‹ Œuvres complètes de Ch. Fourier (volume 5)Chapitre 52 sur 63 · DOUZIÈME NOTICE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME NOTICE

CAHACTÈBES DE FANAI. ET d' ÉCART.

CH. XLV. Caractères de répercussion harmonique.

Il est aisé de comprimer les passions par violence; la philosophie les supprime d'un trait de plume; les verrous et le sabre vieilnentà l'appui de ladoucemoralc : mais la nature appelle de ces jugeoiens, elle reprend en secret ses droits; la passion étouffée sur un point se fait jour sur un antre, comme les eaux barrées par une digue ;etle se répercute comme l'humeur de l'ulcère fermé trop tôt.

IVaiuram expellas furcâ tamen usque recurret. Cette ré^ currence ou retour des passions vers leurs buts , 57 , vers le luxe, les groupes, le mécailisme, et l'uniiélsme, produit des effets comparables à celui qu'on appelle en physique DIFTaACTION , OU réflexion des couleurs à la sur&ce de» coTpA noirs et opaques, la civilisation est, au figuré, nn corps opaque; tout noir de fourberie et de crime; cependant elle présente quelques reflets d'harmonie. Une description va expliquer cet effet , apprendre à discemei' un ordre de caractères bien précieux et bien inconnus.

Je choi^ 2 exemples tirés au jeu et du bon ton; ce sont deux effets de passions répercutées , deux récurrences de la cabalisteet de l'unitéisme.

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Le StX} est un aliment factice qu'on donne i la manie d'intrigue dont l'homme est po»ëdé par aiguillon de la 10.* pasMon dite cabali»te, 83; les esprits vides, comme les paysans , aiment beaucoup le jeu ; il développe en eux la passion dite cabaliste , qui n'a gaère d'aliment aous le chaume; il plaît de même aux têtes ardentes, fàate d'activité suffisante en intrigue : il convient à une compagnie d'étiquette , parce que la vérité en est bannie par les convenances ; la passion ne peut pas s'y montrer , toat y est glacial , il faut créer à cette assemblée ime intrigoe artificielle par le moyea des cartes : mais on ne proposera pas les cartes à gens qui ont une véritable intrigue en action : un conciliabule d'a^oteurs qui machinent nncoupde filet , une rafîle pour la bourse du lendemain ; des amans qui se réunissent en orgie galante pendant les instans où les pères sont absents; des conspirateurs qui se concertent au moment de frapper le grand coup, regar^ deraient en pitié la proposition de jouer aux cartes. Là où est l'intrigue réelle, il n'est pas besoin d'intngne &ctîce, comme celle du jeu, des romans, de la^comédîe, etc. Aussi les barmoniens n'auront-ils emploi des cartes qœ pour les malades et infirmes 1 hors d'état de prendre une part active aux intrigues industrielles , qui préoccuperont tellement qu'aucun être en santé ne voudra jouer. Il p'aura déjà pas assex de la journée pour subvenir aux intrigues réelles qui seront an nombre dVne trentaine chaque jour, à n'en supposer que deux par chaque séance industrielle ou autre.

Le BON TON est tm effet de la passion tmùasme , 61 . qui se réperrute faute d'essor. Le bon ton, en civilisation, n'entraîne qu'à l'oisiveté , au train de vie des gens dits comme il Jàul , qm sont oisifs, oppresseurs de la multitude laborieuse. Il y a pourtant dans le bon ton un ttia-bean côté qui est l'unité passionnée en mœurs et usages. C'est un brillant efiet du bon ton , que de déterminer toute la belle compagnie d'Europe à adopter des langages unitaires, comme U Français pour la conversation, et ïltaiim

pour la musîqDe. Sons ce rapport , le bon ton m image ftnMi>-5âï de l'hannonie sociétaire, où les mœurs ne régneront que par le consentement unanime, sans Intervention de morale ni de lois , encore moins de clUttimens. Mais le bon ton cbez les barmoniem entraînera au travail productif, il dirigera à ce but toutes les classes et tontes les passions. Cbez nons au contraire il n'excite qu'i l'indolence et aux mœurs dangereuses ; il est donc image renversée et non pas image directe de rnnitéisme , qui conduirait à rindmtrie. •

Il en est de même de la lO.' passion la eabaliste, citée plus bant ; ses intrigues ne tourneront en harmonie qu'à l'avantage de l'industrie ; chez nous , elles ne produisent que le mal en tout sens , par le jeu et autres désordres qui sont image des cabales industrielles de l'harmonie, maïs images rem^r5Â!5 , produisant le mat.

11 existe une grande différence de propriétés entre les deux répercussions que je viens de citer. Le bon ton produit des efiet brillans et souvent très-utiles, dont le seul tort est de ne pas entraîner à l'industrie; le jeu produit des effets odieux , la ruine des iàmiltes , le crime , le sui' dde. Il faut donc distinguer dans les passions répercutées ou récurrentes, deux genres très-opposés ; l'harmonique et le subversif. Celles qui conduisent aux accords comme le bon ton, sont du genre précieux que je nomme karmon^iw , ou récurrence directe vers le but. Celles qui conduisent aux discordes et aux crimes , sont du genre malfaisant que je nomme subversif ou récurrence inverse vers le but. Les deux genres ont une propriété commune, et très-brillanie, c'est de donner en mode renversé des images de l'harmonie , d'en peindre tous les détails dans le jeu des passions répercutées. (Leur nom régulier serait DIETRACTÎZS, mais on neveut point de mois scientifiques.)

Précisons bien le sens de cette expression , image en mode renfersé ; les passions repercutées , an lieu de conduire le monde social i , au luxe , i, aux séries de groupes, 3, an mécanisme, 4( ^ l'unité ; le conduisent i l'appau-

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Trissement, à U désunion , à la con£ision, & la duplicité d'action. £ll«s opèrent comme un miroir qui renverse l'olqet tout en le retraçant fidèlement ; en effet : les violenles émotions des }oueurs de tripot , élèvent U passion au m£me degré deVébémenceous'élèreront lesintriguefl industrielles de l'harmonie, qui stimuleront plus riremfint <}ue nos fêtes cirilisées; et de même la docilité, l'unité passionnée d'une réunion de coUr pour les manières dites bpn ton , malgré la gêne qui y est attachée , cette déférence mutuelle , est l'image de l'accord unitaire des harmoniens pour la distribution judicieuse des relations industrielles) ausH liùles qtie le* momeries d'étiquette sont superflues.

Un deuil très-intéressant dans l'analyse de ces caracf tères que je nomme répercutés ou récurrens ( nom que leur donne Horace), est de distinguer leur engrenage, discerner à quelle période sociale ils sont empruntés .

S'il est rrai , selon les philosophes , que tout est lié dans le système de l'univCrs, p- i6, chacune des neuf périodes sociales mentionnées à l'aTanl-propos, doit se lier aux autres , par certains caractères emprunta des périodes supérieures ou inférieures, et formant enfp«lia^ de son système dans ces périodes. Athènes quoique sodélé civilisée , engrenait dans la société barbare , par l'escla^ Vage des industrieux i et par les cmantés exercées envos eux. Nous engrenons en barbarie par le code militaire , coutume pleinement barbare, quoique nécessaire. Le besoin et l'instinct forcent chaque période à emprunter sm* ses voisines .- ainsi le système monétaire , tout opposé aux règles de la libre concurrence , est un emprunt sur la période 6 GuiANTlSME, où l'on saurait organiser les fraies garanties sociales , dont la civilisation n'a aucune connaissance , dans ses bavardages de liberté.

Les barbares .mêmes opèrent cet engrenage de caractères, et franchissent la période civilisée pour aller emprunter sur la période 6* garantisme , le caractère nommé parmi nous système mone'iain , qui n'est qu'un rameau

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de la cancnrrence véridiqae ou bégie ElCCLCStra CON- TBS-BAX.ANCÉB. La civilisation, 5* période, franchit de mâme le garandsme 6.* période , pour emprunter sur la période 7.' SOCIANTISME , séries àtdustr. simples , nnecoa- Cuote très-ingénieuse; celle des postes en relais, qui est une Téritabie série industrielle simple, opérant t.» en courtes séances, 2.^ en exercice parcdiaire, 3." en échelle compacte. Ce sont les trois conditions requises pour une série industrielle: ch. V et VI.

Répliquera-t-on que les postes en relais sont un usage de civilisation perfectible ; qu'elles sont donc partie intégrante et caractère de civilisation ? non vraiment4 la poste en relais est un caraclà^ d'emprunt, d'engraàage pris sur une période supérieure. Le besoin des gourernemensteur a suggéré celte méthode: Tinstinct en a hil aisément l'invention; elle n'est pas moins un caractère ultra-cirilisé , et qui prouve, ainsi que le régime des monnaies, que tout ce que nous avons de bon en drilisation est étranger à cette sodété , et provient d'engrenages ou caractères empruntés sur des sociétés plus élevées. La méthode civilisée consisterait à se voiturer avec tes mêmes chevaux, qui, pour vous conduire de Paris! Lyon, emploieraient -deux cents heures au moins, tandis que la poste TOUS y mène en 43 heures. C'est quadruple bénéfice de temps. Si la poste est plus coûteuse , cela tient aux lacunes industrielles du régime civilisé : la poste en harmonie coûtera bien moins que le voyage à m^axes chevaux ; mais dès k présent , la poste en relais nous donne déjà sur U temps, une économie du quadruple. C'est la propriété générale des séries industrielles, de donner quadruple bénéfice, en tout parallèle avec l'industrie civilisée.

A quelle branche de passion se rattache cette invention delà poste en relaisquin' était pasconnue des anciens? elle tient à l'ambition et au tact; à l'ambition par impatience de célérité dans les entreprises et les relations ; au tact , par impalioKfrda dégoût causé par la voilure aupav. 3i

N.«j-,Goot^le

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C'est donc, je l'ai dit plus haut , un effort dépassions etH travées sur quelque point , et quî se font jour sur un autre point : c'est une répercusuon ou récurrence de genre harmonique, puisqu'elle produit Je bien; elle est subversive en quelques points, comme dans la coutume •française de surcharger, forcer et crever les chevaux de poste , qui seront ménagés eu harmonie , plus que ne le sont aujourd'hui les petites maîtresses.

l^e seul caractère de répercussion , nommé postes en relais, fournirait un ample chapitre , si je voulais l'analyseren plein; que serait-ce d'une analyse de lOO carao t&res de répercussion dont j'ai le recueil? qu'on juge par là de l'énorme travail qu'exigerait une analyse de civilisation ! voilà un seul ordre de caractères qui emploio^it cent chapitres.

Sans ce triage des caractères , sans ce classement qui rapporte à chaque période ce qui lui appartient; on ne ne peut pas juger des progrès ou déclins sociaux. C'est faute de ce triage que les philosophes s'embrouillent à qui mieux mieux dans leurs opinions sur cette société ; elle est S," en échelle ; avance-t-elle quand elle conserve des caractères d'échelon, n." s.' sauvage, 3.* patriarcal , 4.* barbare, dont elle devrait chercher à se dégager?

Loin de là , notre civilisation dite perfectible, s'ohstîneà engrener en sauvagerie par déni de minimum, abandon des vieillards et des pauvres; vice pardonnable aux sauVgiges, parce que dans les disettes, la horde n'a réellem«it pas de quoi alimenter celui qui ne chasse ni ne pèche : mais la civilisation est-elle recevable i dire qu'elle manque d'approvisionnemens? aux caractères de période sauvage, elle en joint d'autres empruntés de périodes patriarcale et barbare ; tant qu'on ne distinguera pas ce mélanges, i! sera impossible de voir clair dans le dédale nommé CIVILISATION.

Sur une liste d'environ cinquante caractères de répercussion harmonique, il en est très-peu qui ne soient d'un vif intérêt par la surprise et la confusion qu'Us

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exciteraient, en pronvant que la civilUaticm n'a de bon que ce qa elle vole aux périodes supérieures , comme les caractères suivans qui sont autant de larcin», ou si l'on veut, des emprunts, des engrenages sur le mécanisme des garanties , 6." période.

1. L'unité scientifique on accord des sociétés savantes malgré les guerres et riralltés nationales. *

2. La guerre mixte ou relations amicales, hors de Combat , entre les troupes belligérantes.

3. Les ouvriers artistes , fignranl an tbéatre en acteurs et cborisles. ( Usage d'Iialie , de Toulouse.)

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