‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 29 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I

eux ; et le seul aspect des indigents qui fourmiUenl dans les cités, ne dëmontre-t-il pas que les torrents de lumières philosophiques ne sont que des torrents de ténèbres ?

Cependant une inquiétude universelle attesté que le genre humain n'est point arrivé au but où la nature veut le conduire ; et cette inquiétude semble présager quelque igrand événement qui changera notre sort. Les nations harassées par le malheur» s'attacheni avidement k toute rêverie politique ou religieuse qui leur fait entrevoir une lueur de bien-être ; elles ressemblent à un malade désespérë qui compte sur une miraculeuse guérison^ La nature souffle à l'oreille du genre humain qu'il est réservé à un bonheur dont il ignore les routes , et qu'une découverte merveilleuse viendra tout à coup dissiper les ténèbres de la Civilisation.

La raison , quelqu'étalage qu'elle fasse de ses progrès, n'a rien fait pour le bonheur, tant qu'elle n'a pas procuré à l'homme social cette fortune qui est l'objet de tous les tœux : et j'entends par Fortune soqale, une opulence graduée qui mette à l'abri du besoin les hommes les moins riches, et qui leur assure au moins pour minimum, le sort que nous nommons Médiocrité bourgeoise.

S'il est incontestable que les richesses sont pour. Thomme social la première source de bonheur, après la santé, cette raison qui n'a pas su nous procurer la richesse relative ou aisance graduée , n'a donc produit dans ses pompeuses théories que des verbiages inutiles qui n'atteignent aucun but ; et la découverte que j'annonce ne serait y comme les sciences politiques et morales, qu*un nouvel opprobre pour la raison, si elle ne devait nous donner que de la science et toujours de la science , sans

nous donner les richesses qui nous sont nécessaires avant la science. '

L'ordre sociétaire va remplir ce vœu des nations, en assurant à chacun Fopulence graduée , objet de tous les désirs : quant à la Civilisation d'où nous allons sortir, loin d'être la destinée industrielle de l'Hooime , elle n'est qu'un fléau passager dont la plupart des globes sont affligés durant leurs premiers âges; elle est pour le genre humain une maladie temporaire, comme la dentition pour l'enfance; elle s'est prolongée deux mille cinq cents ans de trop, par l'inadvertance ou l'orgueil des sophistes qui ont dédaigné toute étude sur l'Association et l'Attraction; enfin les sociétés Sauvage , Patriarcale , Barbare et Givilisée ne sont (on en verra les preuves), que des sentiers de ronces, des échelons (voyez le tableau 33), pour s'élever à l'état sociétaire qui est la destinée de l'Homme, et hors duquel tous les efforts des meilleurs princes ne peuvent aucunement remédier aux malheurs des peuples.

C'est donc en vain, Philosophes, que vous auriez amoncelé des bibliothèques pour chercher le bonheur, tant qu'on n'aurait pas extirpé la souche de tous les malheurs sociaux, le morcellement industriel ou travail incohérent qui est l'antipode des vues de Dieu. Vous vous plaignez que la nature vous refuse la connaissance de ses lois : eh ! si vous n'avez pu jusqu'à ce jour les découvrir, que tardez-vous à reconnaître l'insuffisance de vos méthodes et en chercher de nouvelles? Ou la nature ne veut pas le bonheur des hommes , ou vos méthodes sont réprouvées de la nature , puisqu'elles n'ont pu lui arracher ce secret que vous poursuivez. Yuyez-vous qu'elle sott rebelle aux efforts des physiciens comme aux vôtres? Non, parce qu'ils étudient ses lois, au lieu de lui en dicter; et

PREMIÈRE ^XRtïE. Notice i. i^9

Vous n'étudiez que l'art d'étouffer la voix de la nature, ^'étouffer l'Attraction qui est interprète de ses vues, puisqu'elle conduit en tooft sens à CAssociation domestique-agricole.

Aussi , quel contraste entre vos bévues et les succès des sciences fixés ! Chaque jour vous ajoutez des erreurs nouvelles à d'antiques erreurs ; tandis qu'on voit chaque jour les sciences physiques avancer dans tes routes de Fa vérité, et répandre sur l'âge moderne un lustre égal à l'opprobre qu'ont répfandu sur lui les visions régénératrices des sophistes.

Répétons que cette remontrance n'a d'autre but que de les sauver d'une nouvelle erreur, les garantir de l'orgueil moderne au prétention de perfectionner la Civilisation, et les ramener à TopiAion expectante des grands hommes du dernier siècle , qui tous ont espéré une issue du labyrinthe civilisé. Toute opinion qui tend à nous y engouffrer, est dès à présent la voix de l'obscurantisme. Réfléchissez-'y, écrivains qui dédamez contre les Obscurants : voici la pierre de touche qui fera discerner les vrais amis des lumières et du progrès social. Quand la théorie sociétaire est découverte , ceux qui s'obstineraient avoir le bien dans le morcellement industriel, ne seraientils pas les vrais apôtres de l'obscurantisme?

Page 1