‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 5)Chapitre 42 sur 63 · COMPLÉMENT · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT

L'éqviiibre dépopulation.

Parmi les inconséquences et les étourderies de la politique moderne, it n'ee est pas de plus choquante que l'oubli de statuer sur l'équilibre de pi^ulatîoD, sur la proportiou da nombre de consommateurs, avec les forces

IKDUSTBIEL. V.* S. 3cfJ

{iroduclires.* En vain découtrirait-on des moyens d'atteindre au qaadrapte et même au centuple produit, à l« genre linmaîn était condamné à palluler comme aujourd'hui, amonceler toujours une masse de peuple triple et quadruple du nombre auquel on doit ae fixer, pour maintenir l'aisance graduée parmi les diverses classes.

De tout temps l'équilibre de population a été l'écueil ou l'un des écueâls de la politique civilisée. Déjà les aQ-> ciens qui avaient alentour d'eux tant de régions incultes à coloniser, ne voyaient d'autre remède à l'exubérance de population que de tolérer l'exposition , le meurtre des enfans; égorger le superflu d'esclaves, comme le faisaient les verlneux Spartiates; ou les faire périr dans les naumachies pour l'amusement des citoyens de Rome 6en du beau nom d'hommes libres, mais fort éloignés du ràle d'hommes justes.

Plus récemment on a vu les politiques modernes avouer leur déconvenue sur le problème de l'équilibre de population. J'ai cilé, 4^, Stewart , Wallace et Maltbus , seuls écrivains dignes d'attention sur ce sujet, parce qu'ils confessent l'impéritic de la science. Leurs sages opinions sur le cercle vicieux de la population > sont étouffées par les jongleurs économistes , qui écartent ce problème comme tantd'aulres. Stewart plus loyal l'a &rt bien traité dans son hypothèse d'une ile qui, bien cultivée, pourrait nourrir dans l'aisance mille babiians inégaux en fortune; mais, dit-il, si cette population s'élève à 3 et 4ooo, à lO et 30,ooo, comment la nourrir? j

On répond qu'il faudra'coloniser, envoyer des essaims ; c'est escobarder sur la question ; car si le globe entier était peuplé, porté au complet, oii pourrait-on envoyer des essaims coloniaux?

Les sophistes répondent 'que le globe n'est pas peuplé et ne le sera pas de si tôt ; c'est un des subterfuges de la secte Owen, qui promettant le bonheur, élude le problème d'équilibre de population, et dit qu'il &udrait au moins 3oo ans avant d'atteindre au n.ElN ; elle se trompe*

3g8 NOUVEAU MONDE

illne iàudrattque iSoans; quoi qu'il eu soit, c'est Ucl>€r pied sur un problème que d'en renvoyer la solution à 3oO ans, et sans garantir qu'elle serait donnée à cette époque. ]>'«ailleurs fallûi-il 3oo ans, pour porter le.globe au coa>plct, ce serait toujours une théorie trùs-défectueuse que celle d'un bonheur ou prétendu bonheur qui au bout de 3oo ans s'éranouirait par une faute de la politique sociale, par l'exubérance de population.

, Or, comme il est certain que ce fléau ne tarderait pas 3oo ans, et qu'il surviendrait au bout de i5o ans, dans le cas de paix universelle et abondance générale que donnera l'état sociétaire, il faut que la théorie de ce nouvel ordre fournisse des moyens très -efficaces de prévenir l'excès de population , réduire le nombre des babiiaos duglobeà la juste proportion des moyens et des besoins, à la quantité de cinq milliards environ , sans risque de voir la population s'élever à 6, 7,8, 10, 12 milliards, exubérance qui serait inévitable dans le cas ou le globe entier organiserait le régime civilisé.

£n tablant sur cinq milliards d'habitans riches et heureux , je suppose une reslauralion de température qui dégagerait le pôle arctique de ses glaces; à défaut le globe ne pourrait pas nourrir dans l'opulence plus de de trois milliards d'habitans. Quels seront les moyens de dégager et féconder ce pôle? Je me réserve de les faii-e connaître quand on le voudra sérieusement, (J'y ai préludé l, 53; note A). Sans nous engager dans ces dé* tails, tenons nous au fond de la question, au problème de maintenir dans la haute aisance, dans l'état de richesse progressive et de mitùaium garanti , une masse d'habitans, en la préservant de l'excès dépopulation qui est l'un des écueils du syst4me civilisé.

Ce moyen reposant en partie sur les coutumes de h'bre amour qui ne commenceront à s'établir que dans une soixantaine d'amiées ; après l'extinction totale de la race civilisée, il n'y a pas d'inconvénient à en donner connaissance; d'autant mieux qu'on n'eu sentira le besoin

qu'an bout de œnt ans, lorsque le globe approchera du complet; provisoirement il faut prourer que la théorie sociétaire n'est en défaut ni sur ce point ni sur aucun antre ; et qu'elle ne doit pas [être confondue avec celles qui esquivent de prime abord les problèmes les plus imporlans , population équilibrée , minimum décent , elc.

La nature dans -l'état siKiéraire oppose quatre digues i l'excès de population ; ce sont :

I . La vigueur dçs femmes , 3. Les mœurs phanérogames, 2.Lerégimegastrosophique, 4- L'exercice int^ral.

1° La vigueur : nons en voyons dé)à les influences parmi les femmes de la ville; sur 4 stériles , il en est 3 robustes , tandis que les femmes délicates sont d'une fécondité outrée et fâcheuse. Les stériles sont d'ordinaire celles qu'on aurait crues les plus aptes à procréer. On va répliquer qu'à la campagne les femmes robustes ne sont point stériles ; je te sais , c'est une preuve de plus pour la méthode naturelle qui doit opérer par enchaînement des 4 moyens combinément appligaés , et non pas par emploi isolé d'aucun des quatre.

a." Le régime gastrosophique : A'oil vient celte différence de fécondité en faveur des paysannes robustes? C'est l'effet de ta vie sobre, de la nourriture grossière bornée aux végétaux. Les citadines ont des alimens délicats, c'est un moyen de stérilité qui deviendra bien plus puissant dans l'harmonie oui chacun est gastronomeraffîné. Dès lorsen combinant l'extrême vigueur des dames harmoniennes avec la chère délicate dont elles jouiront, l'on aura déjà deux moyens d'acheminement à la stérilité. (Je passe brièvement sur les objections dont l'examen rempliroit nn article plus long qne celui-ci ; on doit se rappeler que c'est ici un abrégé. )

3." Zes mœurs phanérogames. Le libre amour, la pluralité d'amans, est évidemment un obstacle à la fécondité : on en voit la preuve chez les courtisanes qui sont bien rarement fécondes , il en est à peine un dixième qui procrée , tandis qu'une fille ou femme fidèle est trop fa-

cileà la conception. Or les banuoniais auront, (au bout d'un ùccle seulement ) , beaucoup de femmes adonné» à ta pluralité à'\iomrae&,pta- vertu corporatùt et utile à la société : les Bacchantes , j^yadères , FaifuiresKs , vt antres corporations chargées du service des armées et des cara' renserais, seront nécessairement phanérogames, ce sera de leur part un acte de déroûm'eat dont l'état recueilt«^ de grands avantages. Ce genre de mœurs par son ex" tension aui deux tiers des femmes , sera un 3.* et trèspuissant moyen de dlériliié.

/^.'' L'exercice intégrai distribué sur toutes les facultés corporelles, au moyen de séances courtes et alternats de fonctions. L'on n'a jaOïais observé les effets que produit sur la puberté et la fécondité une différence d'exercice corporel : les contrastes sur ce point sont frappans : nous voyons tes villageois atteindre à la puberté bien plus tard queles citadins ou les enfansderiches campagnards; la fécondité est de même subordonnée 4 ces influences de gymnastique. Si l'exercice corporel est intégrai, étendu à toutes les parties du corps altcrnatiTement et proporlîonnément , les parties génitales sont développées plus tard; on en voit la preuve chez les enfans des princes qui sont mariés à i4 ans , tandis que les jeunes villageois ne sont souvent pas nubiles à t6 ans. Ce retard provient de la différence en exercices corporels et spirituels, qui s'opèrent à contre-sens chez les deux classes. (On ne peut pas attribuer au genre d'alimens cette précoce nulùltté des princes , car ils sont irè»-sobrem«Qt servis ).

Les enfans de haut parage étant tout aux exercices de l'esprit et peu à ceux du corps, il en résulte que leurs facultés matérielles et vitales très-engorgées , font éruption de bonne heure sur les parties sexuelles , et font éclore la puberté bien avant le temps. On verra en harmonie l'effet contraire ; les harmoniens atteindront à la puberté plus tard que les paysans civilisés , parce que l'exercice continu et alternatif de tous leurs membres absorbera long-temps les sucs vitaux, et retardera Vin-

stant où par surabondaDce et défaut d'absorption , ils font euirenir la puberté arant le terme voulu par la nature. Des enfans élevés en harmonie ne seront pas pubères avant iGans pour les hommes, et 1 5 ans pour les femmes; et le délai , au bout de trois «ècles , vra porté à i8 et 17 ans, même en zone (orride.

L'influence de la gjrmnastique intégrale sera la même sar la fécondité qu'elle entravera fortement , i tel point qu'une femme harmonienue,{>our se disposer à la fécondité, devra se préparer par un régime calme et diététique observé pendant 3 mois, afin que lea sucs moins aI»orbés par l'exerdce intégral , par le mouvement industriel de toutes les parties du corps , se portent sur la partie sexuelle. Cette partie les attire fortement aujourd'hui , chez la classe des citadins riches , où elle n'est pas contrebalancée par intervention de toutes les autres parlies du corps, alternativement employées au travail actif.

Lorsqu'on saura employer œmbinèmaU les quatre moyens exposés ci-dessus, les chances de fécondité etstérililé tourneront à contre-sens du mode actuel, c'est-âdire qu'au lieu d'excès en population , l'on n'aura à redouter que h défiât; et on prendra des mesures pour exciter cette fécondité, que tout homme prudent redoute aujourd'hui. L'homme sensé veut n'avoir qu'un petit nombre d'enfans , afin de leur assurer la fortune , sans laquelle il n'est point de bonheur; l'homme sans raison et tout charnel procrée des enfans par douzaine, comme Feth-Au , scbah de Perse , en s'excusant sur ce que c'est Dieu çui les emme, et qu'il n'y a jamais trop d'honnéies gens. Dieu veut au contraire en limiter le nombre en proportion des moyens de subsistance ; et l'homme social se ravale au niveau des insectes , quand il crée des fourmilièresd'enfans, qui seront réduits à se dévorer entre eux par excès de nombre; ils ne se mangeront pas corporellement comme les insectes , les poissons , les bêles féroces ; mais ils se dévoreront politiquement par les rapines, les guerres et les perfidies de civilisation perfectible.

40à KOUVEAV MONDE

A quoi bon cet excès de population , quand il est aiéré que l'ordre civilise , quelque populeux qu'il soit , ne parvient jamais i cultiver son territoire ? En France plus d'un tiers des terres est en friche ; en Ctiioe on trouve de vastes déserts i 4 lieues de Pékin ; et je gagerais qu'on en trouve beaucoup en Irlande , pays le plus populacier de l'Europe. ( Je ne dis pas populeux; la Flandre est populeuse, l'Irlande est populacière. )

Lorsque des hommes bien pensans , comme le Suédois Herreuschwand , se sont élevés contre le double fléau de l'exubérance numérique et de l'indigence, lorsqu'ils ont prétendu qu'on avait manqué en politique toutes les voies d'amélioration, l'on a étouffé leurs voix, on les a accuses de démence; leurs pbilippiques avaient un côté faible, c'était de dénoncer le mal , avant d'en avoir découvert le remède ; les obscurans nommés philosophes ont répondu qu'il fallait s'étourdir sur des maux inséparables de la civilisation perfectible ;' aussi l'indigence n'a-t-elle cessé de s'accroîlre, même en Angleterre , malgrél'excès d'industrie , et la taxe annuelle de deux cents millions pour les pauvres. Confuse de ces résultats , la philosophie se retranche dansTodieux principe çu'iVyîw/ beaucoup âepauvres , pour qu'il y ait quelques riches. On a vu , par l'exposé du mécanisme d'harmonie, quel cas mérite cette opinion, ainsi que tous nos aphorismes politiques dont on rougira bientôt, notamment de ceux qui excitent 4 amonceler des fourmilières de populace, avant d'avoir pourvu à leur assurer un minimum décent.

J'ai dissipé, dans celte 9.* nolice, les préjugés qui traitent de vision l'idée d'équilibre en passions ; j'ai prouve que cet équilibre doit se fonder sur les vastes développeinens et non sur l'engoi^ment ; que les peochans réputés les plus vicieux, tels que les goûts de domination universelle , bénéfice de loterie ou fortune subite , convoitise d'hoiries , et tant d'autres penchans qui ne poussent aujourd'hui qu'à tous les vices, deviennent des sources de vertus dans l'état sociétaire. C'en est a&ses pour confbn-

INDUSTBIBLk V.* S. 4o3

dre ces «sprit» forts qui prétendent que le mouTemeat et les passions sont l'effet du hasard , et que Dieu, avait be^ soÎD des lumières de Platoa et Sénèque pour apprendre à créer les mondes, et diriger les passions à rharmonie.

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