‹ Œuvres complètes de Ch. FourierChapitre 86 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III

YaioemeDl nos philosophes prëlendraienl-ils que leur vague sagesse , leurs lois oppressives rempliront celte lacune de code industriel attrayant ; vainement s'engagentils par d'innombrables constitutions , à procurer des torrents de charmes à nos salariés : toutes ces théories n'enfantent que la répugnance de l'industrie, et les sept fléaux l7mbiques(51, 120). Sont-elles assez confondues par ces honteux résultats !

D'ailleurs, si c'est à l'humanité à se donner des lois ,. s'il n'est pas besoin que Dieu intervienne dans notre législation, il aurait donc jugé notre raison supérieure à la> sienne en conceptions législatives ! De deux choses l'une :

Ou il n'a pas su, ou il n'a pas voulu nous donner un code social quelconque.

S'il na pas su , comment a-t-il pu croire que notre faible raison réussirait dans une lâche où il aurait craint d'échouer lui-même? S'Una pas votUu, comment nos législateurs peuvent-ils espérer de construire l'édifice dont Dieu aurait voulu nous priver?

Prétendra-l-on que Dieu a voulu laisser à la raison une portion de régie, une carrière en mouvement social; qu'il nous a départi les fonctions législatives , quoique pouvant assurément les exercer lui-même ; qu'il a voulu réserver cette chance à notre génie politique?

Nt>s essais de 5000 ans prouvent assez que le génie civilisé est insuffisant, inférieur à la tâche. Dieu a dû prévoir que tous nos législateurs , depuis Minos jusqu'à. Robespierre , ne sauraient qu'enraciner les sept fléaux, lymbiques, tout en promettant de nous conduire dans les sentiers fleuris de la perfectibilité morale et politique..

Dieu , qui a prévu cette impéritie et ces résultats déplorables de la législation humaine , nous aurait donr

â5â PROLÉGOMÈftES.

donné à plaisir une tâche au-dessus de nos forces , et qui aurait été si légère pour les siennes !

Continuons sur cette erreur qui veut attribuer les facultés législatives à la faible raison humaine. Quels auraient été les motifs de Dieu pour renoncer à remplir cette fonction qu'il lui était si facile d*exercer , en nous donnant un code éiayé d'atlraction ? Quel motif auraitil eu de nous le refuser ? Il y a sur cette lacune sextuple opinion.

i<>. Ou il n'a pas su nous donner un code social d'attraction , justice , vérité , unité : dans ce cas il est injuste en nous créant ce besoin sans avoir les moyens de nous satisfaire , comme les animaux pour qui il compose des codes sociaux attrayants et régulateurs du système industriel.

^. Ou Un a pas voulu nous donner ce code : et dans ce cas il est persécuteur avec préméditation , nous créant à plaisir des besoins qu'il nous est impossible de contenter , puisqu'aucun de nos codés ne peut extirper les sept fléaux lymbiques.

S^. Ou il a su et n'a pas voulu: dans ce cas il esl l'émule du Diable , sachant faire le bien et préférant le régne du mal.

40. Ou il a voulu et n'a pas su : dans ce cas il est incapable de nous régir, connaissant et voulant le bien qu'il ne saura pas faire, et que nous pourrons encore moins opérer.

50. OuU n'a ni su, ni voulu : danâ ce cas ri est audessous du Diable, qui est scélérat , mais non pas bête.

60. OuU a su et voulu: dans ce cas le code existe, et il a dû nous le révéler; car à quoi servirait ce code, s'il devait rester caché aux hommes à qui il est destiné ?

PREMIÈRE PAàTIE. HOTICE lil. 2SS

Lorsqu'une théorie découverte après 2S00 ans d'inadvertance nous transmet cette rèTëlation , nous initie À la connaissance du code social diyin et du mode de relations qu'il assigne k notre industrie» qu avons-nous à faire» sinon de rougir de nos fausses lunuères » et d'essayer sur nne bourgade ce code, qui ne sera repoussé que des sophistes confus de voir dans cette découverte Farrèt de mort de leurs sciences désastreuses ?

On n'aurait pas douté un seul instant de l'eiistencé de ce code» si on eût observé combien il est aisé À Dieu de nous accorder cette faveur. En effet » pour nous délivrer do fléau des fausses lumières» pour nous donner un code propre à harmoniser nos relations domestiques » industrielles et sociales » qu'en coûte-t-il é Dieu? RIEN : oui » rien du tout. Il n'a pas même besoin de génie, dont sans doute il est bien pourvu; il lui suffit de vouloir .

D'après sa propriété exclusive d'imprimer attraction , le plus mauvais code composé par Dieu et étayé d'attraction , se soutiendrait de lui-même » ainsi que je l'ai observé S46 , et s'étendrait é tout le genre humain par Tappftt du plaisir; tandis que le meilleur code social composé par les hommes » ayant besoin d'être étayé de contrainte et de supplices» devient une source de discordes et de malheurs» par la seule absence d'attraction pour l'exécution des lois : aussi» tontes les constitutions des hommes' s'écrouleraient-elles à l'instant» si on cessait de les Soutenir de sbirea et de gibets.

On peut de là tirer la singulière conclusion» que notre bonheur ne peut naître que des lois divines » lors même que Dieu serait moins habile en législation que les philosophes. Oue sera-ce donc si Dieu est leur égal en génie » ce qu'on peut présumer sans leur faire injure? S<m code

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ne fût-il que Tégal des leurs en sagesse , aura toujours un titre de supériorité inappréciable, en ce qu'il sera soutenu de l'Attraction, seul gage de bonheur pour ceux qui obéissent. L'homme est plus heureux d'obéir à une mattresse que de commander à un esclave : ce n'est donc pas de la liberté que natt le contentement, mais de la convenance d'une fonction avec les goûts de celui qui l'exerce.

Ainsi Dieu serait assuré de faire notre bonheur par un code attractionnel , fût-il inférieur en sagesse aux lois des hommes: et d'autre part, Dieu est assuré de nous voir tomber dans le malheur sous tous les codes venant de la raison humaine, par cela seul qu'ils ne seront pas attractianneU , et que le législateur hommal n'a pas la faculté d'inspirer attraction pour ses percepteurs, garnisaires, sbires, conscriptions et autres perfectibilités perfectibles des constitutions civilisées».

Un législateur homme peut bien nous exciter à aimer ses lois , nous faire avouer, le sabre à la main, que nous les aimons ; mais il ne peut pas nous en inspirer l'amour,, à moins de nous donner part aux sinécures , pensions et gages d'oisiveté qui ne sont que pour un très-petit nombre d'élus; tandis que l'Attraction, une fois attachée par Dieu à l'exécution d'un code , le rendrait aimable à tout Ib monde.

£n vain des moralistes comme Saint-Lambert dirontils aux pauvres : c Payez les impôts avec joie; c'est le mieux employé de l'argent que vous dépensez, i Le paysan ne goûte point ces préceptes, et éprouve an contraire un profond dépit en livrant cet argent au gouvernement : celui-ci l'emploiera comme fit un ministre de 1 799 , à faire en un seul jour une dépense de 500,000 fr . do lampions, pour amuser la populace de Paris», et en-

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