NEUVIÈME NOTICE
DE l'accokd em eApabtitior.
CHAP. XXXIII. De la classification des S^-ies. -
Rien n'est plus aisé que de répartir en proportion du capital , c'est une opération purement arithmétique , bien connue de tout le monde ; mais la rétribution du travail et du talent , l'art de contenter chacun sur ces denx points est tellement ignoré , que tous les civilisés se plaignent , d'injustice et passe-droits vexatoires sur l'une et l'autre dette ; il serait impossible de satisfaire ces deux prétentions , s'il fallait donner à chaque individu le produit direct de son travail dans une trentaine de séries et une centaine de groupes dont il est coopérateur ; on serait obligé de vendre séparément chaque récolte , partager le montant d'un carreau de choux à plusieurs groupes qui l'ont soigné en exercice parcellaire , tel groupe en labounge, tel antre en plantation on semis ; celui-ci en arrosage , celui-là en soin des grains : ce sérail une complication indéchî£Frable ; il faut une méthode expédilive, qui abrège comme l'algèbre en comparaison de l'arithmétique.
Pour expliquer ce mécanisme de répartition abrévialive , il faut enseigner d'abord  classer les séries selon leur degré d'importance et de droits à un dividende plus ou moins fort. Chaque série étant associée et non pas fermière de sa phalange, elle perçoit un dividende, non sur le produit de son travail spécial , mais sur celui de
toutes les séries; et sa rétribution est en raison du rang qu die occupe dans le tableau des fondions , divisé en trois classes , nécessité, utilité et agrément.
Par exemple : telle série qui produit les graminées ne perçoit ni demi, ni tiers, ni quart du produit de ses grains recueillis ; ils entrent dans la masse du revenu à vendre ou à consommer; et si la série qui les a produits est reconnue dehaute importance en industrie, elle est rétribuée d'un loi de i.*f ordre dans la classe où elle Bgure. La série qui produit les grains est évidemment de la i.CTc classe dite nécessité; mais dans cette classe, on peut distinguer environ cinq ordres |de séries; et il est pro- ' bable que celle qui produit les grains , froment , seigle , ' orge, avoine, maïs, etc., sera tout au plus de 3/ ordre en échelle de nécessité; car le travail de labour et celui de manutention du grain ne sont pas répugnans, et doivent être classés après les répugnans qui sont au i ." des cinq ordres de nécessité.
Le travail des Petites Hordes est le i." de lous;vient ensuite celui de boucherie où elles interviennent pour la partie fétide.ou triperie. Les fonctions des nourrices , des pouponistes et des infirmistes étant répugnantes, doivent être classées avant celles du labour; il en est de m£me des fonctions chirurgicales et médicales , ainsi que du travail des corvéistes : ces emplois comprennent plusieurs séries qui figurent en i ," ordre dans la classe de nécessité*
RépcLoos que ce n'est pas sur la valeur du produit qu'on règle tes rangs, c'est sur l'influence d'un travail en mécanique d'attraction et d'harmonie : voici à cet égard, un problème sur lequel se tromperont tous les civilisés. Laquelle des deux séries de FLORICOLES ou FRVCTICOLES doit-éire placée avant l'autre? Chacun répondra que ce n'est pas un sujet de doute , que les fruits sont infiniment plus précieux que les fleurs ; donc la grande série qui cultive les vergers , les espaliers , doit non-seulement être classée avant celle qui cultive le» fleurs, mais celle des fructicoles doit-étre placée en ca-
tégorie d'utilité , et celle des floricoles en catégorie d'agrément qui est moins rétribuée. Ainsi opineront les civilisés ; n'ayant pas besoin d'attraction industrielle , ni d'harmonie, ils n'en estiment pas les ressorts.
C'est juger au plus mal, et tomber dans double contre-sens; la série des vergers, desfructicoles, quoique infiniment productive, reste dans la calégorie d'agrément; tandis que la série des floricoles qui produit à peine autant qu'elle coule, passe en calégorie d'utilité : expliquons les motifs de ce classement, déduits des influences de l'attraction.
Les vergers en harmonie sont des séjours délicieux, leur soin est le plus récréatif de tous les travaux. Les rencontres de cohortes vicinales, et les amours dont je n'ai pas parlé, s'y joignent à mille autres amorces. Tout verger est parsemé d'autels de fleurs, entouré de cordons d'arbustes : le travail n'y exige guères de tentes mobiFes, parceque les arbres en tiennent lieu. En ajoutant le charme spécial de cette culture , les rivalités émulatives , ■ ta réunion des sexes, le repas fort gai servi au casiel à la fin de la séance, on pensera que sur lOOO personnes, il doit s'en trouver 990 en attraction pour le «oin des vergers , au moins dans quelque branche : ce sera une série infinitésimale ou d'attraction générale, comme celle du poulailler, II, 44^-
La secte des fructicoles , abstraction faite de son-produil, est donc la dernière en titres au bénéfice, parce qu'elle est la plus forte en dose d'attraction- D'autres sectes recourront aux expédiens pour se renforcer d'attraction; celle-ci ne cherchera qu'à diminuer l'inlensité d'appât, et ralentir l'empressement général à s'y enrôler.
Quant à la secte des floriroles , elle est fort mal appréciée en civilisation. Si son produit a du charme, son travail n'en a guères; il exige beaucoup d'assiduité, de connaissances, de soins délicats pour un plaisir de courte durée ; mais il est précieux pour façonner les enfans et les femmes aux exigences de la culture, aux études et aux
INDUSTRIEL. V.' S- SSg
raflinemens agronomiques ; et c'est pour en faire une école d'agncu)ture , que la nature donne ce goût des fleurs aux femmes et aux enfans. D'ailleurs le travail des vergers n'est pas en tout sens à portée des enfans, tandis que celui des fleurettes et même des grandes (leurs convient en tout point au bas âge ; à ces titres , la série des floricoles sera placée en 2.° catégorie, au rang d'utilité.
On peut juger par ce parallèle des fruits et des fleurs, que les harmoniens, en appréciation de travail, se r^leiit sur des bases fort difl'érentes de celles admises chez les civilisés; et que la quantité ou valeur réelle du produit, qui serait parmi nous boussole exclusive d'estimation des travaux, ne le sera point dans l'état sociélairc.
Il placera au dernier rang, l'industrie fructicole qui est la plus précieuse peut-être , car deux sexes d'harmoniens, les femmes et les enfans, vivront de fruits, soit crus, soit en compote, soit en marmelade, bien plus que de graminées. Nous en avons l'indice dans le bas prix actuel des sucres cultivés par des indigènes, comme en Indoustan. I^e fruit allié au sucre est nourriture essentielle des harmoniens, II, ii3; le pain, substance commune, est un mets de civilisé, de goujat, quand il esl pris pour base comme chez le peuple , et fabriqué en farines communes.
D'autre part , des fonctions qui nous semblent de pure superfluité, comme L 'opéra, seront en harmonie au 2.' ordre de nécessité, immédiatement après les répugnantes. " Cependant, diront les civilisés, onpeutsepas- » scr d 'opéra et non de boulangers ni de meuniers. " L'objection est juste quant à l'ordre civilise , qui n'est pas susceptible d'attraction industrielle', mais on a vu i aux chapitres de l'éducation, que l'opéra est un des plus puîssans ressorts pour former l'enfant à la dextérité, à l'unité en fonctions industrielles : sous ce rapport l'opéra est de I." nécessité, et rétribué comme tel.
En définitive, le classement des séries est réglé selon les convenances générales, et non selon les produits. Po-
36o . NOUVEAU MONDE
sons plus régulièrement le principe : on estime leur prio*
rite de ranj;, en raison composée des bases suivantes.
i.°£n raison directe de leur concours aux liens d'p* nilé, au jeu de la mécanique sociale :
3fi En raison minle des obstacles répagnaos ;
3." En raison inverse de la dose d'attraction et d'engrenage que peut fournir chaque industrie.
I ." Titre direct : LE CONCOURS A. l'uniTÉ. Le but est de soutenir le lien sociétaire dont on obtient tant de richesse et de bonheur; la série la plus précieuse est donc celle qui, productive ou improductice, concourt le plus efficacement à serrer le lien sociétaire. Telle est la série des Petites Hordes, sans laquelle tout le mécanisme de fusion des 3 classes et harmonie intentionnelle, serait impraticable. Certe série est donc la i." en titre direct, en concours direct aux liens d'unité ; elle est de même la I.'* en titre mixte.
2.°. Titre mixte; OBSTACLES BÉPUGNAKS. Tel est le travail des mineurs , des infirmisles et des bonnes. L'oI>staclc purement industriel est souyent un sujet d'amusement, divers alhicles s'en font un jeu; mais on ne peut pas se faire un jeu d'une répugnance qui fatigue les sens, comme serait le curage d'un égoût , la descente dans une mine : on peut surmonter cette répugnance par point d'honneur, par esprit religieux < comme le font les Petites Hordes et les inlîrmistes ; elle n'est pas moins lésion sensuelle, tandis que la fatigue simple et sans dégoût, comme celle d'un ouvrier qui monte sur des noyers cl cerisiers, peut devenir amusette, plaisir réel. Delà vient que Tordre sociétaire n'estime et n'admet en priorité de rang que les fatigues répugnantes.
3.°. Titre inverse ; DoSE d" ATTRACTION. Plus un travail excite d'attraction , moins il a de valeur péeumaire; dès-lors l'opéra et le soin des vergers devraient être deux séries de 3.* classe ou agrément , car il n'est nen de plus attrayant dans les campagnes , que le soin des arbres à fruit ; et dans les villes , que le tripot de comédie , les
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intrigues de coulisse : tous les gens riches aiment à s'y iàufiler, même à litre d'actionnaires, au risque d'y perdre de bonnes sommes.
La série des vergers est renvoyée au 3.' rang, à l'agrément , parce qu'elle n'a de mérite qu'en titre inverse, en forte dose d'attraction; elle ne concourt pas plus à l'unité que les autres fonctions agricoles. Quant à la série de l'opéra, elle concourt à l'unité par de^ services exclusifs, par sa propriété de former l'enfant à toutes les harmonies matérielles. Cette série est donc précieuse à double litre, en direct et en inverse; elle doit prendre place au 1." rang dans la catégorie de nécessité.
C'est en combinant bien les trois règles ci-dessos, qu'on parvient à classer exactement les rangs de chaque série en prétentions au dividende pcrunlaire alloué au travail ■ Du reste quelques erreurs sur ce point ne seraient pas un préjudice notable pour la phalange d'essai ; elle rompensera ce défaut de méthode par la force des accords intentionnels ( 8.' notice ),, par le noble orgueil de changer la face du monde , et voir accourir les sages de toutes les régions pour admirer le germe de l'unité universelle- Observons que cette affluence de curieux rendra à la phalange d' essai une somme de 4oà 5o millions, k n'estimer le prix d'admission queVent francs par jour, subsistance aux frais de chacun.
Je dois redire que les erreurs sur le classement des sénés ne préjudicieront point à l'accord collectif , car ces débals subalternes seront absorbés dans la passion générale d'uNITÉISHK, chap. XXXII , qui n'est pas connue desdvîlisés , et qui naîtra chez les harmoniens , dès les premiers jours. Pfos philosophes, qui croient connaître toutes les passions , sont comparables à des enfans de dix ans , qui , enchantés de leurs globules de marbre , pensent qu'à l'âge de vingt ans ils n'auront point de plaisirs plus séduisans. Juger des passions d'harmonie par les passions civilisées , c'est imiter un paysan qui n'étant jamais sor^ <Ie son nid , croit que le clocher de son village est le plus
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beau clocher du monile , et que son curé est le plus savant homiDe de la terre ; quand ce paysao aura tu le inonde, parcouru les capiiales, îl iroorera bien à décompter en fait de clochers et de savans.
Il en sera de même des passions futures , et surtout du LIBÉBALISME , dont on profane aujourd'hui le nom sans ayoïr aucune,idée de la chose ( Voyez Chapitre XXXV ) . Parmi ces 'passions à naître, la pn'nripale sen Xunitéisme ou philanthropie réelle , fondée sur la plénitude, la réplétion de bonheur, le besoin de répandre autour de soi le cbarme dont on est pénétré. !Nous voyons une ombre de cette passion dans les éTéncmens qui remplissent de joie une population entière. Lorsque Troie , après dix ans de siège, est enfin délivrée des assaillaos, les Troyens sortent en foule,/wnMi/7J/ur^ort(F,yuca//re, l'ivresse est telle que les rangs se confondent, on se félicite réciproquement, on se redit les détails du siège. Ici étaient Achille et les Thessaliens ; ici étaient les Dolopes. C'est vraiment l'instant de la fraternilc rêvée par les moralistes , c'est une ODibre de la passion unitéisme , fusion des classes , réplétion de bonheur, qui régnera sans cesic chez les harmoniens, et qui applanîra tous les obstacles relatifs aux accords de répartition. D'ailleurs on va se convaincre que, pouréiablirTharmonie dans les partages, il suffit, comme je l'ai annoncé , de l'amour des richesses.
CHAP. XXXIV. De l'accord direct en repartition , ou équilibre par la cupidité.
E>FliN nous arrivons à l'objet principal , à l'effrayant problème d'établir une justice éclatante, une pleine harmonie dans le partage des bénéfices cl une rétribution satisfaisante pour chacun selon ses trois facultés indus trielles, travail, capital et talent. Ce prodige tient à élever la cupidité du mode simple au mode composé.
Voici le triomphe de la cupidité tant diffamée par les moralisles^Dieu ne nous aurait pas donné cette passion.
s'il n'en eût pas prévu un emploi utile en équilibre général. Déjà l'ai prouvé que la gourmandise également proscrite par les philosophes devient voie de sagesse et d'accords industriels dans les Séries passionnées. On va voir que la cupiHîté y produit le même effet , qu'elle y devient voie de justice distrîbulive , et qa'cn créant nos passions. Dieu fit bien tout ce qu'il fil.
L'homme civilisé ne trouvant son bénéfice que dans la rapine et larapacité, il doit s'abandonner à ces vices, tant qu'on ne sait lui créer d'autres stimulans de justice que 1 honneur d'être philosophe, d'obéir à Scnèque et Diogène : ce ne sont pas là des contre-poids à la cupidité; il est connu que le monde n'estime que la fortune acquise perfas et nefas, qu'on n'a que raillerie et duperie à recueillir en pratiquant l'équité, dès tors le civilisé s'en garde comme d'un piège; Il faut donc, pour l'y rallier, un régime oii l'individu trouve son bénélîce personnel dans la justice distributive ; il ne la pratiquera qu'à cette condition. Les liarmoniens seront justes en répartition, parce que l'équité leur vaudra bénéfice, honneur et plaisir, puis elle procurera mêmes avantages à la masse, qui aujourd'hui est froissée en tout sens par les prétentions individuelles; notre cupidité est donc simple, égoïste, étrangère aux intérêts de nos voisins ; elle deviendra COMPOSÉE quand elle servira leur intérêt et le nôtre à la fois : examinons.
Si chacun des harmoniens était, comme les civilises, adonné à une seule profession, s'il n'était que maçon, que charpentier, que jardinier, chacun arriverait à la séance de répartition avecleprojet de faire prévaloirson métier, faire adjuger le lot principal aux maçons, s'il est maçon, aux charpentiers , s'il est charpentier , etc. ; ainsi opinerait tout civilisé; mais en harmonie oiî chacun, homme, femme ou enfant, est associéd'une quarantaine de Séries, exerçant sur l'industrie , les arts , les sciences , personne na intérêt à faire prévaloir immodérément l'une d'entr elles; chacun, pour sonhénéBce personnel, est obligé
de spéculer en sens inverse des ciTHisés, roter sur tous les points pour l'équité : décrivonsd'abord ce mécanisme en action , j'en expliquerai ensiûte la théorie.
Je distingue en générales et spéciales , les impulsions qui entraînent tout barmonien à l'équité.
t .' impulsions générales appliquées aux 3 facultés, capital , travail et talent. Alcippe est un des riches actionnaires; telle somme dont il tirait en cirilisalion 3 à 4 ^o ( revenu des domaines } , lui rendra dans la phalange 12 à i5 0/0, selon les aperçus d'inventaire , si l'on parvient à s'accorder en répartition- Il lui importe donc d'opiner pour la justice distributive,et de repousser toute mesure qui léserait une des trois facultés. Si à litre de fort capitalisleilveutfaireallouer moitié du produit aux capitaux, par exemple : capital Ë^i2, travail 4/i2> talent :Vt2t 1^ > classes nombreuses qui n'ont à percevoir que sur lesdeux autres facultés , travail et ialaU , seront mécontentes; l'attraction se ralentira , le produit et les accords diminueront, et dès la 3.* année le lien sociétaire se dissoudra. Alcippe voit que pour son intérêt même il faut fixer la répartition comme il suit: capital 4/'2, travail S;i2, talent 3^12. Calculée sur ce pied, elle donnent encore à Alâppe un revenu quadruple de celui qu'il avait en civilisation, elle garantira en outre le contentement des deux classes peu fortunées , et le maintien du lien sociétaire. Alcippe incline d'autant mieux pour cette justice, qu'il a luimême bon nombre de lots à percevoir, dans diverses séries, sur le capital et le talent; car tes plaisirs, tclsque chasse, pêche, musique, art dramatique, soin des fleurs, des volières , sont payes comme le travail des champs et des vignes. En outre il a formé beaucoup de liaisons amicales avec la classe des non capitalistes, il la protège, il veut que justice lui soit rendue.
Dans ce cas, la cupidité qui l'aurait pousse à voter un lot de moitié pour le capital , se trouve contre-balancée par deux impulsions honorables ; ce sont : l'afTeclion qu'il a conçue pour les divers sociétaires des séries qu'il
fréquente, et où il a de plus des lou de travail et talent à percevoir, puis la conviction de trouver son intérêt dans l'intérêt collectif, dans le contentement de la phalange entière, dans le progrès de l'attraction industrielle source de richesses à venir.
Ainsi l'impulsion véhémente, celle de cupidité qui aujourd'hui pousserait aux prétentions outrées, rencontre ici denx contre-poids qui la maintiennent dans la juste mesure, dans la voie d'équilibre et de justice satisfaisante pour les 3 facultés et les divers individus. Ce bel accord de passions est calqué sur la propriété fondamentale des séries mathématiques,<^oâ!te'(ii! /a somnu des extrùnes, au double du terme moyren. { Dans la série a, 4* ^t deux fois 4 équivalent à 2 et 6 ).
Analysons mêmes conire-poids, mime équilibre, dans les impulsions de la classe pauvre.
J&innot n'a point de capitaux, point d'actions, opïnera-t-îl à favoriser la faculté de travail aux dépens du capital ou du talent? faire adjuger en proportion de travail 7/12, capital 3/i2, talent 2/12?
Ici , l'impulsion dominante [est pour favoriser le travail, au préjudice des deux autres facultés, capital et talent. Tel serait l'avis de tout civilisé pauvre; le paysan dit : c'est moi qui produis tout; il croit de bonne prise tout ce qu'il vole au seigneur , qui de son côlé se croit en droit de tout ravir au paysan. Tel est l'équilibre des passions dans l'état civilisé , une lutte de pillage et d'asture, nommée perfectibilité.
En harmonie, le pauvre Jeannot pensera bien différemment. Sa plus forte impulsion est de favoriser le tnt* vail , puisqu'il n'a rien à prétendre sur les dividendes alloués au capital ; mais deux autres impulsions viennent contre-balancer cet essor brut de la cupidité : Jeannot a des lots à prétendre sur le talent; il brille dans certaines parcelles de divers travaux, il lui convient que le talent conserve ses droits. D'autre part il connaît l'importance des capitalistes dans une phalange, lesavanlagea
que le pauvre tire de toutes leurs dépenses ; la participation ao\ spectacles gratuits, aux voilures et chevaux, aux repas de corps, aux dessertes de tables riches, aux adoptions industrielle» pour ses enfans ; lors même qu'il ne saurait pas apprécier le fruit de toutes ces chances de bénéfice, il l'apprendrait dans la compagnie des ^o groupes qu'il fréquente : les corporations ne se trompent pas sur leurs inlérèts.
Ces deux impulsions disposent Jeannot à ménager le talent et le capital, et se réduire de 7/ia à ^12 sur le lot du travail; réduction qui, tout balancé, tourne à son avantage;car il ne peut être heureux qu'en soutenant la phalange et l'attraction , qui péricliteraient du moment où te capital et le talent seraient mal rétribués. Ici la cupidité brute, la passion dominante qui chez nous absorberait tout , se trouve pondérée par deux contre-poids, deux impulsions favorables au talent et au capital , facultés sur lesquelles Jeannot a !le moins de prétentions. C'est comme chez Alcippe, l'influence de deux forces extrêmes balançant la double influence de la force moyenne. lies harmoniens des trois classes, riche, moyenne ou pauvre, sont constamment entraînés à ces vues de justice, par impulsion de deux intérêts collectifs luttant contre la rapacité déraisonnée, qui chez les civilisés ne rencontre aucun contre-poids, aucune chance de bénéfice fondée sur le soutien de l'intérêt général, sur la justice dîstribulive.
J'insisterai dans les 2 chap. suivans , sur ce penchant de tout harmonien pauvre à soutenir la classe riche et le lot de capital : je donnerai , sur cette impulsion , des preuves irrécusables. En attendant, observons que le pauvre , en harmonie , a de nombreuses chances de foi^ tone ; il n'est point décourage comme nos salariés qui n'entrevoient aucun moyen de s'élever au rôle de maître ; il a l'espoir de voir ses enfans parvenir à de hautes dignités, par la science, le talent, la beauté, les alliances monarcales ; il a une petite fortune croissante du fruit de
ses éronomies que la caisse d'épargne reçoit écu par écu ; il ne fait pas de dépense, parce qu'il est bien nourri et bien vêtu aux frais de la phalange qui lui fournit tous les habits de travail , et trois uniformes de parade pour les trois saisons ; il ne songe pas comme nos ouvriers à fréquenter la guinguette et le cabaret, parce qu'il trouve à ses cinq repas excellente chère, vins à option, joyeuse compagnie ; dès-lors il économise , et place en coupons d'actions tout le bénéfice qui lui reste après le paiement de son compte de frais; il est petit propriétaire, il a i'espril de propriété , le droit de vote en divers conseils , et de suffrage en toutes élections ; il ne peut donc pas res* sentir d'aversion pour les riches qu'il fréquente, dont îl a sans cesse à se louer, et dont il espère devenir l'égal. Sans cet espoir d'avènement à la fortune , la vie devient un fardeau pour l'homme.
n.' Impuisions spéciales: Analysons maintenant l'équilibre de cupidité dans les détails. Philinte est membre de 36 séries qu'il distingue en trois catégories, A, B, C : dans les 12 séries de l'échelle A, il est ancien sectaire, expérimenté , tenant l'un des premiers rangs en importance et en droits au bénéfice. Dans les 1 2 séries C, il est nouveau [sectaire, peu exercé, ne pouvant espérer que de faibles lots; et dans les la de l'échelle B. il est en moyen terme d'ancienneté, de'talent et de prétentions. Ce sont trois classes d'intérêts 'opposés , stimulant Phîlinte en triple direction et le forçant , par cupidité et par amourpropre, à opter pour la stricte jusiice.
En efTet : s'il y a fausse estimation du mérité réel de chaque série, Philinte sera lésé, d'abord sur les dividendes à recacillir dans tes 12 séries oiî il excelle, et où il a droit aux pins fortes parts ; en outre, il sera piqué de voir leur travail et te sien mal appréciés. A la vérité, cette injustice pourra favoriser les 12 séries C ; mais comme il n'y est que subalterne , rétribué de faibles lots , il ne serait pas compensé àos. réductions à éprouver sur les 12 séries A où il obtient les lots supérieurs; d'autre part il ne veut
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pas qu'on ravale les séries C , OÙ son penchant l'a enrôlé récemment'; i) estime et protège lenr industrie, il les soutient par amitié cabalistique et par amou^-propre. Quant aux 1 2 séries B oîi il est sectaire de moyen rang, obtenant des lots moyens, il convient à ses intérêts qu'elles aient ce qui leur est dû , sans empiéter sur les catégories A et C. Sous tous les rapports, il se trouve entraîné à vouloir l'exacte justice en répartition ; elle est l'imique moyeu de satisfaire à la fois son intérêt , son amour-propre , et ses aifections. Ajoutons une preuve de détail.
S'il parvenait à faire favoriser les 12 séries A où il perçoit de forts dividendes, il serait dupe; l'injustice, dans l'éiat sociétaire bien organisé, tourne au détriment de son auteur; je le démontre- Les 1 2 séries A sont de 3 ordres ; environ 4 àe nécessité, 4 d'utiliié, 4 d'agrément; ( ch, 33- ) or si Philinte réussissait à faire dominer la faveur, il ne pourrait pas l'étendre aux trois ordres de nécessité, utilité, agrément, mais seulement à l'un des trois ; dès-lors , obtenant du gain sur 4 de ces 12 séries A, il perdrait d'autant sur les 4 de l'ordre opposé, et ne gagnerait rien sur les 4 moyennes. Il n'aurait aucun bénéUce réel sur l'ensemble des 12 ', il ne recueillerait de celte injustice que te déshonneur , la défiance générale et la perle de tous les suffrages pour divers emplois lucratifs qui sont très-nombreux. La défâvear de l'opinion est très-préjudiciable à un barmonien ; elle est indifférente à un civilisé, car les places lucratives ne sont pas électives, et quand elles le seraient, ce ne serait pas l'bonnête homme qui tes obtiendrait en civilisation, où la masse électorale est toujours le jouet des intrigues.
Le besoin de justice distributive existera donc dans les détails comme dans l'ensemble de la répartition. ' Le régime des séries passionnées est un mécanisme qui sue la justice , et qui transforme eu soif de justice le prétendu Ttce nommé soi/de tort Nos passions deviennent toutes
bonnes, si on les développe daos l'ordre scriaire auqud Dieu les destine ; mais ce déreloppement doit être conformeaux règles d'engrenage : (établies chap. V et VI, et notice 7.') si on observe bien ces règles, ïl arrivera que chaque individu sera attiré dans une masse de séries bien écbelonées en tous sens, en nécessité, utilité et agrément ; qu'il y figurera en échelle de rôles, expérimenlé dans un tiers, novice dans un 2.* tiers, et mixte dans un 3.' tiers ; une fois engrené de celle manière, il ne ressentira que des impulsions de justice, tant sur l'ensemble que sur les détails de répartition aux 3 facultés, capital, travail et talent.
C'est pour atteindre ce but que la sollicitude des fon- ' dateurs devra se porter sur les moyens d'engrenage des passions : mes rnstniclions à cet égard seront suffisantes si on les suit exactement, si on consent à ne point lésiner sur les frais de semailles d'attraction, sur les moyens de variété fréquente en fonctions, et d'enrôlement à un grand nombre de séries. Il faut que chacun soit entraîné à les parcourir successivement, à quiller une série pour entrer dans une autre, en restant sociétaire émérite, et adjoint auxiliaire aux séries quiltées.
T^ méthode pour répartir aux groupes d'une série et aux membres d'un groupe est la même que pour répartir aux classes et aux ordres de série ; le mouvement étant, selon l'idée de Schelling ( p.' 16 ) miroir de Ud-m^me en tout sens , analogie universelle.
Le lot de talent boYné ji ^12 et peut-être 3/12, est encore très-copieux, parce qn'il y a dans chaque branche d'industrie, une masse de sectaires novices et dépourvus de titres aux lois de talent : leur nombre est au moins d'un tiers en chaque fonction , souvent moitié , ce qui assure une forte part à l'aulre moitié seule rétribuée en talent. Les lots de travail ne présentent pas cette chance, car tout sectaire d'un 'groupe y travaillant du plus au moins, a droit à unepartquetconqne; c'est pourquoi le travail mérite au moins 5;i3 du bénéfice ; et il esl douteux si on ne
370 KOQVBAC MO^DE
V^èvera pas plus haut, selon le rapport Tyaeail^G, Capital 2^6, Talent r/6.
On peut déjà entrevoir que nos passionswnl les rouages d'une mécanique où règne la justesse mathématique. Je n'ai point eu recours aux sysièmes pour suraioaier la difficulté en répartition, je me suis borné à appliquer aa jeu des passions, tes règles élémeniaires de mécanique et d'arithmétique, la balance et la série, ce qui est la même chose; car la balance est comme la série, un accord de deux forces extrêmes faisant contrepoids à la double force moyenne. Si chacune des balances doit porter un quintal, il faut que le fléau puisse porter deux quintaux.
Les détracteurs prétendent que ma théorie repose sur des idées extraordinaires, bizarres, abstruses; qu'y a-t-il de pltis ordinaire, que les ^éorèmes élémentaires de mathématiques? le calcul de la mécanique des passions sera étayé en lout sens de ce genre de preuves; la nouvelle science de l'attraction passionnée est dans tous ses détail* coordonnée aux mathématiques ; tes passiiHis , lorsqu'on les distribue par séries , sont les mathématiques en action : par exemple : les propriétés des 4 courbes élémeniaires, nommées sections coniques, sont très-exactement les types des propriétés des 4 groupes distingués ta mode majeur et mineur :
MAJXUR. Amitié, cercle, mineijr. Amour, ellipse. Ambition, hyperbole. Paternité, parabole.
En conséquence, ma théorie loin de tomber dans l'esprit systématique, est au contraire la première et la seule qui ait évité re vice , et rallié l'élude des passions à des principes puisés dans la nature. Elle ouvre enfin la voie de ces équilibres si vainement rêvés par la philosophie, car on a TU ci-dessus dans le mécanisme de répartition, la propriété
D'absorber la cupidité indinidueîle dans les irUerâs collectifs de chaque série et de la phalange entière , et ^absorber les prétentions collectives de chague série, parles intérâs individuels de chaque sectaire dans une foule d'autres séries.
INDliSTBlEl.-V.' S. 371
On peut réduire re brillant efTet de justice à deux im*
puUions, dont l'une milite en raison «lirecle du nombre
de séries que fréquente l'individu, et l'autre en raison
inverse de la durée des séances de chaque série.
i," En raison directe du nombre de sénés Jrét/i/eniees. Plus ce nombre est grand , plus rîndi?idu se trouve intéressé à ne point les sacrifier toutes à une seule , mais  soutenir les droits de 4o compagnies qu'il cbérit, conlre les prélenlions de chacune d'cntr'cllefi.
2.". En raison inverse de la durée des trofoux. Plus les séances sont courtes et rares , plus l'indirîdu a de facilité à s'enrôler dans un grand nonabre de .séries , dont les influences ne pourraient plus 8e contrebalancer, si l'une d'entr'elles, par de longs et fréquens rnsscmblemens , absorbait le temps et la sollicitude de ses sectaires , et les passionnait exclusivement.
Dans ces équilibres de mécanisme des séries , observons que la boussole est UNE , c'est toujours la déférence rigoureuse au v«u des trois passions recirices , développées de manière à se satisfaire l'une par l'autre ; la Papillonna, par la plus grande variété possible en fonctions attrayantes; la Cabalisle, par le classement trinaire des intrigues de séries (76 ) , leur contraste méthodique , et l'échelle bien nuancée des espèces et variétés ; ta Composite, par le double charme , les miracles redoublés d'où naît le bonheur composé (33 1 ). Voyez le Chapitre d'une journée de bonheur, 10.* notice.
Je n'ai décrit dans ce chap. 34 que l'équilibre direct , il sera un peu incomplet la i ." année ; le défaut d'expérience et les lacunes d'attraction causeront quelques irrégalarilés ; mais la force des accords intentionnels y su[»pléera amplement , et l'on arrivera , au bout de deux ans, à des données expérimentales et certaines, sur tous les détails relatifs à l'accord en répartition. Les moyens qu'on vient de lire sur l'accord direct, ont besoin de deux appuis qu'on va trouver dans les deux chap. suivans, où je traite de l'équilibre indirect et des ralliemens d'antipathies.
N.«j-,Goot^le
3j2 M>I}VEAV MONDE
CHAP. XXXV. JOe l'accord ùtperse en répartitàon , ou ëquUStre par générosité.
DUTINGUONS les deiu accords direct et inverse. L'accord par cupidité est direct, parce qu'il naît de la i.** passion qui dirige l'homme en partage de bénéfices; il naitderimpulsion d'égoïsme que les idéologues nomment le MOI , sur lequel ils asseîent leurs systèmes. Ce moi , c^ égoïsme, est très-odieux en civilisation, où il ne pousse qu'à la rapine et à l'injustice.
Nos sciences métaphysiques ont illustré ce moi égmsUt au lieu de cherchera lui substituer un moi àfiuiable. Tel est leur usage: vanter chaque vice dominant pour sedispenserd'en trouver le remède. Quand on encense l'anarchie commerciale et mensongère , on peut bien faire par système l'apologie de l'égoïsme.
Venons à l'accord ûuA/vc/ en réparlition- La nature ne se borne jamais à un seul ressort en équilibres ; la générosité qui Ta fournir le 2.* ressort, donnera un accord opposé à l'impulsion naturelle qui nous fait désirer la plus forte part, ou tout au moins la portion due à notre industrie.
Je vais traiter d'un sentiment généreux qui, fondé sur ce que les réunions de travail ont été des^séances de plaisir , excite le riche sociétaire à refuser ce qui lui est dii pour coopération à ces séances. On verra naître de cette impulsion, des accords magnanimes et géométriquement disposés, ainsi que les précédens. C'est l'application du &meux théorème newtonien sur l'équilibre de l'univers, en raison directe des masses, et inverse du carré des distances.
Je vais décrire cet accord dans un petit groupe de lo individus;A, B, C, D, E, F, G, H, J, L. Je les suppose exerçant en culture de fleurs : leur travail a été rétribué à 3t6 fr. d'oiî résultent tes lots suivans, provenant du travail seulement et non du capital ni du talent qui forment deux lots à part.
INDUSTRIEL. V.* S. ByS
A opulent, 28 fr. E gêné, 36 fr.
B riche, 32 G pauvre, 4^
C aisé, 24 H eof. paav. 12
D moyen , 20 J enf. nov. 8
E josle, 16 L aspirant, 0
A et B fpioique opulens obtiennent des lots copieux; ce n'est point par faveur; les plus inclies'sont quelquefois ceux qui ont le plus travaillé et le plus mérité ; tout se faisant par passion, ce n'est pas le besoin qui est mesure du travail.
A et B gens fortune, déclarent qu'ils s'en tiennent au revenu de leur capital et qu'ils ncTCulent pas être payés pour uu travail fait par plaisir, avec des amis qui servent leur culture favorite ; ils n'acceptent que le minimum on 8." de leur lot, car l'usage défendra de refuser le tout. Ce minimum est 4 f>*. ; il reste de ces lots deux sommes de 24 et 28 à distribuer, = 52.
C et D opinent dans le même sens, mais moins riches ils se bornent à recevoir moitié. Reste deux sommes de 12 et 8 à répartir, ^ 20 +-S2, total 72, qui tourneront au profit des sociétaires pauvres, dans la proportion suivante; £, 24: F, 18 : H, 12: J,9: L, 9, d'après scrutin-
ïl résulte de cette générosité, que les gens pauvres, lorsqu'ils ne se sentent pas fondésà obtenir les lois supérieurs, aiment à les faire allouer aux riches; car ces lots reviendront indirectement aux pauvres et à leurs enfans. On voit qu'ici les enf:i[is H et J que je suppose pauvres, obtiennent deux lots de supplément , 12 et 9 fr. , sur la portion abandonnée par les riches. L'aspirant L en reçoit de même une petite part dont il peut avoir besoin. En supposant qu'un enfant pauvre obtienne dans une trentaine de groupes ce supplément d'environ 12 fr. , ce sera 36ofr. en sas de ses bénéfices, et Irenli! motifs pour le père de s'affectionner aux riches.
La principale part est donnéeà Gscctairc qui ne tient qu'un rang médiocre en industrie : c'cstun lot de faveur, usage d'harmonie; on y tient à se livrer à ses passions ,
en dépit de la morale : un groupe, une série, oat toujours, iavorî ou favorite. Je suppose que G est une fameuse vestale, ornement de la contrée ; les riches A et B se plaisent à l'attirer à leur travail préféré, les pauvres l'aiment également; tous les groupes la recherchenl. Peul-élre ne lui revenait-il qu'un lot de 24 fr., on lui donne relui de 4o; mais les riches A et B satis&its de celte déférence , abandonnent d'autant mieux leurs lots dont les pauvres tirent 72 fr. , en compensation de 16 qu'ils ontcédé à la veslale Galaiée. La faveur, aujourd'hui source d'injuslice, devient en harmonie une des plus fécondes sources d'accords ; aussi élablira-t-on en tous degrés des sceptres àcjmvrilisme , en masculin et féoiinin, depuis le bas degré qui ne comprend qu'une phalange ou canton, jusqu'au degré supérieur ou i3/ qui est l'otrniarchat du glohe.
On peut voir au traité II, $69 , celle répartition indirecte exposée plus amplement , et appliquée à un groupe de 3o personnes qui fournil des accords plus vaiiés, mieux écheloiiés; mais il suffit de tx petit nombre de 10 pour analyser le mécanisme indirect en répartition.
Examinons maintenant la partie géométrique de cet équilibre. Sï les plus riches sociétaires ont voulu recueillir le moindre lot possible, si loin de prétendre à la plus forte part en raison de leur fortune , ils abandonnent ce qui leur échoit en sus du nùrùmum, il en résulte qu'ils tendent au luxe, au bénéfice , en raison ùwerse des dislances de capitaux, car ils possèdent la plus forte pari de capitaux actionnaires; s'ils ne veulent accepter en lois de talent que la plus fulblc part de bénéBcc, leur tendance au luxe est, sur ces deux points, talent et Iruviûl, en raison inverse des dislances de capitaux : c'est l'une des deux conditions d'équilibre indirect en répartition.
L'autre condition est de tendre au luxe { (."foyer d'à l- Iraclion 57. ) en raison directe des masses de capitaux. Sur la somuiu de 4/i2 qui sera réparlîe aux capitaux, les riches acUomiaires percevront d'auiaiil plus qu'ils ont plus
■,Gt)0^ie
INDUSTRIEL. V.* S. S'jS
d'actions , les moyens et les pauvres ne concourant que pour peu au partage de ce lot ; les riches sur ce point, tendent au luxe en raison directe des masses , plus ils sont opuleas, plus ils bénéBcienl. Gitte 3.' r^ndilion forme le contrepoids à la i.", et toutes deux réunies, constituent l'équilibre INOIBECT de répartition conforme à celui du monde sidéral.!
Dans tout le système de la nature , les équilibres s'opèrent par le concours de forces opposées qu'on nomme en physique centripètes et centrifuges; l'équilibre de répartition a de même son impulsion centripète, celle de la cupidité , et son impulsion centrifuge , celle de la générosité. ( Loi d'analogie , page 16. )
Nous voyons l'effet contraire dans tout le mécanisme civilisé , où règne l'absence d'impulsions contrastées. L'homme riche tend et arrive au bénéfice , en raison Dia£CTE des masses et directe des distances de capitaux: car dans toute entreprise où le riche intervient à la fois , de ses capitaux et de son travail ; comme dans une maison de commerce, une régie de banque publique, enfin dans toute société d'actionnaires; celui qui coopère des deux manières , par gestion active et versement de fonds, veut non-seulement un dividende proportionnel i sa masse d'actions, ce qui est fort juste ; mais il veut encore une levée ou traitement plus fort que celui des commis sans capitaux, à qui pourtant il laisse les plus pénibles fonctions.
Il tend donc au bénélice en raison DiasCTE de ia niasse de cf^àtaux , et DIBECTe des distances de capUaux ; ce qui constitue l'absence de contrepoids, la subversion du principe d'équilibre indirect, opéré par gënérosiié. 11 résulte de ce vice, que le mécanisme civilisé ne peut produire que des monstruosités, que des fouraiîlières d'iudlgcns à côté de quelques fortunes colossales ; aussi, à la lionlc de nos verbiages de balance, contrepoids, garantie, équilibre, ne voit-on qu'indigence, fourberie, égoïsme ci duplicité d'action.
376 NOUVEAU MOSDK
L'accord qae je vieoâ de décrire, la générosité qui excitera les gens riches à rentMicer lUi 7/8 de leurs dividendes en travail et talent, et les gens moyens à renoncer à 1/2 de leur lot ; cet accord , dî&-je > sera traité de vision romantique, si on veut en joger d'après les mœurs actuelles. Je réplique à ces doutes que je n'ai pas encore fait connaître les ressoris de cette générosité. D'avance j'ai réfuté l'objeclion de romantisme , en disant que l'accord direct, celui de cupidité (chap. précédent), suffira à la I ." génération d'harmonie et même à la 2.' ; je n'en dois pas moins décrire l'accord de générosité, ou aocord indirect , pour expliquer en plein le mécanisme sociétaire. On ne pourra établir ce 2.* accord qu'à l'époque oii le genre humain passera aux harmonies d amour libre et paternité libre, d'où naîtront les séries puissandelles et mesurées: expliquons ces mots.
On connaît en mathématiques deux sortes de séries. Les arithmétiques; 2, 4i ^i 3< ^0, 12, 14, 16. Les géométriques ; 2, 4' ^) '6, Sa, 64, 128, 256.
Ija 2' est puisstmcielle parce qu'elle est formée de termes qui sont multiples du i .": dans l'aolre, les termes ne sont qu'addition du i.". I-a2.'est donc de nature supérieure, comme seront le&séries qui réuniront les accords mineurs d'amour libre et paternité libre . aux accords majeurs d'amitié et d'ambition, auxquels l'àgc impubùre est limité.
Lorsqu'on pourra réunir les accords majeurs aux mineurs, combiner le jeu des uns et des autres, les faire intervenir cumulativement dans ta réparlilion, ils donneront en tout sens les harmonies indirectes décrites dans ce chapitré, et qui, romantiques selon les moeurs actuelles, seront bienséance obligée et passionnée chez les générations parvenues à la pleine harmonie.
Les séries mesurées dont je ne traite pas dans cet abrégé, ne s'établiront, comme \es puissancieîles , que lorsqu'on pourra développer comblnément les accords mineurs avec les majeurs.
On pourra élerer sur cet accord indirect plusieurs oh-
IKDUSTBIEX. V.* S. 377
>ections, entr' autres celle de défaut apparent d'aoalogie mathématiqne , en disaot qu'ici l'équilibre est en raison inverse des distances, et non pas inverse du carré des dislances. J'ai prouvé au traité, que cette anomalie apparente est une régularité selon l'échelle des créatures. Voyez II, 582, le chapitre qui répond à cette objection et à d'autres.
Il reste â parler du lot distinct qu'on affecte au talent ; c'est no avantage ronsidérable pour les vieillards peu fortunés, qui sont toujours expérimentés dans diverses branches et précieux dans la direction des travaux , oà les jeunes sectaires ne peuvent pas avoir acquis de connaissances notables. L'industrie do talent qui doit établir la balance entre les bénéfices de capital et de travail , n'est parmÏDonsqu'nn marche-pied pour l'injustice, parce que chaque agent supérieur s'attribue les connaissances qu'il emprunte de SON TEIMTBIER, d'un subalterne pauvre.
Ce 2.* mode de répartition, l'accord par générosité, ou accord indirect, est le ressort le plus eHicace pour établir Tinf imité des classes riche et pauvre ; elle est à tel point , qu'un monarque, en harmonie , sourirait de pitié si on lui proposait une garde. Ceux qui l'entourent sont tous «es gardiens de cœur et sans aucune solde , ils l'escortent dans le cérémonial auquel il préside ; il a donc sans frais et par pure affection , ce que les monarques civilisés ne peuvent se procurer à aucun prix , la sûreté personnelle ; nos rois civilisés ne se croient pas en sûreté au milieu de leurs sujets , ils s'entourent d'étrangers stipendiés', et sont encore fréquemment assaSsinés.
C'est par l'extrême inégalité des fortunes, qu'on arrive à ce bel accord de générosité : il suffirait d'une ombre d'égalité, d'un rapprochement de fortunes, pour empêcher ce genre d'accord : aucun homme de moyeime richesse ne donnerait l'impulsion en abandon de ce qui excède le lot de minimum ; Il faut , pour cet acte bienveillant, des sociétaires assez satisfaits du revenu considérable qui leur échoira en dividende alloué aux actions.
378 KODVEAi; MONDE
Ainsi en dépil des diatribes morales contre les grandes fortunes, la phalan^i^e où les inégalités de fortune seront les plus grandes et les mieux graduées, sera celle qui atteindra le mieux à la double harmonie de cupidité et de générante. Combien la pauvre moiale était loin de pénétrer ce secret de la nature sur l'harmonie de répartition , comme sur toutes les autres harmonies dont celle-ci est la base ! '
A la suite de cette solution sur le problème pnncipal d'harmonie sociétaire , je suis fondé à m'éterer contre les détracteurs qui prétendent que ma théorie est bizarre, incompréhensible ; on voit qu'au contraire elle est partout exempte d'arbitraire , et appliquée aux théorèmes géoa>étriques , fort intelligibles pour eux , s'il faut les en croire : on ne doit pas s'étonner que cela paraisse bizarre à des écnvainsqui, dans toutes leurs conceptions sociales, n'ont pour règle que leur fantaisie, pour ressort que la contrainte fardée du nom de loi. Lequel est l'interprète présumable de la nature, lequel est digne de confiance el d'essai , ou de leur science qui procédant par violence légale, n'engendre que pauvreté et fausseté, ou de la mienne qui procède par la liberté et l'attraction, et qui borne à un canton d'une lieue carrée, l'essai que ces sophistes veulent toujours étendre à un empire entier, pour n'aboutir souvent qu'à le baigner dans le sang, au lieu du bonheur dont on l'a leurré. Ici on ne peut craindre aucun leurre, puisque le pis-aller d'un essai des Séries passionnées, serait de doubler le produit par un concours de moyens vraiment neufs , tels que les courtes séances, l'exercice parcellaire, les échelles cabalistiques, l'attraction industrielle qui naît de ces 3 ressorts combinément employés, l'extension de la mécanique, l'emploi opportun des sexes, tes économies incalculables de ce nouvel ordre, et le perfectionnement qu'il garantit en tous genres de produits.
Tâchez [de vous concilier avec vous-mêmes , philosophes ! TOUS vantez INewton comme le premier des génies
INfiUSTHlEL. V.* S. 379
modernes , parce qu'il a rommencé le calcul de l'attraction , en se bornant à une branche ; pourquoi déprimer l'homme qui continue ce calcul , et qui l'étend du matériel au passionnel , branche bien autremenl urile que celle qu'a traitée Newton.
Vos encyclopédistes vantent la série et prennent pour devise, ianlùm séries juncturatfue pollet : ils se déclarent donc partisans des séries et de l'application des séries aux relations sociales, ils invoquent la science que j'apporle, le moyen d'établir SÉBIE ET LIEN dans toutes les branches du mécanisme social.
Vous ranlez l'analogie comme régie de justesse, je suis le seul qui observe cetie règle; ma théorie est la seule qui soit calquée sur les lois immuables de la nature, sur les harmonies mâthémaiiques; il n'est pas un ihéorème degéométriequi ne soit applicable à l'attraction passionnée ; pas une branche d'analogie dont ma théorie ne donne la clé.
Mais vous craignez que celte nouvelle science ne nuise au trafic de systèmes philosophiques ; rassurez-vous : le but du trafic n'est autre que de gagner, or, pourvu que vous arriviez tous à une fortune subite, que vous importe quels systèmes on vendra ? Du reste , pour juger sainement sorcequi louche à vos intérêts pécuniaires, attendez l'explication annoncée deux fois , et renvoyée à la postface ; elle vous convaincra que votre industrie actuelle est un champ de ronces. Vous vantez l'esprit d'association ; puisque vous avez l'art d'écrire et non d'inventer, sachez vous associer à quelqu'un qui ait l'art d'inventer et de vous fournir des sujets, vous ouvrir la mine des sciences vierges , plus nombreuses que les sciences connues.
CHAP. XXXVI. Des accords traitscendans , ou ral- Uemeiis des seize antipathies naturelles.
En irailanldel'accord indirect de répartilion( accord par générosité ) , j'ai annoncé des moyens très-puissans et trèsinconnus qui y coopéreront ; je vais en donner un aperçu
fort insuffisant. {Voir de plus amples détaib sect. Il, 7.)
Le créateur tient tellement à établir l'hanDonie des passions, qu'il nous a ménagé des moyens d'accords surabondans, afin que les concerts sociaux soïeni poussés au degré d'enthousiasme Téhément.
De tons les accords inconnus en civilisation , la branche la plus riche est celle des raiUanais , art de condlicr les classes les plus antipathiques, telles que riches et pauvres en relations d'amitié ; jeunesse et vieillesse en relations d'amour.
On obtient tous ces ralltemens dans l'ordre sodélaire, par la seule influence du nombre et des Séries passionnées appliquées à des masses de 16 à 1800 personnes.
Le r^'me civilisé produit par exception quelques ralliemcns ; par exemple en amour, on voit les grands s'humaniser avec une réunion de petites bourgeoises. Il s'agit de créer, dans toutes les relations, ce rapprochentent de classes extrêmes et divergentes , les amener à une pleine intimité, malgré les antipathies, les disparates de fortune et de rang.
J'ai observé que le moyen est très-facile , puisqu'il ne tient qu'à opérer sur des masses très-nombreuses , pourvu qu'elles soient organisées en Séries passionnées. Dans ce cas les passions les plus inconciliables aujourd'hui , s'élèvent au plein accord. J'en vais donner la preuve, tirée de quatre antipathies ralliées; uneen amitié, une en ambition , une en amour, une en paternité.
Amitié. C'est un sujet que j'ai traité aux articles de la Domesiicilè passiormée , Z^S, agi. J'y ai prouvé que le service personnel qui est , dans l'étal actuel , une source de haines, peut devenir un germe d'amilié, même entre les personnages et les âges les plus disparates.
Amour. Cegroupe, de mémcqueles3 autres, est sujet à quadruple antipathie; si je les distingue en simpfe directe , composée directe , simple inverse , composée inverse ; il suffira de cet appareil méthodique pour épouvanter le
INDUSTHIEL. V.' S. 36l
lecteur ; je rais me borner à décrire une des quatre sortes de ralliement, sans déterminci- auquel des genres elle appartient.
Valère est Âgé de 20 ans, Urgèle de 80. Si elle aime Vaière , elle troarera chez loi anlipatkû naiurdU en amour. Voyons comment les liens de circonstance vaincront cette répugnance , en y opposant 4 liens affectueux : 3 liens amicaux A , et a liens fédéraux F.
A. I .° Valère est sectaire de 4o groupes , dans plusieurs desquels il se trouve en relation Irès-intime avec Ui^ gèle. Dès l'âge de 5 ans, il s'est enrôlé au groupe des hyacinthes bleues , il y excelle , el il doit son talent à^Urgèle, présidente du groupe; elle a été son institutrice passionnée, elle lui a enseigaé tous les rafBnemens de l'art.
A. a." Valère a des prétentions en gravure , il est vanté dans ce genre d'industrie ; c'est encore à Urgèle qu'il doit ce trophée. Doyenne de ce groupe, elle a pris plaisir à instruire cet enfant en qui elle a reconnu , dès le bas âge, d'heureuses dispositions.
F. 3.° Valère a du goût pour une science fort inconnue en civilisation, l'algèbre d amour, ou calcul des sympathies accidentelles en amour : c'est l'art d'assortir passionnément une masse d'hommes et uoe masse de femmes qui ne se sont jamais vus ; faire en sorte que chacun des cent hommes discerne d'emblée celle des cent femmes pour qui il éprouvera amour composé, convenance parfaite des sens et de l'âme, sympathie de circonstance en rapports de caractère et en fantaisies accidentelles. Cette science exige une longue pratique jointe à la théorie. Urgèle qui est la plus experte des sympaAistes du pays, instruit Va~ 1ère ; c'est sur elle qu'il foode soo espoir de succès dans ce genre de science , voie de célébrité et de fortune en régime sociétaire.
F. 4-'' Valère désire d'£lre admis à une armée industrielle de 9.' degré, (environ 3oo,ooo âmes dont 100,000 femmes ,) qui va faire campagne sur le Rhin , y construire , dans le courant de la belle saison , des ponts , des
encaissemens , et y donner chaque soir des fêtes magDÏfiques. Pour s'y faire admettre, il faudrait que Valère eât fait 8 campagnes , it n'en compte que 2 ; il est inadmissible à une armée de 9.' degré hors les cas d'exception.
Urgèle occupe le poste de Haute Matrone , ou Hyperfée de l'artnce du Rhin , exerçant le minisière des sympathies accidentelles pour les 3oo,ooo hommes et femmes. Elle déclare que Valère lui sera utile dans telle branche de travail ; c'est cas d'exception pour lui , il sera admis â cette belle armée quoiqu'il manque de titres; il part, comme attaché aux bureaux de l'Hyper-fée.
Voilà entre Valère et Urgèlc quatre liens de ralliement, tendant à absorber la répugnance naturelle; deux liens amicaux A pour les services passés, deux liens fédéraux F pour les services futurs : le résultat sera d'exciter chez Valère, non pas une passion d'amour direct pour Urgèle, mais un penchant de gratitude, afGnité indirecte, lien neutre qui tiendra lieu d'amour, et conduira au même but. Urgèle obtiendra Valère par pure affection. Les 80 ans ne seront point an obstacle pour Valère habitué avec Urgèle dès le bas-âge; la jeunesse est intrépide en amour, lorsqu'elle a des stimulanssuIBsans; et Valère le premier déclare à Ui^èle qu'il s'estimera heureux, s'il peut se reconnaître de tout ce qu'il lui doit. Il ne deviendra pas pour elle un amant habituel, mais elle aura quelque part à sa courtoisie ; ce sera pour Urgèle une conquête dégagée d'intérêt, de motif sordide, et bien différente de celles que peut faire aujourd'hui une femme de 80 ans, qui n' obtient un jeune homme qu'à force d'argent, et ne peut se procurer anean AJUOUR COMPOSÉ, lien satisfaisant pour l'àme et les sens.
(Nota. Observons que dansceralliementje spécule sur une belle vieillesse comme celle d'harmonie, où l'on verra des femmes courtisées ainsi que Ninon après 80 ans, et des vieillards aussi verds que le valaisan SUMMESMA.TTER qui eut des enfans à la suite d'un mariage contracté à lOO ans.) On voit des philosophes anticiper sur ces harmonies
Allures ; le moraliste Delille Dessales, auteur de la soi-disant philosophie de la nature, fi' est marié à 77 ans avec une jouvencelle de 17 ans- La difFdrence d'âge n'était qae de 60 anst roilà nos rraïs sages, exempts de passions, oracles déraison, régénérateurs de la perfer.libilitë perfeclibilisante-
On a pu remarier dans ce lien amoureux d'Ui^le et Valère, quatre moyens de ralliement, qui ont absorbé l'antipathie naturelle et l'ont transformée en sympathie très-actire> Le ralliement serait déjà suffisant, quand il serait borné à deux absorbans au lieu de quatre ; c'en serait assex pour créer le charme composé, thap. XXXL
La génération actuelle ne sera pas suffisamment pourvue en ressorts d'harmonie, pour opposer ainsi tfuaire absorbans à chacune des antipathies naturelles ; mais on pourra approcher plus ou moins du but, mettre en jea deiar absorbans; cela sera déjà très-brillant dans un début; c'en sera assez pour faire entrevoir les prodiges de l'harmonie future, et ébaucher dès cette génération un système de ralliemens réguliers, contrebalancés, opérant l'absorption des rivalités et antipathies collectives de chaque classe, par les accords que formerU ses individus disséminés dans divers groupes où ils ont leurs antipathiques pour coopérateurs passionnés et directs, comme Valère et Urgèle, ou iruSrects, comme Géronte {3^ï ).
Il reste à décrire deux ralliemens , en ambition et en palemilé : je vais les appliquer à des antipathies plus fortes encore que celle d'amour entre âges de 20 et 80 ans. Traitons d'abord de l'ambition et de ses caractères haineux. Il existe en civilisation seize classes , non compris l'esclavage; 11, 486. On voit régner parmi toutes ces classes, des haines corporatives; l'ordrecivilisé, avecsesverbiages de douce iraternité du commerce et de la morale, n'engendre qn'nn labyrinthe de discordes qu'on peut dislingaer
en échelle ascendante de haines, et échelle deacenda.nte de mépris.
■,Goo»^le
ObserronH cette échelle dans les cioq cla&ses nommées la eour, la noblesse, la bourgeoisie, le peuple et la populace; lei cinq castes se haïssent, et charnne des cinq est subdivisée en trois sous-castes, comme haute, moyenne et basse noblesse ; haute, moyenne et basse bourgeoisie, etc.: la haute méprise la moyenne qui à son tour méprise la basse ; puis la basse hait la moyenne qui réciproquement hait la haute.
Examinons plus en détail ce ricochet de haines en échelle ascendante , et de mépris en échelle descendante. La noblesse de cour méprise la noblesse non présentée; la noblesse d'épée méprise celle de robe ; les sdgnenrs à ck>cher méprisent les gentillâitres; ceux-ci méprisent les parvenus anoblis , qui méprisent tes castes bourgeoises. On retrouve dans la bourgeoisie pareille échelle de mépris ; les banquiers et financiers méprisés des nobles, s'en consolent en méprisant les gros marchands et gros propriétaires; ceux-ci tout fiers de leur rang d'âigîNes, méprisent le petit marchand et le petit propriétaire qui ne sont qu électeurs, mais qui à ce titre méprisent les sarans et autres castes moins pécunieuses ; ensuite la basse bourgeoisie mépiîse les 3 castes de peuple dont elle se pique d'éviter les manières; enfin parmi le peuple et la populace, combien de sabdivisions haineuses, telles que les compagnons du dei^oir et du gacoff
Telle est la douce fraternité du commerce et de la morale; tel est le savoir faire de nos sciences 'pbilantropîqnes; ricochet de mépris des supérieurs aux înféHears, et ricochet de haines, des inférieurs aux supérieurs.
Lorsqu'on voit en civilisation, quelques lueurs de ralliement entre rastes, comme à Naples où la noblesse protège les lazarons, en Espagne oi^ le clergé riche protège les mendians , cette alliance de castes extrêmes n'est qu'une source de vices, l'étal civilisé ne créant que des ralliemens subversifs et inalfaisans,soiten amour, où les rapprochemens entre les grands et les femmes du peuple, ne sont que des germes de désordre , par la naissance
tKDDSÏRlEL. V/ S, 385
^'enfans bâtards, ou par des mariages disparates qui brouilleat les familles; soit en ambition , où la classe opu-^ lente ne se rapproche du peaple qne pour machiner des intrigaes funestes au repos public , des aflaires de parti « des ligues d'oppression.
Il s'agit do rallier, pour le bien , toutes ces cast«s bétérogèoes, surtout ai débats d'ambition; posons sur ce sujet un principe fort neuf, c'est que les hommes civi"lisést même les plus insatiables de pouvoir, de conquêtes et de richesses, n'ont pas le quart de l'ambition nécessaire CT harmonie.
Après la chûle de Bonaparte, on cita de lui , comme acte de démence , une médaille qu'il avait fait frapper i Moscou , et qui portait en exergue : Dieu au ciel et Napoléon sur la tare : il roulait donc laisser à Dieu l'empire du ciel , et s'emparer de celui de la terre ; prétention bien effrayante pour des Français , qui n'osent pas convoiter une ^TO\mtti/mnçaise placée à sept marches de leur capitale ; (Liège lesde langage et de circonscription française.
L'intenti on de monan^ie universelle, décelée parcette médaille , est ce qu'il y a eu de plus sensé dans les vues de Bonaparte. Chaque harmonie» , femme ou homme , sera élevé dès l'enfance àambitionner l'empire du monde; on regardera comme pauvre sujet, eunuque politique, celui ou celte qui inclinera à se contenter d'une souveraineté subalterne comme le trône de France.
La thèse peut sembler bizarre au premier coup d'œil ; son examen va nousscryiràexpliqucrrundes beaux railiemens d'ambition que j'ai annoncé en disant, 355: Rien n'est plus aisé que de concilier César et Pompée. On y réussira par la variété et la multiplicité des sceptres quï ouvriront à chacun une carrière adaptée à son génie. César et Pompée régneront tous deux peut-être au même lieu, mais dans des emplois différens , et en degrés différens , 27 1 . Voyez sur les emplois ou titres monarcaux la noie ■.
' Lu sceptres, cnbarmonie, sont de 16 espèces ou titres, for-
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Ces sceptres, en tous litres et ea tous df^frés,. seront une chance ouverte il tout homme ou fettime, sans tn excepter le litre kéndiitUn , comme celui des monarques civilisés, et le tïlre tnicyiij/', dont nossourerains n'ont pas la faculié d'user, privation qui les rend souvent trè»'nïalheureux ; c'est le tourment de leur vieillesse*
Le souverain et la souveraine en titre héréditaire devant choisir un géniteur ou une génitrice dans chaque diriùon territoriale de leur domaine, i tour de rôle,
mant i6 emplois diftiérendés par aatant de trônes ; le litre d'hérédité , le titre d'adoption , le titre de favoritisme , le titre de vestalat , le titre de sibyl ou d'éducation , le titre de nntelet ou d'eU' lance, etc. , etc.
Dans ckacnn de ces emplois an litres , on distingue ( 37 ■ ) i3 d^;rés ou échelons , occupés par une échelle de sonrerains , dont leplos élevé régit le globe entier; le moins élevé ne r^ît qa'one I^alange ; et les 1 1 degrés btennédiaiivs ont des régies d'éten Jne pTOgresùve , depuis une phalange seule jusqu'à la totalité du glol)e(a7i)i de sorte que dans le degré i borné à la régie d'une phalaôge , il y aura 5oo,ooo couples de titulaires au début de l'harmonie, puisqu'il y aura 5oo,ooo phalanges; et chacun des sceptres assignera aux femmes des fonctions distinctes , au lien de les réduire comme aujourd'hui à mie souveraineté nominale , ho~ noraire et sans fonctions. .
Dans cette échelle d'emplois et degrés d'emplois , il sera bien facile de concilier des rivaux tels que César et Pompée , car l'un peut être élu en titre de favori, l'antre en titre d'artiste, etc. , etc. ; ils sont d'un génie trop différent pour courir la m^me carrière. Enfin l'un peut régner enjtitre électif, l'antre en titre héréditaire. Tous deux (et tons quatre, s'ils sont quatre rivaux) pourront régner dans Rome,
soit en mSmes titres et en £ver3 degrés', 1.*, a.", 3.*, etc. ; smt en mêmes degrés et en divers titres. ' Les cclairdssemeiis snr ce sujet eiigeraient au moins une donzaînede tableaux snr les degrés (371), les litres, les variantes, les croisemens et autres chances qui satisfont tous les caractères ettonteslesprétentionj:cen'estpasdansun abrégé qu'il convient de s'engager en pareil détail. Voyez I, 386.
-, Goot^le
cbaqae faarmonïen peut espérer que ce choix tombera sur lui; ou s'il est âgé, sur l'uu de ses Bis ou petits-fils. D'autre part, tout monarque hérédïtaireayantla faculté d'élire un successeur partiel, à son chois, pour succéder à certaines branches de la souveraineté . chaque harmonies peut encore prétendre à cette dignilé adoptive, moyennant laquelle ni le prince ni les citoyens ne sont lésés comme eu civilisation, où les citoyens ne peuvent pas. prétendre au trôae par alliance, tandis que le monarque ne peut pas transmettre à qui lui plaît, son sceptre ou partie de ses fonctions monarcales.
Mais on puiser les trésors nécessaires i payer tant de têtes couronnées? J'ai dit à ce sujet, 271, qu'on ne paie pas les degrés i, 2, 3, 4i 5, decbaque titre ,8anf lesfrais de localité ; le traitement ne s'étend qu'aux degrés 6, 7, 8,9,10, II, 12, et ;>< pivotai , qui sont peu coûteux par leur petit nombre, car le n-* 6 régissant environ^oo phalanges , est 5oo fois moins nombreux que le n." 1 . L'économie va croissant sur le n^' 7, qui ré^t environ 1700 phalanges, le n.* 8 environ 7000, le n.* 9 environ 30000. le lô, 83ooO; le II, sSoooo. On n'aura au début pcunt de monarques en 12.* degré qui régirait environ loooooo de phalanges ; il n'en exïstera^que Sooooo. On établira donc un OMiple seulement en degré 1 1, 3 couples en degré 10, puis 13 roupies en degré 9, et ainsi de suite en chacun des 16 tilres. Celle échelle s'élèvera aux degrés 12 et >4, lorsque la population du globe^sera portée avec le tems au complet de 5 milliards.
Le traitement monarcal se compose d'une somme pré~ levée sur toutes les phalanges à l'époque de Tinventairc, avant répartition , et sans déboursé de la part du peuple qui tient fortement à cet impôt ; il y trouve une chance de loterie perpétuelle et coups de fortune, presque sans avoir mis au jeu , car cet impôt frappe sur les capitaux dont le peuple ne possède qu'une faible part , et sur le lot de talent, qui est l'apanage de la vieillesse plus riche que la jeunesse.
N.«j-,Goot^le
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Grâce i la perspectire de ces souverainetés , piesqDË toutes ^ligibles, un jeune homme, une jeune fille peu- Tent se flatter de devenir monarques du globe, ^lus de ].** degré^omniarques) ; un père augure aisément que ses oi&ns obtiendront cette dignité en quelque titre etïn quelque degré , sinon en omniarcat , au moins en 3>degré qui règne sur un tiers dn globe , ou en 3.* degré qui règne sur on douzième. D'ailleius il est tant de sortes et degrés de sceptres à obtenir, qu'on peut raisoonablemoit nourrir des espérances. Telle jeune {iUe peut avoir des sceptres à titre de roiteletle, dès l'âge de doaze ans, ensuite des sceptres de veslale, à i6, 17, 18 ans;pQisdes sceptres de fequiresse à 20 ou 35 ans , ensuite des sceptres d'armée, de haute paladine, d'hyperfée; puis des sceptres en titres de sciences et d'arts. 11 en est même une espèce , le titre de caractère , qui est donné par la nattire(Vo7ez chap. 37), et qui échoira nécessairement à ceux qu'elle aura doués du degré spécial de caractère. Chacun pent donc, sans trop d'illusion, se persuader que lui ou ses enfans atteindront à quelqu'une des couronnes supérieures. Tel qui n'a pas le talent de derenfr le plus grand poète ou le plus grand peintre , peut espérer que son fils y parviendra , et obtiendra les trônes attachés à ce rôle, sceptres qui nesontqu'annuelsoubiennauT , afin qu'on puisse en gratifier successivement tous ceux qui en sont dignes.
Dans un tel ordre, chacun pouvant à tout instant compter sur d'agréables surprises ,'comme de voir son enfant, son ami, promu àun trône de haute importance, il conviendra de désirer beaucoup, d'ambitionner les sceptres du monde et non pas un trône de moyen ordre comme celui de France. Nous raillerions celui qui ambitionnera)' de devenir un poète médiocre, un peintre médiocre ; 1 ai* tîste doit et devra aspirer au i.*^ rôle et par conséqu^' au trône du monde , lorsque diverses couronnes en tous degrés seront le prix des arts et des sciences. Il suit de la que ceux qui ont ambitionné l'empire du monde, comme
.Lioo^ie
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Alexandre^ César, Bonaparte, ont ëté les plus rapprocha de la natare. Ce ne sont pas nos passions qu'il faut critiquer, mais la. civilisation qui ne leur ouvre aucune carrière , surtout en ambîtît»! ; un homme aujourd'hui ne peut pas s'élever au-dessus du rang de ministre amovible; encore en voit-on cent y échouer pour un qui j réussit v quelle pauvreté en chances laissées aux ambitieux !
Une autre hranchemal à propos critiquée dam l'amtûtion populaire, est celle des^coups de fortune par loterie oa incidens romanesques.. Le peuple est destiné à ce genre de jouissance ; chaque jour un plébéien pauvre pourra , soit pour lui, soit pour ses enfans ou amis, obtenir quel> que rang éminent , quelque bonne fortune inespérée ; c'est une loterie où on ne peut que gagner sans y perdre, et bù il survient périodiquefnent pour chacun, des aubaines de bonheur ; par exemple : une petite Elle de 1 1 4 12 ans, est nommée maréchale des Petites Hordes en tel empire, comprenant 3^4 cahf^t^ comme la France ; nomination d'autant plus honorable qu'elle provient du suffrage d'environ vingt millions d'enfans dont nulle intrigue ne peut capter la majorité. C'est pour elle un acheminement à la place de haute roitelette du globe, qu'elle pourra obtenir l'année suivante, par quelque action d'éclau Le traitement quoique niodique,.sera déjà une haute &rtnne pour l'euËint ; si elle oblient à la ans un honoraire de 3 francs par vingt mille phalanges dont elle est maréchale pour un an, c'est 6d,Cxx> fr. ; si à i3 ans elle est nommée hante roitelette an traitement de 1/2 franc , c'est sSo.ooo fr. ÊHimis par les 5oo,ooo phalanges du globe, hante fortune pour une enfant pauvre.
Le peuple aime à se repaître de ces espérances , de ces loteries de dignités pour lui et les siens. Tous ces coups de fortune étant en harmonie le prix du vrai mérite, stiipuleront les pères et mères à exciter chez leurs enfàns l'amour des sciences, des arts, de l'industrie honorable, et des hauts faits en tous genres. La classe inférieure se réjouira de voir unç petite somme d'impôts i/5o du bé*
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nc(ice , appliqué au traitement de ces nombreuses fonctions en souverainetés, ministères, généralats masculins , féminins ei enfanlins; dignités dont les enfans comme les pères goûtent le charme à tout âge; une petite fîlle enfant est promue aux dignités dès l'âge de 12 ans, elle et son père en concluent qu'elle pourra, douze ans plus lard, devenir favorite du globe. ■ Les cboix, en favoritisme, ne se fondant que sur la préférence aveugle , il faut savoir cbarmer une région, un empire, nn césarat, le monde entier représenté dans les grandes armées et congrès d'une cinquantaine d'empires. La jeune femmeqai sait^metlre cinquante armées à ses pieds est élue favorite du globe- Tous les moyens innocens, talent, beauté, amabilité, hiï sont permis ; elle peut même , selon la décision de San- CHEZ , l^iettrç en jeu Itjichu transparent que ce casuîsie tolère quand il s'agit de solliciter les juges, et gagner ua procès; il le permettra d'autant mieux lors qu'il s'agira de captiver des armées et s'élever au trône dii monde.
Quelle carrière pour les femmes aimables dont l'empire est si borné en civilisation, et de même pour tes hommes distingués par l'esprit ou les talens! quel moyen puissant de raMier te peuple aux grands et aux grandeurs dont il est aujourd'hui l'ennemi, parce qu'il ne peut pas y partîcipcrl'Cette perspective de sceptres et de dignités, (II, 5i$, iiole H^,) absorbera toutes les haines du peuple contre les castes supérieures ; elle opérera un des plus beaux railiemcns en titre d'ambition ; je vais en cïter un 4<* le plus difficile de tous.