui forment legenreneutredanslagammedes 12.
Genre actif, les quatre passions de l'ame , les groupes.
Genre passif, les cinq passions des sens.
Genre neutre , les trois passions mécanisantes. elles sont neutres parce qu-'elles ne sont que jeu de quelques-unes des neuf autres; chacune des trois ne peut se développer qu'autant qu'elle met en mouvement au moins deux des neuf autres.
C'est par cette raison qu'elles oni échappé aux regards des analystes, et que personne n'a daigne leur accorder un brevet d'existence : je n'ai pu les découvrir qu'à la suite de calculs sur le genre neutre méconnu des modernes , quoiqu' admis chez les anciens. Sur ce point comme sur tout autre, le génie moderne s'éloigne de plus en plus des voies, de la nature , tout en vantant s<hi vol sublime vers la perfectibilité. > *
Observons quelestrois passions neutres conduisent au
INDUSTBIEl. VS. 93
>at, àVhamionie et à l'équilibre des passions, par tous
les moyens que dédaigne la morale ; on verra dans le cours de l'abrégé que cet équilibre si vainement rêvé , naîl da jeu de la Papillonne qui prévient tous les excès eopréseniant toujours de nouveaux plaisirs avant qu'on n'ait eu le temps d'abuser du plaisir présent. Elle amène donc les passions à l'équilibre parafHuence de plaisirs et non parmodération raisonnée, car elle opère par emploi de dfox fougues, La G&BALiSTE on fougue réfléchie , La Composite ou fougue aveugle , ipii toutes deux pousseraient aux excès, même en vertu , sans l'intervenlion périodique de la PAPILLONNE ou manie de voltiger d'un plaisir à l'autre.
Ainsi les Séries industrielles seront dirigées par 3 moteurs les plus réprouvés de la morale, par 2 fougues contrasiécs que tempérera l'inconstance. Tel est le secret de rcf|uililH« des passions ; l'on^ n'y arrivera que par des voies opposées à nos visions ^e. modération et de raison glaciale, que par emploi des passions les plus diffamées, telles que la gourmandise et la cupidité: elles sont en régime sociétaire les plus utiles à l'harmonie générale': on en jugera dès la 3.* section oiî commence l'application des principes exposés dans les deux premières.
Nota. Ce chapitre étant le plusimporlant de tous, puis- <[a'il contient la dcBnilion des trois ressorts qui doivent tout diriger, il m'a paru nécessaire de lui donner l'étendue qae devrait avoir chaque chapitre d'un sujet aussi neaf. Toutysera sans couleur faute de détails explicatifs. Sic voluere dit : a\ns\ l'exige le monopole de génie qui repou&se toute idée neuve, et restreint une science nouvelle > quelques pages, en vertu du principe :
■ Nul n'aura de l'esprit qae nous et nos amis. »
Avec leur bel esprit alleindront-ils au but où conduit
™s itiéorie ? Attacher à la pratique de la vertu quadruple
P'mir des sens et de lame , au lieu de quadruple disgrâce
'fonta recueille si on se corifie aux dogmes de la morale.