Détérioration postérieure des climats
Chacun de ces caractères exigera de longs détalLs. A défaut, ridée peut sembler fausse, comme la 12.*, détérioration postérieure des climatures. II est certain qu'une civilisation naissante améliore le climat ; mais au bout de quelques sîèrics, l'industrie désordonnée détruit les forêts, tarît les sources , excite les ouraf^ans et tous les excès atmosphériques. Aussi le climat de France est-il sensiblement dégradé: l'olivier bat en retraite; il était à Moritélimar il y a un demi-siècle , on ne le trouve aujourd'hui qu'au-dessous de la Durance- L'oranger a presque disparu d'Hières; toutes les cultures périclitent parce qu'on a déchaussé les Alpes , les Céveones et autres chaînes. L'es^ pace me manque pour expliquer ces 12 caractères^ il est
-, Goôt^ie
464 KOUTEAU MONDE
donc inutile de donner une liste des i44- 1' "uflit (}Qé l'on voie, parce peu de définitions, que l'analyse exacte de la cirilisation est une science trop neuve pour être susceptible d'abrégé dans sa première apparition. L'on s'en convaincra sur la branche du commerce, dont on a tant raisomié sans en avoir fait aucune analyse.
CH.XLIII. Caractèresdu commerce, ENGENBES:
Quelle est la cause de cette vénération des modernes pom le commerce qui est détesté en secret par toutes les autres classes du corps social? D'où rient ce stupide engouement pour les marchands que Jésus-Chnst battait de verges? La cause en est qu'ils ont gagné beaucoup d'argent, et qu'une puissance insulaire exerce sur le monde industriel une tyrannie de monopole mercantile- Ces extorsions, cette tyrannie, ne proviendraient-elles pas de quelque erreur commise par la politique moderne? Cette science rampante n'a pas osé faire l'analyse du commerce, de ses caractères qu'il faut distinguer en genres et espèces ; de sorte que le monde social ne sait pas ce qu'est le commerce. Quelques flagorneurs de l'agiotage dépeignent tes marchands comme une légion de' demi-dieux; chacun reconnaît au contraire qu'ils sont une légion de fourbes; maïs à tort ou raison ils ont envahi l'influetice; tous les philosophes sont pour eux, lë ministère même et la cour fléchissent devant tes vautours mercantiles, tout suit l'impulsion donnée par la science dite économisme , et par suite le corps social tout entier se soamel aux rapines mercantiles, de même que l'oiseau fasciné par le serpent , va se rendre dans la gueule du reptile qui l'a charmé.
Une politique honorable aurait dû mettre au concours les moyens de résistance, et s'enquérir des bévues qui donnent le sceptre du monde industriel à une classe improductive, mensongère -et malfaisante.
On est si neuf sur t'analyse du commerce, que chacun le confond avec les manufactures qu'il s'occupe à entra-
N.«j-,Goo»^lc
INDUSTKIEt. VÎ.* S. 4^
ver et rasçonner. Les prioctpanx négociâtes, hommes marchands de matières premières, ne sont occupés qaà machiner la spoliation des manufacturiers et des consommateur», s'informer des raretés qui surviennent sur chaque denrée, pour l'accaparer, l'enchérir, la raréfier) et par suite pressurer le fabricant et )e citoyen.
La science dite économisme snppose un profond génie à ces accapareurs et agioteurs qui né sont que des barbouillons, des joueui^ arerttureux, des malfaiteurs tolérés. Oi en a vu, en 1826, une prente des plus frappantes, lorsqu'rat pleine paix, après dix ans de calme, il Survint tout à coup une stagnation e» un engorgement d'autant jAus imprévus, que tous ICs journaux triomjpfaaient des nouvelles chances ouvertes au commerce ^r l'émancipatiob des deux Amériques. Quelle était la cause de cette crise qui fut si mal jugée? elle provenait dn jeu compliqué de deut taractères commerciaux, Xe re/ouItmerU pléthorique, h contre-coup datvrtemerU. Le refoulement est un effet périodique de l'aveugle CU' pidité des marchands qui , lorsqu'un débouché leur est ouvert, y envoient d'abord quatre fois plus de denrées que n'en comporte la Consommation^ Les 2 Amériques renferment à peitie i^O millions d'hahitans; en déduisant les sauvages, les nègres et la populace espagnole du pays chaud qui est presque nue, it ne reste pas vingt millions d'individus à vêtir; si on y porte des étoffes pour cent millions , il y aura engorgement et refoulement. C'est ce qu'ont fait eu 1825 nos marchands de culottes et ceux d'Angleterre; ils ont encombré l'Amérique de leurs drogues , k X1^ point qu'elle en avait pour une consommation de 3 à 4 ans : il en est résulté mévente, stagnation, avilissement des étoffes, et banqueroute des veudenrs : effet nécessaire de celte pléthore toujours causée par les imprudences du commerce, qui se fait illusion sur les doses de consommation possible. Comment une cobue de vendeurrjaloux , aveuglés par l'avidité, pourrait-elle juger des bornes à établir en exportation ? 3o
Il sulfisait déjà de cette maladresse pour canner les banqueroutes et le bouleversement desmarcbés et des fabriques ; lorsqu'un autre caractère est interrenn au même instant pour aggraver le mal. Des accapareurs de New-Yorck, Philadelphie, Baltimore, Gharlestou, etc., avaient prétendu s'emparer de tons les colons , d'accord avec leurs aHidés de Liverpool , Londres , Amsterdam , le Havre et Paris -, mais l'£gypie et autres marchés ayant fourni une récolte copieuse, l'accaparement a échoué, la hausse n'a été qu'un feu de paille, les vautours d'Amérique ont Été engorgée ainsi que leurs coopéralenrs d'Europe; la mévente causée par la crise de refoulemens plëlhorique,«B dû arrêter les fabriques, et faire sauter les accapareurs de coton qui , ayant compté sur la bausse, ne pouvaient pas même vendre à la baisse. La machination avortée en Amérique a .causé /wrconfrv-«oi^ mêmes banqueroutes en Europe.
Au résumé : cette crise sur laquelle oa a fait lant de bel esprit était l'effet des deux caractères comddens, . Rejouîement pléthorique et contre-coup davorkment.
Les journaux et ouvrages qui en parlaient, tombaient tous dans la même erreur; ils rapportaient à une senle cause, (quelquefois très-mal définie,) le désordre qui provenait de deux causes opérant combinément. Aucune des deux n'était avouée avec frarKhise par les écrivains; ils ne s'étudiaient qu'à innocenter les deux classes qui avaient causé le mal par deux menées contradictoires, l'unecn obstruant les marchés d'un superflu gigantesque, l'autre en dépouillant ces marchés d'un approvisionnement nécessaire : c'était d'un côté profusion folle, et de l'autre soustraction vcxaloire; excès en tous genres et confusion en mécanisme, voilà le commerce, l'idole des sots.
Souvent on trouve 3 et 4 caractères influant combinément dans une machination mercantile : comment parvenir à la cure du mal , quand nos économistes Imn de vouloir analyser cette complication de ressorts, s'étudient à les déguiser, les farder de sagesse !
.Lioo^le
INDUâTBIEL. VI.' S. ^67
Je Tiens de définir deux caractères du coromerre anar-
chiqne nommé Ubre concurrence, en m'étayant d'éréne-
mens récens, car il fant, en pareille analyse, démontrer
par application à des faits connus.
Combien d'autres caractères malfaisans pourrait-on énumérer dans ane stricte analyse du système c<HDmercial actnel ! Xen ai nne liste de 73 , dont 36 énoncés au ' traité , 1. 168.
Chacun de ces caractères emploierait , même en définition sncdncte, un fortchap. , total 73 cliap., pour donner des exemples variés et tirés de faits notoires, comme celui qui rient d'être cité.
' En outre i certains cai^Ctères tels que l'agiotage, la banqueroute, pourraient employer chacun une dizaine de chap. , si on en définissait les espèces et variétés.
Et pourtant le commerce n'est qu'une branche da mécanisme civilisé : deux volumes tels que celui-ci ne suffiraient pas à l'analyse des caractères du Commerce, même en négligeant les détails de pratique, tels que les fourberies de chaque métier, dont Bacon Voulait qu'on dressât des tableaux circonstanciés; on aurait bien à faire aujourd'hui de composer te tableau ; il formerait un ouvrage plus énorme que l'Eucydopédie, tant le perfectionnement du commerce a raffiné et multiplié les fourberies* Je ne propose ici que le tableau des caractères, que l'analyse des ressorts principaux. Tessaie d'en citer seulement une domaine des plus saillans, pour signaler la perfidie de la science qui garde le silence, et sanctionne un régime d'où naissent de telles infamies. Agiotage. Salaire décroissant.
Accaparement. Disettes âctices.
Banqueroute. Lénon sanitaire.
Usure. Estimation arbitraire.
Parasitisme. Fausseté légalisée.
Insolidarité. Monnaie individuelle.
Sur ces douze, quelques-uns peuvent par^tre peu întelli|pblu jusqu'à l'explication; mab il en est au moins 3o.
468 KOtTEAC MONDE
six qui serwit tris-bien compris et dont ciucnti {loiiTrd dire : comment se iait-il que la science dite ÉCONOmsilE qui traite du commerce, n'ait pas donné de* chapitres d'analyse sur ces caractères, et sur tant d'autres?
Ici I comme au chap. 4^, remarquons les caractères engrenés qui naissent l'un de l'autre ; tels sont
La distraeiion de capUaux , fabondance d^rasitv. On voit les capitaux affluer ches la classe ïmproddctnc; les banquiers et marchands se plaignent fréquemment de ne savoir que îùn de leurs fonds; ils en ont i 3 ofo quand le cultivateur ne peut pas en avoir à 6iyo, il est réduit à traiter avec des gens d'aflaires, qui, prêtant h, 5 tyo nominalement, perçoivent réellement i6 et'ij <^o par les charges accessoire* et indirectes. Tout l'argent est concentré dans le commerce, vampire qui pompe le sang du corps industriel, et réduit la classe productive à se livrera l'usurier. Par suile les annéei d'abondance deviennent un fléau pour l'agriculture. Une disette commence à obérer le laboureur, comme on l'a ru en i8i6; l'abondance de 1817 vient consommer sa ruine) en le forçant à vendre les grains subitement et au-dessous de la valeur réelle , pour satis&ire ses créanciers. Ainsi le mécanisme qui distrait tous les capitaux pour les concentrer dans le commerce, réduit par contre-coup l'agriculture à gémir de l'abondance de den* rées dont elle n'a ni vente ni consommation, parce que la consommation étant inverse, 4o, la classe qui prodnît ne participe pas  cette consommation. Aussi les propriétaires et cultivateurs sont-ils réduits k désirer les fléaux t grêles et gelées; on a vu en 1828 l'épouvante dans tous les pays vignobles, en foin oii ils craignaieot une bonne . récolle, et une abondance dépressit>e.
Ne* sufErait-il pas de ces monstruosités politiques, pour prouver que le système actuel du commerce est un MONDE A REBOURS comme tout le m4canisme civilisé? Mais tant qu'on ne voudra pas analyser les caractères , comment parviendra-t-on à se diriger dans ce libyrtiithe l
INDDSTHIEL. V!.* S. 46q
^oas avons à profusion des faiseurs de systèmes commerciaux, dont le talent est d'encenser tous )es yices de l'hydre mereantite : on sera fort étonné, quand ou Terra la franche analyse du système commercial mensonger, " d'aroir été si lonf^emps dupes d'un désordre que l'tn- «tioct nous dénonce en secret, carie commerce est haï de tontes les antres classes.
Il suffirait de l'extrême fausseté où il est parvenu , pour dessiller les yeux ; la fourberie , l'altération de toutes les matières est à tel point , qu'on doit désirer le monopole général comme pbéservatif contre le commerce. Une régie serait bien moins fausse , elle donnerait au moins des denrées naturelles à qui y mettrait le prix , tandis qu'il est impossible aujourd'hui d'obtenir du commerce rien de naturel : on ne trouverait pas dans Paris un pain de sucre qui ne fût mélangé de betterave, pas une tasse de lait pur, pas un verre d'eau-de-vie pure, chez tous les crémiers et cafetiers de Pans. Le désordre, la vexation sont au comble, et le commerce ne pouvait pas tarder long-temps à subir une punition éclatante, qu'auraient amenée la pénurie fiscale et la vindicte publique. Bientôt l'anarchie de fourberie aurait été remplacée par le MONOPOLE préservatif ; c'est un pis-aller auquel tendait secrètement Bonaparte, et auquel on eû.t été forcé d'en venir à défaut d'invention du vrai correctif. Du reste tous les peuples fatigués des extorsions commerciales, auraient applaudi avec transport au châtiment des sangsues qu'on appelle marchands, dont la chute aurait constitaé l'entrée en 4-* phase de civilisation , en féodalité industrielle , 4^-
CH.XLIV. Caractères ducommerce, EN ESPÈCES.
Chacun des caractères de genre , comme agiotage . banqueroute, etc., peut présenter une grande échelle d'espèces et de variétés qu'il eût fallu analyser e' classer ; au lien de le &ire , on s'est amusé de quelques-unes de ces
-, Goot^le
470 NOOVEAO HONDS
vanélés assez rïsîbles, comme la banqueroute du saTeûer qai ne rend qu'une botte sur deux qu'on lui a données à raccommoder. Cest une faillite de 5o<>/o qui sur tes théâtres devient une banqueroute ^urrûv, maisn'est-U point de banqueroutes pour pleurer? quand un banquier enlève les dépôts confiés par vingt pauvres domestiques dont chacun a supporté des pHvations pendant vingt ans pour ae ménager quelques épargnes , esl-ce une chose risible, ou un rnme à punir?
Que de dépravation dans le monde philosophique! la littérature eftt une prostituée qui ne s'étiulie qu'à nous lamiliariser avec le vice, le peindre sous des couleurs plaisantes , pour attirer des recettes aux salles de comédie. La morale est une radoteuse décréditée , qui n'ose pas dédamer contre les vices impunis, tels que la banqueroute; elle flagorne tontes les classes de larrons, pour s'en faire des proneurs, et faciliter la vente de ses hvres. Quant à l'économisme gui ne sait rien inventer, il ne cherche qu'à innocenter les vices de ses favoris les marchands. C'est ainsi qu'aucune des sciences ne songea .remplir sa tâche, l'analyse des vices de civilisation et la recherche du remède.
Contre la banqueroute , l'agiouge, les menées mercantiles, il n'est qu'un remède, (hors de l'harmonie sociétaire, ) c'est la SOLIDARITÉ : mais c'est une opération de longue haleine, elle emploierait 6 ans, et de plus il &Ilût en inventer le procédé qui n'est point l'engagement direct; personne ne voudrait y souscrire, se rendre garant pour les autres marchands; tout riche négociant quitterait ' il faut au contraire opérer de' manière à éliminer tous les pauvres qui ne présentent pas de garantie, les renvoyer an travail productif, aux cultures, aux fabriques. Ensuite il y aurait encore des procédés neu& à employer pour amener les riches à la solidarité.
Mais ce nouveau mode commercial , garant de vérité et de solvabilité , exigeait des inventions ; et dès qu'il faut inventer , nos sciences phîlosophiquessont d'accord pour
IKDUSTBIEL. VI.' S. 4^1
lâcher pied «ans combat. II est bien jJas commode et plus lucratif d'encenser les rices dominans, tels que la banqueroute, afin de se dispenser d'en ehercber l'antidote politique. «Nous ne l'encensons pas, replîquent-ils, nous la flétrissons dans tous nos écrits. » eb ! qu'importent ces verbiages impuissam! c'est prêter appni au vice que de se borner à le flétrir ; il se rit des critiques littéraires quand il tient la richesse et qu'il roit les moralistes mêmes empressés de figurer dans ses salons. II faut au lien de critiques du mal , une invenrioa de l'antidote.
£t ponr remédier aux vices, il faut avant tout les définir et les classer. J.'ai donné, II, 4'9) snrlabiéràrclue de la banqueroute, un tableau en trois ordres, 9 genres et 36 espèces. On pourrait aisément étendre cette liste au triple et au quaikvple, car il en parait cbaque jour de nouvelles espèces , tant cette industrie se perfectionne, surtout en banqueroutes fiscales oà la France rient d'innover, par le genre double dupe, ampfudupe , aidant elle-même à se &ire spolier de diverses manières.
Puisque notre siècle exige que dans l'attaque du vice, on prenne le ton facétieux, atsttgat ridtndo; qu'on évite la teinte rébarbative des moralistes du siècl e passé , il e6t été bien aisé de le satisfaire , tout en flétrissant le vice ; car dans le tableau de la banqueroute cité plus baut , j'ai présenté en sens plaisant, chacun des 9 genres et chacune des 36 espèces; par exemple,
Je 5.* genre , celui des tacticiens , comprenant 5 espèces de banqueroute, 17.*, enéGhe]ons;'i8,eiifeude file; ig, en colonnes serrées; 30, en ordre profond; 21, en tirailleurs.
Ces cinq espèces formant l'un des genres du centre de série, II, 419, sont en analogie très-exacte, avec les manteuvres militaires ; aussi ai-je donné à ce genre et au précédent , les noms de tactiàens et manœuvriers.
n'est donc fort aisé de satisfaire au précepte oratoire de 'remontrance amusante , casUgat ridendo , tout en se ralliant à la vérité et en donnant de franches analyses du
471 KOUVBAtI MONDE
TÎce. Je pourrais, adon la méthode des joumaKsleBi donner ici une liste des espèces de banqueroutes , ponr faire désirer les chapitres : chacnn serait cuHeux de lire one définition des banqueroutes dont suit le nom : Sentimentale , enfantine, cossae , cosmopolite ; Galante, béate, sans principes, jt l'amiable; JDe bon Ion , de farenr , au p-and filet , en miniature ; En casse-coa , en tapinois , en altila , en inralide ; £d filou, en peadard, en oison, en visionnaire; En posthume, en famille, en repicquë , en [toussette. Le détail de ces sortes de banqueroutes fournirait des clftpitres amnsans, d'autant mieux que je suis enfant de la halle , né et éleré dans les ateliers mercantiles : j'ai TU de* mes - yeux les infamies du commerce , et je ne les décrirai pas 9ir des ooï-dire, comme le font nos moralistes qui ne voient le commerce que dans les salons des agioteurs, et n'envisagent dans une banqueroute que le cdté admissible en bonne compagnie. Sous leur plume , toute banqueroute , ( surtout celles d'agens de change et banquiers ) devient.^un incident sentimental ; où les créanciers mêmes sont redevables au làilli qui leur fait honneur en les colloquant dans ses noUes spéculations. Iienotaîre'.leur annonce l'affaire comme une fatalité, une catastrophe imprévue, causée parles malheurs des temps, les circonstances critiques, les revers déplorables, etc. : ( début ordinaire des lettres qui notifient une faillite. \ Au dire du notaire et des compères gui ont en secrd une provision sur U tout, ces faillis sont si honorables, â dignes 4'estim^!!! une mère tendre qui s'immole au soin de ses enfans! un venneux père qui ne les élève qu'à l'amour de la charte! une famille éplorée, digne d'un meilleur sort, animée de l'amour le plus sincère pour diacun de ses créanciers! vraiment ce serait un meurtre que de ne pas aider cette fiimille  se relever, c'est un devoir pour toute ame honnête.
Là dessus interviennent quelques aigrefins moraui à ^ on a graissé la p^ttç , et qui font valoir les beaui sec-
INDUSTHIKL. VK S. 4?^
timeos ; la rommisération dae au malheur; ils sont ap^ puyés par de jolies solliciteuses , fort utiles pour calmer les plus récalcitrans. 'Ëbraolés partes menées, les trois quarts des créanciers arrivent à la séance tout émus et désorientés. Le notaire, en leur proposant une perte de 70 p. o?o . leur dépeint ce rabais comme effort d'une làmiUe vertueuse qaî se dépouille , se saigne pour sati^^ faire aux devoirs sacrés de l'honneur. On représente au^ créanciu«, qu'en conscience ils devraient, au lieu de 70 0/0 en accorder 80, pour rendre hommage aux nobles qualités d'une famille si digne d'eslioie , si zélée pour les inlérêls de ses créanciers.
Là dessus quelques barbares veulent résister; mais les affidés répandus dans la salle, prouvent en a parte, que ces opposans sont des gens immoraux, que tel ne fréquente pas les ofRces de paroisse, que tel autre a une maîtresse entretenue, que celui-ci est connu pour un harpagon, UD usurier; que celui-là a déjà fait une faillite; c'est un cœur de roche , sans indulgence pour ses compagnons d'infortune. Enfin la majorité des titulaires ^honne et signe le contrat ; après quoi le notaire déclare que c'est une bffaire très-anantageuse pour les créanciers , en ce qu'elle prévient l'intervention de la justice qui aurait tout consumé, et qu'elle fournit l'occasion défaire une bonne œuvre , en aidant une famille vertueuse. Chacun (ou du moins chacun des sots qui forment la majorité, ) s'en va rempli d'admiration pour la vertu et les beaux sentimens dont cette digne famille esl le modèle. Ainsi se conduit et se termine une banqueroute fen/imentale, où on rafUe au moins les deux tiers de la créance! car la banqueroute ne serait qahonnâe, et non pas sçntimenlale, si elle se limitait à un escompte de 5o . 0/0 , tarif si habituel , qu'un &iUi en se bornant à ce t^nx modéré , n'a pas besoin de mettre en jeu les ressort^ de l'art ; à moins d'imbécillité du banqueroutier une af-. faire est sûre quand on ne veut gruger que 5o 0/0. Si l'on eût publié un ouvrage décrivant une centaine
-, Goot^le
d'espèces de banqueroute , avec plus de détails que je n'en doDDe ici sur la «^n/ûn^n/a/e, ce livre aurait fait connaître l'unedes gentillesses du commerce, Tonde ^ses caractères. Quelques écrits sur d autres caractères, comme l'agiotage, l'arc^arement, auraient fait ouTrir les yeux, et provoqué les soupçons sur le mécanisme commerdal nommé libre concurrence, mode le plus anarchîque et le
plus peirers qui puisse exister.
Un scandale bien honteux pour notre siècle, est que le monde sarant , surtout les moralistes , n'aieiU pas mis au concours la recherche du correctif naturel de la banqueroute. C'est à leur silence officieux sur les dépravations les plus révoltantes, qu'on peut juger des rues secrètes de la science. £Ile ne veut que rendre des livres, les c<»Dposer en l'honneur du vice, parce que c'est un ton plus marchand f\nt celui d'attaque du vice.
Un seul homme a bien jugé le tripot commercial , c'est Bonaparre qui en a dit '• On ne connaît rien au contmerce, 11 brûlait de s'en emparer, et ne sarait comment s'y prendre; déjà il avait envahi indirectement une. belle branche, celle des denrées coloniales qu'il tenait en monopote, au moyen des licences d'entrée; il méditait d'autres empiétemens, relui du roulage, etc. ; ainsi l'esr prit fiscal tend fortement k s'emparer du commerce; il ne lui reste qu'à connaître la méthode à suirre pour saisir la proie sans secousse et au grand contentement des peuples. £n France le gouvernement gagnerait deux coïts millions&la métamorphose du système commercial, et l'agriculture nn milliard.
L'un des caractères commerciaux qui intimidaient Bonaparte, était la répercussion ou faculté qu'a le commerce de reporter sur la masse industrieuse toute lésion qu'il éproure de Uf part du goureroemenl. Dès que le commerce est medacé, il resserre les capitaux, il sème la défiance, entrave la circulation; il est l'image du hérisson que le chien ne peut saisir par aucun point ; c'est ce qui désole en secret tous les gouvcmemens, et les réduit
-, Lit x.!!^ le
INDBSTKIKI.. VI.' S. 475
à fléchir devant le Teaa d'or. Ud jour le ministre Wallis voulut à Vienne r^imber contre tes menées de la bourse, y introduire une police contre l'agiotage; il fut déconfit et obligé de céder honteusement. 11 faut des inventions pour lutter contre Thydre commercial, c'est le sphinx qui dévore ceux qui ne devinent pas son énigme , du reste, il n'est rien de plus facile à attaquer que ce colosse de mensonge; quand on connaîtra les batteries à employer , il ne .pourra pas même essayer de ré^ sistance.
Les manufactures qu'il Ëiut se garder de confondre avec le commerce', y touchent en divers points , surtout par la faculté de tromperie, accaparenient , banqueroute, elc< ; elles doivent suhir une réorganisation, être assnjéties à double solidarité , contre les fraudes et ban- . queroutes, et contre l'abandon des ouvriers. Tel fabricant possède une fortune de .vingt millions, quoîqu' ayant débuté sans le sou ; si les solidarités existaient, ' il n'aurait gagné que cinq millions; cinq autres auraient été affectés aux garanties solidaires , et dix auraient passé an fisc. Tel est le régime dîstributif d'où naîtrait le bon ordre; mais tant que les sciences aduleront cet élat monstrueux qui fait passer vingt millions dans les ntaios d'un seul fabricant, et tant que les gouvememeoa ne suspecteront pas cette anarchie , ne provoqueront pas quelqu'invention de correctifs, peuples et gouvememens seront les )Ouets de ce colosse mercantile qui grandit chaque jour, et dont l'infhience croissante est un sujet d'alarme secrète pour les castes supérieures.
On a créé en France 3oo académies d'agriculture : quelle devait êlre leurpremière fonction? s'occuper des moyens de ramener les capitaux dans la campa^e, ouvrir desconcouFâ sur ce sujet: aucune d'elles n'y a songé. Cependant quel essor peut prendre l'agriculture,; tant qu elle ne trouve pas le moyen d'obtenir des capitaux au même conrs que le commerce ? les sociétés agricoles qui ne donnent aucune attention à ce problème , ne seraient'^
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elles pu, selon l'EraD^le , trois cents cofurUs ^apeugùs;
œnduisant traite millions dai'eugles ?
Il règne sur ces qoestions de réforme commerciale tant de cécité et de prévention , qu'on n'a pss même le poa- Toir de dénoncer le rice. Un jour le fameux critique Geoffroy voulut hasarder dans son feuilleton quelques plaisanteries ^«-^yW/ef sur les vices du commerce; il fat Bstailli , criblé par les autres joamanx ; il se radoucit et se tint pour battu ; c'était lai qui avait raison et qui capitula; tant il est vrai, comme l'a dit un trop fameux défunt, qu'on ne connmt rien au commerce.
La philosophie n'a pas vonlu qu'on acquît sur ce point des notions exactes; elle connaissait fort bien la route à suivre; elle nous dit sans cesse qu il faut pnjcêderptv anafyse et synthèse pour atteindre aux lumières; elle devait donc en études commerciales , commencer par l'analyse des ordres, genres et espèces de caractères, selon le plan que je viens de tracer , et que chacun eût pu tracer avant moi. Ce travail une fois fait , aurait fourni les moyens de passer i la synthèse du mode véridique ou régime des garanties.
Mais sur le commerce, comme sur les autres branches du système civilisé, la philosophie, tout en posant debons principes d'études, n'ena jamais voulu pratiquer aacan; faut-il s'étonner après cela que le génie moderne soit noueux et stérile, que le mouvement soil stattonnaire et souvent rétrograde, en dépit des jactancesde vol sublime; et qn'on ne sache atteindre à aucune amélioration du sort des peuples, quand il reste à faire tant de découvertes faciles qui conduiraient au but ? { Voyez l'article des issues de civilisation.)
Le monde tocial est trahi par ses beaux esprits ; telle •era-ma conclusion quand j'aurai achevé celte analyse , qui les convainc de refus d'étude, et collusion d'obscurantisme. Toutefois si le monde est leur dope, ils sont doublement dupes d'eux-mêmes , en cherchant la fortune par des spéculations abjectes, par l'apologie de cette civi-
iNousrrBiEi.. VI.' S. 477
llsaûon qui est l'objet de leurs mépris secrets, et qai les accable de lOQle» les servitudes sans tes enrichir. Quel râle honteux que d'opter pour encenser une vieille furie qui les bâillonne, tandis qu'en la démasquant, en la livrant Jt la risée, ils deviendraient les libérateurs de l'humairilé ; ils s'élèveraient toat à coup au faite de la fof' tttoe et de la ^oire, et au libre essor de la pensée qu'ils H'obtieadront jamais en civilisation !
J'ai défini , en caractères civilisés, 2 ordres de base, \m meeesNis et les permanens , et a de lien ou négoce. Pas-* sons à 4 autres ordres qui complettent l'analyse.