ARTICLE I
Notions prëlimînaires*
La découverte d'une théorie d'Association industrielle est depuis quelque temps pressentie par F Angielerre , qui fait des recherches actives et des essais dispendieux pour organiser TAssociation doiiiesti(]ue. Les Anglais, confus de voirches eux , comme partout , la tiûsère du peuple s'accrottre en raison de la richesse nationale et du progrés de l'industrie (i)> ont dft penser qu'il fallait quelqm moyen neuf pour sortir de ce dédale. Ils ont présumé avec raison que rindustrie sociétaire offrirait des ressources pour améliorer le sort de la classe inférieure ; leurs essais n'ont pas été heureux ; ils ne doivent pas s'en étonner : l'Association étant une carrière vierge, un nouveau monde scientifique, on doit s'y égarer quand on n'a pour se guider ni théorie ni boussole.
D'après les détails qu'ont fournis les journalistes sur les établissements anglais confiés à la direction de M. Owen , il paraît qu'on y a commis trois fautes capitales, dont chacune isolément suffirait à faire échouer r entréprise ; analysons ces fautes :
1^. L'excès de nombre. On emploie, dit-on, à ces
(i) Le nombre des pauvres ^ Liverpool s'ëlève au tiers de la population, 27,000 indigents sur 80,000 habitants, et cependant Liverpool est une des cites opulentes ; le commerce maritime y est en pleine activité. Un tiers d'indigents !... Singulier résultat de rindustrie non sociétaire !
4f INTRODUCTlOtr.
tentatives, 5 à 600 familles; soit 5,000 individas. C'est
beaucoup trop , car le plus haut degré d'Association ne
comporte que 16 à 1700 personnes, hommes, femmes
et enfants , et le plus bas degré peut être limité à 400 »
selon la table suivante des trois modes sociétaires :
Mode simple ou hongre, 400 à 500 \
Mode mixte ou ambigu, 800 à 1,000 r Associés
Mode composé ou binhar- 1 inégaux^
monique, 1,200 à 1,500/
On ne peut pas effectuer l'opération en simple sur une réunion de 300 personnes , et il serait difficile en corn-posé d'élever le nombre à 1,800, à moins de certaines convenances de terrain qu'il est rare de rencontrer.
2^. L'égalité. C'est un poison politique en Association; les Anglais l'ignorent et composent leurs réunions de fa~ miUes à peu prés égales en fortune. Le régime sociétaire est aussi incompatible avec l'égalité de fortunes qu'avec l'uniformité de caractères ; il veut en tout sens l'échelle progressive , la plus grande variété de fonctions et surtout l'assemblage de contrastes extrêmes, comme celui de l'homme opulent avec l'homme sans fortune, du caractère bouillant avec l'apathique , du jeune homme avec le vieillard, etc.
30. Vabsçnce d'agrictUiure. Il est impossible d'organiser une Association régulière et bien équilibrée, sans mettre eji jeu les travaux champêtres ou tout au moins les jardins, vergers, troupeaux et basses-cours, avec grande variété d'espèces animales et végétales. On ignore ce principe en Angleterre, où on opère sur des artisans, sur le seul travail manufacturier , qui ne peut pas isolément suffire au lien sociétaire. Les fabriques sont nécessaires dans les trois modes d'Association , mais elles r\j
interviennent qu'en relais dès fonctions agricoles, qui Sont raliment principal des rivalités et intrigues industrielles.
Faute capitale : le chef s'interdit toute participatioa au bénéfice ; ii s'isole du ressort d'intérêt.
II suffirait de l'exposé de ces fautes pour constater que iecr modernes' étaient bien éloignés de la découverte du procédé d'Association.
Malgré ces bévues , l'Angleterre est très-louable d'avoir tenté une opération dont le succès serait le plut heureux des événements , et dans laquelle, on aurait réussi depuis longtemps, si ou n'avait pas difiéré 5,000 ans à s'en occuper.
Les tentatives après quelques échecs , pendant une ou deux générations , auraient nécessairement conduit à dé grands succès : l'esprit de contradiction supplée souvent aux lumières; chacun" se plaft à dévier des routes suivies par ses rivaux; les concurrents jaloux auraient fait des épreuves sur des systèmes d^éreuts, et bientôt quelqu'un d'entre eux serait arrivé au but , mêiné sans génie et sans théorie ; car en furetant sur tous les points et sondant toutes les méthodes, on finit par découvrir la bonne; de même qu'en ouvrant et visitant toutes les portions du gâteau des rois', oii finit par trouver la fève.
Il n'est pas de plus sur moyen- de découverte que l'ex-^ ploration générale: c'est une vérité très-ignorée des mo-^ dernes. Aussi ont-ils laissé dans l'oubli les ^iences qu il était te plus urgent de cultiver, toutes celles qui pouvai^nt conduire aux inventions brillantes et utiles; tandi» qu'ils ont prostitué 400,000 tomes à des controverses' politiques et morales qui ne servent qu'à troubler le monde social : étrange dépravation de l'esprit humain !
11 est d'usage en Europe que l'Angleterre prenne rini-
6 HCTRODUGTIO!!.
liatiye des trayaux iiliie», et que la Fraoce n'enlre ea scène qn^après TimpalsioB dosnèe par les Aiiglais : attssâ la France paralt^elle s^ëreUIer sur ce qui tocudie à Fâssociatlon; elîe témoigne qaelqor penciiant à s'en oteeii|>er» Un outrage publié réceinaieDl par llngèneor Dmeos et envoyé à tons fes préfets par M. le conseHIerHltéiat Beccpiey» directeur-général des ponts et chaussées, dé-*crit les avantages que TÂngleterre a recueillis des Assoeiations $péêialet ou traymx' publies entrepris par eompagnies d'aetiomiaires.
Inviter tes caïutaKstes à s^oecuper de ces entreprises , c'^est demander le fruit avant la Qeur» Les compagnies d'actionnaires naîtraient de r état desefaoeeis, lejour oil rAssocialioi» dk)aiesti(pie' serait établie; eHe ei^nterail dés ramée suivante das travaus pubUes d'krigakioay reboisement, etc*. , as piix èssqueb rAiigleterr# ne semblerait qu^uti pygmée, quoiqu'elle soft un colosse en ce genre, comparativement aux autres contrées::
Les sociétés policées ne s^étant fanais occupées d'Association, n'ont pas pa savoir que la domestique doit précédcar la spéciale, de même que la tige AçM naître avant les rameaux. Ce qui prouve l'insuffisance de la ip^-étale, c'est que TÂngleterre, quoique féconde en ce genre^ n'exécute point les grands travaux de première nécessité ^ conrnie recouvrement et reboisement des pentes effi^itéesy encaissement générai des eaux, etc.
Pour définir exactement le degré oà elle es€ parvenue en travam publics, disonsi qu'elle est un peo moins eit retard que les continentaux glanais de ses prodiges ludo&r triels à ceux qu'opérera l'Association domestique, il teste encore, je le répète, la distance du pygmée au géant.
Quelques économistes français ont eu des idées super-
mTRODtCtlOlf. 7
ficielles d'^Associatioa domestiqae^ j*ai lu en 1804 des observations signées Cadet-de-Vaux , où l'on s'extasiait sur l'immenae bénéfice que recueillerait un. village d'un miHier dliabitants , si on pouvait associer les bmillea et les rétribuer proportionnémeùt aui focultés de chacune.
Ainsi y après 3,000 ans d'inadvertance, voilà deuK grandes puissances qui se ravisent enfin sur la plus ur^ génie des recherches» mais. sans oser se livrer à l'espérance , ni proposer le moindre prix pour la découverte de l'Association domestique.
On m'a coiranuniqué fort tard (8 juillet 1821 ), une note où je vois qu'il existe à Parts des partisans de l'Association^ désirant et provoquant la découverte d'unpro-^ cédé efficace : ladite note y signée Huard , se trouve dans le Mémor»! universel de l'industrie française;- juin , 54^. livraison.
Elle contient une description de Tétablbsement de M« Ovren à New-Lanarck : bii ne voit pas que cette réunion soit sociétaire j elle paraît n'être qu'un, rassemblement très-nombreux de 3,500 personnes, .où règne une police bienveillante, une discipline judicieuse, mais sévère jusqu'à l'auslérité (i), et un peu semblable à celle des jésuites du Paraguay. On n'y voit aucune disposition qui puisse remplir la principale conditfoh du lien sociétaire , la rétribution par dividendes proportionnels aux trois facultés, capital ^ travail et talent.
(i) Je la juge se'vèrc d'après la ligne suivante : « Tous ces êtres » intéressants ont les pieds nus. » Est- il bien sur que leur goût soit d'aller nu-pieds dans un pays aussi froid que TEcosse , et si on les consultait, n'en trouverait-on pas bon nombre qui souhaiteraient de porter bas et souliei^s ? Ces statuts monastiques sont loin de l'Association attrayante dont je publie la théorie.
8 INTHODCCTIOR.
Ce n^est pas moins un établissement très-précieux y en ee qu'il tend à quelques-uns des avantages matériels de l'Association. La marche naturelle , dans un siéde qui ne connaît pas la théorie, est de s'attacher d'abord aux économies matérielles et mécaniques : M. Owen y atieiat partiellement, par le seul moyen do réunion nombreuse; c'est le plus sôr garant de l'économie, qui ne peut pas se rencontrer dans ta gestion des familles incohérentes , comme celles du peuple de nos yiltes et villages.
M. Owen est le premier qui ait fait pratiquement des Fecherches et essais sur l'Assocjàtionr : sous^ ce rapport, son entreprise mérite des éloges que je lui donnerai plus loin, eu traitant des transitions industrielles ou procédés mixtes entre le mode familial et le sociétaire.
Dans Les aperçus fournis, par cet article y je pourrais signaler trente fautes de mécanisme passionnel; j*aime mieux faire l'éloge de ce qurest louable: j-y remarque afec plaisir que les Anglais se rallient au principe, fondamental d'économie domestique, opérer sur de nombreuses réunion». Ils ont reconnu « que Tétat actuel des pmmBs » et des classes ouvrières, ne pouvant plus continuer,. U » fallait trouver des remèdes efficaces en créant dans ces H classes des habitudes morales et des sentiments d'union » sociale, k ( Phrase transcrite, y
On ne pouvait mieux poser le problème ; pourquoi ne pas y ajouter un prix quelconque pour celui qui le résoudra: une médaille purement honorifique, de cuivre ou de buis?
Les Anglais ont versé récemment une somme de deux millions et demi pour un établissement de mille personnes, selon la méthode de M. Owen. Ceux qui fondent une réunion de mille , peuvent à plus forte raison en fon-
iKTKODirCTlOl^. d
derune de cinq cents. Ils yont apprendre dans cet ou* vrage quels prodiges peut opérer une réunion de cinq cents inégaux , hommes , .femmes et enfants associés selon le yœu de la nature, selon les méthodes que détermine le calcul synthétique de Tattractton passionnée.
L'article cité désigne nominativement plusieurs per^ sonnages distingués et habitants de Paris » qui s'occupent à propager l'esprit d'Association et soutenir les établisse-^ ments qui paraissent y tendre : ils devront être satisfaits d'apprendre la découverte du seèret que les deux nations cherchaient en vain. Reste à savoir laquelle des deux devancera l'autre dans cette nouvelle carrière et enlèvera la palme : j'examinerai à la fin de Tintroduetion , leurs intérêts respectifs à cette initiative ;. reprenons l'exposé du sujet.
On voit FAssociation s'intrbduire dans quelques meniis détails d'économie rurale , comme le four banaL Un village de cent familles reconnaît que s'il fallait construire, entretenir et chaufier cent fours, ibeû coûterait en maçonnerie 9- combustible et manutention dix fois plus que ne -coûte un foiir banale dont l'économie s'tièvera au vingtuple ou trentuple , si la bourgade contient deux ou trois cents familles.'
Il suit de là , que si on pouvait appliquer l'Association à'tous les détails d'exploitation domestique et agricole, on trouverait en moyen terme une économie des neuf dixièmes sur l'ensemble de la gestion , indépendamment du produit que donneraient les bras épargnés et ramenés à d'autres fonctions.*
Je n'exagère donc pas en avançant que l'Association domestique dans son plus bas degré , qui est de quatre cents personnes (soixante-dix à quatre-vingts familles).
fO IHTRODUCTIOR.
donne déjà un prodoit triple de celui qu on obiieni & chances égales d'une agrboituire incohérente et morcelée eomoïe- celle de nos rillageois.
J'ai recours À la contre-^preure : estimons la. dépense et la duperie qui résulteraient du moveellement de certains tr-avan exécutés e» grand comme celui de h brasserie. Si chaque ménaîge faismi sa bière comme it&it son TÎn en pays vignoble y cette bière coûterait eaviron le décuple de celle du brasseur, qui trouve le gag^ é^ réconomie dans une grâifde entreprise , préparant pour un millier de personnes.
Ajoutons que sur toutes ees bières foiles en ménage , il y aurait souvent des cuites masquées et perdues » et que la plupart seraient de qualité Irès^-inférieure , mette à égalité de matières , les petits ateliers ne pouvant réunir ni les connaissances , ni les moyens qu*on rassemble dan& les grands.
Certaines dasses pauvres , eomme les soldats, se rallient forcément à réconomie sociétaire. S'ils fabaient séparément leur chétive cuisine, autant de soupes que d'individus, an lieu de préparer le potage pour la chambrée entière, il leur en coûferait* beaucoup de dépenses et de fatigues , et en triplant les frais ils seraient moins, bien: nourris.
Qaîun monastère dé trente religieux essaie de faire trente cuisines séparées, trente feux au lieu d'un^ et ainsi du reste, il est certain qull dépensera six fois plus en matériaux, vaisselles et salaiires d'agents, et qaon sera moins bien traité qu^en gestion unitaire.
Comment la politique moderne tout enfoncée dans les minutieux calculs » dans les balances par sous et deniers , n a-t-elle pas songé à développer ces germes d'économie
sociétaire , et proposer d'étendre aux villageois et citadins cette Association domestique dont on trouve des lueurs dans noire système social? Ne pourrait-^on pas amener trois cenis fomiiies de cultivateurs à une réunion action* naire , où chacun serait rétribué en proportion des trois facultés industrielles , qui sont capital, travail et taUnt ? Aucun économiste ne s'est occupé de ce grand, problème ; cependant quelle serait Fénormité du bénéfice dans le cas où on auçait un seul et vaste grenier bien surveillé , au lieu de trois cents greniers exposés aux rats et aux charançons, à rbumidité et à l'incendie ! Une seule cu-^ verie pourvue de foudres économiques, au lieu de trpis cents Guveries , meublées souvent de futailles malsaineset gérées par des ignorants qc|i ne savent ni améliorer, ni conserver les vins dont oa voit chaque année d'immenses déperditions f
Ne nous eifirayons plus des obstacles apparents puisque le problème est résohjr; et osons envisager l'immensité des économies^ sociétaires dans les plus petits détails. Cent liaitiéres qjàx voof perdre cent matinées à la ville seraient remplacées par un petit char suspendu portant un ton^ neau de lait. Cent cultivateurs qui vont avec cent charrettes ou ânons, un jour de marché , perdre cent jour-^ nées dans les balles et les cabarets, seraient remplacés par trois ou quatre chariot^ q^e deua: hommes suffiraient à coGkbiire et servir, Ai^ lieu de trois cents cuisines exigeant trois cents feux et distrayant trois cents ménagères, ta bourgade aurait une seule cuisine à trois feux et trois degrés de préparation pour les trois classes de. fortunes; dix femmes .suffiraient ^ cette fonction qui , aujourd'hui, en-exige trois centâ.
Oa est ébahi quand on évalue le bénéfice cobssal qui
12 IliTRODUCTlOir..
rèsuiler ait de ces grandes Associatioiis : à ne parler qm du combustible » devenu si rare et si précieux , n'esl-il pas certain que dans les emplois de cuisine et de chauffage , l'Association épargnerait les 7/8 du bois que consomme le système actuel, le mode incohérent et morcelé qui régne dans nos ménages ?
Le parallèle n'est pas moins choquant si on compare spéculativement les cultures d'iin canton sociétaire gérant comme une seule ferme, et les mêmes cultures morcelées» soumises aux capriees dé trots cents familles. L'un met en prairie telle pente que- la nature destine à la yigne; l'autre place du froment là où conviendrait le fourrage ; celui-ci pour éviter Tachât de blé , défriche une pente roide que les averses déchausseront l'année suivante ; celui-là pour éviter l'achat de vin, plante des vignes dans une plaine humi(fe. Les trois cents familles perdent leur temps et leurs frais à se barricader par des clôtures et plaider sur des limites et des voleries ; toutes se refusent à des travaux d'utilité commune qui pourraient servir des voisins détestés ; chacun ravage à Tenvi les forêts et oppose partout l'intérêt particulier au bien public.
Efitre-temps nos sages nous vantent l'unité d'action : eh ! quelle unité peuvent-ils voir dans ce morcellement industriel, dan& cette cacophonie anti-soèialé ! Comment tardent-ils trois mille ans à poser en principe (|ue c'est l'Association et non pas le morcellement, qui^st^a destinée de l'homme , et que tant qu'on ignore la théorie d'Association domestique, l'homme n'est point parvenu à sa destinée !
Pour apprécier la justesse de ce principe , réfléchissons sur l'immensité de connaissances qu'exige l'agriculture, et sur l'impossibilité où est le villageois de réunir seule-
iNTRODVCTtON. 13
ment ie yrnglièiiie ies moyens qui constUoeraient le parfût agronome : il faudrait qu'à de grands capitaux , il pût ajouter ies lumières disséminées sur cent tètes savantes et deux cents praticiens consommés ; en outre , ii faudrait rendre immortel Fagronome doué de ces nombréuset eonnaissanees qu'on voit aujourd'hui éparpillées parmi trois cents théoriciens et praticiens. 1^ le propriétaire dont il s'agit mourait sans avoir un successeur d'égal talent , on verrait aossitdt péricliter les dispositions qu'il aurait faites, et le canton décliner rapidement.
Ce n'est que dans l'Association qu'on, pourra réunir à perpétuité les talents et les eapitauic dont je viens de sap-^ poser le concours; l'Association est donc le seul mode sur lequel le Créateur ait pu spéculer, car en la supposant appliquée à des cantons d'environ quinze cents habitants > elle rassemblera dans chaque canton cette masse de lu^^mières qui se perpétueront par transmission corporative; Un fils n'hérite point des connaissanoes de son père, mais sur un canton de quinze eents habitants, il se trouvera des sujets aptes à hériter du talent des habiles sociétaires à l'école de qui ils auront été formés. Ces transmissions de talents sont une propriété inhérente à la série passionnelie, disposition que je décrirai plus loin et qui régne dans tous les détails industriels de l'état sociétaire.
Phis on disserte sur cette hypothèse d'Ai^sociation^, plus on se convainc que l'agriculture civilisée, le morcellement domestique , est le 'contre-sens de la destinée humaine , et qu'il fallait chercher te secret d'associer des masses nombreuses ; les petites ne pouvant pas s'élever aux dispositions de haute économie , ni réunir la variété de connaissances qu'exigerait la perfection de chaque branche de culture et de manutention.
14 INTROraCTION.
J'ai fait entrevoir rétounderte de ti^eote siëdès sàyants qui ont négligé de rechercher le procédé sociétaire ei^ découvert.
Mous allons raisonner sur sa propriété principale, qui est Vattr&ction industrielle ; propriété du moyen de la« quelle on surmontera tous les obstacles qui ont de tt>ut temps, arrêté la science.
Jusqu'ici la politique ei la morale ont échoué dans leur projet de faire aimer le travail : on voit les salariés et toute la classe populaire incliner de plus en plus, à l'oisi-^ veté ; on les voit dans les villes iijouter un chômage du lundi au chômage du dimanthe; travailler sans ardeur^ lentement et avec d^oût.
Pour les enchaîner à Tindustrie, on ne connatt, après l'esclavage» d'autres véhicules que la crainte de la famme et des châtiments : si pourtant, rindustrie est la destination qui nous est assignée par le Créateur, comment penser qu'il vemlle nous y amener par la violence , et qu'il n'ait pas su mettre en jeu quelque ressort phîs noble , quelque amorce capable de transformer les travaux, en plaisirs!
Dieu seul est investi dut pouvoir de distribuer l'attraction; il ne veut couiuire l'Univers et les créatures que par attraction ; et pour nous fker au travail agricole et manufacturier, il a composé un système d'attraction industrielle qui, une fois organisé, répandra une foule de charmes sur les fonctions, de culture et manufacture; il y attachera des amorces plus séduisantes peut-être que ne sont aujourd'hui celles des festins , bals et spectacles ; c'est-à^ire que dans l'état sociétaire, le peuple trouvera tant d'agrément et de stimulant d'ans ses travaux, qu'il ne consentirait pas à les qpiitter pour une offre de festins^
bals et spectacles proposés au* heures des sèenees iddustrielles.
Le travail sociétaire» pour exerceruBe si forte attraction sor.le peuple, derra dififerer en tout point des fomieare^ butantes qui nous le rendent si odieux dans Tétai aeluei. il faudra que T industrie sociétaire, pour devenir attrayante, remplbse les sqiA eonditions suivantes :
1^. Que chaque travailleur soit associé, rétribué par dividende et non pas salarié. ^
S9. Que chacun , homme , femme eu enfent , soit rétribué en proportion des trois facultés, capital, travail et talent,
5^. Que les séances industrielles soient variées environ huit fois par jour^ l'enthousiasme ne pouvant se soutenir plus d'une heure et demie ou deux heures dans l'exercice d'une fonction agricole ou manufacturière.
4<>. Qu^elles soient exercées avec des compagnies d'amis spontanément réunis, intrigués et stimulés par des rivalités très-actives.
5^. Que les ateliers et cultures présentent à l'ouvrier les appâts de l'élégance et de la propreté.
6^. Que la division du travail soit portée au suprême degiré, afin d'affecter chaque sexe et chaque âge aux fonctions qui lui sont convenc^)les«
70. Que daEUs cette distribution chacun, bomme-^ femme ou enfont , jouisse pleinement du droit au travail ou droit d'intervenir dans tous les temps â telle branche de travail qu'il lui conviendra de choisir, sauf à justifier de prc^tté et aptitude.
X Enfin, que le peuple jouisse dans ce nouvel ordre, d'huile garantie de bien^^étre, d'un minimum suffisant pour
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le temps présent et à yenûr, et qae cette garantie le dé-^ livre de toute inquiétude pour lui et les siens.
On trouve toutes ces propriétés réunies dans le mécanisme sociétaire dont je publie la décourerte ; et comne je m'engage à les démontrer en grand détail dans le cours de cet ouvrage, nous pouvons préalablement disserter sur Fhypotbése d'attraction industrielle qu'implique ce mécanisme^.
J'ai dit plut haut , qu'elle suffira seule à^ lever touis k^ obstacles qui ont» depuis trois mille ans, paralysé le génie social; jugeons-en par trois problèmes d'où on pourra conclure sur tous les autres.
10. Extirper l'indigence. Elle naît en grande partie de la fainéantise; mais quand le peuple trouvera dans l'industrie une amorce aussi puissante que le serait aujourd'hui celle des festins ,. la fainéantise ne pourra plus exister ; elle sera transformée en fougue industrielle, dont le produit suffira amplement à extirper l'indigence.
20. Prévenir les discordes. Elles naissent pour la plu- ' part de la pauvreté ; or, s'il est prouvé que l'Association et ràltraclion industrielle aient la faculté d'élever le produit au triple, elles tariront la principale source des discordes , qU) est là pauvreté.
30. Garantir le minimum au peuple. On en trouVe (è moyen dans l'énorme produit que fournira le régime sociétaire ; sa propriété d* attirer au travail^ fait disparaître le danger qu'il y aurait dans Tétat actuel à garantir ati pauvre une subsistance qui serait pour lui un appât à h iainéantise, mais il n'y aura aucun risque à lui faire l'avance d'un minimum de 400 fr. , quand on saura qu-H en doit produire 600, au moins, en se livrant au travaildevenu plaisir et métamorphosé en fêtes perpétuelles.^
INTROBVCTlon. 47
Ainsi » (ous les biens découlent à la fois de celte propriété d*aitr<u:tion tnduHrieUe dontjouit l'ordre sociétaire; ladite propriété repose sur une dispositioD fort inconnue parmi nous , et que je décrirai sous le nom de série fKit* sùmnelle unitaire ou série contrastée, ricaUsée, engrenée: Cette opération d'où naissent tant de merveilles sociales, aurait pu être découverte dés les premiers âges de la civilisation , si Ton se fût livré à quelques recherches sur le mécanisme sociétaire, dont une négligence inqiardomiable a retardé l'invention.
Les seules chances de bénéfice que j'ai feit entrevoir (1 i), devaient suffire à stimuler le génie. Les philosophes pour excuser leur apathie sur ce grand problème , objectent jTue eda serait, trop beau, qae tant de perfection n'est pas faite pour les hommes : plaisant motif de négliger les recherches ! Vins les résultats seraient brillants, plus la perspective devait exciter à chercher le procédé d'Asso« eiatioD.
Les passions s'y opposent, rèplique-t-on, il est impossiUe de tenir en société domestique troii^ ou quatre ménages, sans que les friponneries, les disparates de caractères, les prétentions impérieuses, u!aménent bientôt des discordes , surtout entre les femmes qui ne s'accorderaient pas une semaine.
Je le sais , mais on verra dans le cours de cet ouvrage que l'accord impossible entre une dizaine de famille», devient trés-praticable entre cent, distribuées selon le procédé que j'ai nommé série passionnelle unitaire, procédé qui ne peut s'appliquer qu'à des masses nombreuses et non pas à une dizaine de familles.
Dans ce nouveau mécanisme, les passions et les inégalités de fortune et de caractère , loin de s'opposer au lien
soeiéUire» ea formeot les rouages ; tous les contrastes y deyieniieot utiles : aiosi, nos préjugés nous représentent comme obstacle oe qui est au contraire moyen d'Association 9 et pour preuve, on yerra dans ce traité qu'il serait i«q[>pss(ble ^'associer cent famineségales en fortune et homogènes ou irés-rapprochées en caractères; l'opération dite série piMiiomeUe unUaire est incompatible avec réalité»
L'économie ne pouvait nalUe que des grandes réunions, Dieu a dû adapter son plan sociétaire à des masses nombreuses ; de là vient que les petites Associations de sis, huit, dix familles, sont inconciliables, et le seraient encore lors même qu'on essaierait d'y appliquer le pror cédé ^o^ètaîre {la térie passionnelle} f qui ne peut s'a-' dapier k de si petites masses^.
Hors des développements par série unitaire , les pas** sions ne sont que des êtres démoniaques, des tigres déchaînés , ce qui a fait croire aux moralistes civilisés qu9e nos passons étaient nos ennemis : c'est au contraire le méeanisflae civilisé et barbare qui est rennemi des passions et des tomains, en ce qu'il ne se prête pas aux liens sociétaires: voulus par Dieu.
Plaçons ici une définition provisoire de cette disposition, que je nomme série passionnelle contrastée, rivalisée, engrenée; c'est le levier qui fait mouvoir tout le système d'harmonie sociétaire : l'invention de ce procédé était la voie d'avènement au bonheur ; sa découverte est pour tous lés globes une condition sine gtiâ non. Le monde social ne peut, dans aucune planète, passer à l'unité, ni s'élever aux destinées heureuses, avant d'avoir inventé ce mécanisme des séries passionnelles, dont la recherche est la tâche essentielle du génie. Les autres
IHTROBUCTIOH. 19
sGÎeoees, mèBielespIas justes, comme ies mathématiques» ne sont pour nous que de vaines lumières « tant que nous ignorons la science du mécanisme sociétaire , d'où naîtraient la richesse » Tunité et le bonheur.
Donnons par avance quelques notions très-succinctes sur cette opération; exposons en quatre pages» s'il se peut , le sujet qui, pour être bien traité» exigent au moins quatre volumes de développemeAts. Ce n est que Targument qu'on va lire ; et comme il est nécessaire de se le graver dans la mémoire y je le distingue par un italique , pour mieux le recommander à Tattenlion» qu'on accordera volontiers , si on veut se rappeler que l'emploi des séries passionnelles en agriculture y nous vaudra le précieux avantage de tripler le revenu réel» et d'obtenir 3,000 Gr. d'un domaine qui n^en rend que i ,000 en culture civilisée et morcelée ; c'^est une promesse qu'on ne saurait trop répéter, quand on en tient la preuve arithmétique.