‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 30 sur 115 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Les Préceptes phiIosophifj|,Hrs mécoonùs par la Science même.

En voyant la Philosophie si soigneuse d'assigner des devoirs à chacun, même aux souverains, comment se fait-il que personne n^ait jamais songé à la rappeler aux siens et la sommer de les remplir?

f30 PROLÉ^OllÊNSff.

Je n'ai pas dresse le tableau de ces devoirs; mais je Yais indiquer seulement douze aphorismes des philosophes , qui tous les admettent pour règle et n'en veulent suivre aucun.

Observons que ce ne sont pas des devoirs de morale dont chacun, Philosophe ou autre , est habitué à s'affranchir : je ne citerai ici que douze devoirs d'étude mé^ thodique, et par conséquent obligatoires pour les savants» s'il est vrai qu'ils cherchent fa vérité et que leurs préceptes soient des routes de vérité. Examinons-en douze seulement» dont chacun, s'il eût été observé, aurait conduit la Philosophie à de grandes découvertes.

10. Eûoplorer en entier le domaine de la science , et croire qu'il n*y a rien de fait, tant qui! reste quelque chose à faire. Or » tout reste k faire en mécanique sociale, puisqu'on n'est parvenu qu'à aggraver le mal , qu'à envenimer les sept fléaux lymbiques (51 ).

A ces fléaux se rattachent tous ceux dont on peut faire t'énumération. Loin d'y afpporler aucun remède, on les aggrave ; témoin le sixième , MALAmES provoquées. Loin de purger le globe de la peste par des quarantaines, des dessèchements et autres préservatifs , on a tout récemment fait éclore deux pester nouvelles , la Fièvre Jaune et le Typhus ; et chacun s'accorde à protéger les Barbares qui répandent partout l'ancienne peste.

Quant aux problèmes de cure politique , tels que l'extirpation de l'indigence , on est sur ce point aussi peu avancé qu'au premier jour : et pour preuve, l'étal le plus riche , l'Angleterre qui a poussé au suprême degré les f affinements d'Economisme , est jonchée de misérables , malgré la taxe de 150 millions pour les pauvres. La seule capitale d'Angleterre , Londres, contient 106,000 mea^

{Première pARtiE. ilotiCE t. ïoï

diants, vagabonds et gens sans aveu. Voilà le bonheur de la région-qui pressure les autres par des monopoles et privilèges commerciaux.

Dans cet état d'infirmité politique, peut-on croire quil y ait quelque chose de fait, quand tout reste à faire sur le problème de Tlndigence comme sur tous les autres (51), et quand on laisse en arrière des sciences intactes, comme TAsiociation domestique 9 l'Attraction passionnelle, et tant d'autres branches d'études qui pourraient bien être le point où gtt le remède ?

2^, Consuher l'expérience et la prendre pour guide. Elle dépose que la Civilisation éprouvée en tout sens depuis trois mille ans , n'aboutit qu'à reproduire les mêmes abus soUs diverses formes. Il n'y a donc de salut à espérer que dans l'issue de la Civilisation, dans la recherche d'une société moins vicieuse. Et si lé genre humain en a parcouru déjà cinq , savoir : 1^®. Eden ou Primitive; 2®. Sauvagerie; 3«. Patriarcat; 4®. Barbarie; 5«. Civilisation , il est à présumer ( il faut le redire cent fois), qu'il en peut découvrir et parcourir une 6«., une 7®., unc8«., dont il fallait prôposeret tenter la recherche ; devoir que n'a jamais rempli la Philosophie qui, au contraire , a vanté les mœurs infâmes des civilisés , comme terme ultérieur des destins sociaux.

3<>. Aller du connu à l'inconnu par analogie. Le connu nous apprend que Dieu fait des codes sociaux pour des créatures supérieures à nous, comme les astres; qu'il en fait pour des êtres inférieurs à nous, comme les insectes, abeilles, guêpes, etc. : d'où l'on peut inférer, par analogie, qu'il a fait un code social pour l'Homme, créature moyenne entre les astres et les insectes, et que les besoins sociaux de l'humanité ne peuvent pas avioir été oubliés par un

i32 PROLÉGOMÈNES.

Créateur qui a pourvu aux besoins sociaux des insectes subordonnés à THomme. Dans le cas où Dieu y aurait manqué , sa providence ne serait que partielle et non pas universelle. Mais s'il y a pourvu , c'est notre raison qui est en défaut d'investigation, et qui devait, pour découvrir le code social divin , aller du cONffU a l'inconnu, et chercher ce code industriel dans l'étude de l'Attraction, seul interprète connu et permanent entre Dieu ek, les créatures.

40. Procéder par analyse et synthèse. Eh! sur quel sujet? L'analogie nous dit que c'est sur l'Attraction passionnelle , qui seule révèle des lois d'harmonie sociale aux astres comme aux insectes. L'Attraction est donc, selon l'analogie , l'interprète choisi pour révéler aux hommes une loi sociale divine ; et ils doivent procéder au calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle, pour en déduire le régime d'harmonie sociale auquel Dieu veut les conduire. L'observance de ce principe aurait conduit à analyser les douze passions, au lieu de perdre le temps à les décrier avant de connaître leur but. De l'analyse on aurait passé à la synthèse, qui aurait enseigné le mécanisme des Séries contrastées, rivalisées, engrenées, vœu commun de toutes les passions.

50. Ne pas croire la Nature bornée aux moyens à nous connus. Il fallait donc se garder de croire que le génie social de Dieu fût borné à quatre sociétés mensongères et sanguinaires que nous voyons sur la terre , ni qu'il manquât de moyens inconnm , pour opérer tels effets qui nous semblent impossibles, comme l'Association industrielle des masses d'inégaux, d'où nattraient de si énormes bénéfices; association dont la théorie enfin découverte, confond cette philosophie qui crie à l'impossibilité , dès

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