PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III. 29S
le sort des globes rebeUes et <d>Sitînës à vivre sous les lots des hommes.
U ne conviendrait pas à la dignité de TÊtre suprême de tirer une vengeance directe des globes ou individus re^ belles; il n'existerait {dus alors de libre arbitre. Gomment serait-on Kbre d'ester entre ta lot divine oti association industrielle» et la loi- philosophique ou morcellement industriel, si Dieu usait de sa puissance pour punir les globes rebelles , par châtiment direct? U n'y a plus liberté d'opinion , là où il y a e^itude de punition si l'on opte : Dieu, pour nous laisser le libre arbitre, n'a eu d'autre parti que de se désister de sa faculté de punir activement, et n'infliger qu'une peine passive, celle du désir ouim* pulsion; peine équitable en ce qu'elle se proportionne dans tous les cas à la résistance du rebelle , et qu'elle n entremet aucun diàtiment spécial , aucun effet de colère divine.
La ténaci4é de l'Attraction, la permanence de ses im* pulsions, est Un mal léger au premier moment. Cki peut essayer quelques jours de se vaincre soi-même, de mépriser les richesses perfides, et se consoler par la lecture deSénéque lorsqu'on manque du nécessaire. On réussirait peut-être à s'étourdir sur les privations, si on ne voyait pas l'objet désiré, si les richesses perfides n'étaient pas étalées partout aux yeux du malheureux pressé par le besoin. On voit toujours, même au village, un petit nombre de riches dont l'aspect irrite les désûrs de la multitude , et la réduit au sort de Tantale. Àin^ l' Attraction dégénère en supplice par des privations longtemps prolongées , et ce mal-être n'est point vengemice directe de la part de Dieu; ear les globes sont toujours libres de venir & résipiscence , de quitter les bannières de la phi'-
losophie y du travail morcelé et de la pauvreté « pour se rallier à la richesse, à la vérité, en organisant l'état sociétaire. Du moment où les nations sentent leur malheur et savent disserter sur les désordres du monde social , elles possèdent déjà la grande industrie qui est le ressort du lien sociétaire ; et rien ne les empêche de s'élever à la destinée heureuse , pourvu qu'elles reconnaissent la nécessité d'une intervention sociale de Dieu et qu'elles déterminent son code sociétaire. Ce n'est donc pas Dieu qui diffère l'avènement au bonheur ; ce sont les hommes qui s'en privent à plaisir, en niant la nécessité d'une intervention divine en mécanique sociale et d'une révélation de code industriel.
Remarquons que le martyre d'Attraction pèse sur les riches comme sur les pauvres, et qu'on voit dans la classe riche dont le bonheur est envié , une foule de gens rongés d'ennui et dévorés de désirs. Écoutons sur ce sujet madame de Maintenon : c Que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont à remplir leur journée t L'obsession où ils sont de cette multitude de valets dont ils ne peuvent se passer; l'inquiétude qui les porte & changer de lieu sans en trouver un qui leur plaise ; l'ennui qui les suit jusques sur le trône! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer, et qu'il n'y a que le seeours de Dieu qui m'empêche d'y succomber! (secours bien faible s'il la conduit à mourir d'ennui.) J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout dans un âge plus avancé ; j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit, je suis venue à la faveur, et je vous proteste que tous les états laissent UQ vide affireu^, une inquiétude, une lassitude, une envie
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> de connaître autre chose , parce qu'en tout cela rien ne
> satisfait enliërement. >
Si l*on est dévoré d'ennui quand on est parvenu au faite des grandeurs, qu'est-ce dans le cas où Fambition est frustrée? On en voit périr de chagrin à la suite d'un échec. Le savant chimiste Fourcroy nfourut, dit-^bn, de regret» en voyant donner à M. de Fontanes la place de chef de TUniversité. Sir Samuel Romilly tomba dans le désespoir et se suicida dans un accès de fièvre, après avoir manqué la place dé chancelier donnée à M. Abbot. Examinez vingt pères de famille pris au hasard, on en voit dix-neuf pour qui le besoin de fortune est un supplice perpétuel. Il en est de même des femmes qui ont passé KAge de plaire et n'ont plus de passion sullisante à les occuper. On voit régner partout le niartyre d'Attraction, jusques dans les classes les plus obscures. Tel paysan sèche de dépit pour avoir manqué une ferme qu'a obtenue son voisin; telle demoiselle dépérit el meurt à la suite d'un mariage rompu. On ne voit partout que ces privations désespérantes, qui n'ont pas lieu dans l'état sociétraire , parce qu'il est disposé de manière à ménager à chaque passion, quantité d'essors qui font diversion Tun à l'autre , avec variété de succès et de plaisirs si bien entrelacés, que les revers peuvent tout au plus causer quelques instants de tristesse promptement dissipée.
Tel est l'effet de l'équilibre passionnel , où l'homme ne peut atteindre qu'autant que ses douze passions sont développées par Séries contrastées, rivalisées, engrenées. Hors de ce mécanisme, nos Ames, dit fort bien Maintenon, ne trouvent, même au fatte des grandeurs, qu'un vide affreux, une inquiétude, une lassitude, une envie de connaître autre chose.
396 PROLÉGOHÈNBS.
Tous lès observaCturs de rbomine ont déploré co tiiarlyre d'Atlraclion , atra cura, qui règne prificipafeineBt ehsE les savants , tous eonfus do ride que leur laisse la science. Je transcris A ce sujet la plainte de Tun d'erttre eui, N., qui proclame le besoin d'an anlre état social adapté au yœu des passions, c Qo'e^-ce que nous crie
> cette atidité d'acquérir des connaissances , sinon qu'il » y a eu autrefois en rboflime un réritaUe bonheur, dont y il ne reste maintenant que la marque et la trace toute >- yide ^ qu^ir essaie do remplir de tout ce qui renyironoe, » en cherobant dans les choses absentes le seoow^s qu'il
> n'obtient pas des présentes, et que les unes et les autres >sont incapables de Ivà donner, parce que ce gouffre
> infini ne peut être rempli que par un objet infini et
> immuable. > G'est-à*dire par l'état de destinée ou harmonie sociétaire^ qui est infini en jouissances Tapées sans cesse»
L'opinion précitée est plus exacte que son auteur même ne l'a pensé : mais pour en sentir là justesse, il faudra atoir lu le traité des Séries pass.. et les immenses ressources qu'elles fournissent pour remplir ce ride^ pour combler ces vastes désirs par une variété de biens supérieure encore à nos yœux, que la Civilisation transforme en martyre d'Attraction, faute de moyens pour les satisfaire.
Ces écrivains, et surtout les femmes, ont souvent des inspirations fort justes sur ce qui touche aux destinées : telles sont les opinions du philosophe N. (nom oublié), que je viens de citer avec Maintenon; tel est aussi l'avis de plusieurs grands hommes cités au i®^. chapitre. Mais chez tous , le mauvais esprit l'emporte sûr le bon ; et s'il leur survient une idée juste , elle est toujours étouffée du plus au moins , par un travers conranon à tous les beaux
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esprits; c'est la rétrogradation ou tort de revenir aux sophismes rebattus» et rentrer dans les controverses , quand Us ont reconnu qu'il foudrait des théories neuves, des découvertes en destinée. Tous ces écrivains, après de sages aperçus, ne savent que semer le découragement, terrifier leurs lecteurs, au lieu de les exciter à poursuivre, par de nouvelles méthodes , les secrets que la nature a^ jusqu'ici refusés aux méthodes actuelles.
Ce vice qui paralyse le génie depuis plusieurs mille ans,> n'a jamais été plus dominant que dans notre siècle.
Nous venons d'analyser dans le martyre d'Attraction « la propriété de punition indirecte , combinée avec l'impulsion , et sans châtiment spécial» sans effet de vengeance active qui dégraderait la Divinité. C'est la 6®. économie que Dieu trouve dans l'emploi de l'Àttractiom Passons à là dernière.
70. Mallùment de la saine raison avec la nature; c'est-à-dire garantie d'avènement aux vœux de la nature, aux richesses et aui^ plaisirs , par la pratique de la justice et de la Térité ^ qut soni vœu de la saine raison et ne peuvent régner que dans l'Association.
C'est peut'^ètre la plus beHe propriété de l'Association, que celle de concilier la raison et la nature , et mettre ' è' accord toutes les classes incompatibles dans l'état ac^ toel ; jeunes et vieux, riches et pauvres, maîtres et valets, vicieux et vertueux : elle concilie tous les caractères , en combinant toujours les deux essors contradictoires en Civilisation, en accordant toii}oursIa raison avec la nature ou Attraction. Doniions-*en un exemple qui servira de thèse sur la nécessité de recoiarir à l'ordre sociétaire pour accorder la nature avec la saine raison.
le tire cet exèinpie de l'amour ^les richesses qui est I^
âd8 PROL^GOHÈNEffr
passion la plus générale. Observons le cerde vicieux dans les opinions contradictoires sur ce sujet.
Le sage en Civilisation veut qu'on méprise les richesses et les plaisirs, qu'on les dédaigne pour chercher Tauguste vérité : quelques-uns vent jusqu'à vouloir (144), qu'on jette les richesses dans le sein des mers. Le fou ne veut pas qu'on néglige d'acquérir des richesses , encore moins qu'on jette l'or et l'argent dans les mers; il opine à conserver ces vils métaux » pour se procurer les besoins et les agréments de la vie ; enfin il veut qu'on préfère le» charmes réels de la fortune , aux charmes douleax de la vérité et des subtilités morales.
Lequel, du sage ou du fou, est dans l'erreur? Tou» deux ont tort ea* Civilisation. En effet :
Le sage qui manque les voies d'enrichissement , n'obtient d'ordinaire que le mépris général, et n'a nulle influence pour faire adopter ses vues , quelque louables qu'elles soient. Le sage indigent compromet la sagesse même ; il la décrédite , l'expose à la risée dans un monde purement mercantile , qui estime tout au poids de l'or. La sagesse est comparable à un beau vaisseau qui, malgré la perfection de structure , d'agrès et de marche, ne peut pas s'équilibrer par lui-même , ni se soutenir seul contre ressor des vagues et des vents ; il faut l'étayer d'un lest ou contre-poids, et ce lest, en Civilisation, c'est la fortune, le yil métal qu'on nomme argent.
Il faut, comme Sènéque, se nantir de iOO millions pour prêcher avec succès l'amour de la pauvreté; une fois pourvu de cette somme, le philosophe sera un sage, quelques principes qu'il professe.
Un sage sans fortune est donc absurde en Civilisation : quant au fou qui aime les richesses , est-il certain qu'il ait