‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 103 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE. PITOT DIRECT. SOS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. PITOT DIRECT. SOS

Les barbares et sauvages , dans leurs fables grossières de métempsycose» ont été par iDslinct plos judtcieiu que nous. Ce dogme approche en double sens de la yèrilé : i^. en ce qu'il ne feit pas nattre nos &mes de rien; 2^. en ce qu'il n'isde pas nos ftmes de la matière, ni ayant , ni «près cette yie. Voilà du monts des lueurs de sagesse, dans des fictions qui sont Touvrage de barbares ; et ce n'est pas la première fois que des nations brutes se sont montrées plus roisines du bon sens que les orgueilleux civilisés.

Nous avoâs à disserter ou ^ktiôipréhder sur les modifications qu'a subies et que subira l'âme pendant l'éternité composée, ou citéricure j^ et ultérieure Y. C'est une question du domaine de la cosmogonie , et non de la psycologie.

Rien n'est plus abondant aujourd'hui que les cosmogonies ; on en est prodigue autant que de constitutions ; et tout auteur de systèmes de la nature, se croit obligé en conscience, de donner sa cosmogonie en mode rimplé, selon l'usage civilisé.

Nos cosmogoties considèrent sans doute l'âme comme ne faisant pas partie de l'Univers, puisqu'ils ne donnent, sur le sort passé et futur des âmes , aucune théorie combinée avec celle du sort de la matière. Peut-être font-ils prudemment de ne pas s'écarter du matériel où ils ne brillent déjà guères. On a pu en juger dans un débat qui s'éleva , il y a peu de temps, entre les cosmogones de Paris et d'Edimbourg, au sujet de la formation des vallées. Chacun prouva à ses adversaires qu'ils étaient loin de la solution , et personne ne donna le mot de l'énigme, la trempe en secousse, opération sans laquelle une comète implanèe et concentrée se refroidissant par

S98 pRûLéGOHènfis.

étioBft au Goniraîre pai^epiis » dans Y Age moderne » à ridioiilîser ces vérités qoi n'oot percé que très-tard. L'obscurité coBtiooe eacore à régner sur une foule de questioBS qui autrefois ne semblaient pas problématiques» et notamment celle de la vie future , plus que jadiais révoquée en doute, L'e»prii humain, au lieu de se -rallier à l'espoir d'immortalité composée ou métempsycose , a ¥Ouhi contester même sur la simple. Nos athées et maté- ' rialisiesy loin de soupçonner le retour périodique des Ames, ne teuleni admettre ni éme ni autre vie.

Nous avons sur ce point des doctrines qu'on dit $ufr fiêanUi, mais qui ne sont que médiocrement permaeiDes t si dies l'étaient soffisamment , on n'aurait pas vu éclore des sectes de matérialisme. Leur seule existence prouve qu'il sera très-opportun d'ajouter aux prmives suffisantes des preuves convaincantes et mathématiques. Je ne pourrai tes fournir complètes qu'après avoir traité des transitions ei de l'analogie universelle. Nous n'en sommes ici qu'à des préludes.

Tant de fois des questions m'ont été adressées sur les destinées ultra-mondaines y que je dois en donner dans les prolégomènes au moins un aperçu qui t selon la règle tracée à l'avant-propOs » devra être suivi d'un abrégé , puis d'une théorie : elle est obligée dans un ouvrage où l'on s'engage à démontrer l'unité de l'Univers» dont aucun sophiste n'a pu nous fournir de preuves appliquées au mécanisme social des passions et à l'immortalité de l'âme.

Toutefois» évitons sur ce sujet de compliquer les doctrines de rAltraction avec les dogmes religieux. Suppo* sons» sur tout ce qui touche aux affaires ultra-mondaines» fue je ne sois qu'un philosophe» qu'un faiseur de système i

PREMliRE PARTIE. PITOrP DIRECT. 309

J6 puis user du droit qu'ont eu avant moi cent mille pUlosophes qui ont fait des systèmes sur l'uo ou i autre monde. Si je me trompe , je répondrai , errare humanum est. Mais après avoir lu mes erreurs sur i^e sort futur des âmes , on avouera au moina que ce cadre de nos destinées ultra-mondaines est digne de la puissance de Dieu et du génie de rhomme.

Citer. — On a vu ( Jran^-Méd. 258) que les biens de ce monde, ricbesse, vigueur, longévité, ne seraient pour les harmoniens qu'un sujet de regret, si Timmortaiité dualisèe ou métempsycose ne leur était garantie: en outre le but de Dieu serait manqué ; car en faisant beaucoup pour le bonheur mtra^mondain des humains , il n'en obtiendrait qu'une affection équivoque, un reproche continuel de n'avoir pas perpétué le bonheur de cette vie terrestre , et d'avoir inspiré à l'Homme un violent désir de retour en ce monde , sans avoir pris aucune mesure pour le satisfaire.

L'immortalité composée ou métempsycose est donc un des pivots du système de 1* harmonie : il ne serait qu'avorton, sans la. solution de ce problème dans lequel l'Attraction va nous servir de guide : il tomberait, quant au sort futur des âmes , dans le simplisme relatif, dans le vice que j'attaque sans cesse. Leur bonheur à venir sur ce globe serait imparfait, si elles ne rentraient pas en cette vie.

Examinons d'abord dans quel esprit ont été calculées nos théories actuelles d'immortalité.

Pendant le cours des lymbes sociales (33) , où la vie n'est <pi'un sentier de ronces, il suffit à l' homme d'une perspective de vie future dégagée des plaisirs sensuels , dont le civilisé jouit peu en ce monde, il n'y possède pas.

31Û PROL^GOMiNBS.

même le nëcdssaire ; il ne coûviendrait pas qu'il espèrÀi trop de bonheur sensuel dans l'autre monde ; il deviendrait apathique ou séditieux en cette vie. Si notre populace , toujours famélique , pouvait espérer bonne table dans la vie future, elle serait trop empressée de s'y rendre, et trop disposée à sacrifier sa vie dans les bandes de voleurs et les émeutes populaires où elle ne s'aventure déjà que trop.

D'après cetie considération, l'on a dû restreindre beaucoup les tableaux de bonheur ultra-mondain ; les bofner à des passe-temps insipides et mesquins; des Champs-Elysées où les âmes des justes sont réduites à des promenades monotones, à de stériles entretiens sur la vertu; un Olympe où les Dieux et demi-Dieux mangent toujours du même plat, toujours de l'ambroisie; d'autres séjours ascétiques où l'on n*a aucun usage des sens principaux, goût et tact, ni même des passions romantiques ; certaines demeures célestes où l'usage des sens est outré et sans diversion; tels sont les deux paradis imaginés par Odin et Mahomet : dans le premier, le régal se bornera à boire du sang dans les crânes de ses ennemis; dans l'autre , on sera conjoint pendant 50 mille ans avec une des Houris ou nymphes célestes, dont on pourra bien s'ennuyer au bout de 50 jours , si rien ne fait diversion à cette uniformité.

Chacun de ces fabricants de paradis n'a dépeint , dans ses tableaux, que son goût favori :

« Tout a rhumeur gasconne, en un auteur gascon. »

Dans le paradis de Sommonakodom , Dieu des Siamois , on passera des milliers d'années en état d'absorption mentale , sans songer à rien. Un tel bonheur pourra plaire

MlBMiiRE PARTIE. NTOT DIUECT. 3il

à certains oisifs d'Italie qai ont pour devise , betta cosa far nienie. Bref, on ne saurait à qui donner la palme de déraison , parmi ces fabricateurs de séjours olympiques dont je ne pousserai pas plus loin la collection.

Ces pauvretés peuvent suffire à charmer des civilisés et barbares , à qui il serait dangereux de promettre davantage; elles ne seraient pas présentables à des harmoniens qui seront insatiables de jouissances, et qui, convaincus , par leur état social , de l'extrême sagacité de Dieu dans la distribution des plaisirs , verraient en lui une parcimonie méprisable, si l'immortalité ne leur garantissait pas dans l'autre vie une supériorité d'essor de chacune des douze passions, une perspective capable d'exciter la convoitise , même dés ce monde.

Jusqu'à présent, les tableaux de l'autre vie sont si peu satisfaisants, que les riches redoutent et différent autant que possible d'aller en jouir. Quant aux pauvres, s'ils sont familiarisés avec la mort, ce n'est point par amorce de bien-être futur, mais par dégoût de l'existence présente ; ennui qu'ils expriment par ce refrain : c Nous ne

> pouvons pas être plus mal dans l'autre monde que dans

> celui-ci. >

Pour éclaircir le problème de notre sort dans l'autre monde , consultons d*abord les indices que nous fournit l'Attraction à titre d'agent de la Divinité.

J'ai suffisamnient démontré que Dieu contreviendrait à toutes ses propriétés (244) , s'il employait d'autre agent que l'Attraction pour diriger l'Univers : mais en quelle dose la distribue-t-il à chaque espèce d'êtres; quelle règle suit-il dans cette distribution? Il est hors de doute qu'il répartit TAtlraction conformément à ses trois propriétés [«rimaires. et X (245).

renatlre avec rexpériente .. du moAde. Il» ne souhakeMS pas ia métempsycose pare et simple, ttiais'coi!ipo9êe; lé retour à Texistei^ce, arec là sag€idse <^ âiaM^e Mk jeunes civilisés. C'est désirer deai exîisteilGi^s^, ^(ttë' cfe souhaiter, outre le retour h la tie^, fefstpérieitoe , fhril d'une vie entière déjà écoulée.

Or, s'il est certain, selon la pi^ëihiére pYop^rfèté^ de Dieu, qu'il y a économie dans la distttbutîod de l'Altrâolion, qu'elle est proportionnelle aul destins Ae etiiaqitë espèce d'êtres; que loin d'être en doise de stifpërdu ou supra-destin, elle est toujours en ^osje âtinftû^dèfâtAiyîi faut en conclure que nous sommes réserves Âla^méfte^âf^ sycose composée ^t nonpa» simple, c^est^à-'dtre à la Pe-' naissance en corps et en lumières. Si J'on se i^ftfêflit i cette conclusion , m serait inférer que Dieu distritfUe tei!^ Attractions en dose superflue, et non eu dose proportionnelle aux destinées. Dans ce cas^ Dieu serait un chef inepte et incapable de (firiger le mouvenietil»

On objecte : nos âmes, en reprenant un dorps^ y transféreraient donc les lumières qu'elles auraient' ackfoises antérieurement; de sorte qu'Hippoci^âte renaissant, seraiit un habile médecin dès Tâge de quatre an^!!l

Ce n'est pas ainsi que doit s'enteiidra la trâdsmigva^ tion composée : le vieillard ne prétend pas à' des ooocessions déraisonnables; H souhaiterait seuleilieiit qu'es renaissant, ou e6t Taptitude à goûter les leçons» de celte sagesse à laquelle sont rétifs ti»lt dô jeiâiesr gens qw pourraient s'y mlKer, puisqu'on la voit régner plus ou moins chez un petit nonfkbi^ d'adult«9 bien- dirigés ert dociles aux bons avis.

Tel est l'effet de Tordre sè^iétaii^ë iW tous ' les enfants et jeunes gens : on veri^; au traita de^ Séries pass., que

Page 1