‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 5)Chapitre 43 sur 63 · DIXIÈME NOTICE · texte numérisé non relu

DIXIÈME NOTICE

ÊreDB. EN miCAniQDE DE FASSIONS^

tH. XXXVII . Echdles des caractères et tempéramens.

POCB répondre succinctement aux objections qu'on ne manquera pas d'ëlcrer, il convient de faire entrevoir dans cette demïcre notice, combien la théorie a été restreinte et mutilée parles limites d'un abrégé. Le calcul des passions est une science très-vaste > ceux qui la veulent en abrégé doivent s'attendre à des dévetoppemens insufiisans sur divers points ; ils ne seront pas pour cela fondés à accuser la science d'obscurité ; je m'engage à donner dans d'autres volumes tous les édaircisscmens qu'on pourra désirer, mais non pas sur des futilités, comme de savoirs! tel point de théorie coïncide avec Epicurc ou Zenon , avec Mirabeau ou Platon : la philosophie ayant divagué sur des milliers de sujets , peut bien avoir confusément rêvé quelques effets du régime d'attraction, nuis rien sur l'ensemble , sur le triomphe des vertus réelles alliées au libre exercice des 12 passions, par un ressort bien inconnu des philosophes , îes séries industrieiUs,

Ici une lacune sensible est la classification des caractères : cette connaissance est très-nécessaire pour ^ciliter ]e jeu des séries passionnées. Je vais donner un aperçu de l'échelle ou clavier général des caractères ; elle est composée en ordre domestique de 810 litres pleins et 4o5 mixtes ( selon le tableau i3o ). J'indique le nombre et le genre de leurs passions dominantes. Chacun a les 12 pa»> sions , mais c'est par la dominance de telles passions qu'on distingue un caractère.

^04 ROUTEAt) MONDE

Les Sio earatims dharmonU domestîqaet UT SolitoncB ^76, i Dominante qaelconqne*

ày b, mixtes 80, I animiqne, i sensodle. BÉ Bitones 96, 2 animiqaes.

d, b, bimixtes 16, i animiqDe, 3 sensudles. fdl THtones a4( 3 animiquea. FA Tétratones 8. 4 anîmiques.

â , b , bimùetes 8, a animiquefl, 3 sensuelles. SOL Pentatones a, 5 animiques.

,;|jes lettres d, b ùgnifient dièse et bémtj , toocho inteitnédiaires en gamate musicale et passionnelle.

Il faudrait ajouter à celle taUe celle des4o5 caractère» ambigus; définïssonsseatementlespleins.OnToît en première ligne 576 solitones . gens qui n'ont qu'une seule passion dominante ; ils ne sont pas en égal nombre sur les 13 passions , comme seraient 48 pour chacune ; la distribution est progressive' On trouvera beaucoup pins de solitones à dominante d'ambition, ou d'amour, on de gourmandise , qu'à dominante d'ouisme , passion des plaisirs de l'ouie ; cependant on trouve des ouisUs ou mélomanes qui ne vivent que pour la musique , ne font élever leurs enfansqu'à la musique, et ne prendraient pas pour gendre un bomme qui ne serait pas musicien.

Bref, les solitones ont une passion dominante à laquelle ils rapportent tout : ils varient peu dans leurs goûts et ont de Taptiiude aux ouvrages de longue durée; ils sont dans l'écbelle des caractères ce que sont les simples soldats dans un régiment. Au contraire, les 3 pçntatones , homme et femme sont l'équivalent des colonekw ils doivent o eux deux, intervenir activement dans tontes les sénés de la phalange : s'il y en a 4oo , il faut que chacun des pentatones en fréquente environ 300. Il faut donc pour pentatones des esprits actifs, subtils et trèsétendus , comme Voltaire , Leihnilz , Fox , etc. César est d'un degré plus élevé encore, c'est un heptatone i 7 dominantes, Bonaparte et Frédéric sont deux hexatones à 6 dominantes.

INDOSTRIEL. V.' S. 4o5

\ Une phalange n'a pas no besoin sp^ial d'bexatones ,

\ beputones, 7"; ommtones, 8* degré; il suffit qu'elle

^re aax pentatooes. Les degrés plus élerés en carac-

nt, dedroit naturel et par convenance générale, une

'Ç 3 i 4 phalanges, sur une douzaine , sur une qua-

J, et ainsi de suite ; ils sont agens d'harmonie

-ae , quoique habilans d'une phalange.

^n continuant depuis SOL, on a en titres eitemes

d , b , téiramixtes, A animiques 4 sensuelles. LA hexattmes. 6 animiques.

d, b, perUamixtes^ 3 animiques 5 sensuelles.

SI beptalones. 6 animiques % sensuelles.

UT omnilona. 7 animiques.

On peut pousser l'échelle beaucoup plus loin : tonte cette 3* échelle de caractères est pour les emplois extérieur* , et pourtant elle 6gure avantageusement dans une phalange.

Je n'ai pas parlé des 4o5 ambigus qui doivent £tre adjoints à la i" échelle (4o4),. ni des variantes que subit rassortiment de passion» dans les divers degrés. Ce aeroit un détail immense : je veux seulement en venir  quelques études superficieUeft sur ses distributions les plus opposées à nos préjugés^

Remarquons d'abord que h morale déclare vicieux tous les caractères les phu distingués , les hauts titres , les officiel principaux i elle les tolère parmi les monarques ou les gens puissans , mais chez la masse des citoyens die ne veut que des solitones , Kmités â une seule passion ; or la nature ne place pas les grands caractères parmi les hauts personnages, elle les sème mx hasard ; Tomnitone qui est le plus éleVé de ces 2 échdles , peut se rencontrer chez un pftlre. Les êtres doués de ces grands raraclères sont politiquement étouffés par l'éducation , ils s'irritent contre les coutumes , et sont surnommés mauvais sujets , ennemis de la morale.

Dans l'ordre sociétaire chacun d'eux , homme ou femme, trouve son rang et s'y place du consentement do

4o6 KOCVEAC MONDE

tout le monde; car celui qae la nature a fail solllone , n'a aucune enrie de la présidence caractérielle d^'une phalange, fonction qui l'obligerait à une prodigieuse Tariélé de travaux; il n'y trouverait pas son bonheur , d'aïHeun on a toujours mauvaise grâce à sortir de son caractère ; dès lors personne ti'est jaloux en voyant à la présidence caractérielle de la phalange , au poste de Roi ée passions et Reine dépassions , deux êtres qui sont par leur naissance , les plus pauvres , peut-être , tle tout le icanton. Malgré leur humble condition , ils s'élèveront sans faute nu poste que la nature leur assigne, à la pré~ eidence caraciérielte de l'un des i3 degrés, depuis celle d'une phalange qui est fe plus bas degré, jusqu'à l'omniarchat ou présidence du globe* C'est encore une trèsbelle loterre pour la classe pauvre; une femme enceinte peut se dire je serai peut être mère de la souveraine caractérielle du globe; elle parviendra sans effort par abandon à son caractère, au trône du monde ou à l'an des principaux sceptres.

L'éducation a pour lâche de développer ces caractères et de plus les lempéramens qui sont en même échelle queles caractères , mais non paj en assortiment : un pentatone qui est de 5' degré en caraclèret n'est point certain d'avoir un tempérament de 5' degré, il aura quelquefois le plus opposé à son râle passionnel.

Nos sciences réduisent à 4 les tempéramcns, et cependant un remède administré à vingt bilieux opérera de Tingt manières différentes. Pour classer les tempéramens, il faudra les développer dès le bas âge, principalement par la voie alimentaire; on voit les enfans remplis de goûts dépravés, comme de manger le plâtre des mnrs; c'est qu'on les a laissé manquer de certains comestibles dont la nature leur fail sentir le besoin , et qu'ils ne peuvent pas définir. L'absence de ces allmens cause une contremarche de l'instinct , et pousse l'cn&nt à remplacer par des substances nuisibles celles que la nature lui destinait.

vGoogIc

Od pr&entera doac aux enfans uoe grande variété de comestibles aBa de discerner par leurs instincts alimentaires à quelle division ils apparlienoent ; on en jugera par la facile digestion des alimens préférés; à la suite de cette première échelle de genres el d'espèces, on cherchera à classer les espèces en échelle de variétés et ténuités . et un des moyens qu'on emploiera sera lanUenne gastrosophiçue- Je désigne sous ce nom un très-petit repas, avant-coureur de repas , et choisi de manière à exciter un violent appétit au bout d'une demi-heure. On voit des civilisésL essayer ce prélude par un verre d'absynlhe; ce n'est pas là une antienne régulière, qui doit ■ se composer de solide et liquide, arec variantes selon les dispositions où se trouve l'estomac. On exercera chacun, homme et femme, à bien connaître ses antiennes, afin d'arriver â table avec appétit et digérer avec facilité. L'harmonie produira tant de subsistances qu'il faudra habituer le genre humain à consommer quatre fois plus qu'en dvîlisation.

Plus on avancera dans l'art de classer les caractères et les tempëramens , plus il deviendra facile d'intiîguer 1ë» séries méthodiquement, comme le groupe décrit, chap. suivant. Du reste, il faut observer que si les caractères sont comprimés, ils se faussent et se développentàcoutresens ; l'éducation actuelle , en leur donnant un vernis moral, les rend très-mauvais au lieu de beaux qu'ils auraient été. Sénèque et Burrhns n'ont pas changé, mais faussé le caractère de r^éron , télralone à 4 dominantes bien distinctes, cabalîsie, composite, ambition, amour. Henri IV élaït comme Néron un tétratone , mais qui n'avait pas été faussé par une éducation morale.

Les caractères tournent au mal en civilisation, dès qu'ils ont en dominaole un nombre de passions mécanisantes supérieur aux a£Fectives. Une femme tritooe à dominantes d'amour , de cabaliste et de papillonne, sera communément très- vicieuse.

Rien n'est plus propre que la théorie des caractères à

4o8 KOVVEi-U HOKDE

confondre ces esprits forts qui croient que les passions sont créées au hasard , et que Dieu a besoin de recourir aux moratisles pour les harmoniser. Les passions en mécanisme domestique , sont un orchestre à 1620 instrumens : nos philosophes en yootant les diriger sont comparahles à une légion d'enfans qui s'introduirait à l'orcbeslre de t'opéra, s'emparerait des ïnstrumens et ferait un charivari épouTantable; faudroît-il eu conclure que la musique est ennemie de l'homme , qu'il faut réprimer les violons , arrêter les basses , étouffer les flirtes ? non , il Êiudroit chasser ces petits oisons, et remettre les ïnstrumens à des musiciens eiperts*, ainsi les passions ne sont pas plus ennemies de l'homme que les- instrumens musicaux, l'homme n'a d'ennemis que les philosophes quî veulent diriger les passions sans avoir la moindre connaissance du mécanisme que leur assigne la nature. Quand i) sera éprouvé, on reconnaîtra que les caractères les plus ridiculisés, comme celui ^Harpagon, j soatétainemment utiles.

CHAP. XXXVni. Des groi^yes de haute harmonie, 0U d'équilibre œmpensatif.

Les optimistes ont de tout temps mis en scène des compensations chimériques; à les en croire, un pauvre qui n'a ni feu ni lieu, pourrait trouver dam son dénument, autant de bonheurqu'un riche dans ses palais.

Jusqu'ici , les pauvres ne sont guère de cet avis , et les riches encore moins, car on ne voit aucun Crésns faire échange de condition avec le pauvre- Les compensations n'existent donc que dans les rêves de la morale qui prétend , selonnOelille , que la nature est un échange perpétuel de seconrs et de bienfaits. On ne voit pas quels bienfaits elle répand sur la populace affamée d'Irlande, ni sur les peuplades livrées aux bourreaux , comme les Grecs sons Ibrahim , ou les nègres de la Martinique sons le fer diea œlons français.

INDVSTHIEL. V.' S. 409

Quelques riches , pour pallier leur égoïsme , aiment à se persuader que le peuple est heureux , que ses misères soDl compensées : on entretient les monarques dans cette illuaon , elle est plus décente que le principe, âfaut dix pauvres pour tm riche. Tout sophiste est lùen venu, lorsqu'il suppose des compensations dont on ne trouve pas l'ombre dans l'élat civilisé. La véritable compensaUon doit èXTfi facuhatiee, SENTIE et AVOVÉB, comme elle le serait dans le groupe décrit an traité, II, 563, groupe dont les relations peuvent servir de formulaire général en compensations. Je regrette de ne pouvoir pas insérer ici cet article assez long, qui présente une théorie positive sur les compensations, sujet des plus obscurcis par le sophisme; j'en transcrirai seulement quelques lignes qui donneront^ une légère idée du sujet.

Trois individus, Apîcius, Mécène et Virgile, sont réunis dans un repas d'une disain^de convives. Apicins tout préoccupé de gourmandise , a pris peu de part à la con- Tersalion; Yit^ile au contraire, peu attentif au matériel du repas, a fait grande dépense de bel esprit; il a brillé, il a fait le charme des convives , son amour-propre est flatté. Mécène s'est partagé entre les a plaisirs, conversation et gastronomie : les doses de plaisir ont été en rapport suivant :

Chez Apîcius, conversation t, gourmandise 3. = 4* Chez Mécène, id. 2, Jd. 2.:= 4.

Chez Virgile, id. 3, id. i. = 4'

II y a ici compensatîon par&ite pour tous trois, quoique chacun ait goûté les deux plaisirs en doties fort inégales; mais chacun a en l'option sur tous deux, et en a pris la part qu'il a voulue. On peut supposer neuf con- Tives chez qui ces doses seront graduées en échelle régulière, et qui ser(»it tous satïs&itâ compensativement, l'un plus en gourmandise et moins en conrersation , l'autre l4as en conversation moins f;n gourmandise. ■ Tels doivent être les groupfts réguliers ; il» doivent réunir au moins deux plaisirs dont chaque personnage puisse

4lO nOUVEAV MONDE

preqdre la dose qot lui convient. Ce principe doit s'appliqaer à toutes les situations de la vi« ; on n'y trouve le bonheur compensatÏTement équilibré, qu'autant qu'on a l'option 9ur divers plaisirs réunis ; Téquilibre passionnel n'admet ni ^Lité et conformité de goûts ni simplicité de

Si Ton suppose la réunion précédente boméeà nn plaisir, à la ciHiversalion seule, au bel esprit ; Apîcïus y tombera dans l'ennui , Mécène sera moyennement satisfait , Virgile seul y trouvera grand plaisir. Telle est ta sîtuatioa dans laquelle nous place la morale; elle ne donne jamais la faculté d'option compensalîv^ ; elle nous présente un seul plaisir, tel que l'amour de la modération : une modération réelle a besoin de contrepoids, comme on l'a vu plus haut dans Mécène qui a goûté les deux plaisii^ modérément et en dose égale; s'il n'en avait goûté qu'un, la modération l'aurait enni^é. C'est en balançant les 2 plaisirs l'un par l'autre, qu'il a joui autant que ses convives A et V qui ont goiïlé immodérément l'un des deux plaisirs, et faiblement le second.

Mais est-il vrai que Mécène se soit modéré? Non, car il est arrivé à la dose 4 en somme de plaisir, il a joui autant que tes deux autres , quoiqu'en proportions difTcrentes et balancées. Ainsi tous ces hommes qu'on appelle modérés et qui en font trophée, sont, ou des illusionnai res ou des charlatans ; ce sont des caractères qui se plaisent i goûter en dose égale deux plaisirs. Tel vous dit : « Je suis » un exemple de morale, je^uodère mes passions, je fuis » les amusemens et je n'aime que le commerce.» Iiraime parce qu'il y a gagné un million, ou qu'il espère le^igner en trompant ceux qui achèteront ses ralicos ; avec son masque de modération, il ue rêve que fourberie, que ruse pour duper les acheteurs. Voilà ce qu'on appelle un homme moral, un vertueux amant du commerce et de la charte ; c'est un être qui sue h mensonge et qui, en stricte analyse, ne se modère sur aucune passion, car il absorbe oue passion par une autre, comme l'ont fait plus haut

INDUSTRIEL. V.* S. 4ll

Virgile et Apicius ; ou bien it équilibre deux passions qu"!! salisfail en dose égale et balancée, comme l'a fait Mécène qui n'est pas plus modéré que ses deux convives A et V, car il arrive comme eux à la somme l^ en jouissance; qu'elle se compose de 3 et i , ou de 2 et a , die est tonjoors 4' .

. Il iâudrait, au lieu d'un petit article, plosieurs chapitres sur celte matière, a&n de dissiper les préjugés qui régnent sur la modération et les compensations, sur la balance et l'équilibre, sur les contrepoids et les garanties en exercice de passions. Obligé de supprimer tous ces détails, je me borne à insister sur le principe, que la modération est une chimère , que les passions admettent des jouissances contrebalancées mais non pas des privations; que celui qui paraît le plus modéré, est souvent celui qui a le plus rafiiné ses jouissances; et que nos théories d'équilibre moral et de compensation morale, ne sont que des batï- Ternes qu'on rougira d'avoir écoulées, quand on connaîtra les méthodes exactes en équilibre passionna.

On les ignore k tel point que la classe des pères, qui . Ëiit les lois et désire les faire à son avantage , n'a su trouver aucun moyen d'établir l'équilibre qu'elle recherche le plus, celui des deux affeelions paternelle et filiale, quî sont dans une disproportion choquante ; celle de l'enfant ne s'élevant communément qu'au tiers ou au quart de. celle dn père. Il était évident, par ce défaut de balance, que l'équilibre devait provenir de voies indirectes : on a vu quelles sont ces voies; les pères doivent recueillir l'affection de 4 sources; des enfans directs en 4 à 5 générations au moins, des adoptifs en caractère identique ou contrasté, des adoptifs industriels ou continuateurs passionnés , des continuateurs en lignée directe ou collatérale. La passion atteindra à l'équilibre quand le père obtiendra par quart un tribut d'affection de ces 4 classes : jusque-lji il n'est rien de plus dépourvu d'équilibre que l'amour paternel , rarement payé d'un quart de retour par les descoidai^ directs. Si les philosophes n'ont pa#

4l3 PiOUVEAU MONDE

TU ce désordre ou D'ont pas su y remédier , que pourra leur science pour atteindre à tant d'antres équilibres qu'elle n'a pas méine entrerus, tels que celui des subsistances II ii3, à fonder sur les produits combinés de plusieurs z&aes.

Et quant aux compensations qui forment une partie de l'équilibre, comment concevoir des compensations sans option ? la* morale nous dit : Soyez heureux arec une écuelle de bois pour tout mobilier ; Diogène assure que cela sufBt ; eh bien, que Diogène donne l'option sur une écuelle d'argent , nous pourrons croire au bonheur de celui qui en toute liberté aura préféré l'écuelle de bois à celle d'argent. Dans l'exemple que j'ai cité , chacun des 3 personnages A, M, V, a l'option sur deux plaisirs, d'où il est clair que chacun d'enx est compensé, en quelque dosequ'îlnsedesdenx plaisirs. Cette option doit s'étendre à toutes les situations de la rie, aux passions des trois sexesi mais quelle option leur donne la morale, oi^ sont les cc»npensaiions pour nn enfant reclus et menacé du fouet, pour une vieille femme dépourvue du nécessaire et encore plus des plaisirs, pour une masse de pauvres enfei^ mes et rudoyés dans un dépôt de charité? Que la phî^ losophie est novice, en théorie coœpensative comme en toute question de mouvement ! Qu'est-ce qu'une cornpensalion qui ne présente pas option faculutive? Vous donneiau peuple, pour indemnité de ses souffrances, le bonheur de vivre sons la charte, d'aimer la charte, admirer les beautés de la charte; mais s'il ne sait pas lire , ou s'il n'a pas deaxsons pour acheter la charte, comment un admirera-t-il les beautés , surtout s'il est affamé ? Que signifie cette billevesée de compensation qui nous donne en dédommagement de nos maux, un plaisir ima^naire, sans aucune acuité d'option sur les plaisirs réels? Apprendre à se passer de ce qu'on n'a pas ! C'est le talent du renard gascon; et on fait de ces sornettes une science dite momie ! Que de jongleries imaginées pour vendre des livres ! On en vendra cent fois plus quand ou ensrâgnera la vérité.

iKDosTniEi.. y.* S'. 4>3

CHAP. XXXK. Vuvrai bonheur, l, 475.

Je n'ai tu qu'an ^crîrain civilisé qui ait ae peu approché lie la dé&nilioa du vrai bonheur ; c'est M. Bentham.quiexige'desTéalilëset non desilluùona: tous les autres 'sont si loin du but , qu'il ne sont pas dignes de critique. 11 existait à Rome au temps de Varron 278 opinions contradictoires sur le vrai bonheur, on en trou- Tcroit bien davantage à Paris, surtout depuis que nos controverâstes suivent deux routes diamétralemeot opposées; les uns prêchant le mépris des richesses et l'amour des plaisirs qu'ongoûle sous le chaume, les autres excitant la convoitise effrénée des richesses ; les moralistes plaidant pour rangnste vérité , les économistes pour le trafic et le mensonge.

Débrouillons en peu de mots la vidlle 'controverse de bonheur, l'une des Tours de Babel de la ténébreuse philosophie. Dieu nous a donné douze passions, nous ne pouvons être heureux qu'en les tatisiaisaut toutes les douze. S'il yen a une seule d'entravée , le corps ou l'âme est en souffrance ; mais loin de pouvoir satisfaire chaque jour les donae passions, notre peuple essuiera plutôt douze disgrâces , car il en est 34 qui le menacent et le poursuivent sans cesse ; I ^%i , II 107. Les riches mieux partagés sans doute .sont encore bien loin du bonheur, et ne peuvent guères se le procurer unt seuU journée. J'en ai donné pour preuve , le détail d'une journée de vrai bonheur, II 598,et6o4i oà. Ton voit qu'il n'est pas mime possible de faire lever par plaisir les gens riches ; ils commencent leur ionmée par une lutte entre te plaisir et Fennui ; dans une belle matinée d'été chacun voudrait être levé dès l'aurore , mais chacun est retenu par Tennoi de s'Iialûller et de quitter le lit qui est nn plaisir simpU. Voilà un pauvre d^nit dejonmée, plaisir simple et perspective d'un quart d'heure d'ennui : il manque à tous les civilisés une pitssion véhémente qui les sorte du

4l4 NOUVEAU MONDE

lit par amorce d'un plaisir composé, assez fort pour &ire

dëdaigoer le plaisir ûmple de rester an lit.

Le jeu des trois passions mécanissantcs exigeant de courtes séances, il faut pour le courant de la jonmée, au moins quatorze séances, .savoir ; une majorité de 8 séances en plaî^rs composés, 5 en plaisirs simples pour délassement des composés, plus un ou deuk parcours, gnu-ede jouissance tout à fait ÏDConnuedes ci viiisésetqu'il faut définir.

Le parcours est l'amalgame d'une quantité de plaisirs goûtés successivement dans une courte séance , enchaînéi avec art , se rehaussant l'un par l'autre, se succcdantà des iostans si rapprochés qu'on ne fasse que glisser sur chacun. L'on peut , dans le cours d'une heure , éprouver une foule de plaisirs diifcrens et pourtant alliés, quelquefois réunis dans un même local , par exemple :

Léandre vient de réussir auprès de la femme qu'il courtisait. C'est plaisir composé, pour sens et ame. Elle loi rem«t l'instant d'après un Ivevet de fonction lucrative qu'elle lui a procurée; c'est un 2' plaisir. Un quart d'heure après elle le fait passer au salon oii il trouve des surprises heureuses, la rencontre d'un amî qu'il avait cru mort : 3^plai«r.Peu après entre un homme célèbre, BuffonouG>rneille, que Léandre désirait connaître et qui vient au diné ; 4' plaisir. Ensuite un repas exquis, 5' plaisir, Iiéaudre s'y trouve à côté d'un homme puissant qui peut l'aider de son crédit, et qui s'y engage, 6' loisir. Dans te cours du repas un message vient loi aantmcer le gain d'un procès; j" plaisir.

Toutes ces jouissances cumulées dans l'intervalle d'une heure, composeront un parcours qui doit rouler sur m pîaisir de base continué dans tout le cours de ht shftce. la Léandre att«nt le but par la compagnie de sa nouvelle conquête et le succès affiché au repas. C'est le plaisir pi' votai qui broche sur le tout, et intervient en continuité pendant la durée des sept autres. Cette sorte de plaisir nommé PABCOVRS est inconnue en civilisation; les rois

INDUSTRIEL, V.* S. fyli

même ne peuvent pas se procurer des parcoars, charme trè»-fréquent en harmonie, où un homme riche est assuré de rencontrer chaque jour au moins deux parcoun , indépendamment des séances de plaisir £c»n^Mwe à 3 jouissances, sur-composé k 3, et bi-composé à 4 jouissances cumulées. Qu'on juge après cela du dénument des cirilisés en fait de bonheur ! Voyez I , l\^S , la définition méthodique du vrai bonheur.

lies parcours à sepluple variante sont des jouissances rcserrées à la haute harmonie. Dans le début on aura à peine des parcours à quadruple variante, ce sera déjà merveille pour des échappés de civilisation , qui ne peuvent pas se procurer une seule journée de vrai bonheur. Pour composer à un civilisé une journée de cette espèce, il m'a fallu supposer, II, 5i^, une réunion de jouissances beaucoup plus nombreuses et plus rapprochées que ne le comporte l'état civilisé ; encore ai-je dû en recourant à celle hypothèse , commettre 2 fautes; l'une d'y entremettre l'amour qui est crime selon les lois civilisées, l'autre d'admettre dans la distribution de cette jounfée, |neuf vices d'équilibre passionnel, neuf lésions que n'éprouverait pas un harmonien ; je les ai admises parce que la ci- ^nlisation est si bornée en' plaisirs que je n'aï trouvé dans les faibles ressources qu'elle présenlc, aucun moyen de remplir le cadre d'une journée romplètement heureuse, telle que l'obtiendra chaque jour le plus pauvre des harmoniens. Les dvitiscs sont si dénués de jouissances , que lorsqu'ils ont eu quelque sujet de charme, quelque fête passable, ils en rabâchent pendant une semaine entière ; encore ces fôtes ne sont-elles que de mauvaises caricatures des plaisirs vrais, des équilibres de passions que Tharmonte fait régner dans tous ses travaux , ses repas et ses festivités. On peut s'en convaincre par l'exposé des neuf vices. II, 604, que j ai été obligé d'introduire dans l'emploi d'une journée heureuse, bornée aux ressources- de la mesquine civilisation.

Outre l'incoixvcnient de rareté de plaisirs , elle ignore

4l6 NOXJVEAn MONDE

complètement l'art de les amén^iger. Telle Jouissance est osée au bout d'une quinzaine, elle seseraît soutenue plusieurs mois , si on l'eût distribuée avec dUcemement et variantes nombreuses : mais la civilisation , en fait de plaisirs, mange son blé en herbe, épuise une jouissance en peu de temps faute de Tariélé pour la relayer. Aussi les riches civilisés sont-îls accablés de maladies résultant de ces excès. £n harmonie l'aménagement des plaisirs est calcul de haute politique sociale, fonction des autorités principales. On n'y use aucune jouissance , parce que les relais et nouveautés surabondent: Si tel amusement n'est séduisant que de mois en mois, on en a mille autres à mettre en scène dans l'intervalle , afin de varier artistement les nuances de bonheur, d'une séance à l'antre, d'un repas à l'autre, de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois, de saison en saison, d'année en année, d'âge en âge , «c. jusqu'au terme d'une pleine carrière estimée t44 ^"^t ^8^ auquel les riches barmoniens aiteïndront plus facilement que les pauvres , par l'extrême variété de plaisirs qui est le plus sûr garant contre les excès.

Quel sujet de réilexîon pour celte philosophie qui place le bonheur en cirilisation, et qui raisonne sur l'équilibre des passions aussi judicieusement qu'un aveugle-né, raisonnant sur les couleurs !

Pour compléter la leçon , il faudrait disserter sur le triste sort de tant de civilisés qui , pourvus de santé, fortune et moyens de bien-être, n'arrivent qu'à un extrême malheur. Les contretemps de toute espèce, les disgrâces fondent parfois sur le riche comme sur le pauvre , le jeu, les pièges, la mort d'un enfant, l'inconduiie d'une femme, les maladies, les échecs d'ambition, les revers de parti viennent empcHsonner la vie^de ceux dont on vante la condition comme suprême bonheur ; qu'est-ce donc de ceux que l'indigence accable , et quel parallèle à faire de tant de misères avec l'immensité de plaisirs qju seront prodigués à tous, dès qu'un fondateur aura fait l'épreuve d'où dépend l'issue de civilisation et l'avéncment aux deslinées heureuses.

CHAF; XL, Boussole en étude des passion^; le railiement aux vues de Dieu.

h'nK (les pièges auxquels on a pris la multitude en tous les temps , a été de lui persuader que les rues de Dieu étalent impénétrables , que rhomme ne devait pas même chercher à connaître Dieu. Le bon sens exige tout le contraire ; il veut que notre première étude soit celle de Dieu, la plus facile de toutes.

Dans l'antiquité , lorsque la fahic travestissait le Créateur, en le confondant avec une cohue de 35ooo faux dieux, plus ridicules les uns que les aut^, il était assurément difficile d'étudier les vues de Dîeu, de les débrouiller à travers cette mascarade céleste; aussi Socrate et CicéroD se bornèrent-ils à s'isoler Jes sottises de leur siècle, et adorer le Dieu iNCONisu, sans pousser plus loin leurs recherches qui auraient été contrariées par Tesprit du temps : Socrate en fut victime- 1^

Aujourd'hui que ces superstitions sont dissipées , el(^e le christianisme nous a ramenés à de saines idées, ï la croyance en un seul Dieu, nous avons une boussole fixe pour procéder a l'élude de la nature. En partant du principe que toute lumière doit venir de Dieu, et que la raison ne peut entrer dans les voies de lumière qu en se ralliant à l'esprit du Créateur;' il reste à détermina les caractères essentiels de Dieu, ses attributions, ses vues et sesméthodessurrbarmoniedel'iKiivers, dont certaines règles déjà connues peuvent nous acheminer aux inconnues. 11 faut dans cette étude procéder par degrés , analyser d'abord un très-petit nombre des caractères de Dieu , en s'attachant aux plus évidens , tels que les suivans.

Page 1